Messe de minuit (25 décembre)

La messe de minuit. Les protagonistes d’un abaissement

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L’expression « je vous annonce une grande joie » est non seulement réservée à l’Évangile de cette messe de la nuit de Noël mais sert aussi pour l’annonce d’un nouveau Pape. Selon Ste. Catherine de Sienne, le St. Père est le « doux Christ sur la Terre » et son avènement est donc assimilée à la venue en notre chair du Fils de Dieu.

  1. Le symbole du fumier
    1. L’abaissement du Juste

St. Jérôme est un docteur de l’Église qui avait choisi de vivre en Israël. Il avait appris auprès des rabbins l’hébreu pour pouvoir traduire la Bible, à la demande du Pape, en langue vulgaire (= commune) de l’époque, le latin (la version de la Vulgate).

St. Jérôme écrivit sur place à Bethléem : « Que tous les pauvres trouvent consolation : Joseph et Marie, la Mère du Seigneur, n’avaient pas le moindre esclave ni servante. J’admire ce Maître qui, Créateur du monde ne naît pas au milieu d’or et d’argent, mais dans le fumier ». Ce fumier de l’étable fait penser à la figure de Job, à ce juste, qui, anticipant le Christ, souffre pour une raison qu’on s’explique du mal mais en tout cas pas pour ses propres péchés. Rejeté au plus bas, il est réduit à une plaie purulante. Souffrant d’un ulcère sur tout le corps, il est allongé sur un tas de fumier (Job 2, 8). Ce fumier qui normalement se dit stercus/oris en latin dérivé du grec skatos (σκατός) utilise ici le nom de kopria (κοπρἵα) et se réfère à un signe de pénitence puisqu’au fond c’est très proche des cendres qu’on versait sur sa tête pour faire pénitence dans la tradition hébraïque.

Quelquefois, nous tendons à garder les yeux en l’air vers le Ciel pour chercher Dieu alors que, d’une certaine manière, c’est en bas qu’il faut regarder avec l’abaissement du Fils. Effectivement, si le Fils de Dieu a voulu s’abaisser jusque-là (Ph 2 : « Il s’est abaissé jusqu’à la mort et la mort sur la croix »), c’est pour que personne ne puisse dire qu’il était plus pauvre, plus malheureux ou plus souffrant que le Christ. Il rejoint donc tout homme quels que soit ses souffrances, son abandon, son rejet. Dieu se manifeste comme un Dieu accessible.

En effet, St. Paul dit que Dieu habite une lumière inaccessible. Il s’est rendu accessible en s’abaissant. Sur la croix, il n’avait plus l’apparence d’un homme mais d’un ver, un corps réduit à rien, traîné dans la boue dans laquelle, en montant au Golgotha, il était tombé sous le poids de la croix. Comme Job, Il n’était plus qu’une plaie vivante. Ste. Véronique Lui essuya le visage de cette saleté et Sa face s’imprima sur son linge.

2) S’abaisser pour être exalté

Le fumier rappelle d’autres passages des Saintes Écritures comme Ph 3,8 : « Bien plus, désormais, je considère tout comme désavantage à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur, à cause de lui, j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets (stercora = fumier, balayures) afin de gagner le Christ ». St. Paul a conscience qu’il n’est rien et que tout le reste – qu’on pourrait estimer bon – n’est rien. Il se laisse prendre par le Christ qui veut faire de ce rien quelque chose. Comme Adam, nous sommes tirés de la boue. L’argile, au fond, qu’est-ce d’autre que de la boue ? Mais cette boue a du prix pour le Seigneur puisqu’Il a voulu assumer cette nature humaine et en faire l’image de son fils.

Le Ps 113, 7 dit encore : « De la poussière, il fait lever le faible, du fumier il retire le pauvre pour faire asseoir au rang des princes, au rang des princes de son peuple ». L’abaissement et l’anéantissement du Fils de Dieu ou kénose (Ph 2) poursuit le but de l’exaltation : d’abord du Christ (mais elle commence sur la Croix) puis de nous, Ses disciples, afin de faire de nous des fils adoptifs de Dieu : « Il retire de la poussière le faible ; du fumier, il relève le pauvre pour le faire asseoir avec les nobles et leur assigner un siège d’honneur » (Sam 2, 8). Le Christ accomplit cette prophétie et rien n’est si abject pour Lui qu’Il n’ose l’assumer.

  1. Le bœuf et l’âne
    1. L’animal plus sensé que l’homme car plus sensible ?

Ces animaux ne sont pas évoqués explicitement dans le contexte de la crèche par les Évangiles, seulement par les apocryphes (textes non reconnus canoniquement). Mais un passage d’Isaïe (1, 3) parle du peuple juif qui ne reconnaît pas Dieu, son maître alors que, contrairement à lui, « le bœuf connaît son possesseur et l’âne la crèche de son maître ». Les animaux sont quelquefois capables de mieux comprendre que les hommes qui est Dieu et de voir quand Il est là. J’en veux pour preuve Rom 9, 20-21 : « Est-ce que la pièce d’argile dit au potier, pourquoi m’as-tu fait ainsi ? ». Nous, les hommes, nous faisons souvent pourtant des reproches à Dieu ? On ne sait pas reconnaître finalement qui est notre maître, alors que les animaux, eux, le savent.

En Nb 22, 21-33, Balaam, un prêtre adorant des idoles païennes, mont sur le dos de son ânesse. Bien que son maître la batte, elle refuse d’avancer parce qu’elle voit l’ange du Seigneur (en fait la présence même de Dieu) qui lui barre la route et veut parler à Balaam. L’animal reconnaît la présence divine alors que le pseudo-prophète ou pseudo-prêtre n’en est même pas capable. On constate cette forme de sensibilité aux êtres surnaturels et invisibles aussi pour des âmes du Purgatoire ou fantômes. C’est cette sensibilité que nous avons perdue avec l’endurcissement de notre cœur.

  1. Païens et Juifs

D’après Dt 14,6 et Lv 11, 3 ; 11, 26, l’âne est un animal impur, une bête de somme. Comme tous les animaux au sabot fendu, il symbolise les païens. Le bœuf au contraire est un animal pur. Il n’a pas de sabot fendu, il est le symbole d’Israël et de l’animal par excellence pour les sacrifices. Pourtant, c’est lui qui, on l’a vu, est plus sensible à la présence de Dieu !

  1. L’ange et les bergers
    1. Les anges messagers de la Bonne Nouvelle

Les anges, d’après ce que dit le Christ Lui-même (Mt 18, 10), contemplent Dieu face à face. Ils sont très près de Lui mais ne restent pas tous auprès de Dieu. Comme avec l’image de l’échelle de Jacob, ils descendent sur terre pour annoncer la bonne nouvelle qu’est la naissance du fils de Dieu. L’ange (angelos signifie la nouvelle donc evangelos signifie la bonne nouvelle) est celui qui apporte la bonne nouvelle. C’est un ambassadeur et sa fonction est d’être évangélisateur : « Anuncio vobis gaudium magnum » (« je vous annonce une grande nouvelle », à savoir que ce petit enfant est bien le sauveur qui est attendu).

Ils associent durant la messe la liturgie céleste à la liturgie terrestre. Ils adorent Dieu dans ce petit enfant et d’une certaine manière, cette divinité de Jésus, bien que cachée dans Son humanité, est déjà révélée par les anges qui en manifestent la grandeur. Dieu a choisi de s’incarner dans un petit enfant pour se rendre accessible parce que peut être nous n’oserions pas l’approcher autrement.

  1. Les bergers veilleurs

Les bergers étaient des gens peu considérés socialement à l’époque. Mais ils veillaient, par nécessité. St. Jérôme écrit : « Il y avait des bergers qui veillaient dans la même contrée. Il y avait Hérode, les pontifes, les Pharisiens : ils dorment, tandis que le Christ est trouvé dans le désert. Les bergers, eux, veillaient leurs troupeaux de peur que, pendant leur sommeil, le loup ne fondît sur eux. Et ils veillaient avec soin, parce que les fauves, sournois, faisaient peser leur menace sur le troupeau. Ils veillaient en quelque sorte le troupeau du Seigneur, mais ne pouvaient le soustraire au péril. Aussi priaient-ils le Maître de venir sauver leurs troupeaux ».

En effet, le Maître vient sauver leurs troupeaux puisque les anges donnent à l’Enfant le titre de Sauveur. Nous sauver signifie que nous étions voués à la perdition, donc condamnés à mort auparavant. Toute personne qui refuse ce salut n’est pas capable de reconnaître le poids de son péché et d’accueillir de ce fait le sauveur. Ce Sauveur a choisi de naître à Bethléem. En hébreux Beth signifie maison et lehem le pain. Jésus naît dans une mangeoire là où mangent les animaux. Ces signes montrent qu’Il veut se donner à nous en nourriture. Il faut accepter cette nourriture qui est comme l’Incarnation du Fils de Dieu dans l’apparence d’un petit nourrisson et laisser la place à un acte de foi. Ainsi dans l’Eucharistie, faut-il poser un acte de foi. Même après avoir péché, nous devons toujours essayer d’accueillir notre Seigneur dans nos vies pour qu’Il puisse nous convertir et ainsi, nous sauver.