4e Avent 2021 (19/12/21 - sacerdoce)

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Le sacerdoce ministériel

« Mes Frères : Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs du Christ et des dispensateurs des mystères de Dieu. Eh bien ! Ce que l’on cherche chez les dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle » (1 Co 4, 1-2). Méditons avec l’épître sur le sacerdoce ministériel (le latin lit en effet pour serviteurs : « minístros Christi »). Le prêtre est un homme élu par Dieu (I), que le charge d’être dispensateur de ses mystères, d’abord en fréquentant son Maître dans la prière (II), puis en administrant ses sacrements (III).

      1. Le prêtre est un homme élu par Dieu
  1. Sacerdoce ministériel et sacerdoce baptismal

La réforme luthérienne ouvrit la porte à l’hérésie protestante (1517) et prétendit abolir la distinction entre les deux sacerdoces : le sacerdoce ministériel d’une part et le sacerdoce commun, ou royal, ou baptismal d’autre part. Par le baptême, chaque chrétien devient à la fois prêtre, prophète et roi en participant de la triple dimension de la vie du Christ. Chaque fidèle exerce la fonction sacerdotale lorsqu’il bénit son enfant, une table. Il peut aussi prophétiser comme de nombreuses âmes privilégiées issues du rang des simples fidèles, sans aucune consécration religieuse particulière comme beaucoup des voyants choisis par la T.S. Vierge, dont charisme exerce une influence considérable sur l’Église. Enfin l’office royal est assurément le domaine le plus propre aux laïcs auxquels est confié le gouvernement des choses de ce monde, la politique. Ce gouvernement commence avec soi-même, sa famille lorsqu’on en a la responsabilité.

Mais Dieu a choisi de mettre certains hommes à part qui sont ségrégés (segregati) ou élus, choisis parmi d’autres qui ne sont pas retenus. Ils ont donc reçu un charisme particulier. Cette gratia gratis data est un don donné gratuitement. Cette grâce particulière, ce privilège (privata lex/legis : loi particulière) se distingue de la grâce sanctifiante reçue au baptême par tous les baptisés appelée gratia gratum faciens ou grâce rendant agréable à Dieu, sauvant. Mais ce privilège ne doit susciter aucune jalousie. Car jamais un charisme n’est pour soi-même. Il oblige au contraire, en conscience, au service des autres. Il est pour tous les membres du corps et non pas pour garder par-devers soi et il est aussi chèrement payé par de nombreux sacrifices !

  1. Le mystère de l’élection[1]

Outre sa masculinité qui doit témoigner de la tendresse de Dieu le Père, le célibat signifie l’élection du prêtre départagé du cours normal de la vie humaine qui se transmet par la génération. Le candidat au sacerdoce le promet lorsqu’il devient sous-diacre (dans la Tradition) ou diacre (nouvel ordo). Il ne peut se marier car il s’est déjà donné et n’a pas loisir de se reprendre. Il a le cœur déjà pris, ayant épousé mystiquement l’Église comme le Christ car il est du côté de l’époux. Un consacré (moine ou religieux, vierges ou veuves) est du côté de l’épouse.

Le prêtre appartient à la hiérarchie de l’Église, qui dans la doctrine actuelle ne vaut que pour les ministères dits ordonnés (épiscopat, presbytérat, diaconat). Mais l’histoire de l’Église impose de souligner les graves divergences dans l’interprétation du ministère ordonné. Depuis Pie XII et surtout Vatican II, l’évêque aurait la plénitude du sacerdoce car il serait seul à pouvoir administrer les sept sacrements sans rien demander à personne. Mais traditionnellement, le sacrement de l’Ordre est défini par rapport à l’Eucharistie. Or, de ce point de vue-là, rien ne distingue le prêtre de l’évêque. L’ordre est un sacrement conféré en sept degrés composés de quatre ordres mineurs (portier, exorciste, lecteur, acolyte) et trois majeurs (sous-diacre, diacre et prêtre). L’évêque n’était pas inclus car l’épiscopat traditionnellement n’est pas un sacrement, juste un pouvoir disciplinaire car le droit canonique distingue le pouvoir hiérarchique que personne ne lui conteste, du pouvoir d’ordre (sur les sacrements). Le degré suprême est alors le sacerdoce qui préside à l’Eucharistie. On dit donc traditionnellement non pas ordination épiscopale mais sacre, ce qui l’assimile à la bénédiction d’un père abbé. Il n’était pas un sacrement mais un sacramental. Dans les degrés de l’ordination, plus que l’imposition des mains comme depuis Pie XII, c’était la porrection ou remise des instruments qui constituait le rite majeur.

      1. Le prêtre est chargé d’enseigner les mystères de Dieu grâce à la prière
  1. La prière, lieu où s’éprouve la fidélité du prêtre

Puisque le prêtre est le dispensateur des mystères de Dieu, il doit d’abord côtoyer son Dieu, chercher sa proximité, tenir compagnie à Jésus Christ devant le tabernacle. S. Jean-Marie Vianney proclamait que « le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus », or la messe du Sacré-Cœur insiste par cette antienne ‘consolántem me quæsívi, et non invéni’ : « j'espérais un consolateur, je n'en ai pas trouvé » (Ps 68, 21). Or, console (consolo) étymologiquement celui qui est avec (cum) qui se sent seul (solus), le premier placardisé de l’histoire dans son tabernacle.

Ce sera pour lui le moyen d’être fidèle en général que d’être fidèle au Christ, puisque c’est la première qualité du ministre. Comment lui être plus proche que dans la prière ? La prière du prêtre rappelle l’autre promesse faite à l’ordination de célébrer l’office divin en récitant le bréviaire huit fois par jour (Tradition) ou 5 fois (réforme conciliaire). Comme lorsqu’on fréquente assidûment un ami, on peut adopter ses tics de langage, en récitant des psaumes et des cantiques, nous entrons dans la prière même de Jésus et nous adoptons son propre langage biblique.

Nourri de sa Parole, le prêtre emploie les mots du Christ, pense comme lui, aime comme lui (lectio et dilectio). La lectio divina (ou méditation de la Parole par manducation) est un autre moyen que l’oraison aussi recommandée. 1 h par jour paraîtrait idéale puisque le Christ reprocha à Gethsémani de n’avoir pu tenir ce temps (Mt 26, 40). De même, la direction spirituelle et la confession fréquente (au moins une fois par mois si ce n’est par semaine) sont indispensables. Il doit encore nourrir son intelligence de bons livres (les commentaires bibliques des grands docteurs ou la vie de saints vaut souvent mieux que les arguties d’exégètes réduisant la Bible un ramassis de reconstructions post-exilitiques ou post-pascales qui font que plus rien n’est prophétie mais reconstruction a posteriori !).

  1. Le sacrement de la messe vu du point de vue du prêtre

Le prêtre doit évidemment célébrer chaque jour la S. Messe, même s’il est seul, en repos (souvent le lundi) ou en vacances ou encore loin d’une église. Cette fidélité si essentielle a été oubliée. Combien s’en dispensent arguant que le droit canonique n’y oblige pas. C’est oublier que le droit canonique se contente d’indiquer les limites au-delà desquelles on est plus catholique mais pécheur plutôt que comment devenir un saint (par ex. en recevant plus d’une offrande de messe par jour (moins le dimanche pour un curé célébrant pro populo) sauf le 25 décembre et 2 novembre où trois sont autorisées). Le droit civil non plus n’indique pas combien de fois il faut manger par jour pour être en bonne santé. C’est une évidence liée au bon sens.

Le prêtre doit savoir faire aimer la S. Messe aux fidèles pour que leur comportement extérieur reflète l’intériorité, l’adoration de Jésus présent dans la Très Saint-Sacrement de l’autel. Le vetus ordo évite tous les débordements actuels puisque la communion sur la langue impose de ne s’approcher qu’avec le plus grand respect de la S. Eucharistie[2]. Dieu le souhaite ardemment (les âmes du Purgatoire le répétaient sans cesse à Maria Simma, S. Mère Teresa de Calcutta considérait la communion dans la main une abomination.

      1. La triple fonction du prêtre (tria munera)
  1. Le munus sanctificandi :  : l’homme des sacrements de Dieu

L’office de sanctification consiste à administrer les sacrements. Usuellement, il n’en confère que cinq sur sept (la confirmation et l’ordination revenant normalement à l’évêque, même s’il peut recevoir sa délégation pour un adulte catéchumène et qu’il impose les mains aux ordinations. Autrefois, il était admis qu’on pouvait conférer le degré qu’on avait atteint). Les deux sacrements de l’Eucharistie et de la confession étant réitérables constituent l’essentiel de sa vie pastorale. Les autres sont rares pour celui qui le reçoit (sacrement des malades = extrême onction ; voire le mariage si l’on est veuf). Le dernier, toujours unique (baptême).

Uniquement dans le cadre des sacrements, le prêtre agit in persona Christi. Au confessionnal, c’est à Jésus qu’on se confesse. Le prêtre prête à Dieu son oreille et sa bouche pour donner l’absolution. Même si le prêtre est indigne ou plus mauvais que son pénitent, il n’en demeure pas moins que le Christ agit à travers lui s’il a bien accompli ce que prescrit l’Église en suivant le rituel. La validité du sacrement n’est pas liée à la vertu du ministre ordonné. Face aux Patarini (1045-1089) refusaient les sacrements de prêtres concubinaires (nicolaïtes), Urbain II réaffirma leur validité ex opere operato. Les sacrements agissent avec fruit par eux-mêmes, du simple fait que l’acte a été posé et non pas ex opere operantis, à partir de l’agent, suivant sa sainteté, comme pour les sacramentaux : bénédictions, prières.

  1. Le munus docendi

Le prêtre doit enseigner d’abord par les homélies ou le catéchisme qui lui revient de droit, même s’il doit parfois déléguer. On en attend une parfaite orthodoxie et non pas ses propres opinions. L’humilité du prêtre consiste à recevoir la Vérité qu’est Jésus, transmise par le magistère bimillénaire de l’Église (qui ne commence donc pas à Vatican II comme on aurait parfois l’impression) et à y adhérer avec toutes nos facultés : l’intelligence pour la comprendre, la volonté pour l’aimer, la sensibilité pour en vivre et la servir. La lubie à la mode de la synodalité ferait croire qu’il faudrait sans cesse réinventer les dogmes. Quelle énergie déployée pour rien ! Il suffit de rendre toujours plus accessibles les vérités éternelles.

  1. Le munus regendi/gubernandi

L’office de gouvernement est sans nul doute le plus mal pensé et vécu. Le prêtre a reçu la charge de paître le troupeau du Christ qui lui est confié. Il doit donc prendre les décisions de gouvernement car il est dans la hiérarchie de l’Église et est supérieur de ce point de vue-là aux laïcs. Le monde d’aujourd’hui ne supporte plus la hiérarchie ni la simple différence (idéologie du genre, de l’antiracisme, antispécisme) et tout le monde veut régenter mais moins faire le ménage dans l’église !

Il n’y aura pas de renouvellement des vocations sacerdotales sans une clarification très nette du rôle du prêtre par rapport aux laïcs. Commander n’est pas se comporter en autocrate mais juste être chacun à sa place, c’est-à-dire à celle voulue par Dieu. L’autorité qui émane de Jésus vient de son être même (ex-housia). Il est le Fils de Dieu : il peut commander à la nature, aux esprits impurs, aux maladies, à la mort et tous ces éléments lui obéissent. Le prêtre est un alter Christus qui a reçu du Christ son pouvoir et son autorité pour les choses religieuses et morales. Il n’agit pas de soi-même mais à partir de Celui qui l’a appelé : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que, ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne » ((Jn 15, 16).

L’autorité légitime fait grandir l’autre (auctoritas < augere), comme un père avec son enfant. Elle ne rabaisse ni n’humilie. L’exercice de l’autorité est un ministère, un service. Certes, le prêtre a besoin de la collaboration de laïcs qui ne doivent pas chercher à le manipuler, à lui imposer leurs vues. Et rien ne vaut les relations interpersonnelles plutôt que les réunions de conseils ou commissions qui sont étymologiquement soviétiques et non pas évangéliques.

Conclusion

L’Église est trop souvent conçue aujourd’hui de manière calviniste (réformée). Le prêtre n’existe pas chez les protestants car l’ordre n’est pas un sacrement pour eux. Le pasteur n’est qu’un expert en Bible, employé par le conseil de paroisse ou de fabrique (système presbytéro-synodal, assemblée des Anciens ou laïcs en responsabilité). Ils l’élisent, le rémunèrent, le révoquent. En Suisse Mgr. Vitus Huonder, le pauvre ancien évêque de Coire, devait lutter contre ses dérives et batailler à Zurich où on refusait des nominations jugées ‘conservatrices’ en retirant le presbytère ou les 10.000 € par mois du salaire versé par l’État cantonal directement à la paroisse qui est de droit ecclésiastique (droit d’État en matière de religion).

 

[1] Dans l’ancienne Alliance, Dieu s’était mis à part un peuple, les Hébreux qui auraient dû non se refermer sur eux-mêmes mais évangéliser les autres peuples. Le judaïsme est la moins prosélyte de toutes les religions. On naît juif par sa mère, on ne le devient pratiquement jamais (ou le chemin est fort long). Les nombreuses prescriptions qui les séparent des autres peuples renvoient à la dimension du pur et de l’impur. Cette élection du peuple juif devait les faire témoigner auprès des autres peuples l’adoration du Dieu unique. De nombreuses prophéties (Ézéchiel, Isaïe) impliquent les autres Nations (en hébreu, goy/goyim = en latin, gens/gentes comme S. Paul, l’apôtre des Gentils). Pour qu’il ne puisse se passer de l’aide de Dieu, ce petit peuple fut toujours soumis aux attaques des voisins plus modestes comme les philistins, édomites, moabites puis aux grandes puissances régionales : l’invasion assyrienne du royaume d’Israël en -722 (la déportation et colonisation fit la Galilée des Nations et la Samarie détachée de Jérusalem), l’invasion babylonienne du royaume de Juda et de Jérusalem avec la déportation en -598-587, sans parler ensuite des continuelles invasions étrangères : perse, égyptienne, grecque, romaine en faisait une mission ad gentes avant la lettre.

[2] Mgr. Athanasius Schneider, Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’Église, 2014 (http://renaissancecatholique.org/Corpus-Christi.html) se réfère à la consultation faite par Paul VI s’il fallait conserver l’antique discipline de la communion sur la langue. Plus de 2/3 des évêques du monde entier répondirent oui. Memoriale Domini est sciemment bafoué au point qu’une tolérance est devenue la norme et que la règle n’a plus droit de cité dans l’Église.