7e dimanche Pentecôte (11/07 - lect. thom.)

Homélie du 7e dimanche après la Pentecôte (11 juillet 2021)

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Lecture thomiste de Mt 7, 15-21

  1. Les faux prophètes
    1. Ils ne viennent pas de Dieu

Le Seigneur enseigne la méfiance face aux faux prophètes. Traditionnellement, on considère que l’Ancien Testament souvent appelé « la loi et les prophètes » dura jusqu’à Jean le Baptiste qui le clôture (Lc 16, 16). Ainsi, au temps de Jésus et depuis, il n’y a plus de prophètes au sens d’envoyé spécial de Dieu. Certes, tout baptisé peut être « prêtre (sacerdoce baptismal et non pas ministériel), prophète et roi » d’une certaine manière. Les voyants choisis par Dieu pourraient être assimilés à des prophètes car ils doivent souvent faire passer un message à l’Église et au monde. Certains interprètent pour les docteurs et prélats dans l’Église.

Les prophètes sont faux quand ils n’ont pas été envoyés par Dieu. « Je n’ai pas envoyé ces prophètes, et pourtant ils courent ! Je ne leur ai pas parlé, et pourtant ils prophétisent ! » (Jr 23, 21). Même des prédictions justes peuvent venir des démons ou faux dieux comme Baal (Jr 2, 8). Mais souvent ils mentent purement et simplement comme Ananie (Jr 28) qui prétendait qu’Israël échapperait à la déportation de Babylone : « N’écoutez pas les paroles des prophètes qui vous disent : ‘Non, vous ne servirez pas le roi de Babylone !’ C’est le mensonge qu’ils vous prophétisent ! Je ne les ai pas envoyés – oracle du Seigneur –, mais ils prophétisent en mon nom le mensonge ! À cause de cela, je vais vous chasser, et vous périrez, vous et vos prophètes » (Jr 28, 14). Car certains cherchent à flatter le pouvoir tels les 400 prophètes qui induisaient en erreur Achab, le roi d’Israël (Nord après la partition). Comme avec Job, Dieu toléra que Satan séduisît Achab qui voulait guerroyer contre les Araméens. : « J’avancerai, je deviendrai esprit de mensonge dans la bouche de tous ses prophètes » (1 R 22, 22). Seul Michée fit vraiment son travail, mais il était détesté d’Achab car un roi ou un évêque aujourd’hui, aime à s’entourer de gens de bénis oui-oui, lui disant ce qu’il veut entendre : « Il y a encore un homme par qui nous pourrions consulter le Seigneur, mais moi, je le hais, car il ne prophétise rien de bon à mon sujet, mais seulement du mal. C’est Michée, fils de Yimla » (1 R 22, 8). Quel malheur que d’oser contre 400 prophètes se prostituant au pouvoir en place dire le contraire du souhait du potentat, ce qui le ferait bouder (v. 18) !

    1. Difficulté de discerner les vrais des faux

Il convient donc de se méfier, d’éviter avec soin ces faux prophètes car ils sont cachés. Comme le discernement est complexe en la matière, mieux vaut s’en tenir à ce qui est connu. Il existe tellement d’apparitionnistes qui prétendent tout interpréter à la lumière de telle pseudo-révélation privée alors que leur application à l’histoire des hommes est bien plus complexe. Dieu interdit de consulter nécromanciens et autres divinateurs (Lv 19, 26, Dt 18, 10-12) car l’avenir n’appartient qu’à lui. Nous en sommes donc réduits à utiliser notre intelligence pour poser des jugements prudentiels comme l’agriculteur qui observe le temps ou les animaux, comme l’enseigne le Christ avec le figuier (Mt 24, 32). Le précurseur ne s’adressait pas autrement aux Juifs (Mt 3, 10 ; Lc 9, 9) menacés d’être rejetés car refusant de croire en Christ.

Le faux prophète est assimilable au pasteur mercenaire (Ez 34, Jn 10) avec cette nuance que le loup est plus malicieux puisqu’il cherche à détruire tandis que le mauvais berger (prêtre ou évêque) recherche son propre avantage en profitant du troupeau. Un prédicateur incontinent ou un Borgia est moins dangereux qu’un pape hérétique car on le démasque plus facilement. La conclusion est identique dans les deux cas comme le montre Michée : « J’ai vu tout Israël dispersé sur les montagnes, comme des brebis sans berger » (1 R 22, 17). Méfions-nous des apparences trompeuses de piété (2 Tm 3, 5), même avec le jeûne et les aumônes comme les hypocrites. S. Paul était conscient de ce risque de dispersion de son travail évangélique : « Moi, je sais qu’après mon départ, des loups redoutables s’introduiront chez vous et n’épargneront pas le troupeau » puisqu’il était annoncé par le Seigneur : « Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et candides comme les colombes » (Mt 10, 16).

  1. La fécondité
    1. Le dire et le faire

Le fruit ne se rapporte pas qu’aux œuvres mais déjà à ce qui est dit. Confesse-t-il la vraie foi ? Le premier critère doit être l’orthodoxie absolue :  « Le fruit est la confession de la foi. S’il confesse la foi, il n’est donc pas hérétique » (S. Jean Chrysostome) suivant Ep 5, 9 « la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité ». Or la vérité est une vertu dépendante de la justice. Un païen est vite démasqué mais l’hérésie dans l’Église se répand de l’intérieur !

Toutefois, l’histoire très récente – qui est la meilleure maîtresse de vie – enseigne que jusqu’au plus haut niveau l’Église n’a pas su discerner des loups rapaces. Il n’est presque pas de communautés nouvelles dont on nous faisait miroiter qu’ils seraient l’avenir de l’Église qui eût été épargnée par les scandales spirituels voire sexuels. Si « personne ne peut longtemps jouer un personnage » pour Sénèque, tout un système peut très bien tromper son monde pendant des décennies puisque les lanceurs d’alerte seront soigneusement écartés, réduits au silence, calomniés comme le montre Dom Dysmas de Lassus dans Risques et dérives de la vie religieuse.

La vertu s’éprouve souvent dans la soudaineté car dans les choses faites délibérément, le loup prend garde à lui-même. Elle s’éprouve encore dans les tribulations : « Il y a celui qui est ton ami quand cela lui convient, mais qui ne reste pas avec toi au jour de ta détresse » (Si 6, 8). Les loups se révèlent lorsqu’ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent ou lorsqu’ils l’ont déjà obtenu. C’est ainsi que l’exercice du pouvoir manifeste ce qu’est un homme.

    1. Parabole des fruits

Le raisin figure mystérieusement le Christ. De même que la grappe, par l’intermédiaire du bois de la vigne, tient suspendus des grains nombreux, ainsi le Christ, par le bois de la croix retient dans une étroite union la multitude des fidèles. Le raisin dont est fait le vin évoque la patience parce que foulé au pressoir ; la joie, parce que le vin « réjouit le cœur de l’homme » (Ps 103, 15) ; la sincérité, parce qu’il n’est pas mélangé d’eau, et la suavité par le plaisir qu’il donne dans la joie spirituelle de cette union avec Dieu et entre frères. La figue qui cache une quantité considérable de graines sous une seule enveloppe est l’Église qui retient aussi la multitude de ses enfants dans les doux embrassements de sa charité et la douceur de la paix. Au contraire, les épines et chardons sont liées au péché depuis la malédiction d’Adam qui avait volé le fruit de l’arbre défendu « de lui-même, il te donnera épines et chardons, mais tu auras ta nourriture en cultivant les champs » (Gn 3, 18).

Les propos du Seigneur servirent aux manichéens à faire accroire qu’il y aurait deux natures, la bonne et la mauvaise. Ne soyons donc pas aussi naïfs ! Certaines épines comme les ronces donnent de beaux fruits avec les mûres savoureuses. Une mauvaise créature produit aussi de bons fruits, et l’inverse. L’arbre est le principe du fruit qui est double : le principe de la nature et du comportement. Le principe de la nature est l’âme : tout ce qui est produit naturellement est entièrement bon. Mais le principe du comportement est la volonté : si la volonté et l’intention sont bonnes, l’action sera bonne. Voler pour faire l’aumône est mauvais car même si la volonté est bonne, l’intention n’est pas droite.

Le mauvais arbre doit être coupé puisqu’il ne produit pas ce qui lui convient selon son espèce. Le Chrétien ne demeurant pas dans le Christ doit être retranché de son corps : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent » (Jn 15, 6). La parabole du figuier qui fatigue la patience du maître (Lc 13, 6-8) et épuise en vain le sol finit avec la cognée à sa racine. Nous avons un temps pour nous convertir et un temps où il sera trop tard, à savoir la mort. N’en déplaise aux hérétiques partisans de l’option finale au moment de la mort comme une ultime chance !

    1. Les paroles creuses ne suffisent pas

Il ne suffira pas de répéter le nom du Seigneur. La doctrine doit être enseignée (confession ou profession orale, Rm 10, 10), connue par l’écoute de la parole de Dieu (Jn 8, 47) puis observée, mise en pratique (« Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion », Jc 1, 22) car rien d’autre ne suffit au salut. Certains des meilleurs parmi les évangélisateurs sont capables de miracles (Mc 16, 20), ce qui est normalement le signe de la présence de Dieu. Mais même là, Jésus nous avertit : « Il surgira des faux messies et des faux prophètes, ils produiront des signes grandioses et des prodiges, au point d’égarer, si c’était possible, même les élus » (Mt 24, 24). Face à Moïse et Aaron : « les magiciens d’Égypte en firent autant avec leurs sortilèges » (Ex 7, 11.22).

S. Paul semblait dire le contraire : « personne n’est capable de dire : ‘Jésus est Seigneur’ sinon dans l’Esprit Saint » (1 Co 12, 3). Mais dire s’entend à plusieurs niveau ; en un sens général, et en un sens rigoureux propre qui manifeste son sentiment et sa volonté : croire le Seigneur et lui obéir. Il est des gens qui « disent et ne font pas » (Mt 23, 3) comme les pharisiens : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Mt 15, 8 citant Is 29, 13). Faire la volonté de Dieu est uniquement ce qui ouvre la porte du Ciel, comme nous le demandons dans le Notre Père (Mt 6, 10) même si parfois nous sommes perplexes sur ce qu’il attend de nous précisément, dans le concret. La porte est étroite et tous ne rentreront pas.

Date de dernière mise à jour : 11/07/2021