Épiphanie (12/01/2020 - confirmation)

Homélie du dimanche 12 janvier 2020 (Épiphanie)

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Le sacrement de la confirmation

 

Le baptême de NSJC sera fêté cette semaine, à la date fixe du 13 janvier. D’après St. Pierre Chrysologue « Aujourd’hui, l’Esprit-Saint survole les eaux sous l’apparence d’une colombe. De même qu’une autre avait annoncé à Noé que le déluge se retirait du monde, c’est ainsi qu’en voyant cette colombe, on apprenait que le naufrage inéluctable du monde avait cessé. Elle n’apportait pas, comme celle d’autrefois, un rameau d’olivier, mais elle répandit sur la tête de notre chef toute la richesse d’une onction nouvelle, pour accomplir la prédiction du Prophète : ‘Dieu, ton Dieu, t’a consacré par l’onction d’une huile d’allégresse, de préférence à tes compagnons’ »[1]. Cette onction nouvelle se fait donc par l’Esprit-Saint. Cette huile à laquelle le rameau d’olivier que tenait la colombe pour Noé fait allusion est le saint-chrême reçu certes à notre baptême mais encore à la confirmation. Car le baptême du Christ ne sert pas de racine biblique au baptême du Chrétien (c’est la fête de Pâques : mort et résurrection du Christ) mais bien à la confirmation. Nous méditerons donc aujourd’hui sur ce sacrement.

 

 

  1. Le moment de la confirmation
    1. Un sacrement de l’initiation…

 

Chez les Orthodoxes, le sacrement de la confirmation est administré dès la naissance, en ne séparant pas les trois sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation, Eucharistie). Mais en Occident, il n’est pas ainsi à l’exception des catéchumènes adultes (même si on voit parfois se répandre l’usage mauvais de séparer pour un catéchumène aussi les temps). La raison en est que le ministre ordinaire en est l’évêque et non pas le prêtre. St. Jérôme écrit : « L’évêque s’en va visiter ceux qui, loin des grandes villes, ont été baptisés par des prêtres et des diacres, afin de leur imposer les mains, pour invoquer l’Esprit-Saint »[2].

 

Or, l’évêque ne peut agir pour tous les baptêmes d’un diocèse. On veut par-là indiquer que l’espace naturel du Chrétien ne saurait se limiter au seul horizon un peu étriqué de la paroisse. Il appartient à un diocèse, église particulière insérée dans l’Église universelle.

 

  1. … et non pas un examen de fin d’études catéchétiques

 

L’ancienne tradition catholique (jusqu’au milieu du XXe s) consistait à administrer ce sacrement dès l’âge de raison, soit vers 7 ans. Comme l’évêque faisait des tournées de confirmation dans les campagnes tous les 3 ou 4 ans (parfois liées à des visites pastorales), il n’était pas rare que toute une tranche d’âge d’enfants catéchisés fussent confirmés entre 7 et 11 ans. Ainsi, cela arrivait avant la puberté. Et il importe, autant que possible, de respecter cet ordre. Un de mes professeurs de sacramentaire et liturgie à Rome, Dom Ildebrando Scicolone, OSB, faisait justement remarquer que l’ordre des 7 sacrements commence ainsi : baptême, confirmation, Eucharistie, confession, ordre, mariage, extrême-onction. Or, force est de constater que cet ordre semble vouloir rester purement théorique et qu’en réalité, il est le suivant : baptême, confession, Eucharistie… Cela pose tout de même question. L’ordre sacramentaire n’est-il pas significatif ?

 

On a trop tendance à faire de la confirmation une sorte d’examen de fin d’études pour le catéchisme. Les dames caté ont ainsi espoir de tenir les adolescents le plus possible à leurs insipides leçons. On a donc voulu repousser le plus possible ce sacrement, alors qu’on devrait le faire précéder la première communion. C’est une grave erreur que l’on paie cher. Aujourd’hui, un nombre affligeant de baptisés est catéchisé, pour ne pas parler de ceux qui seront finalement confirmés. Alors qu’on nous rebat les oreilles avec l’Église primitive à la pureté de laquelle il faudrait revenir (non sans tomber dans l’archéologisme dénoncé par les papes), pourquoi fait-on aujourd’hui l’impasse sur la question de l’époque où étaient vraiment initiés les catéchumènes ? Les évêques les enseignaient plutôt pendant le temps pascal, après leur baptême, partant d’ailleurs de l’expérience qu’ils y avaient vécue, des rites, pratiquant ainsi la mystagogie.

 

 

  1. À quoi sert ce sacrement de confirmation ? Distinction d’avec le baptême
    1. Des enfants dans la foi

 

St. Paul nous dit en 1 Co 3, 1-2 : « Frères, quand je me suis adressé à vous, je n’ai pas pu vous parler comme à des spirituels, mais comme à des êtres seulement charnels, comme à des petits enfants dans le Christ. C’est du lait que je vous ai donné, et non de la nourriture solide ; vous n’auriez pas pu en manger, et encore maintenant vous ne le pouvez pas ». Je pense que la confirmation est comparable à cette nourriture solide. Elle convient à des adultes. Le chrétien non-confirmé reste spirituellement au stade du petit pot de Blédina : il a reçu, certes, toutes les grâces nécessaires pour être sauvé, lui. Mais peut-il contribuer à la Rédemption du monde, peut-il évangéliser, aider au salut de ses frères ?

 

À propos du baptême de Jésus, qui oserait dire que NSJC eût manqué de quoi que ce fût en matière d’Esprit-Saint, lui qui est vrai Dieu et vrai homme ? Il n’aurait pas été, y compris dans son humanité, plein de l’Esprit-Saint dès sa conception dans le sein virginal de sa Très Sainte Mère ? Que non ! Alors à quoi sert cette « effusion » de l’Esprit au baptême de Jésus ? Le temps de cet événement historique nous aide à interpréter avec justesse ce point théologique crucial. Il intervient au début de Son ministère public. La nouvelle onction de l’Esprit-Saint n’est pas pour Lui mais pour nous ! Non quoad seipsum sed quoad nos ! Après tout, n’est-on pas déjà dans une dimension de Pentecôte ? Ainsi, pouvons-nous lire cette phrase : « Il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez » (Ac 2, 33).

 

Image similaire à celle donnée par St. Maxime, évêque de Turin : « Le Christ est baptisé non pas pour être sanctifié par l'eau, mais pour sanctifier lui-même l'eau et pour purifier par sa pureté ces flots qu'il touche. La consécration du Christ est en effet la consécration fondamentale de l'élément. Lorsque le Sauveur est lavé, c'est alors que l'eau est d'avance purifiée tout entière en vue de notre baptême ; la source est purifiée pour que, dorénavant, la grâce du baptême soit administrée aux peuples à venir. Le Christ a donc reçu le baptême par avance, pour que les peuples chrétiens prennent sa suite avec confiance »[3]. La présence de la nuée et de l’eau fait bien sûr penser au passage de la Mer Rouge mais là, on voyait la colonne de nuée, présence de Dieu, précéder le peuple hébreu. Cette anticipation – Dieu qui montre l’exemple – est aussi le cas pour la confirmation : ce qu’il a en plénitude, Dieu le montre et le donne.

 

  1. Miles Christi = soldat du Christ

 

L’Esprit-Saint est donné à Jésus pour qu’Il nous en fasse part. Mais il en est de même avec la confirmation : nous devons entrer dans un âge adulte pour communiquer notre être spirituel. Il existe avec la maturité sexuelle la possibilité de se « reproduire » mais avec la confirmation la possibilité de communiquer la vraie foi. Mais n’en concluons surtout pas qu’il faudrait attendre 16 ans voire plus. Non ! Pour pouvoir diffuser le bien que nous avons, il faut d’abord avoir été capable de l’assimiler. Pour devenir corps du Christ (par l’Eucharistie), il faut être passé à la nourriture solide, spirituelle. Ainsi, nous sommes mieux armés dans la foi pour accomplir cette mission donnée par le Prince des Apôtres : « Soyez toujours prêts rendre compte de l’espérance qui est en vous. Mais faites-le avec douceur et respect » (1 P 3, 15-16). Raison pour laquelle on disait autrefois que, par la confirmation, on devenait « miles Christi » (soldat du Christ). On ne peut combattre pour Dieu que si l’on vit vraiment de Lui, des dons de l’Esprit-Saint. St. Thomas écrit : « le confirmé reçoit la puissance de confesser la foi du Christ publiquement, et comme en vertu d’une charge (quasi ex officio) » (ST III, 72, 5, ad 2).

 

Lorsque l’Écriture parle de « baptême dans l’Esprit » par opposition au baptême dans l’eau que conférait St. Jean-Baptiste, faut-il y voir deux baptêmes, l’un plus déficient, l’autre plus complet ? Ou bien deux étapes qui donneront deux des trois sacrements de l’initiation ? Le baptême dans l’Esprit est en effet étroitement lié à la mission : « ‘alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours’ (…) ‘vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre’ » (Ac 1, 4-5 ; 8)[4].

 

 

Conclusion :

 

Il importe absolument de reconsidérer l’unité des sacrements et leur ordre. St. Augustin utilisait l’image suivante[5] : le pain ne se fait pas d’un seul grain de froment, mais de plusieurs. Ainsi en est-il du Corps du Christ. Quand les catéchumènes ont été exorcisés, ils ont été moulus, quand ils ont été baptisés, ils ont été pétris, quand ils ont reçu l’Esprit Saint, ils ont été cuits. Le feu est un symbole classique de l’Esprit-Saint. Un aliment non-cuit n’est pas encore « solidifié ». Il importe de remettre à l’honneur dans le parcours normal du chrétien la confirmation, quitte à remettre à une plus juste place ce qui n’est pas un sacrement mais a pris en France une place finalement démesurée : la profession de foi. C’est uniquement en repartant spirituellement de là qu’on pourra remédier aux divorces, au manque de vocations religieuses et sacerdotales, à la tiédeur spirituelle. Ce qui signifie qu’il faut organiser des sessions de rattrapage pour ceux qui n’auraient pas reçus encore cette grâce.

 

 


[1] Sermon pour l’Épiphanie 160, in PL 52, 620-622.

[2] Dialogue contre les lucifériens (382).

[3] Sermon pour l’Épiphanie 100, in CCL 23, 398-400.

[4] Cf. aussi Ac 8, 14-17 : « en effet, l’Esprit n’était encore descendu sur aucun d’entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint ».

[5] Anamnesis, saint Anselme in SC 116, p 236.