Circoncision (1er janvier 2017)

Homélie de la Circoncision du Seigneur (1 janvier 2017)

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L’indissolubilité du mariage au risque de déplaire (2)

Achevons la méditation entamée sur le sujet de l’indissolubilité du mariage et qu’il faut à tout prix avoir le courage de défendre, en reprenant cette fois-ci une approche un petit peu plus historique[1].

  1. Le devoir de corriger
    1. la correction fraternelle envers les supérieurs

Pour beaucoup, les passages ambigus d’Amoris Lætitia font accroire à « un changement dans la discipline de l’Église en ce qui concerne les divorcés qui vivent au sein d’une nouvelle union »[2]. Cela touche en réalité trois sacrements : le mariage, la pénitence et l’Eucharistie.

Alors que certains[3] menacent déjà à demi-mots d’enlever la pourpre cardinalice tel qu’il y eut à ma connaissance qu’un précédent dans l’Histoire[4], rappelons qu’il est du devoir des évêques de conseiller le pape[5], rendant « service au ministère primatial » du pape[6]. Il n’est pas anormal d’avoir des désaccords publics comme St. Paul reprenant St. Pierre (Ga 2, 11 : « quand Pierre est venu à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu’il était dans son tort »). Le Seigneur évoque alors la nécessité de pratiquer la correction fraternelle : « Si ton frère ne t’écoute pas, prends encore avec toi ou deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté » (Mt. 18, 16-17).

Correction fraternelle qui n’exclut pas même les supérieurs, suivant St. Thomas qui enseigne qu’on doive la pratiquer : « lorsqu’il existe un danger pour la foi, les sujets sont tenus de réprouver leurs prélats, même publiquement, puisque Paul, qui était sujet à Pierre, en raison du danger du scandale, l’a réprouvé publiquement. Et Augustin commente : ‘Pierre lui-même a donné un exemple aux supérieurs en ne dédaignant pas d’être corrigé par ses sujets lorsqu’il leur est apparu qu’il s’était écarté du bon chemin’ » (ST I-II, 33, 4). Même le pape invite à approfondir la réflexion (AL 2).

  1. la possibilité réelle pour un pape de faire erreur

Il est malheureusement historiquement indéniable que des papes eurent des faiblesses, y compris doctrinales au nom d’un désir d’unité fait au détriment de la vérité. L’un des exemples les plus fameux est le pape Libère[7] qui signa en 357 l’une des formules de Sirmium, écartant l’expression dogmatiquement définie d’homoousios, a excommunié St. Athanase. St. Hilaire de Poitiers a transmis la lettre du pape Libère[8] commentant avec désespoir : « Anathema tibi a me dictum, praevaricator Liberi » = « je te dis anathème, prévaricateur Libère ».

Il est triste que Libère eût préféré se concilier les évêques ariens et semi-ariens de l’Orient plutôt que de défendre à tout prix la vérité. Comparons les écrits du pape Libère : « Puisque je sais que vous êtes des fils de la paix et que vous aimez la concorde et l’unanimité, pour cette raison, non pas sous l’effet d’une contrainte – Dieu m’en est témoin – mais pour le bien de la paix et de la concorde que l’on préfère au martyre » à ceux de St. Hilaire : « Ne faisons pas la paix au prix de la vérité, en faisant des concessions en vue d'acquérir une réputation de tolérance. Nous faisons la paix en nous battant légitimement selon les règles du Saint Esprit. Il y a un danger à s’allier subrepticement avec l’incroyance sous le beau vocable de la paix » (Hil. Ad Const., 2, 6, 2)[9].

  1. L’enseignement bimillénaire de l’Église
    1. L’enracinement dans l’enseignement du Christ sur le mariage

Être prêt à mourir pour la vérité, c’est bien sûr se faire disciple du Christ (Jn 8, 40-46). Parmi ceux-là étaient permissifs figuraient sadducéens et pharisiens qui n’avaient pas reconnu que la pratique mosaïque n’était pas le dessein originel de Dieu sur le mariage. Jésus était venu pour le restaurer : « C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi » (Mt 19, 8). Car le mariage est l’image de l’union du Christ à Son Église (« Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église », Eph 5, 32). Accepter le divorce pratiquement ce serait implicitement accepter que Dieu pourrait regretter son Incarnation, répudier sa nature humaine.

Le Christ est on ne peut plus clair[10] et les apôtres l’ont saisi aussi. « Que le mariage soit honoré de tous, que l’union conjugale ne soit pas profanée, car les débauchés et les adultères seront jugés par Dieu » (Héb 13, 4) et « À ceux qui sont mariés, je donne cet ordre – il ne vient pas de moi, mais du Seigneur – : que la femme ne se sépare pas de son mari ; et même si elle est séparée, qu’elle reste seule, ou qu’elle se réconcilie avec son mari ; et que le mari ne renvoie pas sa femme » (1 Co 7, 10-11). Tout ce qui est d’institution divine est irréformable, au contraire de ce qui est d’institution ecclésiastique.

Aux débuts de l’Église comme en notre temps, la civilisation alliait grand développement technologique et déprédation des mœurs, Le pasteur d’Hermas (début IIe s.) démontre sans ambiguïté la véritable doctrine : « Que fera donc le mari, Seigneur, dis-je, si la femme persiste dans cette passion de l'adultère ? – Qu'il la renvoie, dit-il, et qu'il reste seul. Mais si, après avoir renvoyé sa femme, il en épouse une autre, lui aussi alors, commet l'adultère. – Et si, Seigneur, dis-je, après avoir été renvoyée, la femme se repent et veut revenir à son mari, ne faudra-t-il pas l'accueillir ? – Certes, dit-il. Si le mari ne l'accueille pas, il pèche, il se charge d'un lourd péché, car il faut accueillir celui qui a péché et qui se repent […] C'est en vue du repentir que l'homme ne doit pas se remarier. Cette attitude vaut d'ailleurs aussi bien pour la femme que pour l'homme. L'adultère, dit-il, ne consiste pas uniquement à souiller sa chair : celui-là aussi commet l'adultère, qui vit comme les païens. […] Si on vous a enjoint de ne pas vous remarier, homme ou femme, c'est parce que, dans de tels cas, la pénitence est possible. Donc, mon intention n'est pas de faciliter l'accomplissement de tels péchés, mais d'empêcher que le pécheur retombe » (Herm. Mand., IV, 1, 6-11).

Depuis Aaron et le Veau d’or, le peuple cherche à faire plier les clercs en implorant une voie plus facile, plus de compréhension. Le vrai prédicateur est aussi, qu’il le veuille ou non, un empêcheur de pécher en rond pour ceux qui voudraient bien demeurer sereins et joyeux dans leur péché. C’est la joie de l’idolâtrie, laetitia idolatriae : « Le peuple s'assit pour manger et pour boire; puis ils se levèrent pour se divertir » (Ex. 32, 6). Du 1er commandement bafoué, on est passé au 6e commandement qu’il faut accommoder ! On assiste à une polygamie non pas synchronique (harem) mais diachronique.

À part la figure de St. Jean-Baptiste, il existe d’illustres témoins au sens de martyrs de la vérité catholique du mariage. Il faut plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes ! (Ga 1, 10).

  1. Le courage du pape Nicolas Ier

St. Nicolas Ier (mort en 867), pape, n’a pas hésité à subir des persécutions plutôt que de fléchir. Lothaire II, roi carolingien de Lotharingie, n’ayant pas eu d’enfant de sa femme Teutberge voulait la répudier pour épouser sa maîtresse Waldrade qui lui avait donné un fils. Il fit emprisonner sa femme dès 855 sous prétexte qu’elle aurait été incestueuse avec son propre frère Hubert, elle fut soumise à l’ordalie de l’eau bouillante dont elle réchappa.

Les archevêques de Trêves et Cologne (frère de Waldrade) étaient d’accord pour annuler le mariage mais la reine fit appel au Pape qui excommunia et déposa les archevêques complaisants et fit savoir aux évêques lorrains réunis à Metz pour valider le second mariage, qu’ils encourraient les mêmes peines. L’empereur Louis II, frère de Lothaire II, envahit Rome en 864. Le pape se réfugia à St. Pierre du Vatican et tint bon. Les évêques lorrains se soumirent et Lothaire dut céder et reprit sa femme en 865. Le pape se fit alors le défenseur des faibles, souvent les femmes.

  1. Le cas anglais : St. John Fisher et St. Thomas More

Un autre cas célèbre est celui du divorce d’Henri VIII d’Angleterre avec Catherine d’Aragon. Le primat d’Angleterre, le cardinal Wolsey et tous les évêques du pays, à l’exception de l’évêque de Rochester, soutinrent le roi. St. Jean Fisher s’opposa publiquement par sept publications condamnant le divorce imminent d’Henri VIII. Dans la même session du parlement où St. John déclara à la chambre des Lords que le mariage était légitime, qu’un divorce serait illégal et que le roi n’avait pas le droit de poursuivre dans cette voie, fut approuvé le premier acte de succession. Il ordonnait à tout citoyen requis de le faire de prêter serment pour reconnaître Marie Tudor illégitime au contraire d’Élisabeth Ière, fille d’Anne Boleyn, sous peine de haute trahison.

Arrêté en avril 1534, Fisher emprisonné à la Tour de Londres fut élevé à la pourpre mais décapité le 22 juin 1535. St. Thomas More, le chancelier d’Henri VIII subit le même sort. À cette époque-là, contrairement à la nôtre, aucun catholique ne croyait qu’une relation adultère puisse être, en des circonstances déterminées et pour des motifs pastoraux, considérée comme un vrai mariage. La preuve en est que Réginald Pole, cousin éloigné et client d’Henri VIII, s’opposa au roi : il ne pouvait approuver ses plans, pour le salut de l’âme du roi ni aller à l’encontre de sa propre conscience. Le roi se mit dans une telle colère qu’il saisit son poignard, mais la simplicité candide avec laquelle parlait Pole, comme s’il avait prononcé un message de Dieu, et son courage face à un tyran, lui sauvèrent la vie. Les voix implorant plus de compréhension pour la politique, la situation du roi, une vision moins manichéenne n’avaient pas manqué non plus, mais ces trois témoins ne fléchirent pas.

  1. Les cardinaux noirs contre Napoléon

Le dernier exemple de courage ecclésiastique face à l’iniquité sur le mariage et à la peur provient des cardinaux « noirs » opposés au divorce de Napoléon Ier d’avec Joséphine de Beauharnais. Le 2 avril 1810, 13 cardinaux (Mattei, Pignatelli, Scotti, Della Somaglia, Consalvi, Brancadoro, Saluzzo, Galeffi, Litta, Ruffo, Oppizoni, Gabrielli, di Pietro) refusèrent d’assister à la célébration du mariage avec Marie-Louise d’Autriche, étant donné que le pape n’avait pas pu s’exprimer sur l’invalidité de la première union[11]. Furieux, Napoléon fit confisquer leurs biens et leur interdit de porter les insignes de leur dignité cardinalice. Contraints de se vêtir comme de simples prêtres, on les surnomma les « cardinaux noirs ». Le cardinal Ercole Consalvi, secrétaire d’Etat, raconte dans ses Mémoires : « Après de nombreuses délibérations entre nous treize, nous arrivâmes à la conclusion qu’aux invitations de l’empereur, ayant rapport à son mariage, nous n'assisterions pas, ni au mariage ecclésiastique pour la raison énoncée ci-dessus, ni au mariage civil parce que nous estimions qu’il ne convenait pas à des cardinaux d’autoriser de leur présence la nouvelle législation, qui sépare un tel acte de la bénédiction nuptiale, ainsi qu’on l’appelle, indépendamment de ce que cet acte lui-même donnait lieu de regarder comme brisé légitimement le lien précédent, ce que nous ne pensions pas, et avec justice. Nous décidâmes donc de ne pas y assister. Quand le mariage civil eut lieu à Saint-Cloud, les treize n'assistèrent pas. Vint le jour où se fit le mariage ecclésiastique. On prépara les sièges pour tous les cardinaux ; jusqu’à la fin on ne perdit pas l'espoir de les compter tous parmi les spectateurs de cet acte qui intéressait le plus vivement la Cour. Mais les treize ne parurent point. Les quatorze autres cardinaux assistèrent… Quand l'empereur entra dans la chapelle, son regard se porta d'abord vers l'endroit où étaient les cardinaux. En n’y voyant que le nombre de quatorze, son visage parut si courroucé que tous les assistants s’en aperçurent…

Nous nous rencontrâmes presque tous ensemble dans l'antichambre du ministre, et on nous introduisit dans son cabinet. Onze y étaient, ainsi que le ministre de la police, Fouché[12]. Dès que Fouché m'aperçut : ‘Eh bien ! Monsieur le cardinal, s'écria-t-il, je vous ai prédit que les conséquences seraient affreuses. Ce qui me fait le plus de peine, c'est que vous soyez du nombre !’. Ils nous firent asseoir en cercle, et alors le ministre des Cultes commença un long discours qui ne fut compris que du plus petit nombre, car, parmi les treize, il y en avait à peine trois qui sussent le français. Il nous dit donc, en substance, que nous avions commis un crime d'État, et que nous étions coupables de lèse-majesté ; que nous avions comploté contre l'empereur. De ce délit, interdit et puni très sévèrement par les lois en vigueur, il se trouvait dans la désagréable nécessité de nous manifester les ordres de sa Majesté nous concernant, qui se réduisaient à trois points, à savoir : 1° nos biens, soit ecclésiastiques, soit privés, nous étaient enlevés et mis sous séquestre; nous en étions entièrement dépouillés ; 2° on nous défendait de faire usage des insignes cardinalices et de toutes marques de notre dignité, sa Majesté ne nous considérant plus comme cardinaux ; 3° sa Majesté se réservait de statuer sur nos personnes. Il nous fit entendre que quelques-uns d’entre nous seraient mis en jugement.

Nous fûmes donc obligés, le même jour, de ne plus faire usage des insignes cardinalices et de nous revêtir de noir, ce qui donna lieu à la dénomination des ‘Noirs’ et des ‘Rouges’, par laquelle on désigna les deux parties du sacré Collège… Dans un premier accès de fureur, l’empereur ordonna d'abord de fusiller trois des cardinaux absents, Opizzoni, Consalvi et un troisième dont on ne sait pas le nom avec certitude (mais que l'on croit être le cardinal di Pietro), et s’étant finalement limité à moi seul, la chose ne se réalisa pas ».

Conclusion :

« Nous n’avons aucun pouvoir contre la vérité, nous en avons seulement pour la vérité » (2 Cor 13, 8) et « Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. Mais toi, en toute chose garde la mesure, supporte la souffrance, fais ton travail d’évangélisateur, accomplis jusqu’au bout ton ministère » (2 Tim 4, 3-5).

En tant que spécialiste des mariages dynastiques au Moyen Âge, je suis bien placé pour vous dire que la plupart étaient arrangés, parfois même dès la plus tendre enfance, ce qui choque nos esprits contemporains. Mais au lieu de les moquer, ne devrions-nous nous poser la question de la responsabilité pastorale de l’Église dans les échecs de tant de mariage ? Les personnes demandant le mariage sont dans l’immense majorité des cas non catéchisées et non confirmées (souvent l’un des deux seulement est chrétien, l’autre païen et ils concubinent évidemment et même sont déjà souvent parents). Or la confirmation qui est un pré-requis du mariage (CIC 1065, § 1 : « Les catholiques qui n'ont pas encore reçu le sacrement de confirmation le recevront avant d'être admis au mariage, si c'est possible sans grave inconvénient »).

Sans la confirmation, nous marions des enfants spirituellement parlant : « Frères, quand je me suis adressé à vous, je n’ai pas pu vous parler comme à des spirituels, mais comme à des êtres seulement charnels, comme à des petits enfants dans le Christ. C’est du lait que je vous ai donné, et non de la nourriture solide ; vous n’auriez pas pu en manger, et encore maintenant vous ne le pouvez pas » (1 Co 3, 1-2). Nous envoyons au casse-pipe ces gens et c’est ainsi que nous manquons de miséricorde et pas autrement !

 


[1] Je m’inspire des propos si éclairants de Mgr. Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de St. Marie d’Astana, au Kazakhstan dans l’article du Remant du 23 novembre 2016 repris sur le blog de Jeanne Smits et de L’Homme Nouveau et de sa conférence à la fondation Lepanto le 5 décembre 2016 sur « La grandeur non négociable du mariage chrétien ».

[2] Il suffit de voir certaines orientations pastorales comme celles dont se félicite le St. Père dans sa lettre du 5 septembre à Mgr Sergío Alfredo Fenoy, évêque de San Miguel (Argentine) et délégué des évêques de la région pastorale de Buenos Aires. Différents prélats firent aussi des déclarations douteuses.

[3] Au cardinal Pio Vito Pinto, doyen de la Sacrée Rote romaine qui a rapidement démenti, mais qui considère que c’est juste parce que le pape ne serait pas d’un autre âge qu’il ne recourrait pas à la destitution des cardinaux, il est bon de rappeler St. Basile le Grand : « L’unique charge qui aujourd’hui est sûre d’attirer une punition sévère, c’est la garde attentive des traditions des Pères. Nous ne sommes pas attaqués à cause des richesses, de la gloire, ou de quelque avantage temporel. Nous nous tenons dans l'arène pour lutter pour notre héritage commun, pour le trésor de la foi certaine, transmise par nos pères. Lamentez-vous avec nous, vous tous qui aimez les frères, devant le bâillonnement de nos hommes de vraie religion, et devant l'ouverture des lèvres enhardies dans le blasphème de tous ceux qui disent des iniquités contre Dieu. Les piliers et la fondation de la vérité sont éparpillés en tous sens. Nous autres, dont l’insignifiance a permis qu'on ne nous remarque pas, sommes privées de notre droit de libre parole » (Ep. 243, 2,4).

[4] Le Cardinal Louis Billot résigna sa charge le 13 septembre 1927 pour avoir eu un désaccord sur l’Action Française avec Pie XI et il redevint simple prêtre jésuite (à cette époque, les cardinaux n’étaient pas tenus de se faire ordonner évêque comme c’est l’usage aujourd’hui).

[5] Vatican II précise que tous les membres du collège des évêques participent, en tant que successeurs légitimes des apôtres, « de par l’institution et le précepte du Christ, à cette sollicitude qui est, pour l’Eglise universelle, éminemment profitable, même si elle ne s’exerce pas par un acte de juridiction. Tous les évêques, en effet, doivent promouvoir et servir l’unité de la foi et la discipline commune de l’ensemble de l’Église » (Lumen Gentium, 23 ; cf. également Christus Dominus, 5-6). Cf. CIC 349.

[6] Directoire pour le ministère pastoral des évêques, 13.

[7] Cf. art. très pondéré mais clair d’Élisabeth Paoli « Libère » in Levillain, Philippe (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, Paris, 2003, p. 1046-1048.

[8] Denzinger-Hünermann 141 et 142 (à des évêques hérétiques auxquels il se rallie).

[9] Le Bx. John Henry Newman commente de manière sage et équilibrée : « Alors qu’il est historiquement vrai, il n’est d’aucune manière doctrinalement faux que le pape, en tant que docteur privé, et d’autant plus des évêques, lorsqu’ils n’enseignent pas formellement, puissent errer comme nous constatons qu’ils ont en effet erré au quatrième siècle. Le pape Libère peut bien signer une formule eusébienne à Sirmium, et la masse des évêques peut bien l’avoir fait à Ariminum et pourtant, en dépit de cette erreur, ils peuvent être infaillibles dans leurs décisions ex cathedra » (Les Ariens du IVe. siècle, Londres, 1876, p.465).

[10] Mc 10,11 Mt 5,32 Mt 19,9 ; cf. 1Co 7,11.

[11] Il faut toutefois préciser que Napoléon avait pour sa part bien obtenu une déclaration de nullité, qui semble avoir honnêtement travaillé, suivant le droit gallican, mais de manière fort accélérée, du 6 au 11 janvier 1810 pour les deux instances. Cf. Jean Laflon, recension de Grégoire, Louis, Le « divorce » de Napoléon et de l’Impératrice Joséphine, in Revue d’Histoire de l’Église de France, vol. 44, n°141, 1958, p. 182-185.

[12] L’ancien oratorien était donc un prêtre défroqué ! Celui qui devait s’allier finalement avec Talleyrand, l’ancien évêque débauché d’Autun fut à l’origine d’un des bons mots de Chateaubriand : « Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du Roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l'évêque apostat fut caution du serment » (Mémoires d’Outre-Tombe, livre 23, chap. 20).