11e Pentecôte (8/8/2021- lect. thom.)

Homélie du 11e dimanche après la Pentecôte (8 août 2021)

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Lecture thomiste de Mc 7, 31-37

  1. Le Messie se fait reconnaître en guérissant un sourd-muet de Décapole
    1. Contexte biblique et géographique

Notre-Seigneur ne voulait pas rester plus longtemps parmi les Gentils, pour ne pas donner occasion aux Juifs de l'accuser de transgresser la Loi en se mêlant aux idolâtres. Il quitta donc les confins de Tyr où il avait délivré la fille possédée de la syro-phénicienne qui insistait comme le petit chien guettant les miettes de la table. La Décapole est une contrée de dix villes au-delà du Jourdain, en face de la Galilée. Il s’approcha de cette mer de Galilée ou lac de Tibériade qui fut l’un des lieux où il passa longtemps (Capharnaüm, Tibériade). Le littoral oriental était divisé à l’époque de Jésus entre la Gaulanitide/Trachonitide de Philippe (Syrie : Bethsaïde, Gergesa ou plus loin Gadara) et la Décapole (Jordanie : Hippos). Jésus y guérit un sourd-muet. Or on considérait que cette infirmité provenait souvent du démon (pour un muet en Mt 9, 32-34 et pour un aveugle-muet en Mt 12, 22-28).

    1. La guérison, signe du salut

Il mit ses doigts dans les oreilles de cet homme, lui qui pouvait le guérir d'une seule parole, pour montrer que ce corps uni à la divinité avait une puissance toute divine. Par le péché d'Adam, la nature humaine avait été condamnée à de nombreuses infirmités et l'homme était profondément blessé dans ses membres et dans ses sens. Jésus-Christ nous montra en lui-même la nature humaine rétablie dans sa perfection. Il ouvrit les oreilles avec ses doigts et lui rendit l'usage de la parole au moyen de la salive, prouvant que tous les membres de son corps sacré étaient saints et divins.

Il leva les yeux au ciel pour nous apprendre que c'est de là que les muets doivent attendre la parole, les sourds l'ouïe, et tous les malades leur guérison. Il gémit, non que ce fût nécessaire pour obtenir ce qu'il demandait à son Père, avec lequel il exauce lui-même toutes les prières, mais pour nous apprendre que c'est avec des gémissements qu'il faut implorer le secours de la miséricorde divine pour nos péchés ou pour les péchés des autres. Il exprimait aussi sa compassion pour notre nature en voyant la profonde misère dans laquelle le genre humain était tombé.

Cette parole ‘Ephphetha’ = ‘ouvrez-vous’ s'applique plus particulièrement aux oreilles, puisqu'il fallait les ouvrir pour les rendre capables d'entendre, tandis que la langue, pour recouvrer l'usage de la parole, devait voir tomber les liens qui la retenaient captive, d’où l’assimilation aux liens démoniaques . S’il leva les yeux au ciel en tant qu'homme, il guérit en tant que Dieu d’une parole à la puissance toute divine.

Ces signes sont l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe : « Les sourds, en ce jour-là, entendront les paroles du livre. Quant aux aveugles, sortant de l’obscurité et des ténèbres, leurs yeux verront » (Is 29, 18) à laquelle Jésus s’identifie explicitement devant les envoyés de Jean-Baptiste pour savoir s’il est bien le Messie : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (Mt 11, 4-5). Gestes et paroles sont intégralement repris dans le rituel du baptême qui donne l’adoption divine et donc fait des hommes les cohéritiers du Père, au même titre que le Christ (Rm 8, 17).

  1. Seigneur, ouvrez mes lèvres et ma bouche publiera votre louange
    1. Le bien ne fait pas de bruit

Le miracle n’intervint pas publiquement. Jésus mena hors de la foule ce sourd-muet pour nous apprendre à fuir vaine gloire et orgueil car rien n’attire davantage la grâce de faire des miracles comme l'humilité et la modestie. Il défendit de publier ce miracle, pour ne pas exciter avant le temps marqué dans les Juifs l'envie de le tuer. Mais une ville située sur une montagne et qui est aperçue de tous côtés ne peut rester cachée (Mt 5, 14), et l'humilité est toujours suivie de la gloire (Pr 15, 33) : « plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient ».

Apprenons de là, lorsque nous avons fait quelque bien à l'un de nos frères, à ne point rechercher les applaudissements et les louanges ; et au contraire, quand nous recevons un bienfait à proclamer et à louer nos bienfaiteurs, même malgré leur volonté, pour leur rendre justice. « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 1-4).

Puisque Jésus connaît les intentions des hommes, il savait qu'ils publieraient d'autant plus ce miracle qu'il le leur défendait. Alors pourquoi leur faisait-il cette défense ? C'était pour apprendre aux âmes négligentes avec quel zèle et quel empressement elles doivent publier ses bienfaits, quand il leur en fait un devoir, puisque ceux mêmes à qui il défend d'en parler ne peuvent garder le silence.

    1. L’homme doit louer Dieu avec les anges

Ce sourd-muet symbolise l’homme qui n'a pas d'oreilles pour entendre les paroles de Dieu, ni l'usage de la langue pour les annoncer aux autres. Ceux qui depuis longtemps ont appris à entendre et à parler ce langage divin doivent s'empresser d'amener ces infirmes au Seigneur pour qu'il les guérisse. Le doigt de Dieu utilisé pour la guérison auriculaire peut signifier les dons de l'Esprit saint qui rendent les oreilles capables de s'ouvrir aux hymnes, cantiques et psaumes de l’office divin qui commence pour le premier par « Seigneur, ouvrez mes lèvres et ma bouche publiera votre louange » et pour les suivants par « Dieu, venez à mon aide, Dieu venez vite à notre secours ». Le Seigneur délie la langue pour qu'elle puisse faire entendre la bonne parole sans crainte ni des menaces, ni des supplices. La salive est la divine sagesse qui ouvre les lèvres longtemps fermées du genre humain, de manière à ce qu'il puisse professer : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant » qui fait aussi partie intégrante du rituel du baptême.

Le Christ ne retient pas jalousement (Ph 2, 6) sa filiation divine mais veut l’étendre à tous les hommes de bonne volonté pour tout partager ce qu’il a reçu de notre commun Père. Il participe déjà ici-bas de la fonction de louange qu’ont les anges du Ciel.

Date de dernière mise à jour : 05/09/2021