Octave Nativité (1/1/19 Circoncision)

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La liturgie étire souvent le temps. D’une seule journée, on fait toute une semaine, appelée alors une octave, comme celle que nous concluons pour la Nativité de Notre Seigneur. Un certain nombre de prières est répété chaque jour, par exemple à l’office. De plus, dans la messe tridentine, les oraisons et les textes sont répétés (à moins qu’un saint ne vienne doubler). Quelquefois au contraire, la liturgie contracte des événements regroupés en une seule fête, quitte à les redéployer ensuite. Aujourd’hui, outre l’extension de Noël sur toute l’octave, différents aspects postérieurs de la vie de Notre Seigneur sont évoqués, dont la circoncision, occasion de révéler le nom de Jésus le huitième jour.

  1. La circoncision

La présentation au temple de Jésus est faite par le sacrifice car il fallait racheter le fils premier né qui devrait mourir normalement. Cela s’inscrit dans la tradition des prémices chez les Hébreux. Est offert à Dieu tout ce qui vient en premier : la première gerbe de blé pour la récolte, le premier jour de l’année ou bien le fils premier-né. Mais, pour un humain, bien qu’il eût dû être tué en sacrifice comme certains animaux, on faisait un rachat. Le sacrifice d’un animal, depuis Abraham, se substituait à l’enfant : un bélier prit la place d’Isaac. Or, la circoncision est précisément un rite venant d’Abraham.

La circoncision est le second signe donné par Dieu dans cette logique d’alliance caractérisant tout l’Ancien Testament. Le premier signe avec Noé était l’arc-en-ciel joignant le ciel et la terre. La circoncision sous Abraham marque l’homme dans sa chair pour cette alliance. La troisième étape sera avec Moïse le don de la loi. La prise de possession de cette alliance avec le peuple élu devient de plus en plus concrète.

Lorsque naît un petit prince au royaume de Suède ou de Danemark, la tradition luthérienne qui est aussi un retour en arrière aux traditions judaïques, n’impose le nom ou plutôt ne le rend public qu’au moment du baptême, équivalent chrétien de la circoncision. Les sujets ne connaissent le nom d’un enfant royal qu’un mois après sa naissance (ainsi en fut-il de la future reine de Suède Estelle, née le 23 février 2012 ou des jumeaux du prince Frédéric de Danemark, Vincent et Joséphine nés le 14 avril 2011).

On distingue les deux naissances : la naissance naturelle à la vie humaine et la naissance surnaturelle à la grâce divine. L’imposition du nom est comme la prise de possession par Dieu de la personne qui vient de naître.

  1. Le nom de Jésus

La circoncision est le moment où le nom est imposé. Quelques jours après la Circoncision vient la fête du saint Nom de Jésus. Effectivement le nom de Jésus en hébreu signifie le Sauveur. Ce nom Yéchouah est translittéré de différentes manières : soit en Jésus, soit en Josué, nom célèbre dans l’Ancien Testament. Il est le successeur de Moïse qui fit entrer le peuple hébreu dans la Terre Promise. Après l’exil de 430 ans en Égypte, puis la libération par Moïse, les Juifs avaient erré quarante ans dans le désert pour arriver dans l’actuelle Jordanie, par l’Est, symbole du soleil levant, donc du Christ.

Toutes les églises sont tournées vers l’est, donc orientées étymologiquement. Dans le rit tridentin, le culte est tourné ad Orientem en latin, c’est-à-dire oriens/tis < oriri, ortus sum qui signifie naître : là où naît le soleil, donc où apparaît la vie, la résurrection.

Par l’Est arriva en Terre Promise ce Josué qui fit traverser une nouvelle étendue d’eau, le Jourdain. Si le phénomène n’est pas aussi marquant que la traversée de la Mer Rouge, il opéra une nouvelle séparation des eaux. Le peuple entra en Terre Promise. Mais la vraie patrie des Juifs et de tous doit être la patria en latin, la terre des pères (pater, patris). Or seul le Christ peut nous faire entrer dans la Terre Promise qui est le royaume de Dieu le Père.

Josué, l’homonyme de Jésus est une image du Christ. Il traversa le Jourdain et attaqua Jéricho, première ville prise par les Juifs. Le Christ fut précisément baptisé par saint Jean-Baptiste tout près de ce même lieu, trans Jordanem donc de l’autre côté du Jourdain. L’idée que le salut vient de l’Est se retrouve donc ici.

  1. Le huitième jour

Dieu nous sauve par son fils Jésus qui a pour nom : Dieu sauve. La circoncision, consistant à couper à vif le prépuce du petit garçon, était alors donnée comme moyen de salut.

Deux traditions se télescopent parfois. Certains affirment que saint Joseph le fit lui-même, mais d’autres évoquent le grand prêtre au temple. D’où le mélange avec la fête de la présentation du temple. À l’église de Gesù, à Rome, la principale église jésuite, le retable sur le maître-autel mélange ces deux moments.

Avec la circoncision eut lieu la première effusion du sang divin et salvateur de la personne du Christ qui fut complétée plus pleinement par le sacrifice de la croix. Mais cela nous montre déjà que le salut voulu par Dieu passera par ce sacrifice.

Le huitième jour revêt aussi une riche symbolique. Le septénaire de la création se conclut avec le sabbat, le jour du repos. Le huitième jour, quant à lui, est comme la recréation (pas récréation !). Raison pour laquelle nous ne fêtons pas comme les Juifs ou certains protestants ou charismatiques le sabbat mais le dimanche puisque le Christ est ressuscité et a été circoncis un huitième jour comme tous les enfants juifs. Notre jour de repos a été décalé au dimanche pour avoir cette symbolique reprise par le culte.

Ce temps de Noël se prolonge jusqu’au quarantième jour pour le calendrier sanctoral, soit le 2 février, jour de la Chandeleur, correspondant aux relevailles pour les femmes restant alitées après leurs couches. Cette cérémonie de retour à la vie publique de la mère et la présentation au temple avait pour but la purification de la mère après l’effusion du sang de la naissance. Au sein de cette quarantaine, le temps plus central et plus important est l’octave de Noël prolongée jusqu’au 13 janvier où les orthodoxes fêtent leur jour de l’an. Il rappelle tous les épisodes principaux de la vie du Christ, afin de nous enseigner à rentrer dans cette petite voix de l’enfance pour vivre avec le Christ en offrant en ce 1er janvier, à Dieu le Père, les prémices comme lui-même nous a offert les prémices, son Fils, pour sauver l’humanité.