4e Avent (20/11/2020 - lect. thom.)

Homélie du 4e dimanche de l’Avent (20 décembre 2020)

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Lecture thomiste de l’évangile (Lc 3, 1-6)

Le dernier dimanche de l’Avent traite encore de S. Jean-Baptiste, très enraciné historiquement et dont le rôle est uniquement de préparer la voie au Seigneur comme sa voix pour un temps.

  1. Historicité des évangiles
    1. Chronologie de la prédication de S. Jean-Baptiste

L’époque où le précurseur du divin Rédempteur reçut la mission de prêcher et d’annoncer la parole de Dieu, est solennellement désignée par le nom de l’empereur romain et des princes qui régnaient sur la Judée. Puisque Jean-Baptiste annonçait celui qui venait racheter une partie des Juifs et un grand nombre des Gentils, sa prédication fut datée du règne de l’empereur païens et des rois de Judée (Is 1, 1 lui, n’indique que ces derniers). L’empire de Tibère César paraissait être le maître du monde. Tibère succéda à Auguste le 19 août de l’an 14 ap. JC. Donc sa quinzième année va d’août 28 à août 29. Mais cette datation n’est pas si clair pour autant car il a prêché 3 ans de vie publique et certains datent la mort du Christ soit du 7 avril 30 ou du 4 avril 33.

La division entre plusieurs souverains juifs fut toujours perçue comme conséquence du péché. Par exemple, en 931 avant JC, à la mort de Salomon devenu idolâtre, son héritage fut partagé entre Jéroboam et Roboam. Le premier, officier de la cour, mobilisa les 10 tribus du Nord, et ne laissa que 2 tribus, Juda et Benjamin, au fils, ce qui les affaiblit et les exposa à la domination étrangère pour des siècles. Par cette division Dieu rabaissait l’orgueil des Juifs à la nuque raide : « Tout royaume divisé contre lui-même devient désert, ses maisons s’écroulent les unes sur les autres » (Lc 11, 17).

Hérode le Grand, instigateur du massacre des Innocents, mourut en – 4 (l’erreur de la datation de l’ère chrétienne y trouve son terminus ante quem, terme avant lequel il faut placer la naissance du Sauveur, entre -7 et -4 avant lui-même si j’ose dire !). À sa mort, son fils Hérode Archélaüs régna 10 ans puis fut dénoncé par les Juifs comme tyran et exilé en + 6 à Vienne, en Gaule. Auguste nomma donc des tétrarques (souverain d’un quart) qui n’avaient qu’une partie d’un royaume pourtant déjà modeste : les frères Hérode Antipas, Philippe, époux d’Hérodiade volée par Antipas, et Lysanias. Ponce Pilate fut nommé en +26 pour 10 ans préfet, soumis au gouverneur de Syrie.

Comme Jean-Baptiste annonçait Jésus roi et prêtre, fut précisé : « sous les grands-prêtres Anne et Caïphe ». Ce sont les mêmes qu’à la Passion, Anne (6-15 ap. JC), beau-père de Joseph Caïphe (18-37 ap. JC), les plus importants retenus par l’évangile pour l’histoire sainte, furent séparés par 4 autres. Ils collaborèrent avec les Romains qui les laissèrent très longtemps alors que les intermédiaires restèrent moins d’un an chacun.

    1. Le rôle de S. Jean-Baptiste

Le Fils de Dieu venu former et rassembler son Église, commença à œuvrer par sa grâce dans son serviteur. Luc ne s’étend que sur le prophète et pas sur son ascèse, comme si seule l’élection divine le recommandait, lui qui ne s’envoya pas de sa propre initiative. Le désert où il s’était retiré prouve que ce ne furent pas les liens du sang ni une amitié contractée dès l’enfance qui portèrent Jean-Baptiste à rendre témoignage à Jésus. Le précurseur ne le connaissait pas (Jn 1). C’est par l’esprit et la vertu d’Elie que, séparé du commerce des hommes, il s’appliqua entièrement à la contemplation des choses invisibles pour discerner et reconnaître le Sauveur. Il fut rempli de plus de grâces divines qu’aucun prophète. Le désert évoque aussi l’Église, comme abandonnée et sans enfants : « Crie de joie, femme stérile, toi qui n’as pas enfanté ; jubile, éclate en cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs ! Car les fils de la délaissée seront plus nombreux que les fils de l’épouse, – dit le Seigneur » (Is 54, 1 repris par Gal 4, 27). Voilà que la stérile allait enfin enfanter du Verbe divin.

« Jean était la voix, mais le Seigneur au commencement était la Parole. Jean, une voix pour un temps ; le Christ, la Parole au commencement, la Parole éternelle. Enlève la parole, qu’est-ce que la voix ? Là où il n’y a rien à comprendre, c’est une sonorité vide. La voix sans la parole frappe l’oreille, elle n’édifie pas le cœur. Cependant, découvrons comment les choses s’enchaînent dans notre propre cœur qu’il s’agit d’édifier. Si je pense à ce que je dis, la parole est déjà dans mon cœur ; mais lorsque je veux te parler, je cherche comment faire passer dans ton cœur ce qui est déjà dans le mien. Si je cherche donc comment la parole qui est déjà dans mon cœur pourra te rejoindre et s’établir dans ton cœur, je me sers de la voix, et c’est avec cette voix que je te parle : le son de la voix conduit jusqu’à toi l’idée contenue dans la parole ; alors, il est vrai que le son s’évanouit ; mais la parole que le son a conduite jusqu’à toi est désormais dans ton cœur sans avoir quitté le mien. Lorsque la parole est passée jusqu’à toi, n’est-ce donc pas le son qui semble dire lui-même : Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue ? Le son de la voix a retenti pour accomplir son service, et il a disparu, comme en disant : Moi, j'ai la joie en plénitude. Retenons la parole, ne laissons pas partir la parole conçue au fond de nous.

Il est difficile de distinguer la parole de la voix, et c’est pourquoi on a pris Jean pour le Christ. On a pris la voix pour la parole ; mais la voix s’est fait connaître afin de ne pas faire obstacle à la parole. Je ne suis pas le Christ, ni Élie, ni le Prophète. On lui réplique : Qui es-tu donc ? Il répond : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la route pour le Seigneur. La voix qui crie à travers le désert, c’est la voix qui rompt le silence. Préparez la route pour le Seigneur, cela revient à dire : Moi, je retentis pour faire entrer le Seigneur dans le cœur ; mais il ne daignera pas y venir, si vous ne préparez pas la route. Que signifie : Préparez la route, sinon : Priez comme il faut ? Que signifie : Préparez la route, sinon : Ayez d’humbles pensées ? Jean vous donne un exemple d’humilité. On le prend pour le Messie, il affirme qu’il n’est pas ce qu’on pense, et il ne profite pas de l’erreur d’autrui pour se faire valoir. S’il avait dit : « Je suis le Messie », on l’aurait cru très facilement, puisqu’on le croyait avant même qu’il ne parle. Il l’a nié : il s’est fait connaître, il s’est défini, il s’est abaissé. Il a vu où se trouvait le salut ; il a compris qu’il n’était que la lampe, et il a craint qu’elle ne soit éteinte par le vent de l’orgueil. Le Verbe s’est fait entendre, la voix suivit de près, car le Verbe agit d’abord à l’intérieur, et la voix lui sert ensuite d’instrument : ‘Et il vint dans toute la région du Jourdain’ » (S. Augustin).

  1. Implorer la rémission des péchés
    1. Jean-Baptiste assume la même fonction que la Loi : dénoncer le péché

Le Jourdain, nom qui signifie « qui descend » part des fiers monts du Liban (l’Hermon) pour s’enfoncer dans la mer Morte. Le Christ s’y ensevelit pour ramener vers Dieu l’homme qui avait chuté. Jean ne pouvait pardonner les péchés ni donner l’Esprit, mais il fallut cette étape intermédiaire pour que les Juifs, profondément ignorants à l’égard de leurs fautes tout comme notre monde actuel pussent revenir à résipiscence. Jean les exhortait à se repentir pour les disposer à obtenir plus facilement leur pardon par la foi en Jésus-Christ. Son baptême était impuissant à racheter mais ce ministère était utile et fait de Jean une figure de la loi, parce que la loi pouvait bien faire connaître le péché, mais ne pouvait le remettre. C’est purement pédagogique : « je n’aurais pas connu le péché s’il n’y avait pas eu la Loi » (Rm 7, 7).

    1. Les vertus pour préparer la voie du Seigneur

Pour nous, préparer la voie au Seigneur et rendre droit ses sentiers consiste en la profession intégrale de la vraie foi et la pratique des bonnes œuvres vertueuses permise par la grâce de l’Esprit-Saint qui combleront nos béances et nous permettront de nous élever de nos abîmes vers la sainte montagne de Dieu (Ps 42, 3 des prières au pied de l’autel pour y monter dignement). D’autant que la vertu est ce juste milieu entre deux excès, comme la vertu de force est un courage à mi-chemin entre lâcheté (fossé) et témérité (montagne). En effet, notre cœur est grand et spacieux, si toutefois il est pur, car sa grandeur ne consiste pas dans les dimensions extérieures, mais dans la force et la grandeur de son intelligence qui le rend capable de contenir la vérité qu’est le Christ : plus elle est accueillie, plus elle dilate ce cœur.

Certains interprètent cette différence aussi entre montagne ou colline rabotée et ravin comblé comme l’orgueil rabaissé du peuple élu et le salut rendu également disponible aux Gentils, à la manière du Magnificat : « il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles » (Lc 1, 52) et la parabole du pharisien et du publicain : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18, 9-14). Certains pères pensent aussi qu’aux difficultés de la loi avec les 613 préceptes en plus des 10 commandements succède la facilité de la foi, cependant, il ne s’agit pas d’idéaliser le chemin chrétien qui en demeure tortueux malgré la grâce si l’on est un peu réaliste sur l’emprise que le péché a sur vos vies.

« Tout être vivant verra le salut de Dieu » (v. 6) parce que l’évangile a été porté jusqu’aux extrémités de la terre mais tous ne l’accueillent pas, certains même, et nombreux en notre époque, apostasient la vraie foi. Mais tous verront le salut de Dieu, en son jugement particulier et dernier : ceux qui l’auront accueilli pour l’éternité bienheureuse conquise de haute-lutte par le Baptiste et les autres pour les pleurs et les grincements de dents.

Avec Jean-Baptiste, la voix annonce la voie, nom qui désigne dans les actes du même S. Luc le christianisme primitif (Ac 18, 25-26 ; 19, 9.21.23 ; 24, 14).