2e Pâques (26 avril - Bon Pasteur lect. thom. )

Homélie du 2e dimanche après Pâques (26 avril 2020)

 

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Le bon pasteur (Jn 10, 11-16)

 

 I)              Le pasteur des brebis

a.     Jésus est le bon pasteur

 

Le Christ est le bon pasteur car il nourrit son troupeau sur de verts pâturages et les abreuve aux sources fraîches : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles » (Ps 22/23, 1-2). Par l’Eucharistie. Jésus livre son corps et sang en nourriture pour ses ouailles, pour nous.

 

Jésus est un bon pasteur car il va jusqu’au bout de sa mission. Il meurt pour sauver son troupeau. Le disciple doit passer par cette même porte étroite (Lc 13, 24-29) et être prêt à mourir pour ceux qu’il aime : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). Jésus est l’unique porte (Jn 10, 2) qui mène au Père : il vient d’auprès de lui et y ramène. Lui seul se qualifie de porte. Par contre, il partage le titre pastoral à ses disciples passant par lui, le Fils pour aller au Père. Sont ainsi soulignées la sublimité de la dignité humaine assumée par le Fils et la pierre d’achoppement de l’Incarnation pour tant de fausses religions (Judaïsme et Islam) et d’hérésies (les Protestants ne la prennent pas au sérieux).

 

b.     Les mauvais pasteurs

 

Les prêtres partageant cette charge pastorale doivent être unis à Jésus par la charité pour bénéficier de ces/ses qualités : « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur : ils vous conduiront avec savoir et intelligence » (Jr 3, 15). Principalement, le pasteur se donne pour ses brebis qu’il aime en les servant. Le bon pasteur a en vue l’intérêt du troupeau. Le mauvais pasteur recherche son propre intérêt. « Quel malheur pour les bergers d’Israël qui sont bergers pour eux-mêmes ! N’est-ce pas pour les brebis qu’ils sont bergers ? Vous, au contraire, vous buvez leur lait, vous vous êtes habillés avec leur laine, vous égorgez les brebis grasses, vous n’êtes pas bergers pour le troupeau. Vous n’avez pas rendu des forces à la brebis chétive, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée. Vous n’avez pas ramené la brebis égarée, cherché celle qui était perdue. Mais vous les avez gouvernées avec violence et dureté » (Ez 34, 2-5).

 

Le bon pasteur supporte les incommodités pour le bien de son troupeau : « J’étais là, le jour, quand la chaleur me dévorait et la nuit, quand le froid me glaçait. Le sommeil me fuyait ! » (Gn 31, 40). Jacob l’illustre bien, étant exploité vingt ans par son beau-père Laban. L’intérêt du troupeau est d’être sauvé, donc de connaître l’amour de Dieu dans l’intégralité de la vraie foi.

 

S’il s’agissait de bêtes, on n’attendrait pas que le bon pasteur s’exposât à la mort puisque sa vie humaine l’emporte sur celle des animaux. Mais le salut spirituel du troupeau l’emporte sur la vie corporelle du pasteur, prêt comme le Christ à périr pour sauver leur foi. Propter salutem gregis évoque le propter nostram salutem, motif de l’Incarnation du Christ dans le Credo. Deux conditions donc sont requises : que les brebis lui appartiennent et qu’il les aime.

 

c.     Réaction face aux loups

 

Trois choses distinguent le bon pasteur du mercenaire. L’intention diffère. Le mercenaire recherche sa propre récompense : mercenarius provenant de merces. Les séminaristes maîtrisant le latin autrefois se moquaient des prélats se donnant des airs de puissance en arrivant en grosse cylindrée avec chauffeur. Jouant sur la marque Mercedes qui est le pluriel de merces la récompense : « Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance (…). Voici le fruit de son travail avec lui » = « Ecce Dominus Deus in fortitudine veniet (…) et merces ejus cum eo » (Is 40, 10) devenant « et mercedes ejus cum eo » = « voici que le monseigneur viendra avec puissance et sa Mercedes avec lui ». De même le ministère d’un roi recherche le bien commun alors que le tyran ne veut que son propre avantage.

 

Certes, les bons pasteurs recevront aussi une récompense pour leur dur labeur, eux qui ont « enduré le poids du jour et de la chaleur » (Mt 20, 12), mais dans l’au-delà, spirituelle. Le manipule que porte le prêtre à son bras gauche le symbolise : manipulum signifie en latin la poignée de blé qu’on tient de la main gauche à la récolte pendant que la faucille coupe de la main droite et qui sera liée en gerbe avec d’autres. Ce travail du champ fait transpirer et le manipule sert symboliquement à s’éponger le front perlant de sueur comme le bandeau des tennismen. En le revêtant, on récite cette prière : « Que je mérite, Seigneur, de porter le manipule du pleur et de la souffrance, afin que je puisse recevoir la récompense de mon labeur » (« Merear Domine, portare manipulum fletus et doloris, ut cum exultatione recipiam mercedem laboris »). Ces mérites acquis durant un ministère si souvent ingrat sont couronnés par la béatitude qui est la vision face à face de Dieu qui nous aime (« en son Fils Jésus Christ. C’est lui qui est le Dieu vrai, et la vie éternelle » 1 Jn 5, 20). L’enfant du Père est l’héritier et ne se pose pas la question de l’héritage qui ne préoccupe que ceux qui veulent le capter. Des vocations sont parfois motivées par la recherche de l’argent dans les situations où l’Église peut enrichir ou des honneurs comme l’épiscopat (la mitrite aigüe).

 

La deuxième distinction est la sollicitude. Les brebis sont siennes parce qu’elles lui sont remises et il a cœur de s’en occuper par un soin pastoral guidé par l’amour comme st Paul : « je vous porte dans mon cœur (…). Oui, Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus » (Ph 1, 7-8). La troisième différence est que le mercenaire fuit au premier danger car il préfère sa propre vie face au péril. Le loup se réfère au diable (« Quoi de commun entre le loup et l’agneau, entre qui est pécheur et qui est religieux ? » Sir 13, 17) ; à l’hérétique qui ruine l’Église (« Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces » Mt 7, 15) ou au tyran qui la persécute (« Les chefs du peuple sont dans Jérusalem comme des loups qui déchirent la bête qu’ils ont attrapée. Ils tuent les gens pour voler leurs biens » Ez 22, 27 Vulg).

 

Offrir sa vie pour ses brebis ne contredit pas le conseil de Jésus : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre » (Mt 10, 23) car on ne parle pas de la même fuite : celle de l’âme et celle du corps. Le pasteur mercenaire fuit avec l’âme. Craignant pour lui-même le péril du loup, il n’ose résister à son injustice. Il s’enfuit non pas localement mais en s’octroyant une compensation au lieu de prendre soin du troupeau. Athanase et d’autres saints durent fuir des persécuteurs ou furent contraints à l’exil mais contrairement au mercenaire ne délaissaient pas pour autant leurs brebis, députant quelqu’un pour en prendre soin sur et à leur place, correspondant avec eux. Si les deux, pasteur et troupeau, sont persécutés conjointement, le prêtre ne peut abandonner le troupeau.

 

Le péril du loup est double. L’hérésiarque vole les brebis qui, de droit, appartiennent au Christ auquel elles croient en les conduisant par sa fausse doctrine hors du bercail de l’Église : « mon troupeau est mis au pillage et devient la proie des bêtes sauvages, faute de berger » (Ez 34, 8). Et il disperse les autres qui n’ont plus de chef à suivre : « mes brebis sont dispersées dans tout le pays, personne ne les cherche » (Ez 34, 6).

 

 

II)           Le modèle donné par Jésus

a.     Connaître

 

« Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent » rappelle plus haut : « il les appelle chacune par son nom ». Jésus a une relation personnelle avec chacun d’entre nous. La vocation s’enracine dans un appel explicite et nominal par Jésus comme avec Marie-Madeleine (Jn 20, 16). Dieu ne sait compter que jusqu’à un et n’appelle pas indistinctement, génériquement mais spécifiquement car il a une histoire d’amour particulière avec chacun. Connaître renvoie à la science d’approbation (ST I, 14, 8), la science de Dieu « en tant qu’elle est cause des réalités ». La connaissance d’approbation du Christ implique la volonté divine qui crée et qui sauve. Jésus sait qui il appelle par prédestination (Rm 1, 1. 4-6). Inversement, les brebis connaissent leur pasteur amoureusement, grâce répandue dans le cœur des élus (Jr 31, 34).

 

b.     Mourir pour les hommes

 

Jésus, en tant que Fils, pénètre seul la réalité divine de l’intérieur, pour nous la manifester à l’extérieur. Il connaît vraiment les desseins du Père car les personnes divines sont égales, elles seules peuvent se comprendre vraiment : « personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler » (Mt 11, 27)). Jésus le communique à ces disciples, même si cela ne sera pleinement réalisé qu’au Ciel. On veut alors lui ressembler et on aspire à voir sans voile : « ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu » (1 Co 13, 12).

 

Dieu le Père veut que son Fils meure pour sauver les hommes de leur péché. Dans la mort du Christ, l’âme a été séparée de la chair mais la divinité n’a jamais été séparée de l’âme et de la chair. Elle était unie à l’âme descendant aux enfers et au corps restant dans le sépulcre. C’est pourquoi le corps par la puissance de la divinité a livré l’âme, et l’a saisie à nouveau.

 

Jésus est mort pour tous les hommes, pour les Juifs et les païens : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 6). Jésus fut envoyé directement aux Juifs par privilège pour qu’il leur prêcha corporellement (ut eis corporaliter praedicaret ) par sa propre voix et physiquement. « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 15, 24). Aux autres, sa parole passe par le ministère des apôtres comme S. Paul prêchant aux Gentils.

 

Ces brebis ramenées au bercail obéiront aux commandements de Dieu. Obéir, ob-audire signifie écouter celui qui est au-dessus (« elles écouteront ma voix »). Elles vivront de la charité dans l’unité de la foi (Eph 2, 14). Il faut ramener à l’unité catholique les frères séparés afin qu’il n’y ait plus qu’un seul troupeau (unum ovile). Cette unité est parfois décriée comme uniatisme par les Orthodoxes contre les Catholiques Byzantins mais fut reprise par Benoît XVI pour les Anglicans (Anglicanorum cœtibus) et aurait même dû se poursuivre pour les Luthériens scandinaves ou américains. C’est le seul véritable œcuménisme.