Octave Pâques (19 avril - Jésus missionne apôtres)

Homélie du 1er dimanche après Pâques (19 avril 2020)

 

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La première apparition aux dix apôtres (St. Thomas étant absent)

 

Méditons le début du récit évangélique du jour (Jn 20, 19-24) qui s’attarde sur les apparitions aux dix apôtres en l’absence de St. Thomas, advenue après celles aux saintes femmes.

 

 

I)              L’apparition du Seigneur : « Jésus se tenait là au milieu d’eux »

a.     Quatre circonstances

 

Jésus apparu un soir, voulant attendre que fut passée la panique durant laquelle tous ses apôtres s’étaient dispersés fuyant chacun de son côté à la Passion. Mais là, ils s’étaient rassemblés de nouveau pour se donner courage alors qu’ils craignaient que la persécution des Juifs ne les atteignît à leur tour. Jésus voulait les réconforter au moment où ils en avaient le plus besoin (Ps 45, 2). À la fin du monde le Sauveur viendra aussi comme un voleur dans la nuit : « Au milieu de la nuit, il y eut un cri : ‘Voici l’époux ! Sortez à Sa rencontre’ » (Mt 25, 6). Il récompensera les serviteurs fidèles comme les ouvriers de la onzième heure (Mt 20, 8).

 

Le jour est le premier de la semaine, soit le dimanche soir de la Résurrection. Jésus y apparaît pour la cinquième fois après Marie-Madeleine seule (Jn 20, 1), puis avec les femmes (Mt 28, 9), après les disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13) et St. Pierre (Lc 24, 34). Au jour du Jugement dernier, à la Résurrection finale, Jésus apparaîtra à tous : femmes, pécheurs, pèlerins, apôtres : « tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé » (Ap 1, 7).

 

Les portes du Cénacle étaient closes à cause de la nuit et de la peur des Juifs. Jésus manifesta sa puissance en entrant malgré ces portes closes. St. Thomas n’explique pas cela par l’agilité, l’une des quatre propriétés des corps glorieux (avec la subtilité, clarté et impassibilité) mais par un miracle dû à sa personne divine. S. Augustin rapporte cette fin de sa vie terrestre à son début : « Celui-là a pu entrer sans que les portes fussent ouvertes, lui à la naissance duquel la virginité de sa mère est restée inviolée ». Spirituellement, le Christ ne nous apparaît qu’une fois que nous nous sommes retirés dans nos chambres pour y prier seuls, les sens extérieurs étant clos sur les distractions du monde : « toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret » (Mt 6, 6).

 

Nous devons imiter les disciples rassemblés, par l’Esprit-Saint. Église ou ekklesia signifie appelés depuis (la masse des hommes) (kaléô ek). Le Christ se donne plus volontiers à ceux qui sont unis en petite communauté par les liens de la charité : « En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18, 20).

 

b.     Contenu

 

Jésus revient vers ses disciples comme il l’avait promis : « je m’en vais et je reviens vers vous » (Jn 14, 28). Il montre sa similarité par la nature humaine, se donne à voir pour être reconnu comme prévenait Jean le Baptiste : « au milieu de vous se tient Celui que vous ne connaissez pas » en Jn 1, 26. Jésus le prouve en montrant ses stigmates qu’il portera à la fin des temps où ses fidèles seront pleinement consolés. Ceux qui le refusent sont coupables.

 

Jésus les salue à l’orientale : shalom alehem/salam aleïkum : la paix (soit) avec vous. Or cette paix était troublée de trois manières. D’abord envers Dieu que les apôtres avaient renié par la parole ou les actes, en s’enfuyant. Jésus les réconcilie avec Dieu : « nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils alors que nous étions ses ennemis » (Rm 5, 10). Ensuite envers eux-mêmes, ils étaient tristes et doutaient dans leur foi : « Grande est la paix de qui aime ta loi ; jamais il ne trébuche » (Ps 118, 165). Enfin, envers les autres, souffrant les persécutions des Juifs : « Je vous donne la paix, je vous laisse ma paix » (Jn 14, 27).

 

 

II)           Les conséquences

 

Il leur communique aux disciples la joie promise avant la Passion : « Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 22). Elle ne sera toutefois pleine et entière que dans la Patrie céleste par la claire vision de Dieu pour le petit nombre des élus.

 

a.     La remise du ministère

 

Avant de leur confier le ministère, Jésus leur redonne sa paix. Ce redoublement évoque deux types d’obstacles provoqués par les Juifs puis les Gentils auxquels ils allaient être envoyés : « Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde » (Jn 16, 33).

 

Les apôtres reçoivent un ministère de médiateur entre Dieu et les hommes (cf. 1 Tim 2, 5). Jésus était envoyé par Dieu le Père et maintenant, il envoie (apostolein en grec) ses apôtres dans l’Esprit, à toutes les nations pour les baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Leur haute dignité vient de cette chaîne des envois successifs arrivant jusqu’à nous. Mais le Fils ayant vécu sa mission (latin pour envoyer = mittere, missus sum) par la Passion, eux aussi seront confrontés aux tribulations : « Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (Mt 10, 16). Mais Dieu triomphe toujours.

 

b.     La communication du don spirituel

 

La Pentecôte est aujourd’hui anticipée. L’Esprit-Saint vient sur les dix apôtres puisque S. Thomas était absent et Judas s’était pendu. Seul l’Esprit-Saint les rend capables d’agir comme ministres : « Lui nous a rendus capables d’être les ministres d’une Alliance nouvelle, fondée non pas sur la lettre mais dans l’Esprit » (2 Co 3, 6). Ce souffle rappelle Dieu insufflant l’âme à Adam et Ève (Gn 2, 7). À la messe chrismale l’évêque souffle sur le saint-chrême qui oint les chrétiens et à la vigile pascale, le prêtre souffle aussi sur les eaux baptismales.

 

Pour S. Augustin, le souffle n’est pas la substance de l’Esprit Saint mais un signe montrant que l’Esprit Saint ne procède pas seulement du Père mais aussi du Fils. L’Esprit-Saint fut envoyé deux fois sur le Christ (baptême et Transfiguration) comme sur les apôtres (souffle puis langues de feu à la Pentecôte) pour signifier que la grâce du Christ, donnée par l’Esprit, viendrait jusqu’à nous par les sacrements (colombe) et la fermeté de la doctrine (nuée lumineuse avec la révélation de Jésus docteur : « Écoutez-le »). Sur les apôtres, le souffle désigne la grâce dans les sacrements qu’ils administrent : réconciliation/pénitence : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus » (Jn 20, 23) et baptême : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19). Les langues de feu évoquent la propagation de la grâce par la doctrine car ils enseignèrent aussitôt après avoir reçu l’Esprit-Saint à la Pentecôte (Ac 2, 4).

 

Certains commentateurs sont gênés par ce don de l’Esprit-Saint puisque le Christ n’était pas encore remonté au ciel, ne pouvait faire ce don du Paraclet aux hommes (Jn 16, 7, cf. Ep 4, 8). S. Jean Chrysostome y voit une préparation au don futur de la Pentecôte pour pouvoir soutenir la venue de l’Esprit-Saint comme Daniel celle de l’ange (Dn 10, 8-9). De plus, l’Esprit-Saint leur est donné là pour un certain effet, la rémission des péchés et faire des miracles (Mt 10, 8). Pour St. Augustin et Alcuin, l’Esprit-Saint qui est amour, se décline en deux préceptes : en étant donné « sur la terre », il renvoie à l’amour du prochain, venant du Ciel, il signifie l’amour de Dieu.

 

 

Conclusion :

 

La rémission des péchés passe par la charité, donnée par l’Esprit. Elle seule couvre une multitude de péchés (1 P 4, 8). Certains, influencés par le protestantisme, sont gênés que des ministres remettent les péchés, prérogative de Dieu seul. Mais les prêtres agissent in persona Christi dans leur ministère. En donnant le sacrement, ils remettent et du mal de peine et du mal de faute. La rémission des péchés est l’œuvre propre de Dieu, par sa puissance et son autorité. Elle n’est pas l’œuvre du prêtre, qui n’est qu’un instrument. De même qu’un seigneur dans la féodalité pouvait exécuter sa volonté par un vassal, bon ou mauvais, ainsi le Seigneur confère à ses intendants le pouvoir d’administrer efficacement sa grâce (1 Co 4, 1), même s’ils sont mauvais (III, 64, 5 et 8-10). Les sacrements agissant par eux-mêmes : ex opere operato.