Assomption (15/8 - Marie 1ère en chemin)

Homélie de l’Assomption (15 août 2019)

Pour écouter l'homélie, cliquez ici

La première en chemin

L’homme est une créature ainsi faite qu’il a les pieds sur terre et la tête dans le ciel (certes, un ciel un peu bas, mais tout de même). Au contraire des animaux, sa tête n’est pas tournée vers la terre d’où il tire tout de même sa subsistance lui aussi. Mais elle se porte vers le ciel, comme pour lui indiquer un chemin à suivre, suivant le mode de la croissance qui le fait grandir d’un petit être incapable de se mouvoir, à quelqu’un qui crapahute à quatre pattes puis se tient debout.

Certes, suivant le mythe d’Œdipe et de l’énigme posée par le sphinx, cet être humain va aussi souvent revenir à trois pattes avec la canne en son grand âge. Mais n’oublions pas toutefois la courbe ainsi débutée. Car la corruption et la mort, si elles sont naturelles pour des êtres composés comme nous, avaient été écartées du plan divin par un privilège spécial appelé don préternaturel de Dieu au jardin d’Éden.

Aujourd’hui, contrairement à ce qu’un journaliste bien confus affirmait, nous ne fêtons pas un jeudi de l’Ascension mais de l’Assomption. Certes, en allemand, le terme est identique : Himmelfahrt, montée au ciel. À l’Ascension, c’est la tête du corps mystique de l’Église qui est montée au Ciel, corps et âme, après la Résurrection de la nuit de Pâques. Alors même que la mort consiste en la séparation du corps et de l’âme, ici le Christ ressuscité, c’est à dire ayant son âme réintégrant et réanimant pour toujours un corps glorieux, est monté au Ciel. La tête de l’Église nous indique donc une nouvelle voie le chemin du Ciel qui est notre vraie patrie. Il anticipe ce qui sera à la fin des temps : si à notre mort, seule notre âme pourra peut-être aller au Ciel si elle en est jugée digne par notre Dieu, il faudra attendre le retour glorieux du Christ sur Terre pour que l’âme ait la joie de voir rejaillir sa béatitude sur le corps qu’elle a administré ici-bas et auquel elle veut étendre (non pas en intensité mais en extension) sa propre joie de contempler Dieu face à face.

La Très Sainte Vierge Marie a reçu en ce jour ce privilège. Je pense personnellement qu’elle est morte, même si certains pensent qu’elle aurait été enlevée au Ciel comme Élie ou Énoch sans mourir, vivante. Je ne vois pas bien pourquoi on devrait l’exempter du sort naturel des hommes après la Chute qu’a voulu assumer son divin Fils et qui n’était pas imparti à Adam et Ève en Éden que par grâce divine. Elle est quoi qu’il arrive dotée d’un extraordinaire privilège en raison de son rôle intimement lié à la tête de l’Église qu’est le Christ, son divin Fils. Comme un accouchement céleste pour « renaître d’en-haut » comme disait Jésus à Nicodème, la tête est passée la première indiquant au reste du corps le chemin à parcourir et l’entraînant mystiquement à sa suite. La Vierge Marie est l’organe du corps mystique qui lui est le plus proche à tous points de vue. Son privilège de l’exemption du péché originel par son Immaculée Conception (8 décembre) fait qu’elle n’a pas été soumise à la concupiscence. Elle a ainsi réellement, sans division intérieure, put être donnée corps et âme à son Seigneur, le Père éternel, en servant son divin Fils. Celui-ci voulut la récompenser en l’exemptant de l’attente dévolue à toute autre créature mortelle. Sans attendre le Jugement dernier, Marie nous montre le chemin du Ciel où elle contemple corps et âme déjà Dieu.

Si le Fils de Dieu a une double nature humaine et divine, dans l’unité de la personne divine, Marie est encore plus proche de nous car elle est purement humaine, mais toute donnée à Dieu. Elle nous montre le chemin à suivre pour pouvoir servir Dieu corps et âme.

Marie est l’un des trésors de l’Église catholique. Elle est donc la cible d’attaques des ennemis de Dieu. Elle a donné un corps au fils de Dieu pour qu’il pût mourir en accomplissant la parfaite rédemption. Elle symbolise le corps mystique du Christ. Elle nourrit l’Église qu’elle représente en transmettant les messages de son Fils comme à Cana « faîtes tout ce qu’il vous dira » au fil des nombreuses apparitions partout dans le monde qui se résument toujours à « prière et pénitence » pour ne pas être pris au piège du démon et ne pas se perdre. Comme une mère, elle a nourri aussi physiquement son Fils en l’allaitant. À Lviv, en Galicie (Ouest de l’Ukraine, l’ancienne Lemberg de l’Empire), l’église des Bernardins montre un Franciscain (S. Benardin de Sienne ?) entre deux flux corporels issus du côté : le lait de la mère de Dieu et le sang du Fils : « Hinc lactor ab ubere ; hinc pascor a vulnere » (d’ici je suis allaité par le sein ; de là, je suis pais par la plaie).

En ce jour de première communion de Jean Casarotto, rendons grâce pour cette grâce donnée par Dieu qui nourrit ses enfants du pain des anges. Il sait que les corps ont besoin d’être nourris pour croître puisqu’il nous a ainsi créés. Il veut se rendre disponible pour la croissance de l’âme afin qu’elle rejoigne sa patrie céleste en la nourrissant non plus d’un corps animal auquel le sacrifice aurait été sous-traité comme dans l’Ancienne Alliance. Comment le sang d’animaux pourrait vraiment nous purifier ? Il s’offre lui-même en nourriture, rendue appétissante par l’apparence du pain mais pourtant cachant la véritable substance divine qu’est son corps et qui donne à la fois tout : son humanité et sa divinité, son âme et son corps. Il ne retient rien pour lui pour nous laisser le faire advenir en nous. Pour nous diviniser, il s’est fait homme. Il s’est abaissé sur la terre à la crèche pour nous élever au Ciel par Sa grâce.