13e dimanche ap Pentecôte (14 août 2016)

Homélie du 13e dimanche après la Pentecôte (14 août 2016)

(fichier audio ici)

La leçon des 10 lépreux pour le Chrétien d’aujourd’hui

 

La guérison des dix lépreux peut se lire spirituellement aussi puisqu’il y a toujours plusieurs niveaux de lecture possibles dans les Saintes Écritures. Essayons-nous à cet exercice.

  1. Lecture spirituelle de l’événement
    1. La lèpre du péché éloigne de Dieu

Jésus traverse les régions à la population la plus méprisée : la Samarie et la Galilée (« Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée », Lc 17, 11). Régions méprisées par les Juifs car de peuplement mixte, c’est-à-dire qui n’étaient pas totalement juives et qui, même si elles se reconnaissaient de l’environnement religieux juif, n’avaient pas les mêmes pratiques religieuses[1]. Les Galiléens et Samaritains étaient considérés comme des pécheurs. Combien plus s’ils étaient lépreux car ils contractaient une impureté rituelle qui les excluait de la communauté, même s’ils étaient de bons Juifs.

Jésus est donc descendu, lui qui est Dieu, parmi les hommes les moins considérés. Mais pas seulement pour les y rejoindre. Pour les sauver et les conduire vers Son Père qu’Il nous annonce en nous donnant sa filiation en partage. Cela est figuré par Jérusalem, la ville choisie par Dieu pour y demeurer.

Mais le péché ne peut coexister avec la présence de Dieu comme le ressentit St. Pierre lui-même : « Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur » (Lc 5, 8). Les lépreux, c’est-à-dire symboles des pécheurs, se tiennent donc éloignés de Dieu « dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance » (Lc 17, 12). Cette distance rappelle celle qui sépare l’enfer où sont voués à entrer les pécheurs impénitents du Paradis des élus, les saints. Jésus est le Saint des Saints : « un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous » (Lc 16, 26). Cet abîme est parfois interprété plutôt comme une description du Purgatoire mais cela n’entame pas le fond qui est que le péché ne peut subsister en présence de la perfection de Dieu et impose une purification. Cet abîme abyssal est donc seulement surmonté par la Croix.

  1. Le retour vers Dieu passe par les sacrement : sacerdoce, baptême, Eucharistie

« À cette vue, Jésus leur dit : ‘Allez vous montrer aux prêtres’. En cours de route, ils furent purifiés » (Lc 17, 14). Les lépreux/pécheurs sont envoyés se montrer aux prêtres. La guérison passe par les sacrements que prodigue le prêtre (l’ordination), à commencer par ceux qui sont les plus faciles à obtenir car réitérables à volonté : la confession et l’Eucharistie. Autrefois, dans l’ancienne alliance, le prêtre ne faisait que constater la lèpre et sa guérison. Désormais, dans la nouvelle alliance, il a reçu de Dieu les moyens de l’effacer. Le sacrement est le signe visible et efficace d’une grâce invisible.

Les lépreux se mettent en route car ils font confiance à Jésus et au pouvoir qu’Il a de les guérir. « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 16) indique bien un certain ordre : il faut se mettre en route, à sa suite. Mais on peut le faire sans se mettre totalement à Sa suite : une fois qu’ils ont obtenu gain de cause, 9 lépreux sur 10 repartent et vaquent à leurs occupations. 10% seulement pensent à rendre grâce. Or, rendre grâce, c’est aussi étymologiquement l’Eucharistie, qui rapproche de Jésus plus que tout autre sacrement, comme par excellence, car Il est réellement présent dans ce sacrement. Le seul qui se rapproche vraiment se trouve être samaritain. Il vient adorer Dieu qui l’a guéri en la personne Jésus, le thaumaturge. Mais il vient jusqu’à Le toucher, il est à Ses pieds. « L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce » (Lc 17, 15-16).

  1. Danger de la présomption religieuse

Les pécheurs ne doivent en aucun cas se considérer comme nécessairement sauvés car baptisés. Certes, le baptême les a sauvés en les rachetant du péché originel mais cela n’implique pas qu’ils ne commettraient jamais de péchés actuels, personnels ceux-là et non pas contractés par la faute originelle d’Adam et Ève.

La lèpre est liée à la guérison par l’eau, qu’on pense à la guérison de Naaman le Syrien (2 R 5)[2] par les eaux du Jourdain précisément (Lc 3, 3. 21), où au rite nécessaire que les prêtres juifs pratiquaient pour réintégrer le lépreux guéri dans la communauté (Lév 14). Le prêtre devait prendre deux oiseaux et en sacrifier un, au-dessus d’un pot d’argile rempli d’eau vive. Il devait ajouter à ce sang de la cochenille (un insecte donnant la couleur rouge sang) et l’hysope (Ps 50 (51), 9 « Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur, lave-moi, et je serai blanc plus que la neige ! ») ainsi que du bois de cèdre (figure du bois de la Croix). Le second oiseau vivant était trempé dans ce sang puis relâché (ce qui évoque la colombe du Saint-Esprit lors du baptême de Notre Seigneur). La purification se faisait en 7 fois (cf. la porte des 7 sacrements), comme Naaman et aussi une onction d’huile, comme la chrismation du baptême. L’eau du baptême n’est pas non plus magique. Elle donne les grâces initiales nécessaires mais comme toujours, il faut faire l’effort de recevoir les grâces nécessaires pour avancer.

Les Chrétiens baptisés qui ne pratiquent pas, tombent à leur tour dans l’oubli de Dieu par l’ingratitude : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 17-18). Il existe une forme de présomption religieuse : les Juifs parce que membres du peuple élu par Dieu en premier, pourraient se croire sauvés de droit. Les Chrétiens ne doivent pas tomber dans ce travers qui est pourtant bien répandu. Rien n’est jamais acquis, tout est toujours à espérer et pour celui implorer de Dieu. C’est alors qu’on peut recevoir les trois vertus cardinales évoquées dans la Collecte (prière d’ouverture) : « Dieu tout-puissant et éternel, augmentez en nous la foi, l’espérance et la charité ; et pour que nous méritions d’obtenir ce que vous promettez, faites-nous aimer ce que vous commandez ».

  1. St. Maximilien-Marie Kolbe
    1. La couronne de la pureté

Parmi ceux qui ont ressenti l’appel à suivre plus étroitement Jésus en abandonnant tout, figure St. Maximilien-Marie Kolbe que l’Église fête aujourd’hui, 14 août, en ce 75e anniversaire de son martyre (14 août 1941). Né le 8 janvier 1894, Rajmund reçut la vision de la Très Sainte Vierge Marie de Jasna Góra (Częstochowa) en 1906 alors que sa mère s’inquiétait de ce que deviendrait son cadet si turbulent. Notre Mère céleste lui proposa deux couronnes : une blanche pour la pureté et une rouge pour le martyre, lui demandant de choisir. Il prit les deux et s'engagea chaque jour à devenir meilleur.

En 1907, il entra avec son aîné François au petit séminaire des Franciscains conventuels (ou Cordeliers, habillés de noir et non pas de marron comme les Mineurs). Il fit ses vœux simples en 1911 et sa profession solennelle en 1914. Il avait été envoyé à Rome dès 1912 pour y poursuivre ses études. Il obtint le doctorat de philosophie en 1915 (université Grégorienne) et de théologie en 1919 (Seraphicum). Il fut ordonné prêtre le 28 avril 1918.

Durant son temps romain, il fut témoin de violentes manifestations franc-maçonnes contre le Pape, mettant sous le Vatican un emblème où St. Michel était terrassé par Lucifer. Il décide alors de fonder la Milice de l’Immaculée en 1917 (Militia Immaculata) et il utilisa la prière de la rue du Bac (Médaille miraculeuse) en la modifiant : « O Marie, conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous et pour tous ceux qui n’ont pas recours à vous, spécialement les maçons et tous ceux qui vous sont recommandés ».

En juillet 1919, il retourna en Pologne où il s’opposa aux communistes. Il enseigna à Cracovie mais fut contraint au repos par la tuberculose. Il publia en janvier 1922 Rycerz Niepokalanej, le Chevalier de l’Immaculée, un journal inspiré du modèle du Messager du Cœur de Jésus. Il en déménagea le centre à Grodno puis créa un nouveau couvent pour cette œuvre dans la Cité de l’Immaculée (Niepokalanów) près de Varsovie où plus de 800 frères travaillèrent à l’apogée, publiant aussi un quotidien tiré à 137.000 exemplaires (225.000 le week-end) : Mały Dziennik (le petit quotidien).

Entre 1930 et 1936, il partit comme missionnaire, d’abord à Shangaï et pour finir à Malabar (Inde) mais c’est au Japon qu’il connut entre deux le plus grand succès puisque le couvent qu’il fonda demeura à Nagasaki après la bombe atomique. Revenu en Pologne, il se lança dans l’apostolat par la radio.

  1. La couronne du martyre

Après l’invasion de la Pologne par les forces germano-soviétiques, il fut arrêté une première fois le 19 septembre 1939 mais relâché le 8 décembre. Il refusa de se reconnaître comme Allemand (son père avait cette nationalité : Kolbe est un patronyme allemand) en signant la Deutsche Volksliste qui lui aurait donné des avantages par rapport aux Polonais. Il continua à publier, y compris en imprimant des écrits anti-nazis et à œuvrer pour les pauvres réfugiés, dont 2.000 Juifs cachés dans la Cité de l’Immaculée.

Il faut arrêté le 17 février 1941, jour de la fermeture de son couvent. Avec 4 frères, il fut emprisonné à Pawiak puis transferé sous le matricule 16.670 à Auschwitz (pas Birkenau : le camp de concentration, pas d’extermination où mourut Ste. Thérèse-Bénédicte de la Croix ou mieux traduit « bénie par la Croix »). Agissant comme prêtre, il était souvent battu et giflé. À la fin de juillet 1941, trois prisonniers parvinrent à s’échapper. Le commandant du camp, SS-Hauptsturmführer Karl Fritzsch, choisit de faire mourir en représailles 10 prisonniers au bunker de la faim. L’un deux, Franciszek Gajowniczek s’écria : « Ma pauvre femme ! Mes pauvres enfants ! Que vont-ils devenir ? ». Alors Maximilien-Marie se proposa comme prêtre catholique de prendre sa place, ce qui fut étrangement concédé par le nazi.

Tous ses 9 compagnons moururent avant lui. Il les accompagna en les guidant vers Dieu durant ces terribles et si longues épreuves de la faim et de la soif. Après 14 jours, toujours vivant, il fut tué d’une injection de phénol (acide carbolique). Il mourut le 14 août mais fut incinéré le jour de l’Assomption, le 15 août 1941.

Conclusion

Il est le seul saint à avoir les deux couronnes de confesseur (béatification en 1971) et martyre (canonisation en 1982, en présence de Gajowniczek). Il a inspiré les Franciscains de l’Immaculé, nouvel ordre florissant fondé par le P. Stefano Manelli, qui connaît de grandes épreuves actuellement en raison de son choix de la forme extraordinaire.

Implorons de Dieu la grâce de ne pas être des tièdes et cultivons l’action de grâce pour les saints qui nous sont donnés comme modèles de vertus, en espérant la grâce d’être à leur hauteur, « chevaliers de l’Immaculée » dont le Cœur triomphera de Satan à la fin des temps.

 


[1] « Galilée des Nations » (Mt 4, 15 citant Is 8, 23) ; « Nathanaël répliqua (à Philippe) : ‘De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ?’ » (Jn 1, 46) et « La Samaritaine lui dit : ‘Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ?’ – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains (…) Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem » (Jn 4, 9. 20).

[2] Cité par Jésus Lui-même : « Il y avait de nombreux lépreux en Israël au temps du roi Elisée ; pourtant aucun d’eux ne fut purifié mais bien Naaman le Syrien » (Lc 4,27).