Assomption (15 août)

Homélie de l’Assomption (15 août 2018)

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Notre-Dame de Guadalupe

En cette fête de l’Assomption, voyons le rôle éminent dévolu par le Seigneur à sa sainte Mère dans l’histoire du salut. Si elle est montée au Ciel corps et âme, prémices de la résurrection finale à la fin des temps, c’est qu’elle a une mission spéciale à jouer dans l’œuvre de la Rédemption. Il s’agit pratiquement d’une œuvre apostolique puisqu’on constate que les grandes apparitions reconnues par l’Église sont presque toujours mariales, à de rares exceptions près (sainte Anne à Auray ; saint Joseph à Cotignac). Le plus grand sanctuaire marial est à Mexico appelée autrefois Tenochtitlan : Notre-Dame de Guadalupe.

  1. Sur la colline de Tepeyac, entre les 9 et 12 décembre 1531
    1. De Guadalupe à Guadalupe

La capitale de l’empire aztèque était tombée depuis 10 ans, le 13 août 1521 aux mains du conquistador Hernán Cortés. Il est de bon ton de critiquer la brutalité des conquérants mais on oublie que 9 millions d’Indiens se convertirent massivement suite aux apparitions de décembre 1531. Cortés était originaire de Medellín, ville d’Estrémadure à 90 km au sud-ouest d’un lieu marial appelé Notre-Dame de Guadalupe. Au milieu du XIIe s, un berger, Gil Cordero, vit la vierge lui apparaître alors qu’il cherchait une vache retrouvée morte. Elle lui ordonna de creuser à cet emplacement pour exhumer sa statue cachée en 714 devant l’invasion des maures. Elle voulait en outre une église et un accueil gratuit pour les pèlerins car elle annonçait qu’elle y ferait de nombreux miracles. Notre-Dame de Guadalupe fut invoquée dans la Reconquista de Tarifa (1340) où Alphonse XI remporta la victoire lui donnant contrôle sur le détroit de Gibraltar, qui ne laissait plus aux musulmans que Grenade. Elle fut encore invoquée à Lépante (1571). En lien avec l’Amérique, Christophe Colomb se trouvait dans ce monastère royal lorsqu’il reçut le décret autorisant son premier voyage. Il vint remercier la Mère de Dieu pour son retour en 1493 et consacra à ND de Guadalupe sa seconde expédition en 1493-1496. Raison pour laquelle il baptisa en son honneur l’île de la Guadeloupe le 4 novembre 1493. À la cinquième apparition, la Vierge s’intitula : « la toujours Vierge Sainte Marie de Guadalupe ». Mais en nahuatl, on peut faire dériver Guadalupe de ‘tequatlasupe’ signifiant « celle qui écrase la tête du serpent » comme dans le protévangile servant de source scripturaire à l’Immaculée Conception : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon » (Gn 3, 15).

  1. Juan Diego

Saint Juan Diego reçut le prénom de Cuauhtlatoatzin signifiant ‘aigle parlant’, en langue nahuatl lorsqu’il naquit en 1474 à une vingtaine de kilomètre au nord de la capitale. Converti avec son épouse au catholicisme dès 1524-1525 et ayant assumé le prénom de Juan Diego et s’était retiré dans une mission catholique franciscain à Tolpetlac et était veuf.

Le 9 décembre 1531, se rendant avant le point du jour à la messe dans l’église distante de 8 km, à Tlatelolco, il entendit, sur la colline de Tepeyac, un magnifique chant d’oiseaux qui l’arrêta. Puis il fut appelé par son nom de manière affectueuse : « Juanito, Juan Dieguito » qui le fit s’avancer vers le sommet de la colline où une Dame l’attendait, d’une grandeur surhumaine et dont les vêtements brillaient comme le soleil « Sache et comprends bien, le plus humble de mes fils, que je suis la toujours vierge Sainte Marie, Mère du vrai Dieu pour qui nous existons, du Créateur de toutes choses, Seigneur du Ciel et de la Terre. J’aimerais qu’une église soit érigée ici, rapidement, afin que je puisse vous montrer et vous donner mon amour, ma compassion, mon aide et ma protection, parce que je suis votre mère miséricordieuse, à vous, à tous les habitants de cette terre et à tous ceux qui m’aiment, m’invoquent et ont confiance en moi. J’écoute leurs lamentations et je remédie à leurs misères, leurs détresses et leurs peines. Afin d’accomplir ce qu’exige ma clémence, va au palais de l’évêque de Mexico et tu lui diras que je manifeste un grand désir qu’ici, sur cette plaine, une église soit construite en mon honneur (…) ».

  1. Le miracle du 12 décembre

N’ayant pas obtenu de succès auprès de l’évêque, Juan Diego pria la Vierge d’envoyer quelqu’un de plus important que lui mais elle l’avait choisi de préférence à tout autre serviteur pour cette mission précise. Il retourna voir l’évêque qui demanda alors un signe. Le 12 décembre 1531, la Vierge fit donc monter Juan Diego sur la colline où il trouva, en plein mois de décembre et à près de 2.300 m d’altitude, des roses de Castille. Il ramassa les roses qu’il déposa dans son vêtement – la tilma – qu’il avait ordre de ne déployer que devant Juan de Zumárraga, l’évêque franciscain de Mexico (1468-1548). En outre son oncle Bernardino avait été guéri miraculeusement comme indiqué par la Mère de Dieu. Mais le miracle le plus impressionnant fut sans aucun doute l’impression, sur la tilma, de l’image acheiropoïète, non faite de main d’homme de la mère de Dieu. L’évêque fit construire l’église en l’honneur de la Domina cælorum (cf. reine du Ciel = Regina Cæli) où est conservée cette image miraculeuse.

Juan Diego demeura dans un petit ermitage pour y accueillir les pèlerins, vivant de prière et de charité. Le saint voyant mourut le 30 mai 1548. Il fut béatifié en 1990, canonisé en 2002. Sa fête est célébrée le 9 décembre, premier jour des apparitions. ND de Guadalupe, fêtée le 12 décembre, fut proclamée reine du Mexique et impératrice des Amériques en 2000 par saint Jean-Paul II.

  1. Analyse de l’image achéiropoïète
    1. Une image résistante et sans pigment

La tilma de Juan Diego est faite de fibres d’agave, une cactée mexicaine. Sa durée de vie normale ne dépasse pas une vingtaine d’année. La tilma est pourtant exposée depuis 1531 à la vénération des fidèles et n’est protégée par une vitre que depuis 1647. Depuis près de 5 siècles, elle résiste à l’humidité, à la fumée des cierges, aux embrassements des fidèles, à deux incendies. En 1785, un orfèvre renversa malencontreusement de l’acide nitrique qui ne l’attaqua pas. En 1921, un attentat à la bombe fit exploser vitre et crucifix mais n’entama pas la toile.

En 1666, sept peintres de Nouvelle-Espagne examinèrent l’image et déclarèrent impossible de peindre une image d’une si grande qualité sur un tissu aussi grossier. Ils ne trouvèrent pas de trace de pinceau ni peinture ni vernis ni craquelure. Le peintre Miguel Cabrera constata en 1756 qu’elle était réversible et de couleur aussi belle à l’envers qu’à l’endroit. Les défauts du tissu servaient même à accentuer le dessin « la bouche est une merveille, elle a des lèvres très mince et la lèvre inférieure tombe mystérieusement dans un manque ou un nœud du tissu pour donner la grâce d’un léger sourire ».

Richard Kuhn, prix Nobel de chimie travaille en 1938 sur deux fibres : rouge et jaune et « il n’existait dans aucune des deux fibres examinées aucun type de pigment connu dans la nature ». En 1979, Jody Brant Smith et Philip Serna Callahan passèrent la tilma au rayonnement infrarouge qui sert normalement à déceler les couches sous-jacentes ou la direction des coups de pinceaux. « On ne peut expliquer le type de pigments chromatiques utilisés, ni la permanence de la luminosité, ni la brillance des couleurs après quatre siècles et demi (…). Il n’y a pas d’explication possible de l’image par les procédés de la photographie infrarouge ». Les couleurs des mains et du visage changent selon l’angle et la distance d’observation, suivant le phénomène d’iridescence.

En 1991, le Dr Padilla a également vu des veines dans les pupilles et les yeux de la dame qui, en raison de ses dimensions gynécologiques, est enceinte.  En outre, les constellations de son manteau sont celles qui correspondent au 12 décembre 1531, vues du ciel, au-dessus de Mexico. Sur le front brille la couronne boréale et sur son ventre, la constellation du Lion abritant l’étoile Régulus (= le petit roi).

  1. Des yeux vivants

En 1929, le photographe officiel détecta sur des négatifs agrandis de la pupille de la Vierge un homme barbu. Le diamètre des cornées (7-8 millimètres) excluait toute possibilité de créer ces détails si minuscules ignorés de la science du XVIe s. Il fut prié de se taire. En 1951, José Carlos Salinas Chávez, examinant de près une photographie du visage de la Vierge, fit la même constatation mais parla. L’archevêque dut instituer une commission d’ophtalmologue. Le Dr. Javier Torroella Bueno observa en 1956 le triple reflet de Purkinje-Samson découvert qu’au XIXe s. En 1956, le Dr Lavoignet, nota que les yeux de la Vierge étaient vivants, reflétant la lumière de l’ophtalmoscope, ce qu’aucune autre peinture ne pourrait produire. Il découvrit aussi l’image d’un buste humain dans la cornée des deux yeux et sur la face antéro-postérieure du cristallin. En 1962, un optométriste, le Dr Walbing, isola dans les yeux quatre personnes. À partir de 1979, les recherches s’accélèrent grâce à l’utilisation d’appareils à haute définition. Jose Aste Tosmann, spécialisé dans les système informatiques et ingénieur civil de profession, examina minutieusement les yeux de la Vierge, et repéra d’autres formes humaines dans les deux yeux, treize pour être précis, que la Vierge avait regardé à différents moments[1].

Conclusion :

Pour Jose Aste Tosmann, les reflets contenus dans les yeux de la Vierge montrent que, devant Dieu, hommes et femmes de toutes races et statut social sont égaux. Le groupe familial (figures 7 à 13) sont les plus importantes, parce que situé dans ses pupilles. La famille est ainsi au centre du regard compatissant de la Très Sainte Vierge Marie.

 

 

 

Bibliographie :

Office des lectures du 9 et 12 décembre citant le décret de Jean-Paul II du 31 juillet 2002 et Nican Mopohua, chronique de 1548 aux archives de Mexico.

Pascal-Raphaël Ambrogi ; Dominique, Le Tourneau, Dictionnaire encyclopédique de Marie, DDB, Paris, 2015, p. 999-1002.

Père François Brune, La Vierge du Mexique ou le miracle le plus spectaculaire de Marie, Le jardin des livres, Paris, 2002.

David Caron Olivares ; Jean-Pierre Rousselle, Notre-Dame de Guadalupe, l’image face à l’histoire et à la science, ed. Rassemblement à son image, 2014.

Didier van Cauwelaert, L’apparition, Albin Michel, Paris, 2001 (romancé mais bien renseigné).

 

 

 

[1] Un indigène est assis par terre avec un anneau à l’oreille et des sandales aux pieds. Un vieil homme, chauve, le nez proéminent et droit, les yeux enfoncés regardant vers le bas et une barbe blanche est identifié à l’évêque. Le traducteur, un jeune espagnol Juan González s’adresse à l’évêque, marqué par l’étonnement. Juan Diego est représenté sous un indigène d’âge mûr, une barbe clairsemée, le nez aquilin et les lèvres entrouvertes. Il porte un chapeau en forme de cornet, coiffe courante chez les indigènes. Le buste et visage d’une esclave noire de l’évêque qu’il affranchit par testament. Un européen barbu est en contemplation. Enfin, sept indigènes forment une scène à part et d’une autre taille. Cette famille est composée (7) d’une jeune femme aux traits fins regardant vers le bas, portant une tresse ou des cheveux tressés de fleurs. Sur son dos on distingue la tête d’un enfant dans un manteau (8). Plus bas, à droite, un homme coiffé d’un chapeau (9), et entre les deux, un garçon et une fille (10 et 11). Puis, debout derrière la jeune femme, un homme et une femme d’âge mûr (12 et 13).