Assomption (15 août 2016)

 

Homélie de l’Assomption (lundi 15 août 2016)

(Fichier audio ici)

Prier pour sa patrie, prier pour la France

Lorsque j’étais vicaire à Dieppe, un haut-fonctionnaire vint me voir dans la sacristie à l’issue de la messe de l’Assomption pour me corriger. Aujourd’hui, la conception moderne de l’Église fait que ce sont les fidèles qui donnent des leçons aux prêtres ! J’avais indiqué qu’en ce jour de l’Assomption, nous fêtions aussi notre pays dont la Vierge Marie est la Sainte Patronne principale puisque durant des siècles, le 15 août avait été notre fête nationale. Il s’offusquait que je misse devant le 14 juillet le 15 août. Comme si nous ne savions pas que la fête nationale fixée au 14 juillet n’est fêtée que depuis 1880, c’est-à-dire rien dans le temps long de l’histoire d’un pays. La fête nationale était au 15 août depuis le vœu du roi Louis XIII en 1638. De 1638 à 1880 malgré quelques années d’interruption (même Napoléon né un 15 août l’avait rétabli, ainsi que Napoléon III). Méditons donc sur la prière pour la patrie.

  1. La patrie, cellule naturelle….

La patrie est le pays de nos pères (pater, patris). Elle constitue l’une de ces cellules les plus naturelles, avec la famille, pour donner les cadres mentaux et affectifs nécessaires au développement de la personne humaine.

En France, on confond souvent la patrie, la Nation et l’État, du fait que c’est l’État qui a créé la Nation française. Du coup, on attend toujours tout de l’État. Mais j’ai toujours considéré que nous occultions un trait essentiel de la Providence qui est que nous avons eu pour entrer dans le 3e millénaire un pape polonais, St. Jean-Paul II. La Pologne a été rayée de la carte pendant plus de 125 ans (1795 (voire 1772) à 1919 ; 1939-1945) : l’État polonais n’existait donc plus. Or, la Pologne comme patrie n’avait bien sûr pas disparue. C’est l’Église qui l’a conservée vivante dans le cœur et l’esprit des Polonais par la foi face à des puissances souvent hétérodoxes (Prussiens luthériens, Russes orthodoxes, à l’exception notable pour la Galicie de l’Autriche catholique ; ou impies (nazis, communistes)). Elle a maintenu par ses écoles et ses presses, l’amour de la langue. Est-ce un hasard si St. Jean-Paul II est un homme de poésie, de théâtre (rhapsodique) ? Or, nous vivons une époque troublée de délitement de l’État en France, mais cela doit nous rappeler que seule l’Église peut maintenir l’identité française, qui bien sûr est congénitalement catholique quoi qu’on en dise.

Ce n’est pas parce que le nationalisme a provoqué de nombreux drames qu’il faudrait avoir honte d’être patriotes. Romain Gary (1914-1980) a écrit : « Le patriotisme, c'est l'amour des siens. Le nationalisme, c'est la haine des autres », phrase qui se trouve aussi sous la plume du Général de Gaulle (1890-1970) : « Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres ». St. Jean-Paul II avait une belle image de la patrie et le Bx. Jerzy Popiełuszko célébrait des messes pour la patrie à sa paroisse St. Stanislas Kotska de Varsovie. Certes, certains prélats depuis quelques décennies nous font croire au « Machin » (de Gaulle), l’ONU, à l’universalité sans frontière et sans différence, une mondialisation sans âme où tout se vaudrait à l’aune du relativisme. Toujours la même hérésie à l’œuvre, comme dans le gender, l’indistinction, la fusion de l’informe, le chaos ou tohu bohu de la Genèse. Dieu crée en séparant, condition essentielle pour la communication : il faut reconnaître que l’autre est autre pour pouvoir entrer en relation avec lui. Et parfois l’autre se fait mon ennemi mais je dois pouvoir le nommer si je veux pouvoir le combattre. L’Église catholique qui est universelle par définition, ne doit pas avoir peur de reconnaître les différences entre ses fils qui ne sont pas interchangeables. Nous avons le même Dieu et Père mais nous avons une plus grande proximité avec nos prochains d’à-côté, c’est normal.

  1. … voulue par Dieu pour l’exercice de la charité

Aimer sa patrie est un devoir religieux, a fortiori prier pour elle. Le 4e commandement qui prescrit d’honorer son père et sa mère a toujours été compris comme impliquant d’honorer, c’est-à-dire aimer sa patrie. Certains prélats ont trop eu tendance à le limiter au respect et à la prière pour ceux qui nous gouvernent, mais c’est tout autant pour la communauté des gouvernés sous un même pouvoir, aussi faible et décadent soit-il comme aujourd’hui. Nous appartenons à la même famille qu’est la France. Qu’on le veuille ou non, nous avons des liens charnels si nous remontons dans nos arbres généalogiques. Certes, nous Chrétiens et même Catholiques, n’oublions pas que la vraie patrie est au Ciel, auprès du Père. Un de mes amis s’étonnait que St. Thomas parlât si souvent de la patrie alors qu’il désignait le Paradis par ce terme et non pas la patrie d’ici-bas.

St. Thomas enseigne qu’il y a un ordo caritatis. On doit aimer en respectant une certaine hiérarchie. Dieu d’abord, « Messire Dieu, premier servi », puis soi-même, le prochain, son propre corps etc… Dans le prochain, il y a bien sûr des distinctions : sa famille proche, puis élargie, ses collègues etc… En fonction de là où nous place notre état de vie. L’amour de la patrie s’inscrit dans ce cadre naturellement. On peut se lamenter sur le sort des petits pauvres à l’autre bout du monde mais on doit d’abord aimer ses frères et sœurs de sang ! Au risque de tomber sinon dans une certaine stérilité et passivité car toute cette misère semble si loin, si impossible à soulager tellement elle est grande !

 

Consécration de la France à la Sainte Vierge

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté que d'accidents qui nous menaçaient. Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables à notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice ; la rébellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Etat, qui n'avait d'autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme sa Providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve, et sa puissance le défend. Tant de grâces si évidentes font que pour n'en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l'accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de " nous consacrer à la grandeur de Dieu " par son Fils rabaissé jusqu'à nous et à ce Fils par sa mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables, et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente Déclaration à la Grande Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de la ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales, que celles des monastères de ladite ville et faubourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.

Exhortons pareillement tous les Archevêques et Evêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu'à ladite cérémonie les cours de parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents. Et d'autant qu'il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie ; et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d'admonester tous nos peuples d'avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse longuement d'une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés ; car tel est notre bon plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l'an de grâce mil-six-cent-trente-huit, et de notre règne le vingt-huitième. Louis.