Rameaux (5 avril - entrée Christ à Jérusalem)

Homélie du dimanche des Rameaux

 

Commentaire de l’évangile des Rameaux (Mt 21, 1-9)

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L’évangile de Matthieu est divisé en trois parties : l’entrée du Christ dans le monde (chap. 1-3), son parcours (chap. 4-20), sa sortie (chap. 21-28) qui commence ici. Jésus avait voulu réconforter les disciples en prédisant l’avenir glorieux (Transfiguration, chap. 17). Cette gloire provoqua la jalousie de certains comme d’autres l’étaient de sa science (chap. 22). Quant à cette gloire du Christ, S. Matthieu l’avait d’abord présentée pendant que Jésus était en route et dans un troisième temps, il le fera dans le Temple (v. 12). Mais il s’agit ici du moment intermédiaire, alors qu’il était dans la ville (v. 10).

 

 

I)              Les lieux

a.     Bethphagé, ville sacerdotale

 

L’évangéliste présenta d’abord les lieux. Après être descendu de Galilée en longeant le Jourdain vers le Sud jusqu’à Jéricho où il guérit les deux aveugles, Jésus obliqua vers l’Ouest en prenant la route qui monte à Jérusalem (plus de 1.000 m de dénivelé comme une anticipation de la résurrection puisque Jéricho est au-dessous du niveau de la mer !). Il passa par Bethphagé, sur le mont des Oliviers qui domine Jérusalem à l’Est. Ce village évoque symboliquement le sacerdoce du Christ. Le sacerdoce consiste à offrir le sacrifice mais aussi à s’offrir soi-même en sacrifice pour l’amour des autres (« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » Jn 15, 13) comme le grand-prêtre qui ouvre cette voie nouvelle.

 

Cette symbolique sacerdotale de Bethphagé provient de son emplacement à un mille de la ville, ce qui fait que la ville était peuplée de prêtres qui ne pouvaient parcourir plus que 1.000 pas le jour du sabbat pour se rendre au temple y assumer leur service hebdomadaire (erouv tehounim, 2.000 coudées, soit env. 960 m dans Nb 35, 5 pour les lévites à l’extérieur des villes qui leur étaient attribuées ; cf. Ac 1, 12 : « ils retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit ‘mont des Oliviers’ qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat »). Origène traduit par ‘maison des mâchoires’ en hébreu. Or, cet organe prélevé sur les victimes sacrifiées était réservé aux prêtres avec l’épaule et l’estomac (Dt 18, 3). Mais cette mâchoire évoque par métonymie la bouche confessant la foi : « Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut » (Rm 10, 10). Jérusalem ou ‘vision de la paix’ symbolise l’unité et la concorde (« Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble ne fait qu’un ! », Ps 121, 3).

 

b.     Autre image du figuier stérile (Bethphagé contre Béthanie)

 

Les prêtres juifs, tant sadducéens que pharisiens étaient dans la lettre de la loi plutôt que dans son esprit (« la lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » 2 Co 3, 6), ils ne portaient pas de fruit. Or l’autre étymologie pour Bethphagé propose : maison des figues pas mûres. Alors que Béthanie, toute proche, est la maison des figues mûres. Jésus s’y rendit le soir même chez Lazare, Marthe et Marie (Jn 12, 9-11 et Mt 26, 6) car il n’avait pas trouvé où se loger autrement. Cela rappelle la parabole du figuier (Mt 24, 32-35) maudit parce qu’il ne porte pas de fruits, comme les Juifs qui le crucifièrent alors que d’autres l’accueillaient chez eux.

 

Le mont des Oliviers symbolise quant à lui l’huile. Elle sert dans les lampes pour la lumière qui éclaire le monde (Mt 5, 15-16) et réjouit les croyants (Ps 103[104],15). Elle évoque aussi les sacrements du salut qui se font par onction (baptême, confirmation, extrême-onction et sacerdoce). Ils sauvent, guérissent les malades (Lc 10, 34 où le bon Samaritain versa de l’huile sur les plaies) par la grâce de l’Esprit-Saint que ne peuvent donner les prêtres juifs.

 

 

II) Les personnes

a.     Les apôtres exécutent l’ordre

 

Jésus envoya deux apôtres. Apôtres signifie précisément « envoyés » en grec. Il commence une chaîne d’envoi dont il était le premier maillon : « Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). Par la succession apostolique tous les fidèles, par le prêtre ordonné par un évêque, sont ramenés à Jésus. Ils furent envoyés par deux (Lc 10, 1) signifiant la charité qui exige au moins deux personnes car l’amour chrétien n’est pas du narcissisme. Autres binômes : la vie apostolique est à la fois active et contemplative comme Marthe et Marie (Lc 10, 38-42). L’Église annonça l’évangile tant aux Juifs qu’aux Gentils ou païens : « l’Évangile m’a été confiée pour les incirconcis (c’est-à-dire les païens), comme elle l’a été à Pierre pour les circoncis (c’est-à-dire les Juifs) » (Ga 2, 8).

 

Ce bourg devant eux peut symboliser le monde dans lequel Jésus envoie ses disciples par son ordre, et qui est hostile : « vous n’appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous » (Jn 15, 16). L’ânesse et son petit évoquent les hommes vivant comme des animaux, sans faire usage de leur raison pour chercher le vrai bien qu’est Dieu, se rabaissant en-dessous même des bêtes : « L’homme comblé ne dure pas : il ressemble au bétail qu’on abat » (Ps 48, 13). L’ânesse signifie encore le peuple juif car Israël était sous le joug de la loi qui l’avait domestiqué depuis de nombreux siècles. L’ânon qui n’a jamais été monté par personne, représentait la gentilité (gens, gentes en latin, traduit goy, goyim en hébreu), les nations païennes pas encore soumises au joug de la loi de Dieu mais qui vont l’accueillir finalement mieux que le peuple élu.

 

L’ânesse peut être encore le peuple juif si insensé [asinus = a-sinus] qu’il abandonna la vraie loi évangélique de l’amour (Dt 32, 6 : « Peuple stupide et insensé ! »), inscrite en nos cœurs par l’Esprit-Saint pour ployer sous le fardeau d’une loi stricte inapplicable : « Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter ? » (Ac 15, 10). Le Christ les dénonça, une fois entré dans Jérusalem : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficile à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt » (Mt 23, 2-4). Finalement, que l’ânesse soit attachée renvoie aussi au liens du péchés dont le Christ est venu nous délivrer car « une même chaîne de ténèbres les tenait tous liés » (Sg 17, 18) car lee méchant « est captif des liens de son péché » (Prov 5, 22).

 

b.     Le vrai roi

 

Donc, « détachez-les » se réfère aux liens de l’ignorance que dissipe la saine doctrine (Tt 1, 9) que doit diffuser tout bon évêque, successeur des apôtres : « il les délivre des ténèbres mortelles, il fait tomber leurs chaînes » (Ps 106[107], 14) ou du péché comme Pierre en avait reçu la mission par le pouvoir des clés : « Tout ce que tu auras délié sur la terre sera aussi délié dans le ciel » (Mt 16, 19). Jésus montra ensuite son pouvoir face à toute opposition éventuelle. Les gens laisseront faire par l’action du Christ qui change le cœur de manière invisible, prouvant qu’il est Fils de Dieu.

 

Jésus accomplit la prophétie de Zacharie, 9, 9 même si le Seigneur n’a pas fait cela parce que le prophète l’avait dit, mais parce que tout était rapporté à lui dès le début de l’histoire du salut. Il vient en vrai roi et non pas en tyran comme prophétisé ailleurs : « Voici venir des jours – oracle du Seigneur–, où je susciterai pour David un germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice » (Jr 23, 5). D’après la loi juive, le roi doit être issu du sang juif : « c’est parmi tes frères que tu prendras un roi pour l’établir sur toi » (Dt 17, 15), qui ne vient pas en tyran mais pour son bien (Ha 3, 13), exprimant la douceur de la miséricorde (Prov 20, 28, Vulg : «  Misericordia et veritas custodiunt regem, et roboratur clementia thronus ejus ») et par l’humilité de s’asseoir sur une ânesse et non pas sur un cheval guerrier (Mt 9, 29 : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur »). Ce qui fait que les papes normalement voyageaient sur une mule.

 

c.     La foule

 

Au v. 8, la foule étendit ses vêtements sur le chemin. Les disciples avaient obéi fidèlement et étendus leurs manteaux pour que Jésus pût s’asseoir plus confortablement. Cela évoque les différentes vertus qu’ils cherchaient à imiter (Col 3, 12 : « Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience »). Nous devons ensuite les imiter (1 Co 11, 1 ; 4, 16 ; Ph 3, 17).

 

La route pierreuse fut recouverte pour que le Messie ne s’y heurtât point à la manière des anges préservant ses pieds (Mt 4, 6 citant Ps 91, 12). Les manteaux peuvent aussi symboliser les corps des martyrs offrant leur vie pour le Christ (Dt 24, 13 et 17). Les branches d’arbres ou rameaux sont ceux qui ont fructifié puisque le Christ est venu pour cela. Il faut se laisser enter, greffer sur le Christ pour porter son fruit : « tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage (…). Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples » (Jn 15, 2 et 8) ; « Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu’il entreprend réussira » (Ps 1, 3).

 

Après les actes vinrent les paroles puisque la foule criait : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » (v. 9). Elle réclame le salut qu’apporte le fils de Dieu : je vous en prie, sauvez-nous ! Il sauve au nom du Père qui l’a envoyé (Jn 5, 43). Jésus sauve à la fois du péché et de la mort éternelle.