Dimanche dans l'octave de Noël (26/12/2021 - S. Étienne)

Homélie du dimanche dans l’Octave de Noël (26/12/2021)

Saint Étienne

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Ce dimanche dans l’octave de Noël est aussi la fête de S. Étienne, le protomartyr, que nous étudierons d’après la Légende dorée du Bx Jacques de Voragine, OP.

  1. Un saint envié par les Juifs
  1. Le diacre

S. Etienne était le principal des sept diacres ordonnés pour régler la difficulté surgie avec l’augmentation du nombre des fidèles. Les apôtres et disciples ne pouvant plus assumer la distribution des aumônes, les fidèles issus de la gentilité commençaient à murmurer car les veuves hellénophones étaient négligées (Ac 6, 1). Les apôtres ne voulaient pas que la nourriture terrestre prît le dessus sur l’enseignement doctrinal qui constitue leur principal ministère. Les diacres furent institués pour le « service aux tables » (v. 2). La Tradition en fit en particulier le service de l’autel pour seconder le prêtre et proclamer l’évangile. Les critères sont indiqués : « des hommes estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (v. 3). C’est toutefois d’institution ecclésiastique et non pas divine et l’Église moderne s’en sert parfois pour miner le rôle des prêtres et faire avancer l’agenda vers l’ordination d’hommes mariés.

  1. La synagogue contre Étienne

Dieu multipliait les conversions. « La parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs parvenaient à l’obéissance de la foi » (v. 7). Étienne se distinguait particulièrement : « rempli de la grâce et de la puissance de Dieu, accomplissait parmi le peuple des prodiges et des signes éclatants » (v. 8). Les miracles soutinrent toujours les conversions.

Les ennemis se comptèrent d’abord parmi les juifs de la synagogue des affranchis (v. 9). Certains Juifs avaient été réduits en esclavage sous Pompée (63 av. JC) lors de l’invasion d’Israël et leur postérité avait été affranchie par la manumission. Cet acte juridique s’accompagnait d’ailleurs d’un geste similaire à l’imposition des mains (v. 6) mais visiblement ne donnait pas l’Esprit-Saint ! Cette descendance esclave rappelle celle d’Agar (Ismaël ancêtre des musulmans), qui s’attache à la loi de servilité : « La première Alliance, celle du mont Sinaï, qui met au monde des enfants esclaves, c’est Agar, la servante. Agar est le mont Sinaï en Arabie, elle correspond à la Jérusalem actuelle, elle qui est esclave ainsi que ses enfants » (Ga 4, 24-25). Ils ne pouvaient supporter la comparaison de la sagesse d’Étienne (v. 10) puisque le Christ l’avait promis : « Quand on vous traduira devant les gens des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire » (Lc 12, 11-12).

  1. Les faux témoignages

Conformé au Christ (Mt 26, 59-61), on suborna aussi contre Étienne des témoins pour faire de faux-témoignages (v. 11), pourtant condamné par le décalogue en son huitième commandement (Ex 20, 16 ; Dt 5, 20 ; Prov. 19, 9 ; Mt 5, 33). Ils devinrent alors disciples de Satan qui porta le premier faux témoignage contre la Création divine au jardin d’Éden (Gn 3, 1 contre Gn 2, 16). Les prêtres portés par leur concupiscence face à Susanne sont coutumiers de cette pratique dénoncée par le prophète (Dn 13). Leur mensonge se divisait en quatre pseudo-blasphèmes qu’il retoqua par un triple argument tiré de l’histoire sainte.

Le premier était contre Dieu. Il répliqua que le Dieu qui avait parlé aux pères et prophètes était le Dieu de gloire (Ac 7, 2), c’est à dire celui qui la donne, possède (Prov 8, 18) ou auquel la gloire est due par la créature (1 Tm 1, 17). Le second contre Moïse. Étienne le loua (Ac 7, 20-43) pour la ferveur de son zèle, pour avoir tué l’Égyptien par compassion pour ses frères esclaves, pour avoir fait des miracles en Égypte et dans le désert. Le troisième contre la loi alors qu’Étienne en releva le prix parce qu’elle a Dieu pour auteur, eut Moïse comme ministre et qu’elle donne la vie. Le quatrième contre le Temple ou tabernacle qu’il désamorça en rappelant qu’il avait été commandé par Dieu qui en avait donné une vision à Moïse et qui renfermait l’arche du témoignage.

  1. Le protomartyr configuré au Christ
  1. Le martyre

Démunis, les Juifs le supplicièrent comme blasphémateur en le lapidant hors de la ville. Il les démasqua en dénonçant leur impudence se résumant à leur triple malice, eux qui résistent à l’Esprit-Saint, persécutent les prophètes, les tuent par méchanceté. Pourtant, ils devraient craindre celui qu’il voyait venir « debout à la droite de Dieu » (Ac 7, 56) et qui les jugerait. Sa troisième arme fut la charité. Il pria pour lui et pour eux, pour que fût abrégée sa passion en s’abandonnant au Père (Ac 7, 59) comme le Christ en croix (Lc 23, 46) et que cette faute ne fût pas imputée à ses persécuteurs : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » (v. 60) comme son maître encore (Lc 23, 34). Pour cette seconde supplique, plus ardue, il implora avec plus de ferveur en se mettant à genoux.

Saül, le futur Paul, gardait les vêtements des lapidateurs (Ac 7, 58). Il se faisait ainsi leur complice mais fut l’un des plus beaux fruits de la conquête des âmes de ses persécuteurs par le Christ et partant de sa fécondité énorme. D’ailleurs, le maître de Paul, Gamaliel avait enterré S. Étienne comme Nicodème avec le Christ et se convertit aussi comme son plus illustre disciple (Ac 5, 34-39 et 22, 3). Un autre exemple de ce sang des martyrs qui est semence de Chrétien est donné plus récemment par Isaac Jogue, René Goupil et Jean de la Lande martyrisés en 1646 là où naquit en 1656 la première sainte indienne S. Kateri Tekatwitha, lys des mohawks.

  1. Le calendrier liturgique bouleversé

Le martyre du diacre Étienne n’eut pas lieu un 26 décembre mais un 3 août, au même jour d’ailleurs que l’invention de ses reliques qui est célébrée à cette date. Mais l’Église voulut placer immédiatement après cette fête de la Nativité les saints qui se succèdent pour unir au chef de l’Église ses compagnons. En effet, « mon bien-aimé est reconnaissable par sa blancheur et sa rougeur : il est choisi entre mille ! » (Ct 5, 10, Vulg.) en donne la clé. La blancheur indique Jean l’Évangéliste ; la rougeur le martyre d’Étienne et le millier les saints innocents. Par ailleurs, l’Église voulut aussi réunir tous les martyrs quel que soit leur rang et dignité : le volontaire qu’on subit (S. Étienne), le volontaire qu’on ne subit pas (S. Jean), celui que l’on subit et qui n’est pas volontaire (les S. Innocents). Mais c’était aussi parce que notre Seigneur Jésus-Christ naquit ici-Bas, afin que l’homme naquît au ciel. Or il était convenable que la Nativité de Jésus-Christ fut suivie du natalice de S. Étienne qui le premier, souffrit le martyre pour Jésus-Christ, ce qui n’est autre que naître au ciel, afin de montrer par-là que l’un était la conséquence de l’autre. Dans l’office de Martine, on lit au second nocturne : « hier, le Christ est né sur la terre afin que aujourd’hui Etienne naquit dans le ciel ».

  1. Pérégrination des reliques

Ses reliques furent inventées, soit étymologiquement trouvées par un prêtre de Jérusalem, Lucien (curé de Kfar-Gamala, actuelle Beit Jamal), suite à une apparition, le 3 août 415 (plutôt que 417 chez J. de Voragine). Le vieux Gamaliel le pria de transférer dans un endroit honorable les corps de S. Étienne, Nicodème son neveu baptisé par SS. Pierre et Jean, son fils Abibas et lui (alors que sa femme Æthéa et son fils Sélémias qui refusèrent de croire étaient séparés). Trois corbeilles d’or et une d’argent remplies de roses rouges, blanches ou safran permirent de distinguer les corps respectifs. Pour vérifier l’origine divine, Lucien voulut éprouver en attendant la troisième apparition et le corps fut translaté par le patriarche Jean II de Jérusalem le 26 décembre au Mont-Sion (actuelle abbaye bénédictine allemande de la Dormition) où il avait exercé la fonction d’archidiacre. Cela mit fin à la sécheresse. 70 malades guérirent. Une basilique spéciale lui fut dédiée par Eudoxie, épouse de Théodose II, où il fut transféré en mai 439, à l’emplacement de l’école biblique de Jérusalem des Dominicains.

De nombreux miracles furent attestés sur la tombe de S. Étienne. Des fleurs posées sur sa tombe guérirent des malades, tout comme les linges ayant touché ses reliques (brandea). S. Augustin rapporte au livre XXIII de la Cité de Dieu qu’ils guérirent une femme aveugle, convertirent S. Martial, ainsi que Paul et Palladie à Hippone en sa présence.

Il faut distinguer ensuite de l’invention la translation vers Constantinople où il fut inhumé car il fut confondu avec le corps du sénateur Alexandre par sa femme Julienne. Enfin, la réunion des corps des SS. Étienne et Laurent, les deux diacres (grec de Jérusalem et espagnol) se fit plus tard. Un échange des deux reliques était prévu sous le pape Pélage II (579-590) (plutôt que vers 425 dans la Légende dorée qui l’associe à Théodose II). Mais après l’arrivée d’Étienne de Constantinople, via Capoue, le corps de S. Laurent qui avait fait de la place à son frère dans le diaconat un 7 mai (martyrologe romain). ne quitta finalement pas sa basilique hors-les-murs

Conclusion

L’étymologie du prénom Étienne est multiple. En langue grecque il signifie, ‘la couronne’ car il fut auréolé comme premier martyr après le Christ. En hébreu ‘règle’ car il est un modèle de don de soi jusqu’à la mort comme Abel l’était pour l’ancienne alliance (Gn 4, 15-25 ; He 11, 4 et 12, 24) mais sans haine de ses ennemis. Il s’illustrait encore par sa vie droite et sa prédication, lui le ‘strenue fans’ ou en latin ‘parlant avec énergie’, dont aux veuves, vieilles dames (anus) qu’il servait dans la charité. Étienne donna de nombreux autres prénoms suivant les langues : Estéphe, Estève, Stefan en allemand, Esteban en espagnol, István en hongrois.