Épiphanie (7 janvier)

 

  1. L’Épiphanie

L’Epiphanie est un mot grec qui signifie la manifestation. On peut le rapprocher d’un mot peut-être plus commun qui est Théophanie donc manifestation de Dieu et de la divinité à travers l’humanité du Christ. Les exemples les plus célèbres sont constitués par le Baptême de Notre Seigneur mais aussi par la Transfiguration. De ce fait, comme je l’ai déjà dit, dans la liturgie, il y a parfois des condensés c’est-à-dire différents événements commémorés en une seule fête. Aujourd’hui, dans l’office du bréviaire, se télescopent les épisodes des Mages, du Baptême et des Noces de Cana. Pour la messe, cela a été redéployé puisque le baptême de Notre Seigneur est fêté séparément. Nous nous concentrerons aujourd’hui sur l’épisode des Mages.

  1. Les Mages
    1. Les païens sont inclus dans le salut

L’Écriture Sainte ne leur donne que le nom de Mages, pas de rois. Ils ne sont évoqués que dans cet épisode de Matthieu alors qu’il y a d’autres récits de l’enfance.

Dans la crèche, l’âne et le bœuf symbolisaient respectivement les païens et les Juifs. Nous retrouvons avec l’adoration ce doublon. Les bergers évoquent Israël. Ils sont proches, ils sont avertis en premier par les anges et viennent adorer rapidement. Les Mages, eux, viennent de beaucoup plus loin, ils sont païens.

Le Christ est, dès le départ, manifesté non seulement aux Juifs mais aussi aux païens. Matthieu lui-même était apôtre, ce n’est pas le cas de tous les évangélistes. Par exemple, Marc et Luc ne sont pas des apôtres mais juste des évangélistes, les secrétaires de Pierre et de Paul. En tout cas, l’apôtre Matthieu a connu Jésus directement. Il est Juif et s’adresse à des Juifs convertis. Il veut peut-être montrer que les Juifs n’ont pas toujours été fidèles à leurs promesses. Ils se sont trop repliés sur eux-mêmes avec des groupes comme les Hérodiens, les Saducéens (les grands prêtres) et Pharisiens (Scribes), qui ne sont pas ouverts à la Révélation.

  1. Les Juifs déçoivent dans leur élection censée illuminer le monde

Pourtant, la prophétie de Michée 5, 1-2, reprise intégralement dans l’Évangile, est claire. Finalement, les Juifs autour d’Hérode n’attendaient pas réellement le Messie. Or ils auraient dû être dans l’attente. Ce sont des étrangers de l’Orient qui viennent leur dire que le Messie, leur roi, est né chez eux. Et pourtant ils l’ignoraient. Dès le départ, conformément au prologue de Saint Jean « Il est venu parmi les Siens et les Siens ne L’ont pas accueilli », se manifeste ce fossé entre la réalité si décevante et l’élection d’Israël qui ne doit pas se replier sur soi mais agir comme une lumière pour les autres peuples, ainsi que le rappelle le « Nunc dimittis », le cantique de Siméon. Les Juifs ne furent donc pas fidèles à cette vocation.

Mais nous, chrétiens, sommes-nous plus fidèles ? Attendons-nous le Christ ? Dans les signes très discrets que Dieu nous donne, sommes-nous capables de discerner Son Royaume et de L’annoncer à notre tour ? Sommes-nous capables de nous laisser éclairer par Sa lumière ou au contraire, sommes-nous aveuglés par nos propres ténèbres et le péché ? Prenons garde à St. Jean « la lumière est venue et les ténèbres ne l’ont pas accueillie ».

  1. L’étoile
    1. Attention au concordisme

Même si nous pouvons chercher raisonnablement des apports de la science, il ne faut pas nécessairement chercher à tout prix à quoi cette étoile pourrait correspondre, au risque de tomber dans un certain concordisme. Cette erreur recherche dans la science ce qui peut corroborer les affirmations de la Sainte Écriture. Des interprétations très farfelues courent : certains parleront de soucoupe volante ou de la comète de Halley par exemple.

Un jour, visitant l’observatoire astronomique de Munich durant l’Avent, on nous expliqua que la plupart des astres avaient des révolutions périodiques. Aussi pouvait-on très bien reconstituer la configuration astrale au-dessus d’une ville à telle date historique. En l’an 7 avant Jésus Christ, se produisit un alignement des planètes Jupiter et Saturne dans la constellation du Poisson. Or Jupiter étant roi dans la mythologie païenne et Saturne le temps, cela donnait le roi du temps qui naissait en Israël puisque la constellation du Poisson lui a toujours été associée. Cette tentative d’explication ne me convainc pas vraiment.

Plus convaincant est simplement la réalisation de la prophétie de Balaam (Nb 24, 17) : « de Jacob monte une étoile, d’Israël surgit un sceptre ». Balaam est ce prophète choisi par le roi de Moab, Balaq, pour maudire les Juifs qui durant les quarante ans d’errance commencèrent la conquête à l’Est du Jourdain, l’actuelle Jordanie, pour après passer vers Jéricho en Israël. Balaq se sentait menacé parce que les Hébreux avaient déjà battu les rois de Madian. Il appela ce prophète pour les maudire. Balaam rétorqua qu’il fera ce que Dieu lui enseignerait. Après avoir consulté le Seigneur, il dut bénir trois fois Israël.

Un païen bénit donc Israël au lieu de le maudire. Le salut vaut aussi pour les païens. C’était la mission même de Saint Paul qui répartit les tâches ainsi : Saint Pierre était appelé à évangéliser les Juifs mais lui devait évangéliser les païens. Il est apôtre des Gentils (< gens, gentis : nations étrangères, les goy, goyim des Juifs).

  1. Le Christ nous libère du déterminisme astrologique

Les Mages suivirent l’étoile depuis l’Orient. Dans le Proche et Moyen Orient ancien, plusieurs grandes puissances coexistaient : Babylone puis encore plus à l’Est, la Perse. Dans ces deux territoires, on pratiquait beaucoup l’astrologie en ne faisant pas très bien d’ailleurs, comme ce fut encore le cas au Moyen-âge et à l’époque moderne, la distinction avec l’astronomie. Dans la tradition biblique s’opère quelquefois l’assimilation des astres (des sphères célestes comme on disait) avec des divinités païennes. Cela est présent même en Égypte. Saint Paul assimile les puissances célestes, donc les anges, aux astres.

Aujourd’hui, notre monde qui se croit très éclairé fait paraître des horoscopes dans tous les journaux et sur toutes les radios alors qu’ils nous moquent de nous comme crédules parce que croyons aux miracles ! Ce phénomène cherchant dans les astres quelque chose qui puisse guider les hommes dans leurs choix moraux n’est pas inintéressant. Au fond cet astre de l’Orient conduit à Jésus. C’est Lui, l’astre véritable, la seule lumière qui puisse nous guider, nous libérant du déterminisme astrologique. Ce n’est pas parce que nous nous trouvons dans telle constellation ou alignement de planètes qu’on devrait agir de telle ou telle manière même si on ne peut nier parfois une certaine influence, plus liée au milieu social qu’aux astres.

  1. Les cadeaux
    1. Les rois de l’Orient viennent adorer le vrai Dieu

Les Saintes Écritures n’indiquent pas que les mages seraient trois. Pas même le Protévangile de Jacques, cet évangile apocryphe si influent sur la culture chrétienne. On a supposé leur nombre du fait de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Leurs reliques sont vénérées à Cologne qui en fit le thème des JMJ de cette ville. C’est encore à cause de leurs cadeaux qu’on leur attribue la dignité royale.

Ils sont dits rois car Isaïe 60, 1-6 prophétise : « Les richesses de la mer afflueront vers toi, les trésors des nations viendront chez toi (…). Les nations marcheront à ta lumière et les rois à ta clarté naissante. Tous viendront de Saba apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur ». Citons encore le psaume 72, 10-11 : « Les rois les plus lointains prosternés devant Lui, ceux de Tarsis et de Saba présenteront leurs dons et leurs tributs ».

Isaïe se réfère à l’épisode de la reine de Saba venue adorer le vrai Dieu. Elle s’était convertie grâce à la sagesse du roi Salomon qui l’avait beaucoup impressionnée. Elle avait apporté des trésors très précieux qui avaient permis de décorer le temple de Jérusalem. Le prototype de la reine de Saba est confirmé avec les Mages. Le Christ récapitule toujours dans sa propre vie l’histoire du peuple hébreu dans son entier.

  1. La signification symbolique des cadeaux

L’or symbolise la royauté du Christ, l’encens Sa divinité et la myrrhe anticipe Son ensevelissement puisque la myrrhe, plante odoriférante, servait à embaumer les morts.

La question des Mages à Hérode : « Où est le roi des Juifs qui vient de naitre ? » évoque bien sûr, comme la myrrhe, Sa mort et Sa résurrection au travers du titulum donc le fameux INRI (Iesus Nazarenus Rex Iudeorum = Jésus de Nazareth, roi des Juifs) au sommet de la croix de Notre Seigneur, visible à Ste Croix de Jérusalem à Rome.

Rappelons, pour conclure, qu’une tradition liée à ces rois mages existe, plus dans les pays germaniques, mais se répandant de manière louable grâce à la Fraternité Saint Pierre dont le séminaire se trouve à Wigratzbad, en Bavière. L’usage germanique consiste à bénir les maisons avec les craies. On marque sur les portes le millésime de l’année, par exemple 2018 en séparant 20 d’un côté et 18 de l’autre et au milieu on note C+M+B (Caspar en allemand = Gaspard, Melchior et Balthasar). Les noms attribués aux rois Mages ne sont pas bibliques mais datent du VIIIe siècle. Une autre interprétation latine lit Christus Mansionem Benedicat : « que le Christ bénisse cette maison » et, de ce fait, la protège. Entre l’Épiphanie et la chandeleur, les prêtres passent pour bénir les maisons et invoquer cette protection divine sur ceux qui veulent véritablement adorer le Seigneur en esprit et en vérité.