1er Avent (2/12/18 - se réveiller/redresser)

Homélie du 1er dimanche de l’Avent (2 décembre 2018)

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L’Avent : se réveiller et redresser pour ressusciter avec Jésus, le vrai Messie

Aujourd’hui, alors que commence l’œuvre de redressement entreprise par le Fils de Dieu pour l’humanité déchue, 2 verbes m’ont frappé par l’insistance, plus ou moins explicite, avec laquelle ils apparaissent pour marquer cette entrée en Avent : se réveiller et se redresser, deux manières de mettre en perspective avec la résurrection du Seigneur Jésus.

  1. Se réveiller

Le thème du réveil est décliné aujourd’hui en deux : le réveil de Dieu et celui de l’homme.

  1. Dieu « se réveille » en se manifestant

Dans la collecte, c’est Dieu qui d’abord doit se lever « Excita, Domine, potentiam tuam » : « Réveillez Votre puissance ». Face aux ennemis qui nous entourent, toujours plus nombreux, on a souvent l’impression d’être laissés à nous-mêmes, comme abandonnés. Comment cela se fait-il ? Dieu pourrait-Il dormir ? Cette image qui, de prime abord, pourrait sembler anthropomorphique, apparaît pourtant bien dans les Écritures : « Le Seigneur, tel un dormeur qui s'éveille, tel un guerrier que le vin ragaillardit » (Ps 77, 65) ou bien encore « Réveille-toi ! Pourquoi dors-tu, Seigneur ? Lève-toi ! Ne nous rejette pas pour toujours » (Ps 43, 24). Mais qu’est-ce à dire sinon que nous, nous ne percevons plus l’action ou la présence de Dieu, sans que, pour autant, Il n’aurait cessé d’être là ou d’agir ?

Finalement, ne revenons-nous pas à la phénoménologie de la vie spirituelle lorsqu’on traverse une phase de sécheresse spirituelle ou de désolation, qui est pourtant normale et qui correspond à un second temps de la vie spirituelle : après l’illumination, vient la purification avec parfois une fort longue phase avant l’union mystique à Dieu. À quoi cela sert-il alors ?

Un auteur spirituel assez peu connu, Maur de l’Enfant-Jésus (1617-1690), carme déchaux, enseigne comment comprendre ces phases normales de la vie spirituelle : « Il est certain que les ténèbres spirituelles sont destinées pour le repos aussi bien que les corporelles et que ceux qui veulent s’avancer ou reculer pendant qu’elles durent, se mettent en très évident danger de se perdre (…). La raison de ceci est que ce qu’elles font dans cette disposition est purement de leur propre volonté et de leur propre mouvement (…). Puisque ces ténèbres sont un temps de repos, les âmes qui y sont y doivent demeurer en paix, jusqu’à ce que ce divin soleil qui les a causées par son absence les chasse par son avènement tout nouveau (…). Il est absolument nécessaire d’anéantir tout ce qui se présente pour retirer l’âme de ce désert et de cette perte, et tout ce qui tâche d’y interrompre son repos. Une seule chose lui doit suffire, à savoir qu’elles s’est totalement abandonnée entre les mains de Dieu »[1].

On pourrait paraphraser l’Ecclésiaste[2] en disant qu’il y a un temps pour agir et un temps pour se reposer ou être plus passif, bref laisser Dieu agir en nous. Comme on dit que l’enfant grandit quand il dort, de même pourrions nous aussi dire que notre vie spirituelle peut grandement progresser quand nous avons pourtant l’impression de stagner spirituellement. Nous n’agissons pas autant mais nous sommes agis par Dieu (en hébreu, le passif est souvent divin). D’ailleurs, n’est-ce pas durant une torpeur donnée par Dieu à Adam (Gn 2, 21) qu’Ève qui accomplit son humanité, est créée ? De même, pour le sacrifice d’Abraham (Gn 15, 12). Finalement, le sommeil de l’homme permet à Dieu d’agir en lui. Cependant, il lui faut parfois pourtant bien se réveiller.

  1. L’homme doit aussi se réveiller

Dans les lectures de ce premier dimanche de l’Avent, on entend retentir cet appel souligné par Benoît XVI qui reprenait à son compte St. Augustin (discours 185, 1) : « Expergiscere, homo: quia pro te Deus factus est homo » = Réveille-toi, homme, car pour toi Dieu s'est fait homme. Cela fait écho à Eph 5, 14 : « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera ». En effet l’épître nous commandait : «  Vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants » (Rm 13, 11).

Comment ne pas y voir aussi un rappel de toute la thématique du veilleur ? Nous ne pouvons pas revenir en arrière pour assister à l’avènement dans l’humilité de la Crèche (quoique, par la liturgie !) mais les deux autres avènements, nous pouvons y contribuer : l’Avènement glorieux à la fin des temps et l’avènement de la grâce dans notre coeur par la conversion.

De quel sommeil faut-il alors se réveiller ? De l’engourdissement et même de l’anesthésie du péché et là, il faut bien agir dans une logique de conversion. Toute une antithèse jour/lumière, si adaptée en ces jours de l’année où dominent effectivement les ténèbres apparaît. « La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour » (Rm 13, 12-13) et avec les œuvres de la nuit sont liées les œuvres de la chair pour St. Paul. Bref, il faut se purifier pour préparer la venue du Seigneur.

  1. Redressez-vous pour suivre Jésus, le Ressuscité
    1. Une anticipation de la résurrection

« Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche » (Lc 21, 28) et « Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme » (Lc 21, 36). Le Seigneur nous enseigne que l’on peut être submergé, alourdi par les préoccupations trop terrestres : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste » (Lc 21, 34).

Nous le savons, il faut être sur nos gardes comme le serviteur vigilant (Lc 12, 35-38, cf. Mc 13, 33-37) qui doit être prêt à se réveiller à toute heure (tout en devant bien pourtant dormir, comme tout un chacun). Cela rappelle les vierges qui s’endorment avec les folles qui n’ont plus assez d’huile quand vient enfin l’Époux à l’improviste (Mt 25, 1-13). On se redresse pour se lever, pour être prêt à partir comme les Hébreux qui doivent manger la Pâque debout pour ne pas retarder le départ (cf. Ex 12, 11 : « Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur »).

Mais on se redresse, au sens étymologique aussi quand on ressuscite, c’est-à-dire que le péché perd l’emprise qu’il exerce sur nous quand il nous enferme dans nos tombeaux. D’ailleurs, le Littré indique pour ressusciter ce sens premier de « réveiller, faire sortir de sa torpeur »[3]. Le grec nous enseigne que la résurrection, dans les Saintes Écritures se dit de plusieurs manières dont : le vocabulaire de l'éveil qui est le plus diffusé (egeirein : réveiller, relever, mettre sur pied, 36 fois en Mt ; 19 fois en Mc ; 17 fois en Lc) ou le vocabulaire du lever (anistanai/anastemi : se dresser, se lever, 7 fois en Mt ; 18 fois en Mc et 29 fois en Lc). Donc, on est couché pendant la nuit comme on est vautré dans son péché ou allongé, mort,  dans son suaire au tombeau. On se redresse pour vivre, pour aller à la rencontre du Seigneur qui veut des gens debout qui cessent donc d’avoir peur, qu’ils soient paralysés par les ennemis ou par la honte de leur propre péché. Jésus agit comme Moïse qui fit sortir les Juifs bien qu’ils se fussent volontiers recroquevillés au pied de l’Horeb[4]. Jésus veut que nous fassions partie des élus évoqués en Ap 7, 9 : « Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main ».

  1. Le symbole du figuier

Le figuier, comme la semaine passée, revient dans l’annonce apocalyptique de Jésus. Traditionnellement, dans les milieux rabbiniques, le figuier symbolise l’attente messianique d’Israël. Il se dit en effet qu’aucune de ses feuilles ne se ressemble, tout comme un verset biblique peut être médité et chacun y trouvera sa nourriture propre, douce pour sa bouche. La coutume était d’étudier la Torah à l’ombre d’un figuier pour s’ouvrir l’esprit.

Jésus y fait clairement allusion pour sa rencontre, grâce à la médiation de Philippe, entre Nathanaël (souvent assimilé à Barthélémy)[5]. Finalement, la promesse faite à Jacob est comme renouvelée en ce tout début d’évangile, la messianité de Jésus est reconnue par celui qui a scruté les signes dans les Saintes Écritures et, non sans un doute initial, s’est laissé convaincre par l’apôtre. Il nous donne l’exemple de la sequela Christi puisque, nous aussi, en ce temps d’Avent, nous devons nous mettre à l’école de Jésus car commence un temps de préparation à sa venue.

Le fruit du figuier guérit aussi les mourants, les ressuscitant pour ainsi dire comme pour Ézéchias (2 R 20, 1-7). Il est le premier à refleurir avec l’amandier (symbole du veilleur[6]), annonçant la fin de l’hiver en Israël dès la fin février, raison pour laquelle il doit porter des fruits et ne pas décevoir (Lc 13, 6-9).

Conclusion :

Dans l’antienne mariale de l’Avent, l’Alma Redemptoris Mater, pour cette œuvre de « relevailles » (sauf que ce n’est pas après un accouchement !), nous avons une aide qui nous est toute désignée : « succúrre cadénti, súrgere qui cúrat pópulo » chantons nous à notre Mère céleste « courez à l'aide du peuple qui prend soin de se relever ». La Très Sainte Vierge Marie y veillera !

 


[1] in Théologie chrétienne et mystique, ch. 20, cité par Max Huot de Longchamp, Prier à l’école des saints, Centre Saint-Jean de la Croix, 2008, p. 235-237.

[2] Cf. Eccl 3, 11 : « Toutes les choses que Dieu a faites sont bonnes en leur temps. Dieu a mis toute la durée du temps dans l’esprit de l’homme, mais celui-ci est incapable d’embrasser l’œuvre que Dieu a faite du début jusqu’à la fin ».

[3] « (sens latin, qui n'est pas usité) : Après un ton si relevé.... pourrais-je me rabaisser à vous supplier de ressusciter M. Boucard sur toutes les choses dont je lui écris sans cesse ? in Mme de Sévigné à Mme de Guitaut, 1er janv. 1694 ».

[4] Ex 19, 17 : « Moïse fit sortir le peuple hors du camp, à la rencontre de Dieu, et ils restèrent debout au pied de la montagne ».

[5] Jn 1, 45-51 : « Philippe trouve Nathanaël et lui dit : ‘Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth’. Nathanaël répliqua : ‘De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ?’. Philippe répond : ‘Viens, et vois’. Lorsque Jésus voit Nathanaël venir à lui, il déclare à son sujet : ‘Voici vraiment un Israélite : il n’y a pas de ruse en lui’. Nathanaël lui demande : ‘D’où me connais-tu ?’. Jésus lui répond : ‘Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu’. Nathanaël lui dit : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël ! Jésus reprend : ‘Je te dis que je t’ai vu sous le figuier, et c’est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore’. Et il ajoute : ‘Amen, amen, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme’ ».

[6] Cf. jeu de mots en Jér 1, 11-12 : « La parole du Seigneur me fut adressée : « Que vois-tu, Jérémie ? » Je dis : « C’est une branche d’amandier que je vois. Le Seigneur me dit : « Tu as bien vu, car je veille sur ma parole pour l’accomplir ».