3e Avent (12/12/2021 - lect. thom.)

Homélie du 3e dimanche de l’Avent (12 décembre 2021)

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Lecture thomiste de l’évangile (Jn 1, 19-28)

L’évangile (Jn 1, 19-28) présente deux témoignages rendus par Jean au Christ : le premier que nous étudions se fait en son absence et après une interrogation, le second en sa présence et spontanément (Jn 1, 29-35).

  1. Lever toute méprise sur sa personne

Le Seigneur lui-même incita ses apôtres à reconnaître son identité : « ’Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ?’. Ils répondirent : ‘Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes’. Jésus leur demanda : ‘Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?’ » (Mt 16, 13-15). Ici il fallait clarifier les rapports entre le Baptiste et le Messie, Jésus.

    1. Différence de traitement entre le Baptiste et Jésus

Les prêtres et lévites envoyèrent une députation à Jean-Baptiste, rappelant ce qu’il fit lui-même la semaine dernière, demander à Jésus : « Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 3). Ils s’adressent à lui comme à leur parent car il était comme eux de race sacerdotale. Leur statut (sacerdotal) comme leur origine (judéens) dans la ville sainte (Jérusalem) les élevaient au-dessus des autres. Mais ils marquèrent un plus grand respect à Jean qu’à l’égard du Sauveur parce son père était prêtre, qu’il était très austère, méprisant les choses humaines, osant donner le baptême de pénitence.

Jésus-Christ, au contraire, paraissait venir d’une famille obscure, étant « le fils du charpentier » (Mt 13, 55). Sa manière de se nourrir et vêtir ne le distinguait en rien des autres hommes. Ils auraient préféré Jean comme Messie, voire cherchaient à le circonvenir pour qu’il prît sa place ! Il leur apparaissait si digne de foi qu’ils étaient disposés à croire son propre témoignage plutôt que celui des autres suivant l’usage (Jn 5, 31). Ils faisaient exactement ce qu’ils reprochaient au Christ (Jn 8, 13). Devinant qu’ils le prenaient pour le Messie, même s’ils étaient sibyllins, Jean fit place à la vérité et déblaya l’erreur : « Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : ‘Je ne suis pas le Christ’ » (Jn 1, 20).

Une effervescence messianique agitait les milieux religieux d’Israël. Jean se répéta trois fois car un serviteur fidèle, non seulement, ne ravit pas la gloire de son maître, mais la rejette quand elle lui est offerte. « Il confessa » marque son humilité pour éviter tout péché d’usurpation car « cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière » (Jn 1, 8) comme la lune n’émet aucune lumière qu’elle n’ait d’abord reçue du soleil. Si par ignorance le peuple conjecturait que Jean pouvait être le Christ, prêtres et lévites le questionnaient perfidement pour l’amener au résultat espéré. Honteux de voir leur pensées dévoilées, ils passèrent aussitôt à une autre question : « Êtes-vous Elie ?».

    1. Controverse autour d’Élie ou du prophète

Élie devait précéder le Christ (Ml 3, 23) et ils espéraient son avènement prochain. Élie avait été assumé au Ciel sur un char de feu (2 R 2, 11) et aurait pu revenir. Cependant, la naissance du Baptiste et donc ses parents étant parfaitement connus (Lc 1, 63-66) auraient dû empêcher cette étonnante méprise. Même Hérode prit le Christ pour le Baptiste ressuscité (Mt 14, 1-2) qu’il avait fait tuer alors que Jésus et Jean avaient coexisté au vu et su de tous. Comme si l’union spirituelle de deux êtres était si forte qu’elle permettait l’étrange confusion.

Cette commune vocation spirituelle explique que le Baptiste nia être Élie alors que le Seigneur l’y assimila (Mt 11, 14). Il assuma le rôle d’Élie au sens spirituel sans lui être identifiable au sens charnel. L’ange avait annoncé à son père Zacharie : « il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé » (Lc 1, 17). Les œuvres de Jean rappelaient Élie par l’esprit et la puissance. Ils partageaient la même fonction. Jean précéda le premier avènement du Rédempteur, comme Élie le second, du Juge. Les deux précurseurs vivaient la même austérité. Élie séjournait dans le désert, mangeant peu et revêtu rudement (2 R 1, 8) comme Jean au désert se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, vêtu de poil de chameau (Mt 3, 4). Ils étaient dévorés d’un même zèle jaloux pour le Seigneur (1 R 19, 10) au point que Jean mourut martyr.

La question rebondit toutefois sur LE prophète. Jean nia l’être alors que son père avait annoncé : « toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut » (Lc 1, 76). Car il est plus qu’un simple prophète (Mt 11, 9). Il n’annonce pas quelque chose de lointain mais désigne du doigt l’Agneau de Dieu venu enlever le péché du monde (Jn 1, 29). Avec le Christ et Élie, les Juifs cherchaient un troisième personnage annoncé par Moïse : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez » (Dt 18, 15). Pas un mais LE prophète, le médiateur entre Dieu et les hommes qui transmettrait à ses disciples le testament ou l’alliance qu’il recevait de Dieu. Une troisième fois, Jean nia.

  1. Définition positive de sa mission
    1. La voix de celui qui crie dans le désert

Jean-Baptiste accomplit ce qu’avait prophétisé Isaïe. Il est la voix parce que si, par l’origine, la voix est postérieure au verbe, elle est en revanche première pour la connaissance. Le verbe conçu dans le cœur se fait connaître à nous par la parole émise qui en est le signe. Le Père a envoyé le précurseur Jean, créé dans le temps, pour annoncer son Verbe, conçu de toute éternité. La voix retentit d’abord, pour que le verbe puisse être entendu. Par son ministère, le Verbe du Père fut connu des hommes car il ne sonnait pas creux : « Si la trompette produit des sons confus, qui va se préparer au combat ? » (1 Co 14, 8). Jean ne parle pas de lui-même mais le Christ parle à travers lui comme plus tard à travers S. Paul (2 Co 13, 3).

Jean ne dit pas être la voix qui crie dans le désert, mais « la voix de celui qui crie dans le désert ». Dans le désert, on a soif, or Jésus est la source, l’oasis : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : De son cœur couleront des fleuves d’eau vive’ (…). Dans la foule, on avait entendu ses paroles, et les uns disaient : ‘C’est vraiment lui, le Prophète annoncé !’ » (Jn 7, 37-40). Mais le cri s’adresse plus à des personnes éloignées comme les hommes le sont de Dieu (Ps 87, 19), ou à des sourds (Is 42, 19) qui ont mérité la colère de Dieu (Ps 2, 5).

Le désert est lieu de la rencontre en tête à tête avec Dieu, loin des distractions humaines. « C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur » (Os 2, 16). Jésus s’y retira au début de sa vie publique (Mt 4, 1 ; Mc 1, 12). Le désert est aussi l’image des païens : « les fils de la délaissée (filii desertae) seront plus nombreux que les fils de l’épouse » (Is 54, 1 repris par Ga 4, 27). Le Christ doit être annoncé non seulement à Jérusalem mais dans toutes les nations qui produiront du fruit.

Jean, dès le cantique de Zacharie, a reçu sa vocation : « tu marcheras devant, à la face du Seigneur, et tu prépareras ses chemins » (Lc 1, 76). Rendre droit les chemins revient à pratiquer la justice : « Il est droit, le chemin du juste ; toi qui es droit, tu aplanis le sentier du juste » (Is 26, 7). C’est le motif qui convainquit le Baptiste de baptiser Jésus : « afin que nous accomplissions toute justice » (Mt 3, 15).

    1. Pourquoi Jean baptise-t-il ?

Ayant nié les trois possibilités d’identification, les Pharisiens en voulaient à Jean de baptiser alors que leurs traditions le réservaient au Christ d’où coulent l’eau pure qui nous purifie de nos souillures et idoles (Ez 36, 25), à Élie qui avait partagé les eaux du Jourdain (2 R 2, 8) et à son disciple Élisée qui avait ordonné à Naaman le Syrien de se laver sept fois dans le Jourdain pour être purifié de sa lèpre (2 R 5, 10). Comme si les pharisiens cherchaient à le lui interdire comme d’une impardonnable témérité.

Le baptême de Jean était dans l’eau, purement corporel et pas spirituel (baptiser dans l’Esprit). Il signifiait la pénitence mais ne purifiait pas les âmes par le pardon. Le précurseur du Christ l’annonça aux Juifs et son baptême figurait le sacrement à venir. Le Christ vint après lui prêcher, baptiser et mourir. Mais Jean précède le Christ comme l’imparfait précède le parfait, le charnel se manifeste avant le spirituel (1 Co 15, 46). Comme pour le lévirat on délierait la courroie de la sandale, il ne veut pas prendre la place de l’époux auquel revient la fécondité spirituelle. Lui n’est que l’ami : « Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite » (Jn 3, 29).

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ». Jean-Baptiste devait manifester que le Christ était déjà là, présent charnellement. Mais sa majesté était voilée et Jésus n’était donc pas reconnu comme le Fils de Dieu, caché par son humilité et mêlé au milieu des hommes. Même en scrutant sans cesse les Écritures, ces Juifs pieux ne comprenaient pas l’Incarnation du Fils de Dieu. À cause de leur infidélité, leurs yeux aveuglés ne reconnaissaient pas présent celui dont ils croyaient qu’il allait venir.

Conclusion

Le passage finit avec le lieu où il faisait entendre sa voix : « Ceci se passa à Béthanie, au-delà du Jourdain, où Jean baptisait », au milieu d’une nombreuse multitude, ceux qu’il avait baptisés. Il ne faut pas confondre avec la Béthanie de Marthe, Marie et Lazare. Cela signifie ‘maison d’obéissance’ car c’est par l’obéissance de la foi que tous les hommes doivent parvenir au baptême. Quelques manuscrits portent ‘Bethabara’, la maison de la préparation comme le baptême de Jean préparait au Seigneur un peuple parfait. Le Jourdain veut dire ‘descente’ comme le Sauveur purifie les baptisés en descendant du Ciel et en s’humiliant.