12e dimanche Pentecôte (12 août)

11e dimanche après la Pentecôte

L’office divin

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« Deus, in adiutorium meum intende, Domine ad adiuvandum me festina » = « Dieu, venez à mon aide, Seigneur, venez vite à notre secours ». L’introït de ce jour, tiré du Ps 69, 2-3, connut un extraordinaire développement et un usage qui doit en faire le verset le plus employé chaque jour dans le monde catholique. C’est en effet la formule qui débute chaque office divin du bréviaire.

  1. L’office divin : prier 8 fois par jour
    1. Prier sans cesse

Pour beaucoup, « aller à l’office » désignerait la participation à la Sainte Messe. Cet usage impropre montre qu’ils croient qu’aller à l’église reviendrait toujours à aller à la messe. Or l’église a d’autres usages que le saint Sacrifice. Elle peut et doit servir à l’office divin proprement dit, cette prière publique, continuelle, qui scande les journées et les saisons et qui s’enracine dans le « Priez sans cesse » paulinien (1 Th 5, 17), associé à une action de grâces, une louange rendue à Dieu. Autrefois existait le pieux usage, malheureusement perdu, de participer aux vêpres avec un salut du Saint-Sacrement en fin d’après-midi le dimanche. Mais les vêpres ne constituent que l’un des huit offices. « Sept fois le jour, je te loue » (Ps 119, 164) auquel on a rajouté la prière nocturne de vigile ou matines. D’ailleurs, la journée commençait la veille au soir[1].

  1. Les prières monastiques

Nous n’avons donc pas à rougir lorsqu’on entend dire que les musulmans prieraient 5 fois par jour. Les moines et religieux prient normalement 8 fois par jour, comme dans l’exemple du monastère Ste Madeleine du Barroux avec ses horaires du dimanche[2].

Nom français

Étymologie latine

Horaire du Barroux

Vigile/Matines

Vigilia matutina : veille du matin

3h30

Laudes

Laus, laudis : louange

6h

Prime

Prima : 1ère h

8h

Tierce

Tertia : 3e h

10h

Sexte

Sexta : 6e h

12h15

None

Nona : 9e h

14h30

Vêpres

Vespera : soir

17h30

Complies

Completum : achevé

19h45

 
  1. Les heures romaines

Le christianisme s’enracine dans un cadre romain. Les horaires n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. La durée des heures était variable selon les saisons. La nuit était divisée en 12 heures regroupées en 4 veilles de 3 heures avec un point fixe, minuit (media nox) avec lequel commençait la 3e veille, comme attesté dans les Évangiles : « Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille » (Lc 12, 38) ; « À la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer » (Mt 14, 25). Le jour était quant à lui divisé en 12 heures (allant de 44 min 30 s le 23 décembre à 75 min 30 s le 25 juin). Le seul point fixe étant le midi (meridies) qui partageait le jour en 6 heures avant et après. Dans la parabole des ouvriers de la 11e heure (Mt 20, 1-16), le texte évoque « le point du jour, la troisième heure, la sixième heure, la neuvième heure, la onzième heure », soit respectivement vers 6h, 9h, 12h, 15h et 17h de nos jours.

La journée monastique est ainsi continuellement ‘interrompue’ par la prière au chœur. Seul les moines de chœur y sont d’ailleurs tenus totalement. Les moines convers[3], prenant prioritairement en charge l’aspect matériel de la vie monastique, ne participent pas à tous les offices mais seulement à certains n’interrompant pas trop leur travail (mâtines, laudes, sexte, vêpres et complies par exemple).

  1. Les composants du bréviaire romain
    1. Le bréviaire des prêtres séculiers

Le bréviaire est une forme abrégée (brevior en latin : plus bref), moins en termes de contenu que de format. Il rassemble, en un seul ouvrage portatif ce qui était distribué chez les moines en plusieurs ouvrages : antiphonaires, psautier, hymnaires, dont certains étaient très grands : un seul faisant parfois 1m de large, posé sur un lutrin ou piédestal pour toute une rangée de stalles avec une écriture très grosse pour être lue de loin. Le bréviaire a surtout été pensé pour la récitation privée et non pas pour l’office communautaire. On retrouve partiellement là la distinction entre le clergé séculier et régulier.

  1. Les parties du bréviaire

Cette liste d’anciens livres indique les éléments composant l’office : les antiennes, psaumes, hymnes auxquels il convient d’ajouter les capitules, répons, et plus récemment prières ou intentions. « Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés » (Col 3, 16)[4]. L’antienne (antiphona en latin) est un verset servant de refrain, tiré du psaume ou cantique, qui met en valeur son aspect saillant. Elle est reprise à la messe pour l’antienne d’ouverture (l’introït), de l’offertoire et de la communion mais fut au cours du temps détachée de son psaume. Le cantique est une pièce plus poétique tirée d’un livre de la Bible[5]. L’hymne est une composition poétique ne provenant pas de l’Écriture Sainte, caractérisant souvent la vie du saint avec toute la concision latine. Le répons met en valeur le capitule ou lecture biblique par un court refrain.

Le cœur de l’office est constitué des psaumes souvent cités par le Seigneur, par ex. Ps. 118, 22 : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la tête d’angle » (en Mt 21, 42 ou Mc 12, 10 ou Lc 20, 17) ou Ps 22, 2 « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (en Mt 27, 46 ou Mc 15, 34). Jésus les priait et les connaissait par cœur, puisque c’est le fondement de la prière juive. Il évoque par exemple dans le récit des disciples d’Emmaüs : « il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes » (Lc 24, 44[6]).

Le psautier est un des 46 livres de l’Ancien Testament attribué au roi David, reconnaissable iconographiquement sur l’arbre de Jessé par sa harpe ou psalterion pour psalmodier ses compositions. Psaume signifie « louanges » en hébreu. Les 150 textes, de longueur très variable composent un magnifique recueil de toutes les attitudes humaines envers Dieu, le suppliant, lui confiant sa défense, l’implorant d’agir voire l’y exhortant, le louant. L’office monastique et le bréviaire romain disent toujours les 150 psaumes chaque semaine. La réforme de 1970 pour ce qui est devenu la Liturgie des heures ou Prière du Temps présent l’a réduit et déployé sur quatre semaines à la place, l’allégeant de facto.

  1. Histoire de sa composition

Le bréviaire fut surtout composé à l’époque carolingienne (VIIIe s), à partir d’un office basilical romain de type monastique préexistant. Le bréviaire de la curie romaine fut diffusé dans tout l’Occident par les Franciscains à partir du XIIIe s. Une première réforme approfondie entamée par le cardinal franciscain Quiñones[7] fut rejetée par saint Pie V qui promulgua le breviarium romanum en 1568[8]. Malgré des changements non négligeables jusqu’en 1632 et Urbain VIII, il demeura jusqu’à la réforme de saint Pie X en 1911. Enfin, la réforme de 1970 fut beaucoup plus radicale, réduisant les offices à 5 au lieu de 8 (office des lectures récité au moment le plus convenable et remplaçant matines/vigiles et prime ; une seule petite heure entre tierce, sexte et none dite « heure médiane », renforcement du rôle des heures majeures de laudes et vêpres, complies). Elle a uniformisé la structure de tous les offices avec une hymne [attention : féminin pour l’Église !], 3 psaumes ou cantiques à chaque fois, un capitule (court passage biblique), un répons bref et ensuite pour laudes, vêpres, complies : le cantique (Benedictus de Zacharie, Magnificat de la Vierge, Nunc Dimittis de Siméon) et aux grandes heures, preces (intercession), Pater, oraison conclusive. Laudes et vêpres symbolisent aussi l’union avec le rythme cosmique (lever et coucher du soleil) et le mystère pascal (mort et résurrection du Christ).

Conclusion

Pour le fidèle laïque aujourd’hui, il ne faut pas chercher selon saint François de Sales à mélanger les rôles[9] en voulant assumer la récitation de tout l’office divin. Il peut bien sûr en réciter l’un ou l’autre mais il ne doit pas se prendre pour un consacré qui, lui, selon son statut, s’est engagé à la récitation de l’office divin sous une forme ou une autre. C’est l’une des 3 promesses du prêtre : célibat, obéissance et office[10]. L’Église y a pourvu. Elle a reçu de la Vierge Marie le saint Rosaire, composé originellement[11], comme un office divin du pauvre car il comporte avec ses trois séries initiales 150 Ave Maria, autant que les psaumes. Cette prière peut facilement se réciter à n’importe quel moment de la journée, même en conduisant ou en faisant ses courses et pourtant sanctifie la journée.

L’Église recommande aussi de faire chaque matin et chaque soir une prière (c’était d’ailleurs l’office cathédral, par opposition à l’office monastique qui s’est imposé en Occident) saint François de Sales en précise la portée : « Par l’exercice du matin, vous ouvrez les fenêtres de votre âme au soleil de justice ; et par celui du soir, vous les fermez aux ténèbres de l’Enfer »[12]. Il convient, d’une manière ou d’une autre, de chercher Dieu, de le prier : « Restez toujours joyeux. Priez sans cesse. En toute condition soyez dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus » (1 Th 5, 16). C’est le meilleur moyen de se préparer aux joies du Paradis où nous verrons Dieu face à face et chanterons inlassablement sa louange avec les anges et les saints.

 


[1] D’où l’habitude de dire des « premières vêpres du dimanche » le samedi soir qui a légitimé la messe anticipée postconciliaire ; et l’usage de célébrer une fête d’un parent la veille. Pour les Juifs, le sabbat commençait la veille au coucher du soleil, d’où la nécessité d’enterrer Jésus dès la fin du vendredi après-midi car un cadavre ne pouvait rester exposé le jour saint.

[2] Dans certains lieux (St Wandrille) on parlera de vigile, souvent un petit plus tardives (5h25) et prime est parfois supprimé ou intégré dans cette vigile.

[3] Appelés aussi frères lais (= laïcs autrefois), ils existent depuis environ l’an mil (St Pierre Damien chez les Camaldules et saint Jean Gualbert à Vallombreuse, deux branches bénédictines) lorsque les moines étaient souvent prêtres et s’adonnaient plus à des travaux intellectuels (dans les scriptoria pour retranscrire les livres) que manuels. Aujourd’hui, cette distinction a disparu, sauf dans les monastères liés à la Tradition : à Fontgombault, un moine de chœur ne travaille pas plus de 4h par jour manuellement contre 6h pour un convers. Cela correspond aussi à une vocation : tout le monde n’a pas les capacités physiques, intellectuelles, de devenir prêtre ou moine de chœur.

[4] Variante en Eph 5, 19 : « Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur ».

[5] Dans le nouveau bréviaire, il y a un cantique de l’Ancien Testament aux laudes et du Nouveau à vêpres, en plus du cantique Benedictus et Magnificat.

[6] Cette tripartition reprend les 3 composantes de la Bible hébraïque : la Torah, les prophètes et les écrits sapientiaux : TaNaK = תנ״ך : Torah/Nevi’im/Ketouvim.

[7] Trois principes en 1535 pour faciliter la récitation a solo : nouvelle distribution des psaumes non plus pris à la suite mais pour mieux corresponde aux heures ; lecture des saintes Écritures une fois par an pour ses textes majeurs et office également long au cours de la journée. Cela impliquait la suppression des ajouts (office de la Vierge, des défunts, sanctoral ayant pris le dessus sur le temporal et férial).

[8] La distinction entre la récitation publique et privée est supprimée, on prétend avoir choisi de meilleures traductions, avoir fait un meilleur choix des légendes des saints (legenda : ce qui doit être lu au réfectoire et pas récit mystique), en réduisant le sanctoral, avoir mieux distribué les lectures de l’Écriture et des Pères.

[9] Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote I, 3 : « Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre : ainsi commande-t-il aux Chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vacation. La dévotion doit être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée ; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Je vous prie, Philothée, serait-il à propos que l’évêque voulût être solitaire comme les Chartreux ? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les Capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l’évêque, cette dévotion ne serait-elle pas ridicule, déréglée et insupportable ? Cette faute néanmoins arrive bien souvent ».

[10] À distinguer des 3 vœux de chasteté, pauvreté, obéissance, professés par les moines et religieux.

[11] Jusqu’à la réforme du Rosaire par saint Jean-Paul II qui ajouta une 4e série, les mystères lumineux, faisant passer le nombre d’Ave Maria à 200 au lieu de 150.

[12] Introduction à la vie dévote II, 11.