4e Avent (22/12/2019 - baptême de Jean)

Homélie du 4e dimanche de l’Avent (22 décembre 2019)

Pour écouter l'homélie, cliquez ici

Le baptême de pénitence de St. Jean-Baptiste

 

La liturgie de l’Avent insiste beaucoup sur la personne de St. Jean-Baptiste, le précurseur du Seigneur, celui qui lui prépara le chemin (prodrome). Lui qui est « plus qu’un prophète » (Mt 11, 9), quelle est cette dimension prophétique d’annonce du Sauveur qui est déjà venu, est présent sacramentalement et reviendra à la fin des temps.

 

Jean est évoqué dans les trois derniers dimanches de l’Avent à l’évangile (Mt 11, 2-10 ; Jn 1, 19-28 ; Lc 3, 1-6). Le 3e dimanche insistait sur la valeur du baptême de Jean : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? ». Aujourd’hui est précisée sa valeur : « prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés ». Réfléchissons au rapport entre Jean-Baptiste et Jésus-Christ à la lumière de St. Thomas d’Aquin (ST, III, 38 : de baptismo Ioannis)

 

 

  1. Pourquoi Jean baptise-t-il ? (dimension positive)
    1. Jésus est baptisé pour consacrer le baptême

 

Le baptême de Jésus est tout à fait particulier. En effet, le Seigneur Jésus n’a pas besoin d’être sauvé mais vient pour sauver les hommes (pour paraphraser le Fils de l’Homme qui « est venu, non pas pour être servi, mais servir » en Mt 20, 28 et Mc 10, 45). Pour tous les autres, le baptême sera la source de la grâce et, partant, la porte des sacrements qui la confèrent. Mais Jésus, descendit se faire baptiser par Jean dans le Jourdain pour donner aux eaux le pouvoir de sanctifier, consacrant une fois pour toute l’eau du baptême. « Il fallait que le Christ fût baptisé par lui afin de consacrer le baptême, dit St. Augustin » (III, 38, 1).

 

  1. Jean prépare la venue du Messie

 

St. Thomas dénombre 3 autres raisons pour lesquelles Jean devait baptiser (III, 38, 1) :

2) Jean devait manifester le Christ (Jn 1, 31). Les foules accourant vers lui pour recevoir le baptême dans l’eau et pas dans l’Esprit lui permettait de toucher un plus grand nombre de personnes (St. Jean Chrysostome).

3) Jean était le précurseur, au début de la vie intra-utérine du Christ comme au début de sa vie publique, annonçant la messianité de son cousin dont il refusait d’usurper la place (St. Grégoire le Grand).

4) Jean préparait les âmes à recevoir dignement le baptême dans l’eau et dans l’Esprit institué par le Christ. Il faisait déjà une sorte de catéchuménat. « On peut comparer le profit que retirent les catéchumènes de l’enseignement de la foi avant leur baptême, au bien que procurait le baptême de Jean avant celui du Christ. Jean prêchait, en effet, la pénitence, annonçait le baptême du Christ, et attirait à la connaissance de la vérité qui s’est manifestée au monde ; pareillement les ministres du Christ, qui commencent par enseigner, réprouvent ensuite les péchés et en promettent la rémission dans le baptême du Christ » (St. Bède le Vénérable).

 

 

  1. La dimension partielle et temporaire du baptême de Jean (ce qui lui manque)
    1. Le baptême de Jean ne confère pas la grâce mais invite à la pénitence

 

Le baptême de Jean n’était pas un sacrement mais plutôt un sacramental, à la manière d’une bénédiction d’eau bénite (III, 38, 1, ad 1). S’il fut effectivement inspiré par l’Esprit-Saint pour préparer la venue du Christ, il ne donnait pas d’effets autre qu’humains (III, 38, 2). Il était appelé baptême de Jean et la qualité du baptême dépendait donc de la qualité du ministre, comme pour tous les sacramentaux. Jean menait une vie très austère qui lui servait de recommandation (III, 38, 2, ad 2), outre qu’il accomplissait les Écritures. Il s’y référait : « Je suis la voix qui crie dans le désert », Jn 1, 19). Le baptême institué par Jésus dépend de Dieu qui opère la purification intérieure et non pas de la sainteté du ministre (III, 38, 2, ad 1) : il agit ex opere operato, par la puissance même du sacrement.

 

Le baptême de Jean tient le milieu, dans la pédagogie divine, entre d’un côté, les nombreux rites de purification des Juifs[1] dans l’Ancienne Alliance qu’il dépasse car il en est le couronnement et l’Évangile d’autre part car le baptême du Christ est fait dans l’eau et dans l’esprit. Étonnamment, même la circoncision lavait du péché originel (III, 38, 3, ad 3). Les Juifs n’étaient purifiés par leurs ablutions que rituellement, extérieurement, en leur chair (III, 38, 1, ad 3) tandis que Jean et les prophètes, invitaient à une purification intérieure, spirituelle. Donc seuls les adultes et pas les enfants pouvaient recevoir ce baptême de Jean (38, 4, ad 3) ce qui d’ailleurs, par un archéologisme déplacé, donna l’hérésie protestante baptiste et anabaptiste.

 

Le baptême actuel pour un adulte vaut purification de tous les péchés actuels commis avant. On voit le lien évident avec la pénitence et le sacrement de la confession. Mais le baptême de Jean ne donnait qu’un signe de la volonté de se convertir (III, 38, 2, ad 1 ; 3, ad 1 : « il incite à pratiquer la pénitence et constitue une protestation par laquelle on professait qu’on ferait pénitence » ou 38, 4, ad 2), non pas les moyens intérieurs, la grâce de pouvoir le faire (III, 38, 3). D’ailleurs, ce baptême n’imprimait pas non plus de caractère (III, 38, 6) ce qui imposait de le recommencer une fois survenu le Christ qui envoya ses apôtres baptiser.

 

« Il en résulte que le baptême de Jean ne conférait pas la grâce, mais y préparait seulement. De trois manières : 1° par l’enseignement de Jean, qui amenait les auditeurs à la foi au Christ ; 2° en accoutumant les hommes au rite du baptême du Christ ; 3° par la pénitence, qui les préparait à recevoir l’effet du baptême du Christ » (III, 38, 3).

 

  1. Une mission inachevée par volonté divine

 

Pour St. Augustin : « Nos sacrements sont des signes de la grâce présente, tandis que les sacrements de l’ancienne loi étaient les signes de la grâce future » (III, 38, 6, ad 5). Cela recoupe les titres que donne St. Jean-Baptiste : « Mais ce qui est achevé par l’Époux est commencé par l’ami de l’Époux » (III, 38, 3, ad 1 citant St. Jérôme). On voit l’incomplétude de l’action de St. Jean-Baptiste mais en même temps sa véritable nécessité. Dieu voulait que son Fils fût ainsi annoncé.

 

« On peut dire que, le Christ une fois baptisé, le baptême de Jean a pris fin ; non aussitôt, mais après l’emprisonnement du Précurseur. Ce qui fait dire à St. Jean Chrysostome :À mon sens, voici pourquoi la mort de Jean a été permise et pourquoi, après sa disparition, le Christ s’est mis à prêcher abondamment : pour que tout l’attachement de la foule se reportât sur le Christ, et qu’on ne fût plus divisé par l’opinion que l’on avait de l’un et de l’autre’ » (III, 38, 5, ad 2).

 

Le baptême de Jean devait être complété par le baptême de Jésus ; non pas seulement dans l’eau mais dans l’esprit. Les Pères de l’Église s’accordent à dire que St. Jean fut baptisé après avoir baptisé Jésus[2] !

 

Cette incomplétude explique aussi la séparation des deux sacrements du baptême et de la confirmation qui sont pourtant administrés en une seule fois dans le monde orthodoxe mais aussi dans le monde catholique dans certains pays comme le Mexique. En effet, il est un baptême qui fut donné par les disciples du Christ mais qui n’était pas complet : « C’est aussi la raison pour laquelle ceux qu’avait baptisés le diacre Philippe, qui administrait le baptême du Christ, n’ont pas été baptisés à nouveau, mais ont reçu des Apôtres l’imposition des mains ; de même que ceux que les prêtres ont baptisés sont confirmés par les évêques » (III, 38, 6, ad 1).

 

 

Conclusion :

 

Cullmann considérait qu’on assistait dans l’Histoire Sainte à un mouvement de contraction puis d’expansion avec Jésus comme figure centrale de la création du monde à l’élection d’Israël puis à la mise à part du petit reste avec St. Jean-Baptiste comme le dernier des prophètes, la Nativité et le baptême de Jésus inaugurant le ministère public, le choix des apôtres, l’expansion de l’Église « allez et de toutes la nations faites des disciples en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19).

 

Noël est le point focal de l’Histoire, convergence de tout par la venue du Sauveur sur la Terre. Et dans cet événement central, St. Jean-Baptiste était la charnière[3]. Il fut en quelque sorte un oméga et un alpha par symétrie inversée avec Jésus : « [Jean] Il fut en effet le terme de la loi et le commencement de l’Évangile ». Jean annonça le Christ étant enfant, donc dans l’Avent à la Visitation ; il baptisa Jésus et annonce ainsi le vrai Messie dans le Temps après l’Épiphanie. Faisons, nous aussi, comme Jean d’après le Benedictus ou cantique de Zacharie (Lc 1, 76-79) :

« Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins

pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut,

pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix ».

 

 

 


[1] Mc 7, 3-4 : « Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats ».

[2] III, 38, 6, ad 3 : « Comme dit St. Jean Chrysostome, ‘lorsque, à Jean qui lui dit : ‘C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi’, le Christ répond : ‘laisse maintenant", cela montre que, par la suite, le Christ baptisa Jean’. Il ajoute : ‘Cela est écrit dans certains livres apocryphes’. Il est cependant certain, d’après St. Jérôme, ‘que si le Christ devait être baptisé dans l’eau, Jean devait l’être par le Christ dans l’Esprit’ ».

[3] Lui aussi est le dernier et le premier, mais oméga puis alpha pourrait-on dire ! « [Jean] Il fut en effet le terme de la loi et le commencement de l’Évangile ».