3e Épiphanie (27/01/19 miracles et sacrements)

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Miracles de Jésus et sacrements

Dimanche dernier, l’Évangile insistait sur l’harmonie profonde entre le dire et le faire dans la personne du Christ, entre ses paroles et ses actes, montrant l’unité de cette personne divine. Aujourd’hui, s’opère un tournant. Par son fameux discours sur la montagne (Mt 5-7), le Christ enseigne une nouvelle manière d’être, se distinguant des pharisiens et aux scribes, avec autorité là encore car il en vit. Il montre aussi sa divinité en osant réinterpréter la Loi : « Vous avez entendu mais moi, je vous dis ». Au début de ce passage, Jésus redescend de la montagne et opère des miracles mettant en pratique son enseignement et prouvant qu’il est Dieu. Après avoir présenté chacune des deux guérisons, nous synthétiseront sur les miracles du Christ en général.

  1. La guérison du lépreux
  1. La lèpre, punition de l’orgueil dans l’Ancien Testament

La lèpre est souvent considérée comme une maladie honteuse qui défigure et rend impur. L’Ancien Testament la considère quelquefois comme une punition comme le roi Ozias, pourtant aimé de Dieu au départ, se prit d’orgueil en voulant lui-même encenser l’autel, fonction pourtant réservée aux descendants d’Aaron. Les grands prêtres le chassèrent quand ils constatèrent qu’il avait été atteint par la lèpre comme punition (2 Chron 26, 21-23). Myriam critiqua avec Aaron son frère Moïse et en fut ainsi punie (Nb 12, 10).

Mais la guérison des lépreux anticipe surtout le sacrement du baptême.

  1. Naaman guéri par l’eau purificatrice du Jourdain

La seconde guérison du jour, après le lépreux, est celle d’un paralytique pour lequel prie un centurion. Le miracle s’opère à distance, ce qui rappelle Naaman le Syrien, un lépreux (2 R 5), l’un des rares clairement mentionné par le Christ lui-même : « il y avait de nombreux lépreux en Israël au temps du roi Élisée ; pourtant aucun d’eux ne fut purifié mais bien Naaman le Syrien » (Lc 4,27). Autant dire qu’il est important.

Naaman vint de Syrie en Samarie où œuvrait le prophète Élisée. Ne sachant pas où le trouver, il s’adressa au roi de Samarie, proposant de grands biens offerts par son roi pour sa guérison. Le juif déchira ses vêtements « Suis-je un dieu qui puisse donner la mort et la vie, pour que celui-là me mande de délivrer quelqu’un de sa lèpre ? ». Dieu seul est capable de guérir de la lèpre.

Élisée fut mis au courant alors que Naaman allait repartir et intervint : « qu’il vienne à moi, il saura qu’il y a un prophète du vrai Dieu en Israël ». Naaman vint. Élisée ne le reçut pas mais envoya un serviteur, un médiateur comme le centurion pour son serviteur. Élisée ne demanda qu’une chose toute simple : se baigner sept fois dans les eaux du Jourdain, évocation d’une purification par l’eau en lien avec le baptême.

Naaman n’accepta pas de prime abord : « il se dit en lui-même furieux : ‘Sûrement il sortira et se présentera lui-même, puis il invoquera le nom du Seigneur son Dieu, il agitera la main sur l’endroit malade et délivrera la partie lépreuse’ ». Il refusait parce que les eaux des fleuves de Syrie valaient bien à ses yeux celles du Jourdain. La servante juive, prisonnière esclave qui l’avait orienté vers Élisée, rétorqua que si le prophète avait demandé des choses compliquées, Naaman les aurais faites. Pourquoi ne pas faire les choses simples demandées ?

  1. Le prototype du baptême

Lorsque le Christ guérit ce lépreux, il lui demande de ne pas publier cela mais de se présenter au prêtre, se référant au rite de la purification (Lév 14). En quoi consistait-il ? Le prêtre devait prendre deux oiseaux et en sacrifier un, au-dessus d’un pot d’argile rempli d’eau vive. Notons le lien entre le sang de la victime et l’eau. Nous fûmes lavés dans le sang du Christ par l’eau du baptême qui symbolise aussi cette mort au péché et la rédemption. Le rite prévoyait encore de tremper dans ce sang et de prendre de la cochenille, cet insecte donnant la couleur rouge sang appelé carmin, vermillon, cramoisi et de l’hysope : « purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur, lave moi, et je serai blanc plus que la neige ! » (Ps 50 (51), 9).

Le second oiseau vivant était trempé dans le sang de celui sacrifié puis était relâché. Comment ne pas penser au baptême de Jésus lorsque l’Esprit Saint descendit sous la forme d’une colombe sur sa tête ? La purification se faisait en 7 fois (le septénaire des sacrements), comme pour Naaman et aussi avec onction d’huile comme la chrismation du baptême.

  1. La guérison du paralytique lié au centurion
  1. Prototype eucharistique

Le second miracle concerne un centurion romain intercédant pour un serviteur paralytique. Le grec païs/païdion signifie tant serviteur que fils, d’où des différences de traductions. La foi du centurion impressionne beaucoup notre Seigneur. Ce païen croyant anticipe les autres païens qui se convertiront : les gentils de l’Orient et de l’Occident qui viendront s’asseoir à la table avec Abraham, Isaac et Jacob.

Ce miracle anticipe un autre sacrement : l’Eucharistie, déjà indiqué par la table. La liturgie, impressionnée par ce geste de foi nous fait répéter ces mots du centurion juste avant la communion : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit mais dites seulement une parole et je serai guéri ». La traduction moderne française en forme ordinaire ne permet plus de comprendre la référence scripturaire : « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ».

L’attitude du centurion illustre bien deux dons de l’Esprit Saint : la crainte et la piété.

  1. Le don de crainte

Crainte et piété sont deux des sept dons de l’Esprit Saint. La crainte est : « le don qui nous fait respecter Dieu et nous fait craindre de l’offenser dans sa divine Majesté et qui nous détourne du mal en nous portant au bien » (catéchisme de S. Pie X, n°955).

En affirmant n’être pas digne de recevoir dans sa demeure le Fils de Dieu, le centurion montre sa conscience d’être pécheur, comme saint Pierre : « Éloignez-vous de moi Seigneur car je suis un homme pécheur » (Lc 5, 8). Considérer la grandeur de Dieu fait prendre conscience de notre petitesse dérivant non seulement de notre créaturalité mais surtout de notre infidélité. L’abîme séparant la sainteté de Dieu de notre impureté devient manifeste. Ce don de la crainte de Dieu se décline de deux façons : une crainte servile et une crainte filiale (ST, II-II, 19, 2).

Dans la confession, la crainte servile ne pousse le pénitent à demander ce sacrement que par peur de l’enfer. Il n’éprouve que de l’attrition mais pas de contrition. Certes, cela suffit pour la validité du sacrement. Il est comme l’esclave : « je n’ai pas envie que mon maître me frappe, donc je reconnais ma faute ». Je ne veux pas aller en enfer, donc il faut que je me confesse. La contrition est meilleure. La crainte filiale reconnaît en Dieu aussi son Père (« Abba » (Ga 4, 6), papa). J’éprouve du remords parce que je n’ai pas été capable de répondre à l’amour que Dieu m’a porté en m’offrant son Fils sur la croix. Le regret est profond : je ne sais pas aimer Dieu comme il faut.

  1. Le don de piété

Le don de piété équilibre le don de crainte de Dieu. Il est nécessaire pour éviter qu’une trop grande crainte ne nous fasse désespérer de l’abîme nous séparant de Dieu. Cet abîme entre les deux rives de l’être est franchissable par le pont de la croix, permis par l’abaissement du Fils de Dieu devenu homme. La piété nous donne le courage d’approcher de Dieu, comme Moïse au buisson ardent (Ex 3). Dieu appelle, l’homme s’approche mais pas non plus de trop près. Ces deux dons sont complémentaires. Il faut à la fois croire que Dieu nous aime et nous jeter dans ces bras comme dans ceux d’un Père (la piété filiale), tout en gardant une distance respectueuse (la crainte) évitant le fusionnel si délétère, typique des temps modernes.

Par le don de piété, comme le fils prodigue (Lc 15, 11-32), nous ne désespérons pas de la miséricorde de Dieu. Nous osons revenir vers lui. Même en ayant mal agi, nous croyons dans la puissance de son pardon car nous faisons confiance, comme un fils envers son père. Cette confiance qu’Il insuffle comme lorsqu’il faut lâcher le vélo et ses petites roulettes à l’arrière. Peut-être allons-nous tomber, mais nous savons qu’il sera là pour nous relever.

  1. Les miracles in genere (en général)

Les miracles du Christ relèvent de différents ordres (ST III, 43-44).

  1. Les corps célestes

Certains miracles concernent les astres comme l’étoile des mages ou l’éclipse du soleil à la mort du Christ. Et plus récemment, le soleil a dansé à Fátima ou, à Međugorje, de nombreux pèlerins virent le miracle du soleil grossissant vers eux.

La puissance de Dieu se manifeste mieux en modifiant l’ordre naturel des corps célestes que des corps inférieurs comme l’homme car la médecine guérit aussi parfois les hommes alors que faire bouger les astres lui est impossible. « Dieu qui a créé et constitué tous les êtres ne fait rien de contraire à la nature, car la nature de chaque être, c’est ce qu’il crée. Ainsi, la nature des astres n’est pas détruite quand leur cours est changé par Dieu alors qu’elle serait détruite si elle était changée par toute autre cause que Dieu » (saint Augustin).

  1. Miracles envers les créatures irrationnelles terrestres

Le second type de miracle concerne les créatures irrationnelles terrestres comme le règne minéral avec le tremblement de terre et les pierres scindées en deux à la Passion du Christ. Bse Anne-Catherine Emmerich dans La douloureuse Passion de NSJC affirme que les pierres se laissent transpercer (Lc 19, 40) au contraire du cœur de l’homme refusant la contrition. Les pierres sont finalement plus perméables à la grâce.

Le figuier desséché concerne le règne végétal, tandis que le règne animal l’est avec la pêche miraculeuse ou la monnaie dans le poisson. Il fallait que tous les genres de la hiérarchie de l’être fussent affectés par les miracles, même si les principaux miracles regardent les hommes qu’il est venu sauver comme le montre l’exorcisme, miracle contre les puissances spirituelles des démons.

Conclusion

Pourquoi le Christ dit-il que nous serons capables d’accomplir de plus grands miracles que lui-même (Jn 14, 12) ? N’est-ce pas au fond porter le don de la piété filiale à l’extrême ? Lorsque le Christ prêche, lui convertit douze personnes principalement, plus les disciples, qui vont eux-mêmes convertir des nations entières. Numériquement, Jésus a condescendu à donner une plus grande capacité d’évangélisation à ses apôtres. De la même manière, Jésus touche les lépreux pour les guérir tandis que saint Pierre les guérit avec son ombre (Ac 5, 12-16). Il faut que les apôtres osent se croire capables d’opérer des miracles, en invoquant le seul nom du Christ (ST, III, 43, 4, ad 2). Nous savons ce qu’il nous reste à faire : espérer contre toute espérance (Rm 4, 18) et prendre au sérieux la prophétie du Christ.