Messe de la Nativité (25 décembre matin)

  1. La messe du jour de Noël

Pour écouter l'homélie, cliquez ici

En Hongrie occidentale, entre Sopron et Szombathely, plus précisément entre Dénesfa et Czirák, sur les terres du comte Cziráky, se dresse une petite chapelle sur laquelle est inscrit : « In propria venit, et sui non receperunt » ce qui signifie « il est venu parmi les siens et les siens ne l’on pas accueilli » (prologue de St. Jean). Cette chapelle a été érigée à l’endroit où l’Empereur Charles d’Autriche, roi apostolique de Hongrie, est arrivé le 20 octobre 1921 lorsqu’il fît sa seconde tentative de restauration pour récupérer la couronne de Saint-Étienne avec laquelle il avait été sacré le 30 décembre 1916. Il fut finalement configuré au Christ c’est à dire qu’il a été envoyé vers les siens, vers ceux-là même qui l’avaient choisi comme roi mais qui ne l’ont pas accueilli.

On comprend la souffrance du Christ ou de l’empereur Charles qui suivait son Maître à la lecture du Ps 55, 13-15 : « Si l’insulte me venait d’un ennemi, je pourrais l’endurer ; si mon rival s’élevait contre moi, je pourrais me dérober. Mais toi, un homme de mon rang, mon familier, mon intime ! Que notre entente était bonne, quand nous allions d’un même pas dans la maison de Dieu ! ». La trahison est toujours plus dure à supporter qu’une violence agressive venant de l’extérieur parce qu’elle vient de l’intérieur.

Aujourd’hui, l’Évangile donne une lecture du mystère de l’Incarnation plus théologique qu’hier, où nous avions une lecture plus historique. Cette lecture plus théologique de Saint Jean s’interroge sur le mystère de l’incarnation, sa finalité et la modalité de l’évangélisation faite par Dieu.

  1. Le motif de l’Incarnation

Hier soir ou ce matin, les gens ont reçu des cadeaux que certains s’empressent d’aller revendre quand ils ne leur plaisent pas. En effet, la vraie question est : sommes-nous capables, nous aussi, de recevoir les dons que Dieu nous fait, à savoir, quand Dieu choisit de s’incarner ? Lui qui est pur esprit choisit de prendre un corps humain. Sommes-nous capables de voir que le corps humain est un don de Dieu ? Cette valeur est montrée par l’Incarnation qu’Il fait pour nous et notre corps en offrant le corps de Son fils pour nous sauver ? Pascal a perçu toute cette dramatique humaine quand il disait : « Qui veut faire l’ange fait la bête ».

L’ange est pur esprit, la bête n’a pas d’esprit. D’une certaine manière, elle est pur corps avec juste une capacité de mouvement que l’on appelle anima en latin. Ce n’est pas une âme comme une âme spirituelle. C’est une âme simplement fonctionnelle qui lui permet de sentir et de se mouvoir. Quand on veut se prendre pour un pur esprit, on peut très vite tomber dans la pure corporéité parce que c’est finalement le péché d’orgueil, le même qu’Adam, à savoir de ne pas accepter de recevoir le mode de salut que Dieu nous donne. Le salut pour Adam était différent puisque lui, avant la chute, n’avait pas commis de mal. C’était donc plus facile pour lui de résister à la tentation, n’ayant pas la concupiscence. Participer de la nature divine est le but décrit par l’Évangile d’aujourd’hui : devenir fils adoptif de Dieu à l’image de ce Fils unique qui lui est Fils par nature et donc partager la même substance.

  1. Un corps pour aimer ici et maintenant (qualité de présence au monde)

Dans une adoration, ce qui est frappant, c’est que face à la présence de Dieu, il y a notre absence réelle. Nous sommes là physiquement mais finalement entre nos distractions et nos soucis, nous ne sommes jamais vraiment tellement là. Nous n’habitons pas vraiment notre corps parce que, justement, ce corps nous embête. Il nous fait être présent au monde pour aimer les gens qui sont autour de nous tandis qu’on aimerait être ailleurs. Qui n’a pas rêvé de remonter le temps, de se télétransporter à l’autre bout du monde comme M. Spok ? Qui n’a rêvé de faire autre chose de sa vie ?

Cette capacité de notre volonté qui dépasse notre puissance réelle vient justement de Dieu. Elle est l’image de la toute-puissance divine mais il faut accepter que cette toute puissance ne soit pas aussi déployée en nous. Nous avons une capacité à vouloir infiniment. C’est ce qui va nous permettre d’aimer infiniment puisque l’amour vient de cette capacité de la volonté, une des puissances supérieures de l’âme. Mais n’oublions pas également qu’il faut aimer concrètement. C’est le corps qui nous le permet.

Nous sommes « Hic et nunc » c’est à dire ici et maintenant donc limités chronologiquement et géographiquement. Parfois, les gens disent qu’ils aimeraient aller en Afrique, évangéliser, sauver les petits enfants orphelins. C’est très bien mais nous ne sommes pas en Afrique mais en France et donc nous devons aussi aimer nos familles et nos proches. Finalement, la véritable sainteté se vérifie à l’accomplissement du devoir d’état.

  1. Ne pas tomber dans le péché de Satan

L’épître aux hébreux nous montre que le véritable péché du démon est de s’être révolté contre Dieu parce qu’Il a choisi en s’incarnant de bouleverser la hiérarchie des êtres, donc la hiérarchie ontologique. Les anges, indéniablement, sont supérieurs à nous. Ils sont créés comme nous mais sont éternels contrairement à nous et n’ont donc pas de corps. Pourtant, il est écrit : « Auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui ». Ce Fils, Jésus, choisit un corps qui L’assimile : Il devient consubstantiel aux hommes. Ce bouleversement de la hiérarchie scandalise le démon. Adorer l’humanité du Christ parce qu’Il est vrai Dieu et vrai homme signifiait se rabaisser en-dessous de ce qu’il était lui-même. Son orgueil ne pouvait pas l’accepter. Sommes-nous capables de voir dans le corps du Christ qu’est l’Église la présence de Dieu agissante avec son Esprit-Saint, malgré nos limites ? Il ne s’agit pas non plus de tomber dans l’irénisme et de ne pas voir les défauts.

Une des trois pièces de théâtre écrites par St. Jean-Paul II s’appelle Le rayonnement de la paternité. Dieu est cette lumière inaccessible mais qui se fait accessible par l’humanité du Fils. Comme un cache sur une lumière trop éblouissante, Il nous la rend supportable pour notre capacité réceptive. Si nous acceptons nos limites, Dieu est capable de les faire éclater. Dans toutes les vies de saints, il y a des miracles. Cet éclatement de nos limites est là pour laisser la vraie gloire à Dieu et pas à nous-mêmes. St. Paul disait que nous sommes comme des vases d’argile très fragiles et cassables afin que ce soit non pas notre puissance mais celle de Dieu qui se manifeste en nous lorsqu’Il choisit des pauvres instruments pour annoncer son royaume. Alors, laissons-le agir en nous et devenir des alter Christus !