2e dimanche Avent (4 déc 2016)

Homélie du 2e dimanche de l’Avent (4 décembre 2016)

Pour écouter le fichier audio, cliquez ici.

Les fins dernières d’après l’évangile (Mt 24, 1-35) (2)

Poursuivons l’interprétation de la description eschatologique faite au début de l’Avent qui est, en sa première partie (jusqu’au 17 décembre), d’abord une préparation au second avènement dans la Gloire et pas d’abord une commémoration du premier avènement dans l’humilité de la chair humaine.

  1. La venue de Jésus (v. 30)

Dans les signes provenant des réalités au-dessus de nous, on distingue un ordre triple : les corps célestes, les anges et le Christ car, selon Ep 1, 21 : « Il l’a établi au-dessus de tout être céleste : Principauté, Souveraineté, Puissance et Domination ».

  1. Les corps célestes et les anges

Lorsque viendra l’Antéchrist, il y aura aussitôt  le commencement des signes astronomiques (et non pas 1.000 ans après comme le disent certains car beaucoup seraient en danger !).

« Le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées » (v. 29). Distinguons 3 moments :

  • avant l’avènement : « Le soleil se changera en ténèbres et la lune en sang, avant que ne vienne le jour grand et terrible du Seigneur » (Jl 2, 31 (Vulg[1])).
  • pendant l’avènement : soleil et lune ne seront pas changés dans leur substance, mais par mode de comparaison, car l’éclat du Christ et des saints sera si grand que leur éclat même ne ressortira pas. « La lune rougira, le soleil se couvrira de honte. Car, sur le mont Sion et à Jérusalem, le Seigneur de l’univers régnera » (Is 24, 23).
  • après l’avènement : l’éclat de la lune et des étoiles sera accru comme en Is 30, 26 : « La lune brillera comme le soleil, le soleil brillera sept fois plus, – autant que sept jours de lumière ».

Les étoiles perdront peut-être leur éclat (Raban Maur) ou bien il sera voilé par le feu précédant le Christ qui consumera tout (Origène). Les anges (« puissances célestes seront ébranlées », v. 29, cf. Jb 25, 11) seront mus soit par la crainte, soit d’admiration devant la puissance du Christ, soit de joie au sujet de la glorification des saints.

  1. La manifestation du Christ Juge

Le Christ, à la tête des anges, triomphera par le signe de Sa Passion, la Croix (« le signe du Fils de l’homme »). Cela induira la compréhension de l’erreur de ceux qui n’ont pas cru en Jésus (« toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine », v. 30)[2], réalisant la prophétie : « Ils regarderont vers moi. Celui qu’ils ont transpercé, ils feront une lamentation sur lui, comme on se lamente sur un fils unique ; ils pleureront sur lui amèrement, comme on pleure sur un premier-né » (Za 12, 10).

Tous les hommes pourront Le voir (« tout être vivant verra le salut de Dieu », Lc 3, 6), car Il viendra pour juger (Jn 5, 27 : « il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme »). En effet, il possède la nature humaine et la nature divine. Selon Sa nature divine, il ne sera vu que par ceux qui ont un cœur pur, conformément à la béatitude (Mt, 5, 8). Mais, selon Sa nature humaine, les méchants aussi le verront. Tous le verront dans Son apparence glorieuse (cf. Is 26, 10, Vulg), mais les bons verront pour leur joie et les mauvais pour leur tourment et tristesse. En effet, lorsque quelqu’un craint d’être puni, plus le pouvoir du juge qui lui fait face semble grand, plus il est affligé. Ainsi, plus le Christ apparaîtra glorieux, plus les mauvais seront tourmentés.

Comme l’éclair évoquait la joie pour l’éclat et la peur pour le bruit du tonnerre, de même la nuée évoque la fraîcheur qui est joie et l’obscurité qui suscite la terreur (Ps 96, 2-4 : « Ténèbre et nuée l'entourent, justice et droit sont l'appui de son trône. Devant Lui s'avance un feu qui consume alentour ses ennemis. Quand ses éclairs illuminèrent le monde, la terre le vit et s'affola »).

Mais la nuée évoque aussi Sa divinité, comme au temps de la Tente du Rendez-Vous (Ex 16, 10 et 1 R, 8, 12). Il est le même qui s’était ainsi élevé au Ciel à l’Ascension : « Il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux (…) (et le anges dirent) : Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous L’avez vu S’en aller vers le Ciel’ » (Ac 1, 9-11). Les nuées sont au pluriel pour signifier qu’elles seront vues de tous (contrairement aux 3 seuls témoins de la Transfiguration) et aussi Sa majesté, au contraire du 1er avènement dans l’humilité de l’Annonciation (la nuée de l’Esprit-Saint qui couvrit Marie de son ombre) et à la crèche. Il était alors dans l’ignominie (« Il était si défiguré qu’Il ne ressemblait plus à un homme » (Is 52, 14)) et la faiblesse (« Il a été crucifié du fait de Sa faiblesse » (2 Co 13, 4)). Il reviendra dans la Puissance qui Lui a été donnée par génération, en tant que Fils de Dieu. Mais il l’a méritée en tant qu’homme, et cela sera manifesté lorsque tous les anges et tous les éléments seront à Son service. Il aura aussi la majesté en tant que juge des vivants et des morts.

On aura 3 manifestations de la puissance : à la fois la puissance divine (la trompette, plus forte que la voix humaine), la puissance de l’humanité du Christ, ici la voix forte (cf. Jn 5, 25) car Sa résurrection est cause de notre résurrection (1 Co 15, 22), et la puissance angélique qui collectera des cendres. Déjà en Nb 10, 2, le Seigneur avait ordonné à Moïse que deux trompettes fussent fabriquées dont on sonnait pour le rassemblement, les fêtes, le combat et la levée du camp. Au Jugement aussi il y aura un rassemblement, mais uniquement de tous les saints puisqu’ « au jugement, les méchants ne se lèveront pas, ni les pécheurs au rassemblement des justes » (Ps 1, 5). Ils seront dans la fête des noces éternelles de l’Agneau. Le combat sera fini contre les mauvais et le camp sera levé pour le Paradis et régner avec le Christ.

Les saints seront rassemblés des quatre vents du ciel ou quatre parties du monde pour l’extension en surface mais aussi en hauteur ou profondeur, les morts et les vivants et quelque que soit leur degré d’élévation au Ciel.

  1. Interprétation des signes

Le figuier ou tout arbre continue à vivre en hiver, mais de manière cachée, sans produire ni feuilles ni fruits. Mais, au début du printemps, ils commencent à en produire et la vie apparaît (St. Jean Chrysostome). Tout comme les saints qui ne sont pas manifestés maintenant « En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). Mais au retour du Christ, la vie des saints, non séduits par l’Antéchrist, se manifestera. Puis viendra l’été, la récompense éternelle (Ps 125, 6 : « il s'en va, il s'en va en pleurant, il jette la semence ; il s'en vient, il s'en vient dans la joie, il rapporte les gerbes »). Le figuier est souvent associé à la synagogue (qui n’a pas donné son fruit comme dans la parabole du figuier stérile, cf. Lc 13, 6-9) mais il peut aussi signifier les fruits que l’Église, elle, porte par les saints (Ct 2, 13 : « Le figuier a formé ses premiers fruits »).

Le Seigneur dit bien : « lorsque vous verrez tout cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte ». Il est ainsi question de tous les signes ! La question de la génération qui ne passera pas avant que tout cela n’arrive (v. 34) est délicate. Si elle se rapporte à la destruction de Jérusalem vue plus haut, alors, elle est aisée d’interprétation. Le Christ est mort en l’an 30 et Jérusalem fut détruite en 70. Mais pourquoi tout ne se rapporterait qu’au passé et pas à l’eschatologie ? Ou bien il faut considérer tous les fidèles comme ne constituant qu’une seule génération : « Voici la génération de ceux qui cherchent le Seigneur » (Ps 23, 6, Vulg). C’est-à-dire que la foi de l’Église ne cessera pas jusqu’à la fin du monde.

Lui, Jésus, est le Créateur du Ciel et de la Terre. Il est le sujet de la confiance que nous Lui prodiguons car Lui fidèle est Sa Parole (« Le Seigneur a fait les cieux par Sa Parole », Ps 32, 6). La Parole est le Christ, ou le Verbe du Père, Lui qui est « le même hier, aujourd’hui et à jamais » (He 13, 8). Le Ciel et la Terre passeront dans le sens moins qu’ils cesseront d’exister qu’ils ne passeront à un autre état : « j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari » (Ap 21, 1-2). Cela peut évoquer les bons (les cieux) et les mauvais (la terre) passer au Paradis ou en enfer.


[1] La nova Vulgata et la traduction liturgique ne donnent plus maintenant au chap. 2 de Joël que 27 versets au lieu des 32 de la Vulgate !

[2] Sag 5, 1-7 : « Alors le juste se tiendra debout, plein d’assurance, en présence de ceux qui l’ont opprimé, de ceux qui méprisaient sa peine. À sa vue, ils seront pris d’une peur épouvantable, sidérés de le voir sauvé contre toute attente ; saisis par le remords, ils se diront entre eux, la gorge serrée, incapables de reprendre souffle : ‘Le voilà, celui que nous tournions jadis en ridicule ! Nous en faisions la cible de nos sarcasmes, fous que nous étions ! Nous trouvions absurde sa manière de vivre et infâme sa mort ! Pourquoi est-il compté parmi les fils de Dieu ? Pourquoi partage-t-il le sort des saints ? En fait, nous nous sommes égarés loin du chemin de la vérité, la lumière de la justice ne nous a pas éclairés et le soleil ne s’est pas levé sur nous. Nous nous sommes soûlés d’injustice, sur les sentiers de perdition, nous avons traversé des déserts impraticables, mais le chemin du Seigneur, nous ne l’avons pas connu’ ».