9e Pentecôte (25/07 - lect. thom.)

Homélie du 9e dimanche après la Pentecôte (25 juillet 2021)

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Lecture thomiste de Lc 19, 41-47

  1. Jésus pleure sur Jérusalem
    1. Jésus vit la béatitude des larmes face à l’aveuglement de la synagogue

Pleurer est à la fois signe de tristesse, passion qui surgit face à un mal présent, mais aussi béatitude car rapportée à la récompense au Ciel qu’elle vaudra en contrepartie. Le Christ confirma par son exemple toutes les béatitudes qu’il avait proclamées. Il s’appliqua par ex. « Bienheureux les doux » en disant de lui-même : « je suis doux et humble de coeur » (Mt 11, 29). Ici, il fit de même en pleurant sur la ville sainte par compassion pour ses habitants qui s’aveuglent sur sa ruine proche. Le miséricordieux sait que le châtiment de l’infidélité tombera. Il n’est pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir en s’étourdissant dans les plaisirs sensibles qui ne sauraient apporter la paix qui ne vient réellement que de Dieu.

Ces scribes et pharisiens scrutaient pourtant longuement la Sainte-Écriture. Mais ils ne pouvaient en approcher le sens véritable car un voile leur en cachait le sens profond révélé par le seul Jésus : « Mais leurs pensées se sont endurcies. Jusqu’à ce jour, en effet, le même voile demeure quand on lit l’Ancien Testament ; il n’est pas retiré car c’est dans le Christ qu’il disparaît ; et aujourd’hui encore, quand les fils d’Israël lisent les livres de Moïse, un voile couvre leur cœur. Quand on se convertit au Seigneur, le voile est enlevé » (2 Co 3, 13-16). D’où le thème pictural classique d’Ecclesia et Synagoga où figure féminine représente le peuple juif avec les yeux bandés ou la tête voilée, vêtue de jaune, couleur de trahison. S. Justin la reliait à Léa, l’aînée de Laban, première femme de Jacob qui préférait Rachel, sa cadette : « Les yeux de Léa étaient délicats, tandis que Rachel avait belle allure et beau visage » (Gn 29, 16-17).

Cette prophétie du Christ annonce clairement les deux guerres juives décrites par Flavius Josèphe. Les Romains rayèrent de la carte Jérusalem en 70 sous Titus puis en 135 (révolte de Bar Kochba) sous Hadrien. Elle devint Ælia Capitolina et fut interdite aux Juifs. Aujourd’hui, la vieille ville ne correspond plus à la Cité de David mais est centrée autour du Saint-Sépulcre qui était pourtant en-dehors des portes de la ville autrefois, comme pour une translation géographique.

    1. Un sort identique de perdition pour les mauvais chrétiens

Mais n’oublions pas que tout chrétien qui apostasie la vraie foi ou ne s’efforce pas de se convertir, se place dans une situation pire que celle du peuple de la première alliance qui n’a pas reconnu le Messie. La perdition de la prophétie vaut aussi pour tous ceux-là ! S’ils pouvaient connaître le jugement de condamnation qui les menace, les mauvais mêleraient leurs larmes à celle de Jésus. L’âme coupable qui met son bonheur dans les biens de la terre, ne veut pas prévoir l’avenir dont la vue pourrait troubler sa joie présente des biens de ce monde.

Jérusalem peut aussi symboliser notre âme assiégée par ses ennemis, les esprits mauvais ou impurs en grec qui l’entourent de tranchées pour en faire le siège, ce qui est étymologiquement obséder (ob-sedere : faire le siège autour de), l’un des niveaux des manifestations diaboliques. Dans ce dur combat, l’âme doit pourtant tenir jusqu’au bout, au risque de se voir appliquer cet avertissement : « Mais le juste, s’il se détourne de sa justice et fait le mal en imitant toutes les abominations du méchant, il le ferait et il vivrait ? Toute la justice qu’il avait pratiquée, on ne s’en souviendra plus : à cause de son infidélité et de son péché, il mourra ! » (Ez 18, 24). L’agonie est typiquement l’un des moments du plus rude combat, raison pour laquelle on invoque les patrons de la bonne mort comme S. Christophe, S. Joseph et la TS Vierge Marie « maintenant et à l’heure de notre mort ». Ainsi, à la pesée de notre âme avec la balance de S. Michel comme sur les tympans romans, que nous ne soyons pas comme le roi de Babylone Balthasar qui s’entendit dire : « Mené, Mené, Teqèl, Ou-Pharsine » (Dn 5, 25) où le second mot « Teqèl (c’est-à-dire “pesé”) : tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé trop léger » (Dn 5, 27) en bonnes œuvres.

Les démons représentent à ces âmes obsédées les iniquités commises et la triste perspective de sa damnation. Elles voient quels ennemis l’environnent sans aucune issue pour leur échapper parce qu’elle ne peut plus faire le bien qu’elle a négligé lorsqu’elle le pouvait. Tout l’édifice de ses pensées mauvaises s’écroule. Mais Dieu visite l’âme mauvaise continuellement en lui rappelant ses préceptes, quelquefois par des châtiments, quelquefois par des miracles, pour lui faire entendre la vérité qu’elle ne connaissait pas, lui faire mépriser ce qu’elle aimait (S. Remi à Clovis, le fier Sicambre : « brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé »), afin que, ramenée à lui par la douleur du repentir ou vaincue par ses bienfaits, elle rougisse du mal qu’elle a fait. Mais comme elle n’a point voulu connaître le jour où Dieu l’a visitée, elle est livrée à ses ennemis, au jour de l’éternelle damnation.

  1. Jésus, chassant les vendeurs du temple, accomplit un geste prophétique
    1. Pas de trafic avec les choses de Dieu

Après avoir prédit les malheurs qui devaient fondre sur Jérusalem, Jésus entra aussitôt dans le second Temple agrandi sous Hérode le Grand pour en chasser les marchands. Il montrait ainsi que la ruine du peuple a pour cause la conduite coupable des prêtres. La simonie tire son nom de Simon le magicien (Ac 8, 18-19) qui voulait acquérir de S. Pierre le pouvoir de confirmer dans l’Esprit-Saint. Elle désigne la vente d’un sacrement, d’une charge ecclésiastique, en contrepartie d’autre chose, souvent monétaire. Elle dévoie le ministère sacerdotal en trafic sacrilège car un prêtre devrait être désintéressé. S. Augustin critiqua beaucoup les pasteurs qui se nourrissent sur le troupeau et font de l’Église un tremplin pour leur avancement, se servant au lieu de servir. Pour autant, le Christ continue de prêcher tous les jours au Temple car il ne se lasse pas d’appeler à la conversion. Doctrine et œuvre sont les deux moyens de reconnaître la vérité chrétienne dans le Christ.

    1. Adorer Dieu en esprit et en vérité

Les marchands du Temple y vendaient les animaux destinés à être immolés conformément aux prescriptions de la loi et étaient donc légitimes. Mais le Christ posa un geste prophétique comme avant lui Osée épousant la prostituée Gomer (Os 1-3), Ezéchiel se couchant sur la brique et consommant une nourriture souillée (Ez 4, 1-17), Jérémie faisant pourrir la ceinture de lin (Jér 13, 1-9).

Le Christ est venu accomplir la loi en en révélant le sens profond, au-delà des pratiques rituelles de l’ancienne alliance car Dieu veut être adoré en esprit et en vérité (Jn 4, 23) dans le nouveau Temple qu’est le corps du Fils (Jn 2, 19-21), en tout lieu où est célébré le sacrifice eucharistique à la messe. La colombe symbolise usuellement l’Esprit-Saint qui est donné gratuitement. Ceux qui vendent les colombes renvoient à la simonie pour s’accaparer la puissance de cette personne divine qui est le pont entre la Trinité et nous pour y demeurer : « Simon, voyant que l’Esprit était donné par l’imposition des mains des Apôtres, leur offrit de l’argent en disant : ‘Donnez-moi ce pouvoir, à moi aussi, pour que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent l’Esprit Saint’ ». Alors que nous savons que : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement » (Mt 10, 8).

Mais le trafic peut s’entendre aussi de la vérité éternelle lorsqu’on essaie de « prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages » (sic ! cf. Michel Audiard) qui seraient à plumer de l’intégrité du dépôt de la foi que même un pape ne peut changer. Actuellement règne dans la société comme dans l’Église une telle confusion doctrinale, morale, liturgique, canonique que se réalise déjà la malédiction « Malheureux, ces gens qui déclarent bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres » (Is 5, 20). « Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques » (2 Tim 4, 3-4). Il suffit pourtant de tenir mordicus ce que l’Église a toujours et partout tenu.