Assomption (15 août)

Homélie de la Solennité de l’Assomption (15 août 2017)

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L’espérance

En ce jour de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie, méditons l’une de ses vertus importantes : « Je suis la mère (…) de la sainte espérance » (Sir 24, 18).

  1. L’espérance est une vertu indispensable (II-II, 17, 1)
    1. Une vertu théologale qui attend de Dieu le secours pour atteindre la vie éternelle

D’après Aristote, « la vertu (…) rend bon le sujet qui la possède et bonne son action ». Or, le bien se reconnaît à ce que l’être atteint sa règle propre : c’est ainsi qu’un vêtement est bon s’il n’est ni trop long ni trop court. Les actes humains ont une double mesure : l’une, immédiate et homogène : la raison ; l’autre, suprême et transcendante : Dieu. Tout acte humain qui atteint l’une ou l’autre de ces mesures : la raison ou Dieu, est bon. L’objet de l’espérance est un bien, futur, difficile, mais qu’on peut obtenir. Une chose nous est possible, atteignable, de deux façons : par nous-mêmes, ou par autrui. Espérer une réalité envisagée comme possible pour nous grâce au secours divin, nous fait atteindre Dieu lui-même, sur le secours duquel elle s’appuie (la grâce) (I-II, 17, 1). Celui qui espère atteint ainsi déjà une perfection même s’il n’a pas encore atteint le but qu’il recherche (I-II, 17, 1, ad 3) qui est Dieu dans la béatitude éternelle.

En effet, le seul objet qui soit proportionné pour l’espérance est Dieu Lui-même et rien d’autre des réalités d’ici-bas ! « Quæ sursum sunt quærite ! » : « Recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre » (Col 3, 1-2). Le propre d’une puissance infinie de laquelle nous attendons le secours est en effet de conduire à un bien infini : on ne peut espérer de Dieu un bien qui soit moindre que Lui, puisque Sa bonté, par laquelle Il communique Ses biens à la créature, n’est pas moindre que Son essence (II-II, 17, 2).

Certes, l’homme voyageur (homo viator) d’ici-bas ne peut connaître parfaitement la nature et la qualité de la béatitude éternelle : « Cette espérance, entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire » (He 6, 19). Mais au moins il peut l’approcher selon sa raison commune, celle du bien parfait (II-II, 17, 2, ad 1). Ce rideau, telle un jubé en Occident ou une iconostase en Orient est comme un voile (velamen, -inis disait d’ailleurs la Vulgate !). Et l’Assomption est assurément ce qui nous donne cette espérance. Une créature est montée de l’autre côté, au terme de sa vie terrestre, corps et âme au Ciel pour jouir de la vision béatifique en toutes ses dimensions.

L’espérance a pour objet principal la béatitude éternelle et ne vise qu’ensuite et référés à elle, les autres biens demandés à Dieu, par exemple dans le Notre Père les biens de la vie présente, tant spirituels que temporels, et aussi la délivrance des maux, qui n’existeront plus dans la béatitude éternelle (II-II, 17, 2, ad 2).

L’espérance est une vertu théologale qu’on peut définir génériquement ainsi : elle a Dieu pour objet et provient de Dieu (II-II, 17, 5)[1]. Pour le cas spécifique de l’espérance, on peut dire qu’elle a deux objets : le bien que l’on veut obtenir est la vie éternelle avec Dieu en Son Paradis (participation à la nature divine). Il s’agit de la cause finale. L’autre est le secours par lequel on espère obtenir ce bien, donc la grâce divine, qui est la cause efficiente. Pour ces deux causes on trouve du principal et du secondaire. Il n’est pas permis d’espérer comme fin ultime un bien quelconque, en-dehors de la béatitude, mais seulement comme moyen ordonné à cette fin. De même il n’est pas permis de mettre son espérance dans un homme ou une autre créature comme dans une cause première menant à la béatitude. Toutefois, il est permis de voir en eux un agent secondaire et instrumental qui aide. C’est en ce sens qu’intervient l’intercession des saints dans la communion des saints (II-II, 17, 4).

  1. Le rapport à autrui dans l’espérance

Prise absolument, l’espérance ne concerne le bien difficile qui se rapporte qu’à soi-même (donc qu’on soit sauvé soi). Mais en présupposant autre chose, l’espérance peut se porter au bien d’autrui. Mais cela est alors lié à l’amour de charité. En effet, amour et espérance sont deux mouvements de la volonté. Mais l’amour implique une certaine union de l’aimant à l’aimé, donc deux réalités distinctes, autrui et soi-même ; alors que l’espérance implique un mouvement ou une tendance de l’appétit vers un bien difficile voulu pour soi. Mais si l’on présuppose une union d’amour avec autrui, alors on peut désirer et espérer la béatitude éternelle pour autrui comme pour soi-même, en tant qu’on lui est uni par l’amour (II-II, 17, 3).

C’est assurément un point important en lien avec dans les œuvres de miséricorde spirituelle. Tant dans l’œuvre d’évangélisation d’un côté (enseigner les ignorants qu’ils doivent se convertir et aimer Dieu, soi-même et le prochain pour être sauvés et avertir les pécheurs de ce qui les menace s’ils ne se convertissent pas : la perdition éternelle) que dans l’intercession pour l’Église souffrante des âmes du Purgatoire (prier Dieu pour les vivants et les morts). Voici une jolie anecdote rapportée par l’Impératrice Zita à propos d’une Visitandine de Zangberg (Bavière), Sr. Marie-Gabrielle dont le père s’était éloigné de la confession après une tentative avortée par l’indélicatesse d’un confesseur. « Désespérée de cela, sa fille décida de racheter l’âme de son père au travers du plus grand des sacrifices : celui de toute sa vie. Elle entra au monastère de la Visitation et y porta, sa vie durant, une très grosse croix de la plus sainte des manières. Une fois, il y avait adoration et Sœur Marie-Gabrielle était agenouillée en adoration. Soudain, elle vit son père se tenir debout devant elle, le visage gris, complètement creusé et une expression infiniment triste. Il lui fit un signe d’adieu de la main et disparut. Le lendemain, un télégramme apporta la nouvelle que le père avait été retrouvé mort dans son lit. La sœur avait durant toutes ces années fait le maximum pour l’inciter à revenir à l’Église et à recevoir les sacrements. Il avait repoussé le prêtre jusqu’à la fin et avait maintenant été surpris par la mort dans son sommeil. La pauvre sœur Marie-Gabrielle, qui se trouvait à cette époque depuis longtemps déjà au monastère à Zangberg, seule Française parmi toutes les Allemandes et qui devait subir la direction sans pitié d’une « Bonne Mère » énergique, fille de général, était sans consolation et son allemand plus que défectueux ne lui permettait pas de trouver le moindre soutien auprès des autres et surtout pas auprès de sa supérieure. Seule, elle dut mener jusqu’au bout un combat spirituel désespéré. De très nombreuses années après, Sœur Marie-Gabrielle était de nouveau, comme si souvent, agenouillée en adoration sur le prie-Dieu près de l’autel. Soudain, son père se tint de nouveau devant elle, cette fois-ci transfiguré et avec une expression indiciblement heureuse : ‘Je quitte le Purgatoire’ lui dit-il et il la regarda rayonnant de bonheur, puis disparut. Le difficile sacrifice de sa vie et la confiance héroïque contre toute espérance avaient racheté l’âme aimée de son père ».

  1. Foi, espérance et charité
    1. Distinction entre les vertus théologales

Une vertu est théologale car elle a Dieu comme l’objet auquel elle s’attache. Mais on peut s’attacher de deux façons : pour lui-même, et parce que par lui on parvient à autre chose. La charité fait que l’homme s’attache à Dieu pour Lui-même, en les unissant par l’amour. Mais la foi et l’espérance font que l’homme s’attache à Dieu comme à un principe d’où nous viennent certains biens : respectivement la connaissance de la vérité et l’acquisition du bien parfait du Paradis. Par la foi, nous croyons que les propositions sont vraies, lorsqu’elles nous sont dites par Dieu. Par l’espérance, l’homme s’attache à Dieu, bonté parfaite dont il attend le secours divin sur lequel s’appuyer pour obtenir la béatitude (II-II, 17, 6).

La foi, d’une façon absolue, précède l’espérance. Pour espérer, il faut que l’objet de son espérance soit proposé comme possible. Or seule la foi nous apprend que nous pouvons parvenir à la vie éternelle et qu’à cette fin un secours divin nous a été préparé : « sans la foi, il est impossible d’être agréable à Dieu ; car, pour s’avancer vers Lui, il faut croire qu’Il existe et qu’Il récompense ceux qui Le cherchent » (He 11, 6).

C’est par la foi que l’espérance atteint un niveau de certitude. En effet, essentiellement, la certitude se trouve dans la faculté de connaissance. Mais d’une manière participée, la certitude se trouve aussi en tout ce que la puissance de connaissance conduit infailliblement à sa fin (comme la nature tend vers sa fin par l’intelligence divine) (II-II, 18, 4). En effet, si l’on ne sait jamais avec certitude si nous avons la grâce (cf. Ste. Jeanne d’Arc : « Si je n’y suis, Dieu m’y mette; et, si j’y suis, Dieu m’y tienne ! »), l’espérance ne s’appuie pas principalement sur la grâce déjà possédée, mais sur la toute puissance et miséricorde de Dieu, par quoi même celui qui n’a pas la grâce peut l’acquérir, et parvenir ainsi à la vie éternelle, choses qu’on sait par la foi (II-II, 18, 4, ad 2). Ce n’est que le libre-arbitre de l’homme qui peut mettre des obstacles à la grâce pour faire mentir cette espérance (II-II, 18, 4, ad 3).

  1. L’espérance s’attache à Dieu moins parfaitement que la charité

Dans la tripartition classique des vertus théologales, l’espérance vient entre la foi et la charité. Dans l’ordre de la génération et de la nature, selon lequel l’imparfait est antérieur au parfait, l’espérance est antérieure à la charité. En effet, l’espérance, comme tout mouvement de l’esprit, dérive de l’amour. Or il y a un amour parfait et un amour imparfait. L’amour parfait est celui par lequel une personne est aimée pour elle-même, comme quelqu’un à qui nous voulons du bien : ainsi l’amour de l’homme pour son ami. L’amour imparfait aime une réalité, non en elle-même, mais pour avoir le bien qu’elle constitue : ainsi l’homme qui aime une chose qu’il convoite. L’amour pour Dieu, au premier sens, se rattache à la charité qui adhère à Dieu pour Lui-même. L’espérance relève du second amour car on a l’intention d’obtenir quelque chose pour soi. De même que l’homme est amené à aimer Dieu parce que la crainte du châtiment divin lui fait abandonner son péché, aussi l’espérance introduit-elle à la charité, en tant que l’espoir d’être récompensé par Dieu excite l’homme à L’aimer et à garder Ses commandements (II-II, 17, 8).

  1. L’Espérance siège dans la volonté de ceux qui sont ici-bas uniquement

L’acte d’espérance est un mouvement de la puissance appétitive qui recherche un bien. Mais il ne s’agit pas de l’appétit sensible (composé de l’irascible et du concupiscible) mais de l’appétit intellectuel ou volonté car le bien qu’il recherche, Dieu, n’est pas sensible mais purement spirituel (II-II, 18, 1)[2].

L’espérance ne vaut que pour les hommes ici-bas, « en voyage » (viatores) vers les réalités d’en-haut. Après la mort, elle cesse pour les états définitifs du Paradis et de l’enfer. Les âmes bienheureuses du Ciel qui possèdent la jouissance de Dieu n’ont plus lieu d’espérer (II-II, 18, 2). « Voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ? » (Rm 8, 24)[3]. Ils savent que cet état est éternel, en-dehors du temps, donc qu’il est acquis pour toujours, leur donnant la plus grande des paix : « il est en effet requis à la vraie et parfaite béatitude qu’on soit certain de la perpétuité de son bonheur, sans quoi la volonté ne pourrait pas demeurer en repos » (II-II, 18, 3). Si les âmes bienheureuses désirent la béatitude pour leur proche, c’est par charité et pas par espérance (II-II, 18, 2, ad 3). De même, elles désirent que leur corps soit re-conjoint à l’âme (donc elles ont hâte de la fin des temps) mais sans qu’on puisse parler d’espérance car il n’y a là rien d’ardu pour elles[4].

Pour ceux qui sont en enfer, il n’y a pas non plus d’espérance, puisque la perpétuité de la damnation fait partie du châtiment des damnés. La damnation n’aurait pas vraiment raison de peine si elle ne contrariait pas la volonté, ce qui ne pourrait pas être si les damnés ignoraient la perpétuité de leur damnation. Il n’y a que pour les âmes du Purgatoire que l’espérance demeure, celle de paraître dès que possible en Paradis, vu que leur état n’est que transitoire et qu’ils conçoivent la béatitude comme un bien futur et possible

Conclusion :

Cette fête de l’Assomption doit raviver, comme l’Ascension, notre espérance. « Nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l’âme » (He 6, 19). En effet, savoir que la plus parfaite des créatures est déjà au Ciel nous donne l’envie de la suivre, arrimée à la cordée accrochée à cette ancre solidement posée au Ciel. Raison pour laquelle on lui attribue cette parole : « J’ai reçu toute grâce pour montrer le chemin et la vérité. En moi est toute espérance de vie et de force » (Sir 14, 18). Elle est la « première en chemin » qui nous ouvre les portes, après certes l’humanité de Jésus à l’Ascension.

Il convient enfin, puisque nous parlons de Notre-Dame de la Sainte-Espérance, de dire un mot du Mesnil-Saint-Loup (diocèse de Troyes). Le 5 juillet 1852, le jeune curé, l’Abbé Ernest André (1826-1903), fut reçu en audience par le Bx. Pie IX et obtint pour la statue de sa petite paroisse de Champagne crayeuse l’approbation de l’invocation « ND de la Ste. Espérance, convertissez-nous ». Il revivifia sa paroisse par une archiconfrérie et décida de devenir moine bénédictin en 1864 sous le nom de Dom Emmanuel. Des moniales s’adjoignirent aussi et les deux communautés furent rattachées en 1886 à la congrégation bénédictine des Olivétains (moines blancs fondés en 1313 par St. Bernard Tolomei à Sienne). En 1948, ils reprirent le Bec-Hellouin. De là, ils essaimèrent à Abu-Gosh en Terre Sainte (1976) puis en Irlande du Nord (1983).

« Notre-Dame de la Ste. Espérance, convertissez-nous ».

 

Consécration de la France à la Sainte Vierge

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté que d'accidents qui nous menaçaient. Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables à notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice ; la rébellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Etat, qui n'avait d'autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme sa Providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve, et sa puissance le défend. Tant de grâces si évidentes font que pour n'en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l'accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de " nous consacrer à la grandeur de Dieu " par son Fils rabaissé jusqu'à nous et à ce Fils par sa mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables, et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre.

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente Déclaration à la Grande Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de la ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales, que celles des monastères de ladite ville et faubourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.

Exhortons pareillement tous les Archevêques et Evêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu'à ladite cérémonie les cours de parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents. Et d'autant qu'il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie ; et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d'admonester tous nos peuples d'avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse longuement d'une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés ; car tel est notre bon plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l'an de grâce mil-six-cent-trente-huit, et de notre règne le vingt-huitième. Louis.

 

[1] Comme vertu théologale, et contrairement aux vertus morales, l’espérance ne comporte pas de juste milieu entre deux extrêmes dans son objet principal, car on ne saurait trop se confier au secours divin ; mais pour les biens que l’on a confiance d’obtenir, il peut y avoir milieu et extrêmes, en tant que l’on présume des biens disproportionnés, ou que l’on désespère de biens proportionnés (II-II, 17, 5, ad 2).

[2] Nous parlons ici de la vertu d’espérance. Par contre, pour la passion d’espérance qui recherche un plaisir sensible, elle siège dans l’irascible.

[3] La foi disparaît aussi au Ciel, raison pour laquelle la charité est la plus grande des trois vertus théologales (1 Co 13, 13) : c’est la seule qui subsiste au Paradis dans la « patrie ».

[4] Puisque l’espérance est une vertu théologale qui a Dieu pour objet, son objet principal est la gloire de l’âme jouissant de Dieu, et non la gloire du corps. De plus, celle-ci n’apparaît pas difficile à atteindre pour celui qui possède la gloire de l’âme. D’abord parce que la gloire du corps est peu de chose en comparaison de la gloire de l’âme. Et aussi parce que celui qui a la gloire de l’âme possède déjà la cause suffisante de la gloire du corps (II-II, 18, 2, ad 4). C’est aussi la raison pour laquelle on ne peut pas dire que Jésus espérait : en tant que Dieu, il avait la vision béatifique permanente. En tant qu’homme, ce qui lui manquait encore était juste la possibilité pour Sa nature humaine, de posséder la gloire de l’impassibilité et de l’immortalité. Mais la gloire du corps est secondaire par rapport à la jouissance de Dieu par l’âme qui est l’objet principal de la vertu d’espérance (II-II, 18, 2, ad 1).