2nd Avent (6/12 - lect. thom. évang.)

Homélie du 2nd dimanche de l’Avent (6 décembre 2020)

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Lecture thomiste de l’évangile (Mt 11, 2-10)

Après que l’enseignement du Christ fut présenté et confirmé, que les prédicateurs furent formés, sont réfutés les opposants constitués en deux groupes : les disciples de Jean, la foule.

  1. Réfutation des disciples de Jean qui doutent
    1. Jean et Jésus

Lc 7, 18 diffère quelque peu de Matthieu qui place Jean le Baptiste était en prison (Mt 4). Jésus commença à faire des miracles et lorsque paraît le soleil disparaissent les nuages ou ombres (adumbratio) de la pleine Vérité, à savoir l’enseignement de l’Ancien Testament : « Tous les Prophètes, ainsi que la Loi, ont prophétisé jusqu’à Jean » (Mt 11, 13).

Ne condamnons pas Jean qui aurait douté que Jésus soit bien le Christ sous prétexte que celui qui doute en matière de foi est infidèle. Sa question ne s’expliquerait pas par l’infidélité, mais par la piété. Il s’étonnait non de la venue de Jésus dans le monde, mais de sa venue pour souffrir sa passion (S. Ambroise), qu’il avait pourtant entrevue dès le début : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). Jésus était une victime qui devait être immolée (S. Jean Chrysostome). Jean, bien prêt de descendre aux enfers, entendus comme limbes des patriarches, séjour des justes qui sera vidé au samedi saint, voulait-il être rassuré ? La réponse était donnée aux justes afin qu’ils se réjouissent (S. Grégoire) ?

Souvent, le Seigneur interrogeait évidemment non par ignorance ou doute mais pour écarter la calomnie, comme sur la tombe de Lazare (Jn 11, 34). Il n’ignorait rien mais il fallait que ceux qui lui montreraient le sépulcre ne pussent nier ni calomnier. Peut-être Jean envoya-t-il certains disciples qui doutaient, afin qu’ils ne le calomniassent pas mais le reconnussent.

    1. Bien comprendre qui est le Messie

Jean avait plusieurs disciples (Jn 4). Un désaccord surgit entre eux car, en voyant les œuvres du Christ, certains préférèrent le suivre plutôt que Jean comme les deux couples de frères André et Pierre, Jacques et Jean, tous pécheurs sur le lac de Tibériade. De même, certains s’étonnaient que Jésus ne fît pas jeûner ses disciples alors que ceux de Jean, comme les pharisiens, pratiquaient le jeûne (Mt 9, 14). Or « les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront » (Mt 9, 15). Et il ajouta ensuite : « À qui vais-je comparer cette génération ? Elle ressemble à des gamins assis sur les places, qui en interpellent d’autres en disant : ‘Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous ne vous êtes pas frappé la poitrine’. Jean Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas, il ne boit pas, et l’on dit : ‘C’est un possédé !’. Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et l’on dit : ‘Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs’. Mais la sagesse de Dieu a été reconnue juste à travers ce qu’elle fait » (Mt 11, 16-19).

Dans notre passage, Jésus répondait donc dans la perspective de sa venue en vue de la passion. Viendra le temps où Dieu souffrira et plusieurs Juifs seront scandalisés (1 Co 1, 23). Il répondait sur le moment où ceci arrivera et que c’est celui que les prophètes avaient annoncé qui est venu. Les prophètes promettaient ou la venue de Dieu, ou la venue d’un nouveau docteur, ou l’avènement de la sanctification et de la rédemption. Jésus cita Is 35, 4-6 : « Dieu vient lui-même et va vous sauver. Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie » qui laissait entrevoir le premier et troisième aspect. En répondant aux disciples johanniques : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez » (Mt 11, 4), il se référait à l’enseignement d’un docteur qui prêche une doctrine (« Fils de Sion, exultez ; vient ensuite : Car Il vous a donné un docteur de justice » Joël 2, 22, Vulg) corroboré par des miracles : « Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (Mt 11, 5).

L’autre référence est Is 61, 1 comme pour une année sabbatique : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération ». Les pauvres sont évangélisés dans le sens que la pauvreté est intégrée à la doctrine comme une béatitude : « Bienheureux les pauvres en esprit » (Mt 5 3, cf. Lc 4, 18). Les pécheurs seront sanctifiés par celui-là seul qui soit vraiment saint (« C’est le Seigneur de l’univers que vous tiendrez pour saint », Is 8, 13) et cette divinisation par la passion du seul juste scandalise, raison pour laquelle, en guise de malédiction, il souffrit hors des murs de Jérusalem (He 13, 12).

    1. Sens moral

En appliquant une grille de lecture morale, tout le déroulement de la sanctification de l’homme est signifié. En effet, la cécité frappe d’abord le pécheur lorsque sa raison est obscurcie (« Faites sortir le peuple aveugle qui a des yeux », Is 43, 8). Quelqu’un boite quand son désir l’entraîne de tout côté au lieu de choisir vraiment Dieu : « Jusqu’à quand boiterez-vous des deux côtés ? » (1 R 18, 21, Vulg. : « Usquequo claudicatis in duas partes ? »). Il est lépreux parce qu’il ne peut pas s’en sortir et infecte les autres. Puis, il devient sourd, n’entendant pas la correction. Enfin le pécheur devient pauvre en esprit, au point où il n’existe plus de santé en lui (cf. « plus rien n'est sain dans ma chair », Ps. 37, 8). Finalement, il meurt. Mais le Seigneur guérit tous ceux-là, les élevant à une certaine fermeté d’esprit, dans laquelle se trouve la véritable paix : « Grande est la paix de qui aime ta loi ; jamais il ne trébuche » (Ps 118, 165).

  1. Réfutation des foules
    1. Jean n’est pas un homme léger

Les disciples de Jean étant repartis, Jésus répondit au doute des foules. Elles avaient entendu le témoignage de Jean au sujet du Christ, mais semblaient maintenant douter que Jean eût changé. Or, on change sa parole pour trois raisons : par légèreté d’esprit (« il connaît les pensées de l'homme, et qu'elles sont du vent ! » (Ps 93, 11), pour un profit personnel ou quand l’esprit humain ne connaît pas d’abord la vérité, puis la connaît, or Jésus montre que Jean possède la vérité prophétique. Le Seigneur nous enseigne qu’il ne fallait pas louer Jean en présence de ses disciples, ni en général personne en sa présence, car si le louangeur est bon, le loué rougit et s’il est méchant, il est flatté.

Jean est comparé au roseau, qui ploie face au vent, comme un esprit qui change facilement. Il s’agit par contraste de faire ressortir en lui l’homme fort. « Déjà, ne soyons pas comme des petits enfants changeants et ne nous laissons pas ballotter à tout vent de doctrine, au gré des hommes qui emploient la ruse pour nous entraîner dans l’erreur » (Ep 4, 14). Il ne rechercha jamais son propre profit, sinon, ne serait pas en prison pour avoir dénoncé l’adultère d’Hérode. Toutes les richesses en nourriture ou vêtement se rapportent à une certaine utilité corporelle, à laquelle Jean n’accorda aucune importance : « Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage » (Mt 3, 4). Si certains sont légers par nature, d’autres le deviennent par les plaisirs (« La fornication, le vin et l’ivresse enlèvent le cœur », Os 4, 11, Vulg.). Jean ne tomba dans aucun de ces deux travers.

Précisons sur le plaisir des vêtements qui semble peccamineux comme pour Lazare et le riche (vêtu de pourpre et de lin, Lc 16, 19) que S. Augustin les considère moins que le sentiment de qui les porte. Il faut replacer dans le contexte de chaque époque, pays et état de vie. On peut même s’habiller plus rigoureusement avec une bonne intention ou par vaine gloire ou s’habiller de manière plus relâchée par orgueil ou pour signifier quelque chose comme le prêtre. Métaphoriquement les hommes aux vêtements délicats évoquent les flatteurs touchés par la flagornerie de sorte que les orgueilleux recherchent la gloire en paroles (cf. Pr 29, 12).

    1. Jean est un vrai prophète inspiré de Dieu

Après avoir montré qu’il n’était pas changeant, Jésus réfuta ceux croyant qu’il parlerait avec un esprit humain. Dès le Benedictus de son père Zacharie, Jean fut appelé prophète : « Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut » (Lc 1, 76). Prophète il l’était donc mais même plus ! Si le propre du prophète est de prédire le futur, Jean indiqua aussi le chemin du présent en désignant le Messie à ses propres disciples (Jn 1, 29). Deuxièmement, il n’est pas appelé que prophète mais aussi le Baptiste (Mt 3, 1) et précurseur (Lc 1, 76 : « En effet, tu marcheras devant le Seigneur pour lui préparer les voies » ou πρόδρομος = prodrome pour les orthodoxes). Troisièmement, il a agi plus miraculeusement en prophétisant dès le sein en bondissant de joie en Élisabeth à la Visitation (Lc 1, 44).

Jésus montre l’excellence de Jean en recourant à l’autorité de Ml 3, 1, Vulg : « Voici que j’envoie mon ange, qui prépara la voie devant toi ». Or, un ange est supérieur à un prophète. De même que le prêtre est à mi-chemin entre le prophète et le peuple, de même le prophète l’est entre les anges et les prêtres. L’ange se situe entre Dieu et les prophètes (Za 1, 9). Ange est une fonction, et non une nature. De sorte que Jean est appelé ange en raison de sa fonction. En effet, les anges voient clairement le visage de Dieu le Père (« En vérité, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux », Mt 18, 10) comme Jean celui du Christ d’une manière spéciale.

Lorsqu’un roi se déplace, plusieurs le précèdent et les plus familiers précèdent son visage. Jean est d’autant plus digne d’honneur qu’il a été envoyé juste devant le visage du Christ, dont il est plus proche par le temps, lui dernier prophète, par la parenté, l’ascèse et la pratique du baptême.