9e dimanche Pentecôte (22 juillet)

Homélie du 9e dimanche après la Pentecôte (22 juillet 2018)

Pour écouter l'homélie, cliquez ici

Dominus flevit (« le Seigneur a pleuré ») résume l’évangile du jour.

  1. La topographie des lieux

Ce lieu du Dominus flevit, où le Seigneur a pleuré est situé sur le Mont des Oliviers, près du Carmel du Pater Noster. Le Seigneur descendait vers Jérusalem, venant de Bethphagé et de Béthanie où avait eu lieu la rencontre entre Marthe, Lazare et Marie, juste avant la Passion. Il descendait vers la vallée du Cédron et le jardin de Gethsémani. Juste en face se trouve Jérusalem, côté oriental. La vue depuis cette église franciscaine est superbe. L’autel est dirigé vers l’Est : Jérusalem et le Mont du Temple (pour les Hébreux), esplanade des Mosquées (pour les musulmans). Là entra le Seigneur, par la Porte des Lions, aux Rameaux.

Jérusalem connut deux temples. Le premier temple fut construit par Salomon (régnant de 970 à 931 av. JC). Il fut détruit en 586 lors de la prise de la ville par les Babyloniens. Le second fut reconstruit par Esdras en 516 puis agrandi peu avant le Christ par Hérode le Grand et détruit en 70 ap J.C. par Titus. Le mur des Lamentations est constitué des fondations du second temple, celui que le Christ a connu.

Le temple est au cœur de la foi juive. Il est assimilé au Mont Moriah, lieu du sacrifice d’Isaac par Abraham. Abraham représente le début de l’Alliance (XVIIIe s av. JC). Salomon (Xe s av. JC) symbolise la fin de l’errance dans le désert : si les Hébreux avaient certes pris possession de la Terre de la Promesse depuis un certain temps (extrême fin XIIIe s), l’arche d’Alliance n’avait pas encore de stabilité véritable avant la fin du règne de David, père de Salamon (1010-970 av. JC). Elle fut installée dans ce temple qui devint ainsi vraiment la demeure de Dieu parmi les hommes. Le Christ va prendre sa place, venant de l’Est, du Mont des Oliviers. Le Christ, lumière du monde, apparait, comme le véritable Soleil de nos vies.

Jésus se lamente sur cette ville de Jérusalem de laquelle il approche. Les lamentations constituent une tradition ancienne dans les saintes Écritures : Jérémie est le plus connu mais d’autres prophètes en firent et pas que sur Jérusalem, aussi des imprécations sur un peuple, parfois païen. Une lamentation est souvent liée à une punition pour les trahisons de l’Alliance par le peuple juif. Abraham est le début de l’Alliance et prépare Moïse qui la scelle avec les tables de la loi. Abraham est le premier patriarche qui marque l’élection du peuple d’Israël.

Élire veut dire choisir parmi une masse informe, indéterminée, pour établir une relation privilégiée avec quelques-uns. On cueille en quelque sorte les meilleurs fruits du point de vue étymologique. Bref, on sépare du reste. La sainteté signifie aussi ne pas être comme tout le monde parce qu’on appartient à Dieu. Le peuple hébreu fut le premier peuple de la Terre qui reçut la révélation du monothéisme. Dieu l’a choisi pour cela. La pédagogie divine fait qu’il a vocation à révéler ce message aux autres peuples, ce en quoi il faillit.

  1. Endurcissement du peuple hébreu

L’histoire d’Israël est à la fois élection et trahison. La trahison commence très vite après le passage de la mer rouge. L’épître évoque les murmures du peuple hébreu contre Dieu parce qu’il pensait mourir dans le désert de soif. Moïse fit jaillir deux sources à Massa et Mériba avec son bâton mais leur nom signifie la révolte contre Dieu. Suit l’épisode du Veau d’or ou de la manne où Dieu donne de la viande (les cailles) jusqu’à en vomir. Cette rébellion continuelle dure encore à l’entrée en Israël sous Josué (tournant des XIIe - XIIIe siècles av. JC) avec les juges (comme Gédéon). Il s’agit alors d’une alternance de périodes fastes et néfastes comme plus tard avec les rois. Quelques-uns sont bons, mais assez peu. Plus souvent viennent des mauvais. Quand il y a des bons, Dieu est avec son peuple. Quand arrivent les mauvais qui trahissent l’Alliance, Dieu permet que son peuple soit corrigé par les païens.

Justement, dans la conquête d’Israël, Dieu laisse cinq peuples qui seront toujours présents au beau milieu de leur territoire : les Hittites, Jébuséens, Hévéens, Cananéens et Périzzites. D’autres peuples ennemis sont situés aux marges de la Terre de la Promesse dont les Philistins (Samson et Dalila, David contre Goliath). Étranges continuités historiques puisque Philistie donne Palestine (la bande de Gaza). Ces peuples, inférieurs aux Juifs, restèrent comme un aiguillon dans leur chair (2 Co 12, 7-9). Quand les Juifs n’obéissent plus, ces peuples-là attaquent les Juifs ou d’autres extérieurs comme les Assyriens en 722 dans le royaume d’Israël puis les Babyloniens contre le royaume de Juda en 597.

Dieu se sert des autres peuples pour ramener le peuple juif à l’Alliance. Certains étrangers comme Cyrus le Grand, roi de Perse qui ramène les Juifs à Jérusalem sont aussi considérés comme élus. La trahison des Juifs implique une punition. Nous devons certes manier avec précaution la justice immanente de Dieu, mais saint Paul interprète ainsi. Pour saint Jacques Dieu ne tente pas (d’où le problème de la traduction du Notre Père) puisque Dieu ne veut pas nous perdre pour la vie éternelle. Mais des choses mauvaises peuvent nous advenir par sa divine Providence pour que nous puissions en tirer un bien. C’est indéniable. Gifler un enfant est un acte physiquement mauvais mais moralement bon pour que l’enfant grandisse. Dieu agit comme un père. C’est pour notre correction que Dieu agit ainsi et évidemment, Sa volonté est bonne.

  1. Quelle leçon pouvons-nous en retirer ?

L’Ancien Testament pourrait nous excéder par ces continuelles trahisons du peuple juif, « peuple à la nuque raide ». Mais notre propre histoire est-elle si différente ? L’histoire sainte représente les hauts faits de Dieu avec son peuple élu mais chacun de nous a aussi sa propre histoire sainte. N’est-elle pas faite de multiples petites trahisons ? Dieu ne permet-il pas quelquefois que des malheurs ne nous arrivent qui finalement nous aident à grandir ? Même s’il faut oser garder à l’esprit Job ou l’aveugle-né où Jésus affirme qu’il n’a commis aucun mal.

St Paul emploie « figure » pour « typique » comme dans « c’est typique de lui, çà ». Cela révèle quelque chose de la personne. Typon renvoie à la frappe d’une monnaie avec un moule en creux qui formera le relief. Le moule avec l’avers et le revers de la monnaie donnent le type et l’antitype. En français moderne, on parle de prototype : ce qui arrive avant a une signification pour après. Ce qui survient dans l’Ancien Testament préfigure, anticipe, annonce ce qui advient après. Ce qui arrive aux juifs signifie quelque chose pour l’Église catholique.

La vocation du peuple Juif était de partager cette relation privilégiée avec le seul vrai Dieu. Au lieu d’évangéliser, les Juifs se sont repliés sur eux-mêmes tout en se laissant contaminer paradoxalement par les autres. Salomon, qui avait plusieurs femmes, épousa des idolâtres qui le contaminèrent comme Jézabel le fit avec Achab. Il en est de même avec un mariage mixte : la partie non-catholique tire presque toujours vers le bas la partie catholique.

L’Église peut subir le même sort que le peuple juif, au moins dans certains pays. L’infidélité est punie. L’Islam est un fléau de Dieu nous rappelant ce que nous devons faire pour être justes. L’Europe du Sud-Est fut dominée pendant cinq siècles par l’Islam mais en Grèce, Bulgarie, Roumanie, il ne reste pratiquement aucune trace dans la culture de cette domination étrangère musulmane parce que leur foi orthodoxe est un élément constitutif de leur nationalité. Pourrons-nous dire la même chose demain ?

L’Islam agit comme un aiguillon qui doit nous inciter à être fidèles. Si nous sommes fidèles à Dieu, il nous donnera les moyens de surmonter les problèmes. Dans notre vie personnelle, aussi. Le Christ pleure sur Jérusalem parce qu’il veut avant tout ramener comme une poule les petits poussins, ses enfants, sous ses ailes (en Matthieu). Voilà la volonté de Dieu. Malheureusement notre liberté humaine revient souvent à le trahir. Liberté prise au sérieux par Dieu si bien que malgré le « l’homme propose, Dieu dispose », d’une certaine manière, c’est le contraire. Dieu ne va jamais contre notre liberté qui mène parfois à notre perdition. Essayons donc toujours par la pénitence, la confession, de faire confiance. Confesser signifie aussi professer notre foi en ce Dieu de miséricorde qui pardonne mais attend que nous nous corrigions.