3e dim ap Pâques (25/04 - vers Patrie céleste)

Homélie du 3e dimanche de Pâques (25 avril 2021)

Devenir plus spirituels en regardant vers la patrie céleste

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« Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ » (1 P 2, 5) résume bien le thème principal de ce dimanche entre Pâques et l’Ascension.

  1. Le temps de Pâques désormais orienté vers l’Ascension
    1. La préparation lointaine à l’Ascension

Dom Pius Parsch, un des précurseurs autrichiens du mouvement liturgique explique, dans son Guide dans l’année liturgique, que le temps pascal peut se diviser en deux parties. La première, regardant en arrière, est traversée par trois thèmes : la Résurrection, le baptême, l’Eucharistie, en lien avec la préparation des néophytes. Ces catéchumènes baptisés, communiés et confirmés la nuit de Pâques recevaient une catéchèse mystagogique des Pères de l’Église, expliquant après le sacrement la richesse symbolique vécue dans la liturgie.

Aujourd’hui commence la seconde partie qui prépare à l’Ascension du Seigneur et à l’envoi du Saint-Esprit pour la Pentecôte. Le Christ se dispose à fonder son royaume sur la Terre. Et ce royaume est spirituel comme il le rappela à Pilate : « Jésus déclara : ‘Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici’ » (Jn 18, 36). Il fait commencer ce qu’il avait prédit à la Samaritaine : « l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité » (Jn 4, 23-24). C’est pourquoi le Christ devait quitter la Terre et transporter son siège dans le Ciel pour laisser la place à son corps spirituel qu’est l’Église, animée par l’Esprit-Saint : « ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel » (1 Co 15, 44).

    1. Vivre avec Jésus par l’Esprit

Les vrais disciples de Jésus ne doivent pas s’attacher uniquement à sa personnalité terrestre. Ils devaient être spirituels et même spiritualisés. C’est pourquoi Jésus envoya le Saint-Esprit qui tient sa place. Le Paraclet sera désormais guide et consolateur des fidèles. L’Esprit n’a pas de limites corporelles. Aussi élargit-on le champ chronologique (Jésus mort et ressuscité il y a près de 2.000 ans) et géographique (la Terre Sainte). L’Esprit-Saint fait éclater les limites spatio-temporelles pour rendre présent le Fils de Dieu partout dans le monde. Dieu est esprit et s’est incarné. Après la Pentecôte, il se rend présent corporellement dans le très Saint-Sacrement de l’autel pour qu’on puisse l’approcher corporellement partout sur Terre où se trouve une église dotée de la Présence Réelle.

Spiritualisation : voilà la grande ligne qui mène de Pâques à la Pentecôte où elle culmine. L’Église nous fait désormais de plus en plus passer de la joie du temps pascal à la vie de combat qui nous attend dans la réalité. Nous nous sommes approchés du Seigneur Ressuscité en rappelant chacune de ses apparitions jusqu’à toucher de nos doigts avec S. Thomas les plaies du Seigneur (octave). Huit jours après Pâques, les néophytes déposèrent leurs habits blancs (dimanche in albis) afin de quitter l’extérieur et le symbole pour avancer vers le but intérieur et spirituel. Le bon pasteur (2e dimanche après Pâques) a constitué les brebis errantes en corps mystique de l’Église pour nous conduire vers les riches pâturages.

De ce dimanche jusqu’à l’Ascension, les évangiles sont empruntés au discours d’adieu d’après la Cène (Jn 16). Le Christ voulait consoler les apôtres du départ de leur maître, ancrer leur cœur auprès de lui dans le Ciel et les rendre capables de supporter la souffrance sur la Terre. L’Église applique ces passages au temps après Pâques. Nous devons nous résigner à ne plus sentir le voisinage du Seigneur. C’est pourquoi l’Église nous montre aujourd’hui le Ciel (3e dimanche) et si elle nous conduit dans le monde hostile (4e), elle nous promet le Saint-Esprit comme consolateur (5e).

  1. Un regard désormais clairement tourné vers l’avenir
    1. L’avenir du Christ : l’Ascension

Ce discours d’adieu, en réalité prononcé juste avant la Passion, est appliqué non à sa mort et résurrection mais à son Ascension et retour à la droite du Père. Dans notre vie aussi, il y a deux délais. Les choses se passent un peu différemment pour nous que pour les disciples. « Un peu de temps et vous ne me verrez pas » correspond à notre vie terrestre, pendant laquelle nous ne voyons pas le Seigneur (cf 1 Jn 4, 12 : « Dieu, personne ne l’a jamais vu »). Ce temps de l’exil ne présente guère aux enfants de Dieu que des larmes et du chagrin. Ils rencontrent bien des peines sur la Terre. Les mauvais vivent dans la joie et la volupté et se rient de nous. Mais la vie terrestre ne dure « qu’un peu de temps ». Bientôt vient le second délai. « Vous me verrez de nouveau » signifie la joie permanente de la béatitude ou vision divine au Ciel, inamissible : « et votre joie, personne ne pourra vous l’enlever ».

En attendant, ne soyons pas tristes en écoutant le Christ répéter trois fois : « encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, car je vais vers mon Père ». Car l’Église, à la pensée du départ du Christ ne doit pas devenir mélancolique. Au contraire, Jésus évoqua l’accouchement. Et lorsque la tête de l’Église qu’est le Christ est déjà entrée dans le Ciel, le corps suivra bientôt, aspire à le suivre. « La création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps » (Rm 8, 22-23). La jubilation pascale ne diminue pas mais augmente suivant l’Introït : « Jubilez en Dieu, terre entière, Alléluia, Alléluia » qui rappelle « Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves » (1 P 1, 6).

L’Église n’est donc pas triste comme les apôtres en pensant au départ du Seigneur. Elle aime voir le Seigneur monter au ciel, car elle-même ne se sent pas chez elle sur la Terre. Le Ciel est sa patrie et elle soupire après le jour où elle suivra son Époux dans le ciel.

    1. Notre avenir : le combat spirituel pour l’homo viator

L’Église nous prépare au second avenir. Jusqu’ici, nous fêtions Pâques et nous nous sentions déjà un peu au ciel. Volontiers nous aurions dit avec S. Pierre : « Il est bon que nous soyons ici ! Dressons-y nos tentes ! » (cf. Mc 9, 5). Nous allions oublier que nous sommes encore sur la Terre. L’Église nous ramène aux âpres réalités quotidiennes sans les peindre en rose car toute rose a ses épines. Elle nous prévient que la vie chrétienne est difficile et remplie de souffrances, combats et épreuves car elle est un pèlerinage vers la patrie céleste : « vous êtes comme des étrangers résidents ou de passage, je vous exhorte à vous abstenir des convoitises nées de la chair, qui combattent contre l’âme » (1 P 2, 11).

Le latin dit « étranger et pèlerins » sur la Terre. Comme si nous partions à l’étranger y parfaire notre éducation avant de rentrer à la maison. Soit nous nous plaisons tellement à l’étranger que nous en devenons étranger à nous-même (aliénation) et nous oubliant notre vraie patrie en nous adonnant au jeu, à la boisson et au sexe comme le fils prodigue (Lc 15, 13). Soit nous partons avec l’amour de la patrie comme compagnon de route, en travaillant avec ardeur pour nous instruire, rentrer et servir notre pays. Les jeunes filles étrangère essaient de nous attirer mais nous n’y prêtons pas attention car notre fiancée est au pays. Ne chargeons pas notre son sac pour nous en retourner dès que possible, légers, vers la patrie. Nous souffrons souvent de nostalgie qui augmente en recevant une lettre de notre père et nous écrivons souvent au pays. De temps en temps, le père nous envoie un pain de la maison, que nous mangeons de grand appétit et qui nous soutient dans notre voyage.

La Terre est notre exil : « exsules filii Evæ » « Enfants d’Ève exilés, nous crions vers vous ; vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes » (Salve Regina) . Notre vraie patrie est le ciel. Notre Père est Dieu. Beaucoup d’hommes se trouvent si bien sur Terre qu’ils en oublient le Ciel. Leur cœur est attaché aux biens et aux occupations de la terre. Ils n’ont pas le moindre désir de la patrie céleste. Quand leur Père envoie une lettre, que leur est prêché l’Évangile, ils se bouchent les oreilles pour ne pas entendre. Ils sont enfants du monde. Un petit reste marche avec amour et espérance vers Dieu au ciel, à travers l’exil terrestre. Les Chrétiens sont pèlerins et étrangers en ce monde. Ils sont en ce monde mais ne sont pas du monde. Ils vivent parmi les hommes, remplissent leurs devoirs et leurs tâches, mais leur cœur est dans la patrie. C’est pourquoi les gens ne les voient pas d’un bon œil en les traitant de rêveurs chimériques. Ils ne s’alourdissent pas de biens terrestres, exerçant la pauvreté spirituelle. Ils se réjouissent en méditant volontiers la parole de Dieu, lettre du Père. Ils lui écrivent volontiers par la prière. Leur pain du ciel est la sainte Eucharistie qu’ils sont heureux de manger quand le chemin est rude et pénible pour reprendre des forces et se garder des séductions de l’étranger.

Conclusion

L’Église oriente nos regards vers Dieu. Pourtant, nous avons aussi des devoirs ici-bas qu’on ne peut non plus négliger, bien que nous ne soyons que de passage.

Date de dernière mise à jour : 25/04/2021