13e Pentecôte (30 août - conversion Christ seul sauveur)

13e dimanche après la Pentecôte (30 août 2020)

 

Pour écouter l'homélie, cliquez ici

Seule la relation vivante à Jésus sauve

 

L’Évangile de la guérison des 10 lépreux (Lc 17, 11-19) et l’épître (Ga 3, 16-22) sur l’unique médiation du Christ traitent en fait une même vérité de foi. Pour être sauvé, il faut avoir une relation vivifiante avec Jésus Christ, l’unique sauveur.

 

 

I)     Est sauvé du péché celui qui revient vers Jésus

a)    Contexte historique et géographique : Jésus au milieu des pécheurs

 

Vers la fin de Sa vie terrestre, le Seigneur partit de Galilée, son lieu de résidence habituel (Nazareth, Tibériade, Capharnaüm) et se rendit à Jérusalem, chef-lieu de Judée et traversa donc la Samarie. Or, « Galilée des Nations » (Mt 4, 15) et Samarie, composaient l’ancien royaume du Nord ou d’Israël après la partition en deux d’avec le Sud après Salomon. Ces deux régions étaient mixtes, plus ouvertes aux influences étrangères à cause de l’invasion assyrienne plus ancienne du Nord (722 av. JC) que la Judée, au Sud qui tomba face aux Babyloniens plus d’un siècle après (598 av. JC) et ne fut pas colonisées de la même manière par les païens. Les Juifs les considéraient comme impures comme Nathanaël s’exclamant devant Philippe lorsqu’il eût appris que Jésus venait de là : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1, 46).

 

b)    La lèpre du péché

 

Alors que Jésus se trouvait en chemin, vinrent à lui dix lépreux. Ils symbolisent l’impureté non pas uniquement rituelle, les excluant de la communauté juive, mais aussi morale du péché comme la Samaritaine au puit de Jacob. Ils n’approchèrent pas de Jésus, pour ne pas lui communiquer leur impureté. Car pour toutes les confessions non chrétiennes, c’est l’impureté qui est contagieuse, au contraire de chez nous où c’est la pureté qui se répand[1]. Ils furent guéris à distance, par la parole du Fils de Dieu et de leur côté par un acte de foi inchoative (débutant). Ils se mirent d’abord en route vers les prêtres, accomplissant le rituel normal de purification des lépreux (Lév 14, 2-32) et ils crurent donc avant que le miracle n’intervînt sur la route.

 

Mais ils prirent au pied de la lettre le commandement d’aller et ne revinrent pas. Ils ne comprenaient pas que le sacerdoce de l’ancienne Alliance ne pouvait que constater la guérison tandis que le sacerdoce nouveau de Jésus Christ passé à ceux qu’il s’est choisi comme ses successeurs, les prêtres catholiques, a le pouvoir de purifier de la lèpre du péché par le baptême et la confession. C’est très similaire à la parabole du Bon Samaritain de la semaine dernière : les Juifs passent outre, s’en vont, continuant leur chemin.

 

c)     Le véritable miracle

 

L’un des dix lépreux revient pourtant. Il fit demi-tour (hypostréphô, v. 15, 18, apparenté au verbe de la conversion : épistréphô en Mt 13, 15 et Jn 12, 40) pour approcher Jésus, au pied duquel il se prosterna, tombant face contre terre (la face, ici prósôpon, désigne aussi le masque [de théâtre] qu’il tombe finalement, mettant à nu toute sa personne). Il tomba de la hauteur de l’orgueil humain pour se reconnaître humblement créature de Dieu, à sa juste place, adorant et donc reconnaissant en lui Dieu.

 

Jésus reproche cela aux autres. Ils ne revinrent pas, comme des ingrats. Ils n’entrèrent pas dans l’action de grâce, attitude eucharistique (eucharistôn autô, v. 16). Or l’Eucharistie laisse entrer corporellement le Fils de Dieu en moi, par la manducation de l’hostie consacrée. Le lépreux samaritain guéri vint réellement au contact de Jésus, le reconnaît dans sa divinité. Les autres eurent besoin de Lui, allèrent voir les prêtres, symboles de la Loi de Moïse et passèrent leur chemin. Ils restaient toujours à distance finalement, sans entrer en relation avec le Christ, unique Sauveur.

 

Pour Jésus, bénéficier d’un grand miracle ne signifie pas être sauvé. Au seul Samaritain est donné le Salut : « lève-toi, va, ta foi t’a sauvé ». ‘Lève-toi’ (v. 19 anastas signifie aussi ‘ressuscite’. Les neuf Juifs ne furent guéris que corporellement. Ils furent incapables de revenir, de faire un retour sur eux-mêmes, vivre une conversion et se laisser rencontrer par le Christ. On ne peut être sauvé si l’on ne puise pas à la source du Salut qu’est la personne même de Jésus.

 

 

II)  Le Christ, unique médiateur du salut

a)    La loi se contente de débusquer le péché

 

L’épître aborde le même thème. St. Paul récuse ceux qui croient être sauvés par le seul ministère de la Loi. Se montrer aux prêtres, revient à suivre ce que prescrit l’Ancienne Alliance que Jésus demande de respecter jusqu’à la Nouvelle Alliance de la Croix. Mais la Loi n’est pas une relation vivante à Dieu. Elle est nécessaire, oui, mais pas suffisante. Elle dénonce le péché sans permettre de vivre de la grâce. La Loi était destinée à tous les pécheurs de la maison d’Israël et au-delà, à la multitude. Jésus, l’unique Fils de la promesse de Dieu, est l’unique véritable descendance d’Abraham car l’unique pur, capable de sauver, l’unique médiateur[2] entre Dieu et les hommes pécheurs, en attente de salut.

 

L’Évangile de dimanche dernier montrait déjà que la Loi ne pouvait sauver. Le Messie qu’on n’attendait pas (le Bon Samaritain), sauvait en ne se désintéressant de personne contrairement aux prêtre et lévite. L’Abbé Rupert de Deutz (cité par Dom Guéranger dans l’Année liturgique) précise : « La proximité voulue de cet Évangile jette une grande lumière sur notre Épître, ainsi que sur toute la Lettre aux Galates d’où elle est tirée. Le prêtre et le lévite de la parabole, en effet, c’est toute la Loi représentée ; et leur passage auprès de l’homme à demi-mort qu’ils voient, sans chercher à le guérir, marque ce qu’a fait la Loi. Elle n’allait point à l’encontre des promesses de Dieu, mais par elle-même ne pouvait justifier personne. Quelquefois le médecin qui ne doit pas venir encore envoie au malade un serviteur expert dans la connaissance des causes de maladie, mais inhabile à composer le remède contraire, et pouvant seulement indiquer à l’infirme les aliments, les breuvages dont il doit s’abstenir de crainte que son mal, en s’aggravant, n’amène la mort. Telle fut la Loi, établie, nous dit l’Épître, à cause des transgressions, comme simple surveillante, jusqu’à l’arrivée du Bon Samaritain, du médecin céleste. L’homme, en effet, tombé dès son entrée dans la vie entre les mains des voleurs, naît dépouillé de ses biens surnaturels et couvert des plaies que lui a faites le péché d’origine ; s’il ne s’abstient des péchés actuels, de ces transgressions pour l’indication desquelles la Loi a été établie, il court risque de mourir tout à fait sans retour ».

 

b)    La nouvelle Alliance seule peut sauver par Jésus

 

L’épître aux Galates dont commence aujourd’hui la lecture suivie montre que l’alliance entre Abraham et Dieu précède chronologiquement la Loi (vers 1750-1650 av JC). Elle constitue le peuple élu, issu de la descendance de celui qui n’en avait pas. Isaac est, par le miracle d’une femme stérile enfantant dans son grand âge, fils de la promesse. Offert de nouveau à Dieu au Mont Moriah par le sacrifice, il est rendu à son père et devient l’ancêtre de tous les Juifs. Après Isaac, vient sous son fils Jacob l’exil en Égypte (et l’épisode de Joseph détesté de ses 11 frères). 430 ans plus tard (très grosso modo) et la sortie d’Égypte, la Loi fut donnée à Moïse (vers 1220 av JC). Cette nouvelle forme de l’Alliance (après l’arc en ciel sous Noé et la circoncision sous Abraham) apparaît pour St. Paul plus indirecte. Elle fut faite par l’entremise des anges et d’un médiateur, Moïse. Abraham avait une plus grande proximité avec Dieu. Jésus lui est référencé plus directement comme sa descendance, nouvel Isaac. Abraham est d’ailleurs le seul personnage de l’Ancien Testament cité dans les deux principaux cantiques à l’office (Benedictus aux laudes et Magnificat aux vêpres).

 

Le Bx. Cardinal Schuster, dans son Liber Sacramentorum, explique que « l’Apôtre fait observer que la Loi donnée à Moïse quatre cent trente ans après la divine promesse faite à Abraham et à sa postérité, ne put en abolir les effets, celle-ci étant antérieure, gratuite et absolue, tandis que celle-là eut le caractère d’un contrat temporaire, bilatéral et sujet à annulation du fait de l’une et de l’autre parties. Israël a, le premier, annulé le contrat en reniant le Messie ; il est donc juste que Dieu, lui aussi, abroge la Loi, la remplaçant par l’Évangile. En conséquence, tout monopole religieux cesse dès lors pour les Hébreux, et tous les croyants sont appelés à avoir part à l’héritage de foi promis à Abraham »[1].

 

Conclusion

 

L’Église ne dit rien d’autre dans la déclaration Dominus Iesus de la Congrégation de la Doctrine de la Foi (cardinal Ratzinger avec approbation en forme spécifique de Jean-Paul II) : sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus Christ et de l’Église (6 août 2000). Le dialogue avec les autres confessions (œcuménique : entre Chrétiens) et avec les autres religions (interreligieux) ne saurait faire oublier que, si des quelques parcelles de vérité sont contenues dans les autres traditions religieuses, l’intégralité de la Vérité et des moyens de salut sont contenus dans la seule Église catholique car « il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes [que celui de Jésus], par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4,12). Mais ne croyons pas que ce qui arriva aux Juifs ne puisse nous survenir à nous aussi. Pour être sauvés, nous devons avoir la foi et les œuvres (Jc 2, 18) qui manifestent la relation vivante au Christ sauveur qu’il faut aimer de l’intérieur (charité) et non seulement servir de l’extérieur (religion).

 

 

[1] Cela explique que les reliques soient fabricables : il suffit qu’un petit morceau d’os du crâne par ex. soit mis dans un autre ou qu’on introduise dans de nouveaux clous de la limaille de ceux de la Passion ou une écharde du bois de la vraie Croix dans un nouveau morceau. Depuis l’Antiquité, on fait toucher au tombeau d’un saint des morceaux d’étoffe moderne (les brandea). Idem, la bénédiction d’un scapulaire donnée lors de l’imposition passe au nouveau quand on doit le changer.

[2] Cf. catéchèse de Benoît XVI du 16 janvier 2013 : « En Jésus, la médiation entre Dieu et l’homme trouve également sa plénitude. Dans l’Ancien Testament, il existe une série de figures qui ont eu cette fonction, en particulier Moïse, le libérateur, le guide, le ‘médiateur’ de l’alliance, comme le définit également le Nouveau Testament (cf. Ga 3, 19 ; Ac 7, 35 ; Jn 1, 17). Jésus, vrai Dieu et vrai homme, n’est pas simplement l’un des médiateurs entre Dieu et l’homme, mais il est ‘LE médiateur’ de l’alliance nouvelle et éternelle (cf. He 8, 6 ; 9 ; 15 ; 12, 24) ; ‘car Dieu est unique — dit Paul —, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus’ (1 Tm 2, 5 ; cf. Gal 3, 19-20). En Lui nous voyons et nous rencontrons le Père ; en Lui nous pouvons invoquer Dieu sous le nom ‘d’Abbà Père’ ; en Lui nous est donné le salut ».