3e dimanche Avent (16/12/18 Jn Bapt courroie sandales)

3e dimanche de l’Avent (Gaudete). Le rôle de saint Jean-Baptiste

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Le troisième dimanche de l’Avent est appelé Gaudete, à cause de son antienne d’ouverture (introït) reprenant l’épître aux Philippiens « Réjouissez-vous en Dieu ». La couleur liturgique rose qui le singularise est un mélange entre le violet de la pénitence et le blanc de la joie, entre le temps de l’Avent et celui de Noël. C’est autour du 17 décembre, quand la liturgie reprend les antiennes des grandes Ô, que débute vraiment la neuvaine préparatoire à Noël. Méditons sur le rôle de saint Jean-Baptiste.

  1. Il n’est pas digne de défaire la courroie de Sa sandale

Plusieurs passages parallèles reprennent cette expression, dont l’Évangile selon saint Jean : « Jean(-Baptiste) leur répondit : ‘Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale’ ». Cette étonnante expression est reprise trois fois dans les synoptiques (Luc, Marc et Matthieu) puis dans les Actes des Apôtres. Soit cinq occurrences au total, ce qui montre son importance, malgré de petites variantes.

  1. Le Messie a la préséance car il précède son prophète

Le droit de délier la sandale d’un homme (entendu comme être sexué masculin et non pas au sens générique d’être humain : donc un mâle qui a la capacité d’exercer un droit matrimonial) présuppose une certaine précédence qui renvoie au messianisme.

Jésus jouit d’une priorité par rapport aux prophètes. Jean-Baptiste est le dernier des prophètes de l’Ancien Testament, donc de ces envoyés indirects de Dieu. Le prophète, comme le disciple, n’est évidemment pas plus grand que le maître qui envoie. Mais il ne serait pas juste de ne voir dans cette précédence, ou préséance, de Jésus-Christ par rapport à Jean-Baptiste qu’une question d’humilité. On passerait à côté de l’essentiel.

En réalité, les prophètes ont toujours annoncé la venue du Messie dans les termes d’une alliance matrimoniale. Israël étant considéré comme l’épouse de Dieu. Seul ce contexte matrimonial permet de mieux comprendre les choses.

  1. La loi du lévirat

L’Ancien Testament parle de la loi du lévirat au chapitre 25 du Deutéronome. Lorsqu’une femme épousait un homme qui mourait sans avoir engendré de descendance, sa lignée risquait de s’éteindre. Pour l’empêcher, un des frères plus jeunes du défunt, s’il en avait, devait épouser la veuve pour susciter, par le premier né, une descendance posthume à son aîné défunt, indirectement. L’enfant à naître assumait l’héritage et le nom du défunt.

Le livre de Ruth illustre joliment cette loi du lévirat et permet de comprendre la fameuse expression, assez obscure autrement, de la courroie de la sandale.

Jean-Baptiste ne veut pas enlever la mariée qu’est Israël à Celui à qui elle revient de droit, c’est-à-dire au Christ. Or, si le frère cadet, qui devait susciter la descendance à son aîné, refusait de faire son devoir, la femme n’était plus liée à lui et pouvait chercher ailleurs un nouvel époux. Pour signifier juridiquement qu’elle était libre, elle devait délier la courroie de la sandale de l’homme qui n’avait pas voulu remplir son devoir et elle lui crachait à la figure.

Jean-Baptiste s’y réfère en disant « je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale ». Il ne veut pas prendre la place de l’époux car il dit lui-même « Je ne suis que l’ami de l’époux et donc je me réjouis avec la joie de l’époux » (Jn 3, 29). Le Christ assume son rôle de marié et Jean-Baptiste reste à sa place.

  1. La dimension sponsale de l’Incarnation
    1. Le sacrement du mariage : un mystère

Le mariage compte pour les catholiques parmi les sept sacrements. On ne comprend pas souvent le sens profond de sacrement qui traduit le grec µυστηριον (mystèrion). Mystère ne s’entend pas nécessairement comme ‘mystérieux’ mais ‘mystérique’. Le terme a plusieurs acceptions : il recouvre parfois la dimension de secrets, mais aussi quelquefois celle d’une source de lumière trop vive. Elle nous aveugle parce que notre capacité réceptive à la lumière n’est pas assez grande, comme des phares trop puissants nous éblouissent. Le mystère n’est pas un secret réservé à des initiés comme chez les gnostiques mais une vérité tellement puissante que nous n’en percevons pas toute la richesse.

Mystère ou sacramentum en latin s’applique particulièrement au mariage comme en Eph 5, 32. Dans « il est grand ce mystère » (de la piété, 1 Tim 3, 16), le nom, bien que neutre, est suivi d’un sujet au masculin car le mot est alors référé au Christ. Ce qui est une faute de grammaire au sens strict dévoile bien évidemment un sens profond. La réalité matrimoniale renvoie à la nature même de Dieu qui, de pur esprit, a choisi d’assumer une nature humaine pour se rendre présent à nous à travers cette union hypostatique de la divinité avec l’humanité. Il épouse toute l’humanité, avec toutes ses joies mais aussi toutes ses souffrances. Il assume son rôle d’époux et ne nous laisse pas seuls.

  1. La fécondité du sacrifice du Christ

Le lévirat consistait à susciter une descendance. Bien sûr, celle du Christ va être uniquement spirituelle. Ce n’est rien d’autre que la multitude des croyants.

Quand le Christ dit vers la fin de Sa vie terrestre « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi » (Jn 17, 20), il se réfère à la fécondité des apôtres qu’il a choisis. Tous ceux qui, comme Jean-Baptiste, avaient des disciples et tous ceux qui veulent se mettre à la suite du Christ forment la descendance spirituelle de Notre Seigneur.

Saint Jean-Baptiste disait encore à propos du Christ « il faut que lui grandisse et que moi je diminue » (Jn 3, 30) saint Augustin commente ce passage dans lequel le Baptiste se définit plus largement comme une voix criant dans le désert. La voix n’est finalement qu’un instrument, un moyen de la communication, pour porter d’un interlocuteur à l’autre un concept, un Verbe (logos) saint Jean-Baptiste n’est que porteur d’une Parole mais un porteur qui ne retentit pas dans le vide, contrairement à ce que critique saint Paul dans l’hymne à la charité : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit » (1 Co 13, 1). Il y a des paroles qui retentissent dans le vide car elles sont dépourvues de véritable contenu et sonnent creux.

Le verbum Domini signifie la parole de Dieu, le Verbe divin, le Christ saint Jean-Baptiste transmet une parole incarnée, celle du Fils de Dieu qui prend une nature humaine. Quand on communique avec quelqu’un, on a une pensée donc un concept que la voix transmet à l’autre pour le faire passer de notre âme et notre cœur dans le cœur et l’âme de l’interlocuteur. Tel est le rôle du disciple qui n’est pas plus grand que le maître : il transmet. Le Christ doit vivre en nous à travers son Esprit saint pour susciter cette descendance spirituelle.