SS. Pierre et Paul (4/07 - lect. thom.)

Homélie des SS. Pierre et Paul (4 juillet 2021)

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Lecture thomiste (Mt 16, 13-19)

Avant notre passage dans l’évangile selon Matthieu, le Seigneur a enseigné que la doctrine évangélique devait être gardée pure du levain des Juifs et ici il montre l’éminence de cette doctrine. Premièrement, pour ce qui est de la foi dans ses deux natures, divine et humaine ; il continuera ensuite avec la foi en la passion (v. 21) puis en son pouvoir judiciaire (v. 27).

  1. L’opinion sur le Christ
    1. De la foule

Matthieu indique précisément le lieu, Césarée. Mais il y en avait deux et il ne faut pas comprendre Césarée maritime, érigée en l’honneur d’Auguste près de la mer et où vivait Ponce Pilate, procurateur de Judée. Ici, il s’agit de Césarée de Philippe dédiée à Tibère par le tétrarque d’Iturée et Trachonitide. C’est là que Pierre fut envoyé à Corneille (Ac 10, 1) qui symbolise l’ouverture de l’Église aux païens. Située tout au nord de l’actuel Israël, au pied du mont Hermon du Liban, elle abrite l’une des sources du Jourdain sous le nom de Banyas, dérivé arabe de Panée car un culte au dieu Pan y était célébré (représenté mi-homme mi-bouc qui n’est donc pas sans faire penser au diable, antique ennemi de l’Église). Dès le départ, l’Église est donc confrontée aux païens qu’il s’agit de convertir sans se laisser dominer par leur idolâtrie.

Jésus interrogea ses disciples. « Lorsque le sage interroge, il enseigne » (S. Jérôme). Il s’enquiert de sa réputation. « Prends soin de ton nom, car il te survivra plus que mille monceaux d’or » (Si 41, 15). Le Christ demanda donc ce qu’on disait de lui car on peut se méprendre. « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » (v. 13). Ceux qui connaissent la divinité sont appelés dieux (Ps 81, 6 repris par Jn 10, 34) et ceux qui connaissent l’humanité sont appelés hommes. Or le Christ voulait que nous sussions qu’il était autre chose qu’un simple homme malgré cette si humble appellation pour le Fils de Dieu (Mt 11, 29).

Si les Pharisiens blasphémaient le Christ, les foules l’appelaient prophète. Mais certains se référaient à S. Jean le Baptiste : « un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple » (Lc 7, 16). On le comparait à l’autorité (Mt 7, 29) de celui qui avait prêché la pénitence en des termes strictement identiques à ceux repris par Jésus (Mt 3, 2 et 4, 17) : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche ». Les prophéties annonçaient aussi le retour d’Élie : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable » (Ml 3, 23). Élie qui « surgit comme un feu, sa parole brûlait comme une torche » (Si 48, 1). Ou l’élévation de sa vie leur rappelait Jérémie, dont le Seigneur avait dit : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations » (Jr 1, 5), lui qui était considéré par les étrangers et méprisé par les siens comme Jésus.

    1. Des disciples (v. 15)

Mais le Christ est adepte du « cor ad cor loquitur » (le cœur parle au cœur) de S. John Henry Newman et ce qui l’intéresse plus encore, c’est ce que disent ses apôtres dont la foi est examinée. La plus grande proximité, familiarité du Christ avec les douze fait qu’ils doivent mieux le connaître que les autres car à qui il a été donné davantage on réclamera davantage (Lc 12, 48). Ils avaient vu les miracles. C’était aussi un moyen pour eux d’avancer et en exprimant leur foi, de mériter par leur confession de cette foi. « C’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut » (Rm 10, 10).

Pierre répondit pour lui-même et pour les autres. Sa foi porte sur la nature humaine du Christ. En le désignant tel : « tu es le Christ », l’Oint. L’onction avec l’huile du Saint-Esprit ne lui convient pas selon sa divinité, car elle procède de celle-ci, mais selon son humanité. S. Pierre considère l’humanité du Christ autrement que les foules. Prophètes comme Élisée (1 R 19, 16), rois comme Saül (1 Sm 10, 1) et prêtres comme Aaron et ses fils (Lv 8, 12-13) étaient tous oints. Le Christ rassemble ces trois fonctions en sa personne comme les prédictions l’avaient annoncé : roi : « Voici venir des jours – oracle du Seigneur–, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera : ‘Le-Seigneur-est-notre-justice’ » (Jr 23, 5) ; prêtre : « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre du roi Melchisédech » (Ps 109, 4) ; prophète : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez » (Dt 18, 15).

Mais cette confession de Pierre alla plus loin que son humanité, pour exprimer la substance divine du Christ, qu’il partage avec le Père, dans l’Esprit-Saint en ajoutant : « Tu es le Fils de Dieu vivant », au sens métaphysique et non pas allégorique. Il se démarque des Juifs qui considéraient Jésus comme un blasphémateur : « nous voulons te lapider (…) pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu » (Jn 10, 33). Il ne s’agit pas d’une divinisation comme l’apothéose des empereurs romains à leur mort, organisée par le Sénat (cf. Bérénice de Racine). Étant la source de la vie (Jn 14, 6), le Christ veut nous la partager.

  1. La réponse du Christ
    1. L’approbation

« Heureux es-tu, Simon fils de Jonas/Jean ». Bar Yonas : fils de la colombe qui évoque l’Esprit Saint, par lequel cette confession fut faite. Mais d’autres avaient pourtant confessé que Jésus était bien le Fils de Dieu, tel Nathanaël (Jn 1, 49) avant lui. Pourquoi Pierre est-il dit ici bienheureux, et non les autres ? Parce qu’ils confessaient un fils adoptif (comme les Ariens plus tard), mais S. Pierre confessa le premier le Fils par nature, « consubstantiel au Père ».

Jésus le récompensa d’une manière spéciale car à une connaissance répond une autre connaissance. La béatitude est dans la connaissance : « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17, 3). Mais il existe une double connaissance : l’une qui se fait par la raison naturelle mais est douteuse, l’autre qui dépasse la raison mais qui satisfait l’intelligence : « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé » (cf. Is 64, 4). La « chair et le sang » (cf. Ga 1, 16 Vulg) signifient la tradition des Juifs qui ne fut pas consultée mais une révélation directe de Dieu. Au-delà de la chair et du sang du Christ, il sut discerner par le Père (Lc 10, 22 : « Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ») qu’il lui était consubstantiel, donc divin.

    1. La récompense

Pierre avait confessé l’humanité et la divinité. Il reçut en récompense un nom et un pouvoir. Le Seigneur était venu dans le monde pour fonder son Église : « Moi, dans Sion, je pose une pierre, une pierre à toute épreuve, choisie pour être une pierre d’angle, une véritable pierre de fondement » (Is 28, 16). Elle était symbolisée par la pierre que Jacob avait placé sous sa tête et sur laquelle il répandit de l’huile (Gn 28, 18). Cette pierre est le Christ et c’est en vertu de cette onction que tous sont appelés chrétiens. Le nom promis par Jésus dès le début (Jn 1, 42) fut maintenant donné et expliqué. Le propre de la pierre est qu’elle est placée à la base et donne une solidité telle la maison bâtie sur le roc (Mt 7, 24-25) qu’est Dieu, el Shaddaï (le Rocher) (Gn 28, 3 ; 35, 11 ; 49, 25). Le Christ lui-même est appelé la Pierre ou le rocher (1 Co 3, 11 ; 10, 4) et est le seul vrai fondement. Le Christ l’est par lui-même, mais Pierre pour autant qu’il confesse le Christ, à titre de vicaire : « vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondations les Apôtres et les prophètes ; et la pierre angulaire, c’est le Christ Jésus lui-même » (Ép 2, 20, cf. Ap 21, 12-14).

Si cette maison peut être assiégée, elle ne peut être abattue. « Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer » (Jr 1, 19). Les portes de l’enfer évoquent les hérétiques, tyrans, démons et péchés. L’Église romaine n’a pas été corrompue par les hérétiques comme d’autres le furent, dont Constantinople : « j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 32).

Le second don que le Christ, selon son humanité, fit à Pierre, son vicaire pour son Église sur terre était de faire entrer les hommes au ciel : « Ayant l’assurance voulue pour l’accès des saints par le sang du Christ » (He 10, 19). Le Christ a donc fait de Pierre son vicaire tel un portier céleste (premier ordre mineur ou ostiarius) pour faire entrer les hommes au ciel où « avec assurance  nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus » (He 10, 19). La clef ferme ou ouvre la porte et non pas à lier. En réalité, la porte du Ciel est déjà ouverte (Ap 4, 1). Mais celui qui doit y entrer et qui est lié doit être délié. Le péché est l’obstacle qui empêche de pénétrer : « rien de souillé n’y entrera jamais, ni personne qui pratique abomination ou mensonge, mais seulement ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau » (Ap 21, 27). Le Christ a enlevé cet obstacle par sa passion notre épisode de la confession de Pierre (qui suivrait, d’où le futur « je te donnerai ») en nous lavant de nos péchés « dans son sang » (Ap 1, 5). Un ministère spécial consiste à pardonner les péchés : la confession.

Dans le prêtre, il existe une certaine puissance spirituelle instrumentale, en vertu de laquelle il est appelé ministre, et par laquelle il réalise la rémission des péchés. Mais on peut se demander pourquoi il lie. Le prêtre est le ministre de Dieu et son action dépend de l’acte du Seigneur. Le prêtre lie et délie de manière ministérielle selon que le Seigneur lie et délie. Dieu délie en infusant la grâce ; il lie en ne l’infusant pas. De même, le prêtre délie dans le sacrement en administrant le sacrement, mais il lie en ne l’administrant pas. Ou bien, lier évoque l’excommunication (dont on est absout dans la formule traditionnelle d’absolution). Le Seigneur a donné immédiatement à Pierre ce pouvoir, qu’il transmet aux autres puisqu’il ajouta : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus » (Jn 20, 23). Ce pouvoir est délié aux jeunes prêtres par l’évêque, indépendamment de l’ordination, raison pour laquelle ils portent eux, l’étole croisée, contrairement à l’évêque.

 

Date de dernière mise à jour : 05/07/2021