Décembre 2020

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Dimanche dans l'Octave de Noël (27/12 - lect. thom.) 0

Homélie du dimanche dans l’Octave de Noël (27 décembre 2020)

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Lecture thomiste de Lc 2, 33-40

Méditons l’évangile du jour, assez peu cité au contraire des versets qui le précèdent.

  1. Les protagonistes
    1. Joseph et Marie

Joseph peut bien être appelé le père de Jésus dans le même sens qu’il est appelé l’époux de Marie, sans avoir avec elle aucun rapport charnel, par le seul fait de l’union conjugale. À ce titre il est son père d’une manière plus étroite que s’il l’avait adopté pour son enfant. Pourquoi refuser à Joseph le nom de père de Jésus-Christ, parce qu’il ne l’avait pas engendré charnellement, alors qu’il pourrait être appelé père d’un enfant adopté, sans même que son épouse n’en fût la mère ? Le nom de Joseph compte pour assurer l’ascendance davidique qui passe par lui, même si certains l’attribuent aussi éventuellement à Marie, cela est plus discuté car rien ne l’atteste avec certitude dans les Écritures, non sans raison.

Après avoir loué Dieu, Siméon bénit à leur tour ceux qui ont apporté l’enfant au temple : « Et Siméon les bénit. » Cette bénédiction s’adresse à tous les deux, mais il réserve pour la mère de Jésus la prédiction des secrets divins. La bénédiction commune à Joseph et à Marie respecte les droits que lui donne son titre de père ; mais la prédiction que Siméon fait à Marie, indépendamment de Joseph, proclame hautement qu’elle est la véritable mère de Jésus.

    1. Siméon et Anne

Siméon avait prophétisé, une femme mariée (S. Élisabeth) avait prophétisé, une vierge (Marie) avait prophétisé ; il fallait qu’une veuve aussi eût part à ce don de prophétie, pour que chaque condition, comme chaque sexe, fût représenté dans cette circonstance. Les détails concernant Anne sont nombreux, en particulier son grand âge (84 ans) et sa longue viduité après un court mariage de 7 ans, qui dénote aussi ses vertus : les jeûnes et les prières, jour et nuit.

Les noms sont intéressants. Siméon signifie l’obéissance, sous-entendu, à la loi, tandis qu’Anne représentait la grâce. Le Christ se trouvait entre les deux, il laisse donc mourir avec la loi le vieillard Siméon, tandis qu’il prolonge la vie de cette sainte veuve qui représente la vie de la grâce. Anne est la figure de l’Église qui, dans la vie présente, est comme veuve par la mort de son époux en Croix. Par ailleurs, puisque 7x12 = 84, sept représenterait les jours, les années et les siècles, bref le temps, tandis que douze évoquerait la perfection de la doctrine apostolique. Il convient donc d’être fidèle à la Vérité transmise par l’Église toute sa vie. Anne serait une figure de l’Église, véhicule de grâce, visage de Dieu (Phanuel signifie face de Dieu) conduisant au Ciel (la tribu d’Aser, qui veut dire bienheureux) par les sept sacrements (années du mariage).

  1. Jésus se fait scandale
    1. Pierre d’achoppement

La grâce de Dieu se répand sur tous avec abondance par la naissance du Sauveur. Si le don de prophétie est refusé aux incrédules, il est accordé aux justes. Siméon prophétise que le Christ Jésus est venu pour la ruine des infidèles et la résurrection des croyants. Les deux à la fois car plus le soleil est brillant, plus il éblouit et trouble les yeux affaiblis. La ruine est profonde, différente de celle qui frappait avant la venue de Jésus, visant en particulier les enfants d’Israël qui devaient perdre tous les biens dont ils jouissaient, et encourir des châtiments plus terribles que toutes les autres nations, parce qu’ils avaient refusé de recevoir celui que leurs prophètes avaient annoncé, celui qui a été adoré parmi eux, celui qui est né du milieu d’eux. De fait, le peuple juif fut particulièrement éprouvé dès l’époque apostolique par la destruction de Jérusalem et la dispersion de la Terre de la promesse de l’époque romaine (70-135 ap JC) à 1948 et la création de l’État d’Israël. Par contre, ceux qui sont abattus sous le joug de la loi se verront relevés.

Les oracles des prophètes s’accomplissent, en particulier ceux annonçant que le Christ serait une pierre d’achoppement causant le scandale (Ps 117, 22; Is 8, 14; Mt 21, 42; Rm 9, 33). Au sens étymologique strict scandale signifie faire trébucher. Jésus provoque la chute de beaucoup, à commencer par celle des anges qui refusaient cette perspective d’adorer l’humanité de Jésus, mais aussi de nombreux hommes. Il est celui qui a été choisi pour juger les hommes par celui-là même, son Père, qui s’écriait : « à moi la vengeance et la rétribution, au temps où leur pied trébuchera : oui, proche est le jour de leur ruine, imminent, le sort qui les attend (…). Voyez-le, maintenant, c’est moi, et moi seul ; pas d’autre dieu que moi ; c’est moi qui fais mourir et vivre, si j’ai frappé, c’est moi qui guéris, et personne ne délivre de ma main » (Dt 32, 36.39). Mais n’entendons pas les deux mots dans le même sens, symétrique. Il y a une chute qui est bonne, lorsqu’on se tient debout les pieds englués dans le péché. Il est normal de se jeter à terre en se prosternant devant le Dieu en prenant conscience de ces péchés. Jésus vient les relever, comme S. Pierre : « Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons » (2 Tm 2, 11). Sortir du péché pour rejoindre la justice, c’est déjà ressusciter ici-bas.

    1. La croix, signe de contradiction

Le signe de contradiction par excellence est la Croix, qui est son titre de gloire ! Lorsqu’il est écrit : « l’insigne du pouvoir est sur son épaule » (Is 9, 5), cela ne désigne non pas un sceptre ni une main de justice mais la croix. S. Josemaría Escrivá de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, disait que Dieu bénit toujours par sa croix. La croix est à la fois source de mort et de vie. Elle scandalise, faisant chuter beaucoup, à tel point qu’elle n’était jamais représentée dans l’art chrétien des premiers siècles où l’on privilégiait le poisson ICHTUS, les pains, le Bon Pasteur. « Nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes » (1 Co 1, 23). Le regard de foi doit faire passer d’une vision primaire à une vision éclairée allant jusqu’à l’autre face du mystère de la Rédemption. Finalement, la croix n’est rien d’autre qu’un pont entre les deux rives de l’être. Ne connaissons-nous pas nombre de personnes qui renient tout ce qui est rapporté de Jésus, ces gens prétendument sérieux se gaussant des affirmations de l’Écriture ?

« Ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (Lc 2, 35). La Passion de Jésus, déjà annoncée, a quelque chose de discriminant. Il y a ceux qui injurient le Fils de Dieu car ils sont aveuglés sur sa vraie nature[1] et ceux qui le reconnaissent. Le déchirement du rideau du Temple semble une quasi-métaphore désignant l’âme de ceux, qui eurent les yeux dessillés à ce moment-là. D’ailleurs, le bon larron reconnut son péché, il le dévoile en se confessant, en quelque sorte, à Jésus et put alors être sauvé.

    1. Le calvaire de Marie

Mais ce chemin de la Passion fut aussi parcouru par la Vierge Marie. « Oui, Mère bénie, un glaive a transpercé ton âme : il n’aurait pu, sans transpercer celle-ci, pénétrer dans la chair du Fils. C’est vrai : ce Jésus qui est le tien (…), après avoir remis son esprit, ne fut pas atteint dans son âme par la lance meurtrière. Sans épargner un mort, auquel elle ne pouvait pourtant plus faire de mal, elle lui ouvrit le côté ; mais c’est ton âme qu’elle transperça. La sienne assurément n’était plus là mais la tienne ne pouvait s’enfuir. Ton âme, c’est la force de douleur qui l’a transpercée, aussi pouvons-nous très justement te proclamer plus que martyre, puisque ta souffrance de compassion aura certainement dépassé la souffrance qu’on peut ressentir physiquement. N’a-t-elle pas été plus qu’une épée pour toi, n’a-t-elle pas percé ton âme et atteint jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit (cf. He 4, 12), cette parole : Femme, voilà ton fils ? Ô quel échange ! Jean t’est donné en lieu et place de Jésus, le serviteur à la place du Seigneur, le disciple au lieu du Maître, le fils de Zébédée à la place du Fils de Dieu, un simple homme au lieu du vrai Dieu. Comment l’écoute de cette parole ne transpercerait-elle pas ton âme pleine d’affection, quand le seul souvenir de cette parole brise déjà nos cœurs, qui sont pourtant de roc et de fer ? Ne vous étonnez pas, frères, qu’on puisse dire de Marie qu’elle a été martyre dans son âme. S’en étonnerait celui qui aurait oublié comment Paul mentionne, parmi les fautes les plus graves des païens, le fait qu’ils ont été sans affection. Un tel péché était bien loin du cœur de Marie ; qu’il le soit aussi de ses modestes serviteurs. Mais on dira peut-être : ne savait-elle pas d’avance qu’il devait mourir ? — Sans nul doute. N’espérait-elle pas qu’il ressusciterait aussitôt ? — Oui, assurément. Et malgré cela elle souffrit de le voir crucifié ? — Oui, et violemment. Qui donc es-tu, frère, et d’où vient ta sagesse, pour que tu puisses t’étonner davantage de la compassion de Marie que de la passion du fils de Marie ? Lui a pu mourir dans son corps, et elle, n’aurait-elle pas pu mourir avec lui dans son cœur ? Voilà (dans la passion du Christ) ce qu’a accompli une charité telle que personne n’en a éprouvé de plus grande ; et voici (dans la compassion de Marie) ce qu’a accompli une charité qui, après celle de Jésus, n’a pas son pareil » (S. Bernard).

Conclusion :

S. Luc omit la fuite en Égypte rapportée par Matthieu, qui s’intercale entre la présentation au Temple, la visite des Mages, et le retour à Nazareth (après quatre années). D’ailleurs, la Judée était contrôlée par Archélaus et il fallait l’éviter (Mt 2, 22). Mais cette passion anticipée de la Vierge remplace ces tribulations de l’exil.

 

[1] Mc 15, 29-32. 38-39 : « Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : ‘Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, descends de la croix !’. De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : ‘Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons’. Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient (…). Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : ‘Vraiment, cet homme était Fils de Dieu !’ ». L’épisode du bon larron n’est rapporté que par Lc 23, 35-43 : « Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : ‘Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu !’. Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : ‘Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !’ (…). L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : ‘N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi !’. Mais l’autre lui fit de vifs reproches : ‘Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal’. Et il disait : ‘Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume’. Jésus lui déclara : ‘Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis’ ».

Noël (25/12/20 - généalogie chargée) 0

Homélie du jour de Noël (25 décembre 2020)

Une généalogie du Christ chargée mais rachetée

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L’Évangile selon S. Matthieu commence par une généalogie du Christ. Aujourd’hui, dans une société de plus en plus déracinée ou les familles recomposées compliquent la tâche, connaître ses origines devient un phénomène répandu. Nombreux sont les généalogistes amateurs qui se lancent à l’assaut des registres paroissiaux dans les archives départementales. Certains, comme les hérétiques mormons (« Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours ») vont jusqu’à collecter ces mêmes informations pour rattraper leurs ancêtres morts sans le baptême de leur secte. D’autres considèrent que les si lourds silences du passé, les tabous familiaux qui se présentent partout dans les familles mériteraient une forme de « guérison des racines familiales par l’Eucharistie » pour empêcher l’action mauvaise d’âmes en peine venues perturber l’équilibre psychologique de leurs descendants. Cela n’est pas juste mais il est vrai par ailleurs que tous, nous avons dans notre arbre généalogique des non-dits qui peuvent perturber l’équilibre psychologique d’enfants malheureux (une « fille-mère », un enfant de la guerre « fils de Boche », une naissance sous X, un abandon etc…). L’événement voire le nom des personnes est passé sous silence par une sorte de damnatio memoriæ comme dans l’Antiquité où Égyptiens (le pharaon Aménophis IV = Akhénaton) et Romains supprimaient jusqu’au souvenir des « mauvais » empereurs (ou simplement les perdants) en grattant les monuments signés par leur dédicace (Caracalla supprima sur l’arc de triomphe de leur père Septime Sévère le nom de Gète qu’il avait fait tuer).

Au contraire, le Christ, est venu récapituler toute l’histoire humaine, entachée de péché qu’il voulut assumer, sans jamais le contracter lui-même (péché originel) ni commettre le moindre péché (péchés actuels), mais en portant le poids de ce péché : « nous n’avons pas un grand prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le trône de la grâce afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour une aide opportune » (He 4, 15-16) et se faisant maudire pour détruire toute malédiction (Ga 3, 13, cf. Dt 21, 22).

Ce péché assumé se retrouve dans ancêtres de S. Joseph, donc une filiation plus « symbolique » que réelle par le père adoptif de Jésus Christ. Notre Seigneur n’a pas eu peur de « se salir les mains » pour sauver tout le monde qui l’accepterait, quel que soit ses antécédents. Seules 3 femmes sont citées parmi les 42 générations qui se sont succédées en un peu moins de 1700 ans : Tamar, Ruth, « la femme d’Uri » = Bethsabée.

  1. Trois femmes de l’Ancien Testament au destin compliqué
  1. Tamar

Parmi les douze fils de Jacob = Israël figure Juda (vers 1500 av. JC). Il eut trois fils de sa femme Shua. À son premier-né, Er, il donna Tamar. Elle devint veuve car son mari ayant déplu à Dieu mourut rapidement. Son frère Ônan refusa d’assumer son devoir de susciter, par la loi du lévirat, une descendance à son frère défunt en offrant un premier fils portant son nom. Il mourut lui aussi. Juda voulut préserver Shéla son troisième et renvoya injustement sa belle-fille chez elle. Elle se déguisa et lui, la prenant pour une prostituée, lui suscita des jumeaux, Pharès et Zara (dont la fameuse loi du second-né comme étant l’aîné) : « Lorsque vint le temps de ses couches, il apparut qu’elle avait dans son sein des jumeaux. Pendant l’accouchement, l’un d’eux tendit la main et la sage-femme la saisit et y attacha un fil écarlate, en disant : ‘C’est celui-là qui est sorti le premier’. Mais il advint qu’il retira sa main et ce fut son frère qui sortit. Alors elle dit : ‘Comme tu t’es ouvert une brèche !’ Et on l’appela Pharès. Ensuite sortit son frère, qui avait le fil écarlate à la main, et on l’appela Zara » (Gn 38, 27-30). Elle avait ainsi suscité de son beau-père cette descendance que lui, par ses fils, n’avait pas voulu donner. Elle le força ainsi à réparer cette injustice.

  1. Ruth

Ruth est suffisamment importante pour qu’un livre entier de l’Ancien Testament lui soit consacrée. Au temps des Juges (entre 1200 et 1000 av. JC), un homme de Bethléem (= Éphrata), Élimélek, avait quitté sa patrie à cause de la famine et s’était établi dans les champs de Moab. Il y mourut comme ses deux fils, laissant sa femme seule avec ses deux brus dont Ruth, qui demeura d’une parfaite fidélité à sa belle-mère Noémie. Elle l’accompagna de Moab en Juda lorsqu’elle revint sur la terre de ses ancêtres à Bethléem et adopta son Dieu, le Seigneur. Elle plut à un parent de sa belle-mère, qui avait « droit de rachat ». Par la même loi du lévirat, il pouvait récupérer l’héritage en terre avec la femme.

Mais un autre parent plus proche passait avant lui : « Booz dit : ‘Le jour où, de la main de Noémie, tu acquerras ce champ, tu acquiers aussi Ruth la Moabite, la femme de celui qui est mort, pour perpétuer le nom du mort sur son patrimoine’. Celui qui avait droit de rachat répondit alors : ‘Je ne puis exercer mon droit, car je craindrais de nuire à mon patrimoine. Exerce pour toi-même mon droit de rachat, car moi je ne puis l’exercer’. Or c’était autrefois la coutume en Israël, en cas de rachat ou d’héritage, pour valider toute affaire : l’un ôtait sa sandale et la donnait à l’autre. Telle était en Israël la manière de témoigner. Celui qui avait droit de rachat dit donc à Booz : ‘Fais l’acquisition pour toi-même’, et il retira sa sandale » (Ruth 4, 5-8).

Booz répara l’injustice commise contre Ruth en l’épousant. Ils engendrèrent Obed, le grand-père de David. L’allusion de S. Jean-Baptiste, au 3e dimanche de l’Avent, qu’il n’avait pas le droit de délier la courroie de ses sandales, montre qu’il restait à sa place. Il n’était pas l’Époux mais que l’ami de l’Époux. Il n’avait pas le droit de rachat et devait laisser le Christ épouser sa bien-aimée, l’humanité renouvelée par Son sacrifice, ou l’Église.

  1. « La femme d’Uri » = Bethsabée

Le roi David (1010-970), roi glorieux, avait commencé pourtant dans l’oubli. Il fallut que Samuel le fit chercher de derrière les fagots car 8e fils de Jessé, lui, le petit berger, avait même été oublié par son père lorsque le prophète était venu pour l’oindre (2 Sm 11). Mais il était aussi un grand pécheur dénoncé par le prophète Nathan : « Il y avait deux hommes dans la même ville, l’un riche et l’autre pauvre. Le riche avait petit et gros bétail, en très grande abondance. Le pauvre n’avait rien du tout qu’une brebis, une seule petite qu’il avait achetée. Il la nourrissait et elle grandissait avec lui et avec ses enfants, mangeant son pain, buvant dans sa coupe, dormant dans son sein : c’était comme sa fille. Un hôte se présenta chez l’homme riche qui épargna de prendre sur son petit ou gros bétail de quoi servir au voyageur arrivé chez lui. Il vola la brebis de l’homme pauvre et l’apprêta pour son visiteur’. David entra en grande colère contre cet homme et dit à Nathan : ‘Aussi vrai que le Seigneur est vivant, l’homme qui a fait cela est passible de mort ! Il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis cette action et n’avoir pas eu de pitié’. Nathan dit alors à David : ‘Cet homme, c’est toi ! Ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Je t’ai oint comme roi d’Israël, je t’ai sauvé de la main de Saül, je t’ai livré la maison de ton maître, j’ai mis dans tes bras les femmes de ton maître, je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda et, si ce n’est pas assez, j’ajouterai pour toi n’importe quoi. Pourquoi as-tu méprisé le Seigneur et fait ce qui lui déplaît ? Tu as frappé par l’épée Uri le Hittite, sa femme tu l’as prise pour ta femme, lui tu l’as fait périr par l’épée des Ammonites » (2 Sm 12, 1-9).

Bien qu’ayant tout reçu par don gratuit de Dieu qui avait rejeté Saül, premier roi d’Israël, David s’était épris d’une femme prenant son bain dans le jardin jouxtant son palais qu’il avait aperçue de sa terrasse : Bethsabée, la femme d’Uri le Hittite. Il la fit venir en son palais mais elle conçut de cet adultère. Pour cacher son forfait, il fit rappeler de la guerre contre les Ammonites Uri pour qu’il retournât chez lui et pût s’unir à sa femme et ainsi faire passer cet enfant pour le sien. Mais Uri, soldat fidèle, refusa de retourner chez lui comme si la guerre était achevée. Alors David l’exposa au pire du combat pour le faire mourir. L’enfant adultérin mourut de la main même de Dieu, expiant la faute de son père. Mais Dieu permit que le second survécût, Salomon.

Ces trois femmes de l’Histoire Sainte eurent un parcours mouvementé : parfois victimes d’injustices mais parfois pécheresses. La bienheureuse Vierge Marie, une femme exempte de tout péché, cassa cette chaîne. Sa généalogie est significative.

  1. Marie renouvela le genre humain en donnant sa chair au Fils de Dieu
  1. Marie, fille de David ?

Jésus, aux yeux de la loi, par la généalogie, était de la maison et descendance messianique de David, donc d’ascendance royale par Joseph. Il est le « fils de David » dont le trône sera assuré pour toujours. Mais l’était-il par la chair de sa mère aussi puisqu’il est « issu de la lignée de David selon la chair » (Rm 1, 3). Une première hypothèse, attribue à Marie l’ascendance davidique car on se mariait souvent dans sa tribu (celle de Juda) voire dans le même clan comme le recommandait Tobie : « Choisis une femme du sang de tes pères, dit Tobie à son fils, ne prends pas une femme étrangère à la tribu de ton père » (Tb 4,12)[1]. Mais alors pourquoi les Évangiles ne le mentionnent-ils pas clairement ?

  1. Marie, de la race sacerdotale

La seconde hypothèse était que Jésus était d’ascendance sacerdotale par Marie. Elle serait non pas de la tribu de Juda mais de Lévi. En effet Marie est la parente (Lc 1,36) d’Élisabeth qui est fille d’Aaron (Lc 1,5)[2]. En ce cas Jésus unirait en sa personne les deux lignes de l’attente messianique : sacerdotale et royale. Il serait fils de David par Joseph et fils d’Aaron par sa mère. Il serait roi et prêtre tout à la fois.

Or, la tradition juive (dont les Esséniens) interprétant le dernier prophète : « Ce sont les deux Oints qui se tiennent devant le Seigneur de toute la terre » (Za 4,14), attendait non pas un mais bien deux messies. Le messie royal devait venir d’abord comme descendant de David et chef de guerre eschatologique pour assurer la paix d’Israël en terrassant les ennemis de Dieu. Puis ce messie royal s’effacerait en laissant la place au messie sacerdotal, fils d’Aaron revêtu ultimement de la primauté. Certains écrits juifs (Testament des Douze patriarches : Sim.7, 2) fondaient ces deux lignées messianiques et affirmaient que l’unique Messie serait à la fois roi et prêtre, à la fois de la tribu de Juda et de celle de Lévi.

  1. Marie, de la maison de Dieu

Une troisième hypothèse enfin, donne à ce silence généalogique un poids théologique, à la manière de l’ordre du roi Melchisédek (Ps 109, 4) qui, précisément, n’a pas de généalogie car il est de Dieu, préfiguration du Fils. Marie ne serait d’aucune tribu en particulier parce qu’elle est la Mère de tous les vivants, nouvelle Ève. Elle ne serait ni de la maison de David ni de celle de Lévi mais tout simplement de la maison de Dieu (« Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu », Ep 2,19). Aussi ne reçut-elle pas de bénédiction particulière comme chacune des douze tribus (cf Gn 49). Elle est simplement « bénie entre toutes les femmes » et Jésus, le fruit de ses entrailles est béni.

Conclusion

Jésus, par son arbre généalogique, assuma tout de notre histoire, y compris celle du péché sans s’y compromettre toutefois. Il est capable de faire passer le bien à travers le mal comme la grâce à travers des ministres défaillants. Lui, l’Enfant-Dieu, né cette nuit sainte, fit éclater la puissance de la miséricorde divine au milieu du péché. C’est là toute notre espérance pour que jamais le mal n’ait le dernier mot : « Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu » (2 Co 5, 21).

 

[1] Cf. le Protévangile de Jacques, S. Augustin : « Puisque le même évangéliste nous dit que l’époux de Marie était Joseph, que la mère du Christ était vierge, et que le Christ est de la descendance de David, que reste-t-il à croire, sinon que Marie n’était pas étrangère à la parenté de David ? » ou S. Bède le Vénérable (+ 735) : « car aux termes de la Loi chacun devait prendre épouse dans sa tribu ou dans sa famille ».

[2] Cf. S. Ephrem (+373) : « Les paroles de l’ange à Marie : ‘Élisabeth, ta parente’, présentent Marie comme étant de la maison de Lévi » (in Commentaire du Diatessaron n°25), ou S. Grégoire de Nazianze : « Vous vous demanderez peut-être : Comment le Christ descend-il de David ? Marie est évidemment de la famille d’Aaron puisqu’au dire de l’ange elle est la cousine d’Élisabeth. Il faut voir ici l’effet d’un dessein providentiel de Dieu, qui voulait unir le sang royal à la race sacerdotale, afin que Jésus-Christ qui est à la fois prêtre et roi, eût aussi pour ancêtre selon la chair, les prêtres et les rois » (cité in Catena Aurea p.40).

4e Avent (20/11/2020 - lect. thom.) 0

Homélie du 4e dimanche de l’Avent (20 décembre 2020)

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Lecture thomiste de l’évangile (Lc 3, 1-6)

Le dernier dimanche de l’Avent traite encore de S. Jean-Baptiste, très enraciné historiquement et dont le rôle est uniquement de préparer la voie au Seigneur comme sa voix pour un temps.

  1. Historicité des évangiles
    1. Chronologie de la prédication de S. Jean-Baptiste

L’époque où le précurseur du divin Rédempteur reçut la mission de prêcher et d’annoncer la parole de Dieu, est solennellement désignée par le nom de l’empereur romain et des princes qui régnaient sur la Judée. Puisque Jean-Baptiste annonçait celui qui venait racheter une partie des Juifs et un grand nombre des Gentils, sa prédication fut datée du règne de l’empereur païens et des rois de Judée (Is 1, 1 lui, n’indique que ces derniers). L’empire de Tibère César paraissait être le maître du monde. Tibère succéda à Auguste le 19 août de l’an 14 ap. JC. Donc sa quinzième année va d’août 28 à août 29. Mais cette datation n’est pas si clair pour autant car il a prêché 3 ans de vie publique et certains datent la mort du Christ soit du 7 avril 30 ou du 4 avril 33.

La division entre plusieurs souverains juifs fut toujours perçue comme conséquence du péché. Par exemple, en 931 avant JC, à la mort de Salomon devenu idolâtre, son héritage fut partagé entre Jéroboam et Roboam. Le premier, officier de la cour, mobilisa les 10 tribus du Nord, et ne laissa que 2 tribus, Juda et Benjamin, au fils, ce qui les affaiblit et les exposa à la domination étrangère pour des siècles. Par cette division Dieu rabaissait l’orgueil des Juifs à la nuque raide : « Tout royaume divisé contre lui-même devient désert, ses maisons s’écroulent les unes sur les autres » (Lc 11, 17).

Hérode le Grand, instigateur du massacre des Innocents, mourut en – 4 (l’erreur de la datation de l’ère chrétienne y trouve son terminus ante quem, terme avant lequel il faut placer la naissance du Sauveur, entre -7 et -4 avant lui-même si j’ose dire !). À sa mort, son fils Hérode Archélaüs régna 10 ans puis fut dénoncé par les Juifs comme tyran et exilé en + 6 à Vienne, en Gaule. Auguste nomma donc des tétrarques (souverain d’un quart) qui n’avaient qu’une partie d’un royaume pourtant déjà modeste : les frères Hérode Antipas, Philippe, époux d’Hérodiade volée par Antipas, et Lysanias. Ponce Pilate fut nommé en +26 pour 10 ans préfet, soumis au gouverneur de Syrie.

Comme Jean-Baptiste annonçait Jésus roi et prêtre, fut précisé : « sous les grands-prêtres Anne et Caïphe ». Ce sont les mêmes qu’à la Passion, Anne (6-15 ap. JC), beau-père de Joseph Caïphe (18-37 ap. JC), les plus importants retenus par l’évangile pour l’histoire sainte, furent séparés par 4 autres. Ils collaborèrent avec les Romains qui les laissèrent très longtemps alors que les intermédiaires restèrent moins d’un an chacun.

    1. Le rôle de S. Jean-Baptiste

Le Fils de Dieu venu former et rassembler son Église, commença à œuvrer par sa grâce dans son serviteur. Luc ne s’étend que sur le prophète et pas sur son ascèse, comme si seule l’élection divine le recommandait, lui qui ne s’envoya pas de sa propre initiative. Le désert où il s’était retiré prouve que ce ne furent pas les liens du sang ni une amitié contractée dès l’enfance qui portèrent Jean-Baptiste à rendre témoignage à Jésus. Le précurseur ne le connaissait pas (Jn 1). C’est par l’esprit et la vertu d’Elie que, séparé du commerce des hommes, il s’appliqua entièrement à la contemplation des choses invisibles pour discerner et reconnaître le Sauveur. Il fut rempli de plus de grâces divines qu’aucun prophète. Le désert évoque aussi l’Église, comme abandonnée et sans enfants : « Crie de joie, femme stérile, toi qui n’as pas enfanté ; jubile, éclate en cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs ! Car les fils de la délaissée seront plus nombreux que les fils de l’épouse, – dit le Seigneur » (Is 54, 1 repris par Gal 4, 27). Voilà que la stérile allait enfin enfanter du Verbe divin.

« Jean était la voix, mais le Seigneur au commencement était la Parole. Jean, une voix pour un temps ; le Christ, la Parole au commencement, la Parole éternelle. Enlève la parole, qu’est-ce que la voix ? Là où il n’y a rien à comprendre, c’est une sonorité vide. La voix sans la parole frappe l’oreille, elle n’édifie pas le cœur. Cependant, découvrons comment les choses s’enchaînent dans notre propre cœur qu’il s’agit d’édifier. Si je pense à ce que je dis, la parole est déjà dans mon cœur ; mais lorsque je veux te parler, je cherche comment faire passer dans ton cœur ce qui est déjà dans le mien. Si je cherche donc comment la parole qui est déjà dans mon cœur pourra te rejoindre et s’établir dans ton cœur, je me sers de la voix, et c’est avec cette voix que je te parle : le son de la voix conduit jusqu’à toi l’idée contenue dans la parole ; alors, il est vrai que le son s’évanouit ; mais la parole que le son a conduite jusqu’à toi est désormais dans ton cœur sans avoir quitté le mien. Lorsque la parole est passée jusqu’à toi, n’est-ce donc pas le son qui semble dire lui-même : Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue ? Le son de la voix a retenti pour accomplir son service, et il a disparu, comme en disant : Moi, j'ai la joie en plénitude. Retenons la parole, ne laissons pas partir la parole conçue au fond de nous.

Il est difficile de distinguer la parole de la voix, et c’est pourquoi on a pris Jean pour le Christ. On a pris la voix pour la parole ; mais la voix s’est fait connaître afin de ne pas faire obstacle à la parole. Je ne suis pas le Christ, ni Élie, ni le Prophète. On lui réplique : Qui es-tu donc ? Il répond : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la route pour le Seigneur. La voix qui crie à travers le désert, c’est la voix qui rompt le silence. Préparez la route pour le Seigneur, cela revient à dire : Moi, je retentis pour faire entrer le Seigneur dans le cœur ; mais il ne daignera pas y venir, si vous ne préparez pas la route. Que signifie : Préparez la route, sinon : Priez comme il faut ? Que signifie : Préparez la route, sinon : Ayez d’humbles pensées ? Jean vous donne un exemple d’humilité. On le prend pour le Messie, il affirme qu’il n’est pas ce qu’on pense, et il ne profite pas de l’erreur d’autrui pour se faire valoir. S’il avait dit : « Je suis le Messie », on l’aurait cru très facilement, puisqu’on le croyait avant même qu’il ne parle. Il l’a nié : il s’est fait connaître, il s’est défini, il s’est abaissé. Il a vu où se trouvait le salut ; il a compris qu’il n’était que la lampe, et il a craint qu’elle ne soit éteinte par le vent de l’orgueil. Le Verbe s’est fait entendre, la voix suivit de près, car le Verbe agit d’abord à l’intérieur, et la voix lui sert ensuite d’instrument : ‘Et il vint dans toute la région du Jourdain’ » (S. Augustin).

  1. Implorer la rémission des péchés
    1. Jean-Baptiste assume la même fonction que la Loi : dénoncer le péché

Le Jourdain, nom qui signifie « qui descend » part des fiers monts du Liban (l’Hermon) pour s’enfoncer dans la mer Morte. Le Christ s’y ensevelit pour ramener vers Dieu l’homme qui avait chuté. Jean ne pouvait pardonner les péchés ni donner l’Esprit, mais il fallut cette étape intermédiaire pour que les Juifs, profondément ignorants à l’égard de leurs fautes tout comme notre monde actuel pussent revenir à résipiscence. Jean les exhortait à se repentir pour les disposer à obtenir plus facilement leur pardon par la foi en Jésus-Christ. Son baptême était impuissant à racheter mais ce ministère était utile et fait de Jean une figure de la loi, parce que la loi pouvait bien faire connaître le péché, mais ne pouvait le remettre. C’est purement pédagogique : « je n’aurais pas connu le péché s’il n’y avait pas eu la Loi » (Rm 7, 7).

    1. Les vertus pour préparer la voie du Seigneur

Pour nous, préparer la voie au Seigneur et rendre droit ses sentiers consiste en la profession intégrale de la vraie foi et la pratique des bonnes œuvres vertueuses permise par la grâce de l’Esprit-Saint qui combleront nos béances et nous permettront de nous élever de nos abîmes vers la sainte montagne de Dieu (Ps 42, 3 des prières au pied de l’autel pour y monter dignement). D’autant que la vertu est ce juste milieu entre deux excès, comme la vertu de force est un courage à mi-chemin entre lâcheté (fossé) et témérité (montagne). En effet, notre cœur est grand et spacieux, si toutefois il est pur, car sa grandeur ne consiste pas dans les dimensions extérieures, mais dans la force et la grandeur de son intelligence qui le rend capable de contenir la vérité qu’est le Christ : plus elle est accueillie, plus elle dilate ce cœur.

Certains interprètent cette différence aussi entre montagne ou colline rabotée et ravin comblé comme l’orgueil rabaissé du peuple élu et le salut rendu également disponible aux Gentils, à la manière du Magnificat : « il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles » (Lc 1, 52) et la parabole du pharisien et du publicain : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18, 9-14). Certains pères pensent aussi qu’aux difficultés de la loi avec les 613 préceptes en plus des 10 commandements succède la facilité de la foi, cependant, il ne s’agit pas d’idéaliser le chemin chrétien qui en demeure tortueux malgré la grâce si l’on est un peu réaliste sur l’emprise que le péché a sur vos vies.

« Tout être vivant verra le salut de Dieu » (v. 6) parce que l’évangile a été porté jusqu’aux extrémités de la terre mais tous ne l’accueillent pas, certains même, et nombreux en notre époque, apostasient la vraie foi. Mais tous verront le salut de Dieu, en son jugement particulier et dernier : ceux qui l’auront accueilli pour l’éternité bienheureuse conquise de haute-lutte par le Baptiste et les autres pour les pleurs et les grincements de dents.

Avec Jean-Baptiste, la voix annonce la voie, nom qui désigne dans les actes du même S. Luc le christianisme primitif (Ac 18, 25-26 ; 19, 9.21.23 ; 24, 14).

3e Avent (13/11/2020 - 2 baptêmes) 0

Homélie du 3e dimanche de l’Avent (13 décembre 2020)

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Rapports entre S. Jean-Baptiste et Jésus et valeur des deux baptêmes

Les évangiles des trois derniers dimanches de l’Avent (Mt 11, 2-10 ; Jn 1, 19-28 ; Lc 3, 1-6) insistent beaucoup sur S. Jean-Baptiste. Notre passage du jour évoque plus particulièrement la valeur du baptême de Jean : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? ». Mais plus largement, pour celui qui est « plus qu’un prophète » (Mt 11, 9), précurseur du Seigneur auquel il prépare le chemin (prodrome), quels rapports entretient-il Jean-Baptiste avec Jésus-Christ, le Sauveur qui est déjà venu, est présent sacramentalement et reviendra à la fin des temps. Méditons avec S. Thomas d’Aquin (ST, III, 38 : de baptismo Ioannis) sur cette relation singulière.

  1. Pourquoi Jean devait-il baptiser ? (dimension positive)
    1. Jésus fut d’abord baptisé pour consacrer le baptême

Le baptême de Jésus est très particulier. Le Seigneur n’avait pas besoin d’être sauvé mais vint pour sauver les hommes (paraphrasant le Fils de l’Homme qui « est venu, non pas pour être servi, mais servir » en Mt 20, 28 et Mc 10, 45). Si pour tous les autres, le baptême sera source de la grâce, Jésus descendit au contraire dans le Jourdain pour donner aux eaux le pouvoir de sanctifier. Il consacra donc une fois pour toute l’eau du baptême. Voilà pourquoi Jésus voulut être baptisé : « Il fallait que le Christ fût baptisé par lui afin de consacrer le baptême, dit St. Augustin » (III, 38, 1).

    1. Jean prépara la venue du Messie

S. Thomas dénombre 3 autres raisons pour lesquelles Jean devait baptiser (III, 38, 1) :

2) Jean devait manifester le Christ (Jn 1, 31). Son baptême dans l’eau attirait les foules et lui permettait de toucher un plus grand nombre de personnes (S. Jean Chrysostome).

3) Jean était le précurseur, tant au début de la vie intra-utérine du Christ qu’au début de sa vie publique. Il annonça dans les deux cas la messianité de son cousin, refusant d’usurper sa place (S. Grégoire le Grand).

4) Jean prépara les âmes à recevoir dignement le baptême dans l’eau et dans l’esprit qu’institua le Christ, comme par un catéchuménat : « On peut comparer le profit que retirent les catéchumènes de l'enseignement de la foi avant leur baptême, au bien que procurait le baptême de Jean avant celui du Christ. Jean prêchait, en effet, la pénitence, annonçait le baptême du Christ, et attirait à la connaissance de la vérité qui s'est manifestée au monde ; pareillement les ministres du Christ, qui commencent par enseigner, réprouvent ensuite les péchés et en promettent la rémission dans le baptême du Christ » (S. Bède le Vénérable).

  1. Dimension partielle et temporaire du baptême de Jean (ce qui lui manquait)
    1. Le baptême de Jean ne confère pas la grâce mais invite à la pénitence

Le baptême n’était pas un sacrement mais plutôt un sacramental (à la manière d’une bénédiction d’eau bénite) (III, 38, 1, ad 1). Effectivement inspiré du Saint-Esprit pour préparer la venue du Christ, il ne pouvait pas donner plus d’effets qu’une action humaine et non divine (III, 38, 2). De ce fait, il était appelé baptême de Jean et la qualité du baptême dépendait de la qualité de celui qui le conférait comme pour tous les sacramentaux[1]. Et Jean menait une vie très austère qui le recommandait (III, 38, 2, ad 2), outre qu’il accomplissait les Écritures, auxquelles il se référait en disant : « Je suis la voix qui crie dans le désert » (Jn 1, 19). Mais le baptême institué par Jésus fonctionne ex opere operato. Il dépend de Dieu qui opère la purification intérieure et non de la sainteté du ministre (III, 38, 2, ad 1).

Le baptême de Jean tient le milieu, dans la pédagogie divine, entre d’un côté les nombreux rites de purification des Juifs dans l’Ancienne Alliance (cf. Mc 7, 3-4 : « Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats »), et de l’autre le baptême du Christ qui n’est pas fait que dans l’eau mais dans l’esprit.

S. Thomas considère étonnamment que même la circoncision lave du péché originel (III, 38, 3, ad 3). Les ablutions rituelles des Juifs ne les purifiaient qu’extérieurement, en leur chair (III, 38, 1, ad 3) tandis que Jean, comme tous les prophètes, invitait à une purification intérieure, spirituelle. Ce qui explique que les enfants ne pouvaient recevoir ce baptême mais seulement les adultes (38, 4, ad 3) ce que pratique d’ailleurs, par un archéologisme déplacé, les baptistes et anabaptistes (amish par exemple).

Le lien avec la pénitence, donc le sacrement de la confession, est évident. Aujourd’hui, le baptême purifie tous les péchés actuels commis chez un adulte sans avoir à les confesser. Ce baptême dans l’eau seule ne donnait qu’un signe de la volonté de se convertir (III, 38, 2, ad 1 ; 3, ad 1 ; 38, 4, ad 2), non pas les moyens intérieurs ou la grâce de pouvoir le faire (III, 38, 3). Ce baptême n’imprimait pas non plus de caractère (III, 38, 6), si bien qu’il fallait le recommencer une fois survenu le Christ qui envoya ses apôtres baptiser.

 

« Il en résulte que le baptême de Jean ne conférait pas la grâce, mais y préparait seulement. De trois manières : 1° par l'enseignement de Jean, qui amenait les auditeurs à la foi au Christ ; 2° en accoutumant les hommes au rite du baptême du Christ ; 3° par la pénitence, qui les préparait à recevoir l'effet du baptême du Christ » (III, 38, 3).

    1. Une mission inachevée par volonté divine

« Nos sacrements sont des signes de la grâce présente, tandis que les sacrements de l'ancienne loi étaient les signes de la grâce future » (S. Augustin, III, 38, 6, ad 5). Cela recoupe les titres que donne le Baptiste : « Mais ce qui est achevé par l’Époux est commencé par l'ami de l'Époux » (S. Jérôme, III, 38, 3, ad 1). Si l’action de S. Jean-Baptiste était incomplète, elle n’en demeurait pas moins nécessaire. Le Père voulait que son Fils fût ainsi annoncé.

« On peut dire que, le Christ une fois baptisé, le baptême de Jean a pris fin ; non aussitôt, mais après l'emprisonnement du Précurseur. Ce qui fait dire à S. Jean Chrysostome :À mon sens, voici pourquoi la mort de Jean a été permise et pourquoi, après sa disparition, le Christ s'est mis à prêcher abondamment : pour que tout l'attachement de la foule se reporte sur le Christ, et qu'on ne soit plus divisé par l'opinion que l'on avait de l'un et de l'autre’ » (III, 38, 5, ad 2).

D’ailleurs, le baptême de Jean devait être complété par le baptême dans l’eau mais dans l’esprit. Si bien que les Pères de l’Église s’accordent pour dire que S. Jean fut baptisé après avoir baptisé Jésus[2] !

Cette incomplétude explique l’usage catholique séparant les deux sacrements du baptême et de la confirmation qui sont administrés en une seule fois dans le monde orthodoxe gréco-catholique ou même dans certains pays comme le Mexique. En effet, il est un baptême qui fut donné par les disciples du Christ mais n’était pas complet : « C'est aussi la raison pour laquelle ceux qu'avait baptisés le diacre Philippe, qui administrait le baptême du Christ, n'ont pas été baptisés à nouveau, mais ont reçu des Apôtres l'imposition des mains ; de même que ceux que les prêtres ont baptisés sont confirmés par les évêques » (III, 38, 6, ad 1).

Conclusion

Le protestant Cullmann soulignait dans l’Histoire Sainte un mouvement de contraction puis d’expansion avec Jésus comme figure centrale : de la création du monde à l’élection d’Israël puis à la mise à part du petit reste avec St. Jean-Baptiste comme le dernier des prophètes puis la Nativité, le baptême de Jésus inaugurant le ministère public, le choix des apôtres, l’expansion de l’Église « allez et de toutes la nations faites des disciples en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19).

Noël est le point focal de l’Histoire, convergence de tout par la venue du Sauveur sur la Terre. Et dans cet événement central, S. Jean-Baptiste est à la charnière. Lui aussi est le dernier et le premier, mais oméga puis alpha pourrait-on dire ! « [Jean] fut en effet le terme de la loi et le commencement de l'Évangile ». Il annonça le Christ étant enfant à la Visitation et maintenant dans l’Avent. Il baptisa Jésus qu’il annonça comme le vrai Messie dans le temps après l’Épiphanie. Reprenons, nous aussi, le Benedictus de Zacharie (Lc 1, 76-79) :

« Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins

pour donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés, grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut,

pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix ». Amen !

 

[1] III, 38, 6, ad 1 : « On a baptisé après Jean, parce qu'il ne donnait pas le baptême du Christ, mais le sien... Le baptême donné par Pierre, et celui qu’a pu donner Judas était le baptême du Christ... Et c'est pourquoi si Judas a célébré des baptêmes, on n'a pas rebaptisé... Car la valeur du baptême vient de celui par le pouvoir de qui il est donné, et non en fonction de celui qui l’administre ».

[2] III, 38, 6, ad 3 : « Comme dit S. Jean Chrysostome, ‘lorsque, à Jean qui lui dit : ‘C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi’, le Christ répond : ‘laisse maintenant", cela montre que, par la suite, le Christ baptisa Jean’. Il ajoute : ‘Cela est écrit dans certains livres apocryphes’. Il est cependant certain, d'après S. Jérôme, ‘que si le Christ devait être baptisé dans l'eau, Jean devait l'être par le Christ dans l'Esprit’ ».

2nd Avent (6/12 - lect. thom. évang.) 0

Homélie du 2nd dimanche de l’Avent (6 décembre 2020)

Pour écouter l'homélie, cliquez ici

Lecture thomiste de l’évangile (Mt 11, 2-10)

Après que l’enseignement du Christ fut présenté et confirmé, que les prédicateurs furent formés, sont réfutés les opposants constitués en deux groupes : les disciples de Jean, la foule.

  1. Réfutation des disciples de Jean qui doutent
    1. Jean et Jésus

Lc 7, 18 diffère quelque peu de Matthieu qui place Jean le Baptiste était en prison (Mt 4). Jésus commença à faire des miracles et lorsque paraît le soleil disparaissent les nuages ou ombres (adumbratio) de la pleine Vérité, à savoir l’enseignement de l’Ancien Testament : « Tous les Prophètes, ainsi que la Loi, ont prophétisé jusqu’à Jean » (Mt 11, 13).

Ne condamnons pas Jean qui aurait douté que Jésus soit bien le Christ sous prétexte que celui qui doute en matière de foi est infidèle. Sa question ne s’expliquerait pas par l’infidélité, mais par la piété. Il s’étonnait non de la venue de Jésus dans le monde, mais de sa venue pour souffrir sa passion (S. Ambroise), qu’il avait pourtant entrevue dès le début : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). Jésus était une victime qui devait être immolée (S. Jean Chrysostome). Jean, bien prêt de descendre aux enfers, entendus comme limbes des patriarches, séjour des justes qui sera vidé au samedi saint, voulait-il être rassuré ? La réponse était donnée aux justes afin qu’ils se réjouissent (S. Grégoire) ?

Souvent, le Seigneur interrogeait évidemment non par ignorance ou doute mais pour écarter la calomnie, comme sur la tombe de Lazare (Jn 11, 34). Il n’ignorait rien mais il fallait que ceux qui lui montreraient le sépulcre ne pussent nier ni calomnier. Peut-être Jean envoya-t-il certains disciples qui doutaient, afin qu’ils ne le calomniassent pas mais le reconnussent.

    1. Bien comprendre qui est le Messie

Jean avait plusieurs disciples (Jn 4). Un désaccord surgit entre eux car, en voyant les œuvres du Christ, certains préférèrent le suivre plutôt que Jean comme les deux couples de frères André et Pierre, Jacques et Jean, tous pécheurs sur le lac de Tibériade. De même, certains s’étonnaient que Jésus ne fît pas jeûner ses disciples alors que ceux de Jean, comme les pharisiens, pratiquaient le jeûne (Mt 9, 14). Or « les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront » (Mt 9, 15). Et il ajouta ensuite : « À qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins assis sur les places, qui en interpellent d’autres en disant : ‘Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine’. Jean Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas, il ne boit pas, et l’on dit : ‘C’est un possédé !’. Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et l’on dit : ‘Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs’. Mais la sagesse de Dieu a été reconnue juste à travers ce qu’elle fait » (Mt 11, 16-19).

Dans notre passage, Jésus répondait donc dans la perspective de sa venue en vue de la passion. Viendra le temps où Dieu souffrira et plusieurs Juifs seront scandalisés (1 Co 1, 23). Il répondait sur le moment où ceci arrivera et que c’est celui que les prophètes avaient annoncé qui est venu. Les prophètes promettaient ou la venue de Dieu, ou la venue d’un nouveau docteur, ou l’avènement de la sanctification et de la rédemption. Jésus cita Is 35, 4-6 : « Dieu vient lui-même et va vous sauver. Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie » qui laissait entrevoir le premier et troisième aspect. En répondant aux disciples johanniques : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez » (Mt 11, 4), il se référait à l’enseignement d’un docteur qui prêche une doctrine (« Fils de Sion, exultez ; vient ensuite : Car Il vous a donné un docteur de justice » Joël 2, 22, Vulg) corroboré par des miracles : « Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (Mt 11, 5).

L’autre référence est Is 61, 1 comme pour une année sabbatique : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération ». Les pauvres sont évangélisés dans le sens que la pauvreté est intégrée à la doctrine comme une béatitude : « Bienheureux les pauvres en esprit » (Mt 5 3, cf. Lc 4, 18). Les pécheurs seront sanctifiés par celui-là seul qui soit vraiment saint (« C’est le Seigneur de l’univers que vous tiendrez pour saint », Is 8, 13) et cette divinisation par la passion du seul juste scandalise, raison pour laquelle, en guise de malédiction, il souffrit hors des murs de Jérusalem (He 13, 12).

    1. Sens moral

En appliquant une grille de lecture morale, tout le déroulement de la sanctification de l’homme est signifié. En effet, la cécité frappe d’abord le pécheur lorsque sa raison est obscurcie (« Faites sortir le peuple aveugle qui a des yeux », Is 43, 8). Quelqu’un boite quand son désir l’entraîne de tout côté au lieu de choisir vraiment Dieu : « Jusqu’à quand boiterez-vous des deux côtés ? » (1 R 18, 21, Vulg. : « Usquequo claudicatis in duas partes ? »). Il est lépreux parce qu’il ne peut pas s’en sortir et infecte les autres. Puis, il devient sourd, n’entendant pas la correction. Enfin le pécheur devient pauvre en esprit, au point où il n’existe plus de santé en lui (cf. « plus rien n'est sain dans ma chair », Ps. 37, 8). Finalement, il meurt. Mais le Seigneur guérit tous ceux-là, les élevant à une certaine fermeté d’esprit, dans laquelle se trouve la véritable paix : « Grande est la paix de qui aime ta loi ; jamais il ne trébuche » (Ps 118, 165).

  1. Réfutation des foules
    1. Jean n’est pas un homme léger

Les disciples de Jean étant repartis, Jésus répondit au doute des foules. Elles avaient entendu le témoignage de Jean au sujet du Christ, mais semblaient maintenant douter que Jean eût changé. Or, on change sa parole pour trois raisons : par légèreté d’esprit (« il connaît les pensées de l'homme, et qu'elles sont du vent ! » (Ps 93, 11), pour un profit personnel ou quand l’esprit humain ne connaît pas d’abord la vérité, puis la connaît, or Jésus montre que Jean possède la vérité prophétique. Le Seigneur nous enseigne qu’il ne fallait pas louer Jean en présence de ses disciples, ni en général personne en sa présence, car si le louangeur est bon, le loué rougit et s’il est méchant, il est flatté.

Jean est comparé au roseau, qui ploie face au vent, comme un esprit qui change facilement. Il s’agit par contraste de faire ressortir en lui l’homme fort. « Déjà, ne soyons pas comme des petits enfants changeants et ne nous laissons pas ballotter à tout vent de doctrine, au gré des hommes qui emploient la ruse pour nous entraîner dans l’erreur » (Ep 4, 14). Il ne rechercha jamais son propre profit, sinon, ne serait pas en prison pour avoir dénoncé l’adultère d’Hérode. Toutes les richesses en nourriture ou vêtement se rapportent à une certaine utilité corporelle, à laquelle Jean n’accorda aucune importance : « Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage » (Mt 3, 4). Si certains sont légers par nature, d’autres le deviennent par les plaisirs (« La fornication, le vin et l’ivresse enlèvent le cœur », Os 4, 11, Vulg.). Jean ne tomba dans aucun de ces deux travers.

Précisons sur le plaisir des vêtements qui semble peccamineux comme pour Lazare et le riche (vêtu de pourpre et de lin, Lc 16, 19) que S. Augustin les considère moins que le sentiment de qui les porte. Il faut replacer dans le contexte de chaque époque, pays et état de vie. On peut même s’habiller plus rigoureusement avec une bonne intention ou par vaine gloire ou s’habiller de manière plus relâchée par orgueil ou pour signifier quelque chose comme le prêtre. Métaphoriquement les hommes aux vêtements délicats évoquent les flatteurs touchés par la flagornerie de sorte que les orgueilleux recherchent la gloire en paroles (cf. Pr 29, 12).

    1. Jean est un vrai prophète inspiré de Dieu

Après avoir montré qu’il n’était pas changeant, Jésus réfuta ceux croyant qu’il parlerait avec un esprit humain. Dès le Benedictus de son père Zacharie, Jean fut appelé prophète : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut » (Lc 1, 76). Prophète il l’était donc mais même plus ! Si le propre du prophète est de prédire le futur, Jean indiqua aussi le chemin du présent en désignant le Messie à ses propres disciples (Jn 1, 29). Deuxièmement, il n’est pas appelé que prophète mais aussi le Baptiste (Mt 3, 1) et précurseur (Lc 1, 76 : « En effet, tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies » ou πρόδρομος = prodrome pour les orthodoxes). Troisièmement, il a agi plus miraculeusement en prophétisant dès le sein en bondissant de joie en Élisabeth à la Visitation (Lc 1, 44).

Jésus montre l’excellence de Jean en recourant à l’autorité de Ml 3, 1, Vulg : « Voici que j’envoie mon ange, qui prépara la voie devant toi ». Or, un ange est supérieur à un prophète. De même que le prêtre est à mi-chemin entre le prophète et le peuple, de même le prophète l’est entre les anges et les prêtres. L’ange se situe entre Dieu et les prophètes (Za 1, 9). Ange est une fonction, et non une nature. De sorte que Jean est appelé ange en raison de sa fonction. En effet, les anges voient clairement le visage de Dieu le Père (« En vérité, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux », Mt 18, 10) comme Jean celui du Christ d’une manière spéciale.

Lorsqu’un roi se déplace, plusieurs le précèdent et les plus familiers précèdent son visage. Jean est d’autant plus digne d’honneur qu’il a été envoyé juste devant le visage du Christ, dont il est plus proche par le temps, lui dernier prophète, par la parenté, l’ascèse et la pratique du baptême.