Vigile de Pâques (3 avril - lect. thom.)

Homélie de la Vigile pascale (samedi 3 avril 2021)

Lecture thomiste de l’évangile (Mt 28, 1-7)

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L’évangéliste, dans son 28e et dernier chapitre, traite du triomphe de la résurrection du Seigneur. Il montre d’abord comment les disciples apprirent la résurrection par l’ouïe (l’ange parlant aux femmes et celles-ci aux apôtres puis les gardes rendant compte à leurs chefs, v. 11) et la vue (les saintes femmes virent d’elles-mêmes au v. 8, juste après notre passage) de sorte que par ces deux sens, les témoins étaient dignes de foi.

  1. Circonstances de la révélation du Ressuscité (v. 1)
    1. Le moment

« Après le soir du sabbat, alors que le jour commençait à poindre » semble se distinguer de Jean qui parle encore de la nuit. Les saintes femmes vinrent deux fois, par empressement. De fait, « c’était le jour de la Parascève, et déjà brillaient les lumières du sabbat, les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit. Le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore, les femmes se rendirent au tombeau, portant les aromates qu’elles avaient préparés » (Lc 23, 53-56 et 24, 1). Ainsi peut-on dire qu’elles se préparèrent dès la mise au tombeau le soir du vendredi à la manière de la Parascève ou préparation la veille du Sabbat (donnant le prénom russe Praskovie ou vendredi : Piatnitza). Elles achetèrent les aromates et devant se reposer le samedi, elles arrivèrent aux premières heures du jour le dimanche. Pour les juifs, le jour commence la veille au soir (usage conservé dans certains pays en fêtant la veille le saint patron ou l’anniversaire et dans la liturgie en fêtant les premières vêpres du dimanche le samedi soir). Cela explique l’assimilation du soir au jour même du dimanche, comme dans la Genèse : « il y eut un soir, il y eut un matin » (Gn 1, 5) pour rappeler les œuvres de Dieu qui firent plus à la recréation de l’homme qu’à sa création.

Cette façon de parler souligne la solennité de la résurrection du Seigneur, car cette nuit fut radieuse comme à Noël. « Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière ! » (Ps 138, 12). Symboliquement, cela convient au rétablissement de l’homme accompli par le Christ. Avec Adam, on était passé du jour à la nuit du péché. Cette nuit, c’est le contraire, l’homme est passé de la nuit au jour : « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière » (Ep 5, 8). Enfin, le Christ en sa résurrection éclaire tout ce qui était obscur dans la loi et les prophètes comme l’exégèse qu’il donna sur le chemin d’Emmaüs : « partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait » (Lc 24, 27).

    1. Les destinataires

Il y eut trois destinataires : Marie-Madeleine, l’autre Marie (Jacobée), femme de Cléophas (parfois identifié à Alphée) à savoir la mère de Jacques le petit et Joseph. Marc (Mc 15, 40 ; 16, 1) ajoute (Marie) Salomé, femme de Zébédée, mère de Jacques le Majeur et Jean. Certains prétendent que ces deux dernières seraient demi-sœurs de la Vierge, issues des second et troisième mariages de S. Anne.

Le Seigneur voulut d’abord apparaître à une femme pour rétablir le sexe féminin : « c’est par une femme qu’a commencé le péché » (Sir 25, 24 = Eccl 25, 33 Vulg.). Car, de même que la femme avait été la première à entendre la mort dans le premier lieu de vie, de même, elle fut la première à voir la vie dans un lieu de mort.

Portant le même prénom, ces trois femmes indiquaient l’unité de l’Église : « ma colombe est unique » (Ct 6, 8) issue comme elles de Juifs et de païens. Elles rappellent la mère du Christ. En effet, comme la très sainte Vierge Marie conçut un enfant en son sein clos, elles méritèrent de voir le Christ sortir d’un tombeau fermé. Leur dévotion était indiquée par leur visite à ce tombeau : comme elles ne pouvaient voir Jésus, elles voulaient au moins voir le tombeau : « car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21).

  1. L’ange ou messager de la révélation (v. 2-5)
    1. Le tremblement de terre

L’ange se manifesta bruyamment, par un grand tremblement de terre. Après sa mort, on avait touché avec le tombeau l’humanité du Christ, il fallait maintenant toucher sa divinité afin d’indiquer que celui qui était mort ne pouvait pas être retenu sous terre : « Il était libre parmi les morts », (Ps 87, 6, Vulg. : l’actuelle traduction dit exactement le contraire : « ma place est parmi les morts » !).

Les deux tremblements de terre (le premier étant le vendredi saint, cf. Mt 27, 51) signifient le mouvement des cœurs, d’abord libérés du péché par sa mort, puis passant à la gloire, ce qui préfigure aussi ce qui adviendra au jour du Jugement : « La terre a tremblé puis s’est calmée, lorsque Dieu s’est levé pour juger » (Ps 75, 9, Vulg.). Car si la terre n’a pu supporter un ange, elle pourra encore moins supporter l’avènement glorieux du Christ.

Si l’ange, pur esprit, n’est par circonscrit dans un lieu, il est cependant défini par un lieu dans son action. Un certain mouvement lui convient donc, ici de descendre du Ciel. Il convenait que la résurrection fût annoncée par un ange, tant pour manifester la gloire de Dieu le Père qui ressuscita Jésus que la dignité du ressuscité, le Fils de Dieu (Ac 13, 30).

    1. Manifester la lumière de la vérité d’un tombeau vide

L’ange ouvrit aux femmes le tombeau en roulant la pierre. L’ange s’assit comme un docteur qui domine contre le diable vaincu (cf. Ps 109, 1), en enseignant la résurrection du Seigneur. La position assise est synonyme du repos que Jésus obtint dans la gloire : « ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui » (Rm 6, 9).

L’ange ressemblait à l’éclair. Il apparut sous une forme corporelle qu’il avait prise. L’éclair symbolise la lumière de la connaissance qu’ont les anges (l’illumination angélique) et que le Christ était venu communiquer en « illuminant tout homme qui vient dans ce monde » (Jn 1, 9). Mais l’éclair effraie aussi avec Zacharie (Lc 1, 9). Son vêtement resplendissant comme la neige, évoque la pureté des justes ou la gloire de la résurrection au Jugement dernier (Ap 3, 5).

L’apparition angélique, si elle réjouit les justes, effraya les gardes car ils servaient avec une mauvaise conscience. Ils étaient comme morts eux qui prétendaient retenir le Christ au tombeau !

  1. Le contenu de la révélation (v. 5-7)
    1. N’ayez pas peur

Ensuite l’ange délivra son message de la résurrection en quatre points : il réconforta les femmes, loua leurs efforts, leur indiqua la joie, leur ordonna d’annoncer la résurrection.

Les femmes n’avaient rien dit à cause de la crainte éprouvée. Qu’il soit bon ou mauvais, l’ange en apparaissant manifeste que comparée à la sienne, la nature humaine est fragile. Mais S. Antoine précise que si l’ange est bon, il laisse toujours l’homme consolé comme Zacharie ou la Vierge Marie en leur enjoignant de ne pas craindre (Lc 1, 13. 30) comme s’il disait ici : « Vous n’avez pas à craindre, car vous aimez le Christ » car l’amour est audacieux et le don de crainte est filial plein de confiance et piété et non une peur servile : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions ‘Abba !’, c’est-à-dire : Père ! » (Rm 8, 15). Les gardes, eux, n’étaient pas dignes d’être réconfortés.

En soi, les anges ne peuvent connaître les pensées humaines. Dieu seul sait lire dans nos cœurs (Jr 17, 9). Mais il peut le révéler à ses messagers comme ici. « Vous cherchez Jésus le crucifié » précise-t-il car il insiste sur l’identité entre la victime innocente de cruels bourreaux et le glorifié. Elles manquaient de foi en cherchant dans le lieu de sa mort celui qui ne pouvait être retenu par la mort.

    1. Jésus est ressuscité

L’ange annonça que le Christ était ressuscité par sa propre puissance : « J’ai dormi et je me suis reposé, puis je me suis levé parce que le Seigneur m’a accueilli » (Ps 3, 6, Vulg.). Il rappela ce qu’avait prédit le Christ (Mt 20, 19) en ajoutant : « comme il l’a dit ». En effet, la parole du Seigneur ne peut faire défaut. Il indiqua l’endroit qu’elles avaient vu lorsqu’il y reposait mais qui était vide alors même qu’il était encore fermé.

L’ange en fit les apôtres des apôtres : « vite, allez dire à ses disciples » qu’ils le reverront en Galilée. Comme Ève s’était adressée au diable, ces premières femmes étaient les interlocutrices de l’ange afin que tout fût rétabli. Pourquoi l’ange parla-t-il de Galilée alors que Jésus fut d’abord vu à Jérusalem ? Parce qu’ils y avaient tous plus leurs habitudes et y étaient plus en sécurité qu’en Judée, donc délivrés de la crainte. De plus, Galilée signifie « passage » aux païens (Galilée des nations) auxquels ils devront annoncer cette bonne nouvelle du salut. Ils n’auraient pas fait cela si le Seigneur ne les y avait précédés car on ne se tourne pas spontanément d’abord vers des étrangers pour partager la joie d’une si bonne nouvelle !

Date de dernière mise à jour : 04/04/2021