Pâques (dimanche 16 avril 2017)

Homélie de la Vigile de Pâques (Dimanche 16 avril 2017)

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Le Christ lumière

La Sainte Nuit de Pâques, nuit de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ, est très riche de symboles, parmi lesquels figure la lumière sous la forme du feu et du cierge.

  1. Le Christ « lumen de lumine »
    1. Veiller

Le Christ est, d’après le Credo : « Dieu né de Dieu, lumière né de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». « Lumen de lumine ». Cette lumière implique plusieurs choses : se laisser éclairer par elle, étant bien mise en évidence sur un haut candélabre (et non pas à mettre sous le boisseau : Mt 5, 15 ; Mc 4, 21 ; Lc 8, 16 ; 11, 33). Ensuite, il faut l’entretenir soigneusement, donc il faut veiller, ce que nous faisons ce soir (vigile venant de « veiller ») pour ne pas être surpris dans notre sommeil car le Christ reviendra comme un voleur dans la nuit. Ne faisons pas comme les apôtres qui, il y a quelques jours, se sont endormis alors que le Seigneur espérait d’eux qui lui tinssent compagnie par la prière durant son agonie à Gethsémani (« Il dit à Pierre : vous n’avez pas été capable de veiller une heure avec moi ? »). C’est ce que signifie 1 Th 5, 5 : « En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres ».

  1. Se démarquer du monde

Mais cela nous oblige encore à nous démarquer des œuvres du monde : le monde appartient au prince des ténèbres qui y règne. Nous savons que la vie est bien souvent un combat entre les « fils de la lumière » (Lc 16, 8) et les forces des ténèbres. Nous ne pouvons pas être des deux. Comme le dit St. Ignace au 4e jour de méditation de ses Exercices Spirituels (« Méditation de deux étendards, l'un de Jésus-Christ, notre chef souverain et notre Seigneur ; l'autre de Lucifer, ennemi mortel de la nature humaine »), il faut choisir, sous quel étendard nous voulons servir. Nous ne pouvons pas suivre l’exemple du monde (la mondanité dont le pape actuel parle beaucoup). N’oublions pas en effet qu’il n’y a pas de juste milieu : « Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu » (Jn 3, 19-21).

Une fois qu’on a fait son choix, on doit être conséquent avec soi-même : « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière – or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité – et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. Ne prenez aucune part aux activités des ténèbres, elles ne produisent rien de bon ; démasquez-les plutôt. Ce que ces gens-là font en cachette, on a honte même d’en parler. Mais tout ce qui est démasqué est rendu manifeste par la lumière, et tout ce qui devient manifeste est lumière. C’est pourquoi l’on dit : Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Eph 5, 8-14).

  1. Christ, vrai porteur de lumière !

La vraie lumière est donc le Christ ! Pourtant cela ne se dit-il pas « Lucifer » (lux, lucis : lumière, ferre : porter donc porteur de lumière) ? Cela pourrait prêter à confusion qu’à l’origine, ce fût le Christ qui fût appelé ainsi et non pas le démon, certes ancien ange donc être de lumière à sa création. Dans l’Exsultet, très antique annonce pascale, c’est ainsi que le Seigneur Jésus est nommé : « Flammas eius lúcifer matutínus invéniat. Ille, inquam, lúcifer, qui nescit occásum. Ille, qui regréssus ab ínferis, humáno géneri serénus illúxit » : « C’est pourquoi, nous vous prions, Seigneur, afin que ce Cierge consacré en l’honneur de votre nom brûle sans cesse pour dissiper les ténèbres de cette nuit. Que sa lumière, reçue comme un suave parfum, se mêle aux lumières célestes. Que l’Étoile du matin trouve encore sa lumière ; cette Étoile, dis-je, qui ne connaît pas de soir, celle qui sortie des ténèbres, éclaire de sa lumière sereine le genre, humain ». Peut-être ce nom fut-il petit à petit associé au démon plutôt qu’à Notre Seigneur Jésus-Christ à cause d’un certain évêque sarde Lucifer de Cagliari († vers 371), ardent défenseur de la saine doctrine à Nicée (325) mais que St. Jérôme dut combattre par la suite dans son livre Liber contra Luciferianos car il refusait que les anciens Ariens convertis fussent admis dans l’Église par une sorte d’intransigeantisme exacerbé.

  1. Symbolique du cierge pascal
    1. Le feu et la pierre

La symbolique du feu tout d’abord est fort belle. L’antique usage chrétien consistait à bénir du feu pour les vêpres. Ce feu était tiré d’une pierre comme le rappelle l’oraison sur le feu : « Dieu, par votre Fils, lequel est la pierre angulaire, avez allumé pour vos fidèles le feu de vos clartés ; sanctifiez ce feu nouveau, tiré de la pierre pour servir à nos usages, et accordez-nous d’être, pendant ces fêtes pascales, enflammés de célestes désirs afin que nous méritions d’arriver à ces fêtes avec des cœurs purs pour jouir d’une lumière éternelle ». Sauf qu’on perd en français la richesse du latin qui parle de deux types de pierre. Tout d’abord le mot générique lapis, lapidis (cf. lapidaire) qui renvoie clairement à Jésus Christ, la pierre angulaire rejetée par les bâtisseurs (Is 28, 16 ; Ps 118, 22 ; Mc 12, 10 ; Mt 21, 42 ; Lc 20, 17 ; 1 P 2, 6). Puis silex, silicis : le silex, la pierre à feu. L’origine du feu est donc bien la pierre ou rocher ferme et solide qu’est le Christ. Il souhaite embraser le monde : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49). Ce feu est celui de Son amour, de la foi aussi qui doit illuminer les actions des hommes. Cette foi est éclairée par la Parole de Dieu qui éclaire la route des croyants (Ps 118 [119], 105 : « Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route ») comme les Hébreux au désert par la colonne de feu (double : obscurcissant les Égyptiens par la nuée et illuminant les Hébreux par sa lumière : Ex 14, 20). Cette colonne de feu est d’ailleurs clairement indiquée par la forme du cierge pascal et est explicitement mentionnée dans la proclamation du message pascal (« columnæ illuminatione »).

  1. Le cierge communique le Christ au monde

Le Seigneur conduit en effet sûrement Son peuple car Il est le Seigneur de tout, à commencer par le temps : le millésime est marqué sur le cierge pascal. « Le Christ, hier et aujourd’hui, Commencement et Fin, Alpha et Omega [Ap 22, 13]. À Lui le temps et les siècles. À Lui la gloire et la souveraineté pour tous les siècles de l’éternité ».

Mais Dieu n’est pas que le Créateur, Il est aussi le Rédempteur (cf. Exsultet : « rien, en effet, ne nous eût servi de naître si nous ne devions pas être rachetés ») par les plaies de Son Fils : « Or, c’est à cause de nos révoltes qu’Il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’Il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur Lui : par Ses blessures, nous sommes guéris » (Is 53, 5). Le cierge pascal est donc marqué des cinq stigmates : les Très Saintes Plaies de Notre Seigneur Jésus Christ : les marques des clous dans les paumes (2) et aux pieds (2) et le côté et cœur transpercés par la lance (1).

Le Seigneur est la lumière nouvelle, à nulle autre pareille. L’église est plongée d’abord dans le noir pour qu’elle soit illuminée uniquement du cierge pascal. Trois stations (Lumen Christi) marquent l’entrée du cierge dans l’église pour chacune des Trois Personnes de la Très Sainte Trinité. Le Fils est venu dans le monde pour indiquer le chemin vers le Père (1ère ostension) (« personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » Lc 10, 22 et Mt 11, 27). À la seconde ostension, le Fils, Jésus Christ, montre son égalité substance avec le Père. À la troisième ostension, le Saint-Esprit est proclamé également Seigneur et Dieu car c’est Lui qui est infusé dans les baptisés de cette nuit.

Le cierge représente tout particulièrement le Fils, qui trône ainsi au début de l’office de la vigile au milieu du sanctuaire. La cire figure Son corps, la mèche Son âme, la flamme Sa divinité. Ces trois intimement unis sont comme la double nature du Christ : vrai Dieu et vrai homme, dans l’unité de l’unique personne divine du Fils. Éteint, il représente le Christ mort dans lequel la divinité n’apparaissait pas ; allumé, il est le triomphe du Ressuscité qui éclaire les hommes prisonniers des ténèbres de ce monde.

C’est au cierge pascal que sont allumés progressivement les autres cierges : le célébrant si un diacre porte le cierge pascal, les autres clercs et les servants, puis les fidèles. Ainsi en est-il de la lumière de la foi qui se répand dans le monde depuis Jésus Christ.

Conclusion :

Pour filer cette métaphore du cierge, concluons avec les paroles mêmes du St. Curé d’Ars, St. Jean-Marie Vianney : « La prière n’est autre chose qu’une union à Dieu. Quand on a le cœur pur et uni à Dieu, on sent en soi un baume, une douceur qui enivre, une lumière qui éblouit. Dans cette union intime, Dieu et l’âme sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble : on ne peut plus les séparer. C’est une chose bien belle que cette union de Dieu avec sa petite créature. C’est un bonheur qu’on ne peut comprendre »[1].

[1] Catéchismes 8, in A. Monin, L’esprit du Curé d’Ars dans ses catéchismes, Paris, 1926, p. 105-108 (cf. Office des Lectures du 4 août en forme ordinaire).