Trinité (11 juin 2017)

Homélie du dimanche de la Très Sainte Trinité (dimanche 11 juin 2017)

Pour écouter l'homélie au format audio, cliquez ici

Le dogme de la Trinité

Méditons en cette fête sur le principal dogme de notre foi avec l’Incarnation : la Trinité.

  1. Rappel d’histoire liturgique
    1. Les Quatre-temps de Pentecôte

Originellement les ordinations n’étaient pas célébrées comme aujourd’hui vers la fête de St. Pierre et Paul le 29 juin mais plutôt à l’occasion des Quatre-Temps qui sont même prévus pour cela les samedis, étant donné le nombre et la thématique des lectures correspondant aux septe degrés de l’ordre. Puisque l’ordination donne des prêtres dont la fonction principale est de féconder le corps mystique du Christ qu’est l’Église en engendrant spirituellement par le baptême une nombreuse progéniture, on ne s’étonne donc pas de la lecture liée à la nécessité de faire des disciples en baptisant toutes les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Les prêtres sont les envoyés de la Sainte-Trinité comme les apôtres furent poussés par l’Esprit-Saint à la Pentecôte à parcourir le monde entier connu de l’époque pour baptiser[1].

Il n’y avait pas d’office le dimanche même car les ordinations avaient eu lieu durant la nuit. On parlait du dimanche vacant. Alcuin (vers 730 – 19 mai 804), le grand intellectuel de la Renaissance carolingienne, avait composé des messes pour des régions récemment converties dépourvues de livres liturgiques. Et quand il n’y avait pas d’office particulier, on prenait pour le dimanche la Trinité (aujourd’hui, cette messe votive est proposée les lundis).

  1. La difficulté à imposer la solennité de la Très Sainte Trinité

C’est encore de Liège (comme pour la Fête-Dieu qui viendra peu après) que fut institué solennellement la fête de la Sainte-Trinité en 920 par le prince-évêque Étienne. Dans l’Empire, cette messe votive s’étendit peu à peu comme attesté par le concile de Seligenstadt, en 1022. Puis les ordres monastiques s’y mirent : Reichenau sous Bernon l’adopta (abbé de 1008 à 1048), puis Cluny (en 1091, elle existe depuis longtemps déjà).

Mais le Saint-Siège refusa de souscrire à cette idée. Par une décrétale[2], Alexandre II (1061-1073) motiva son rejet en disant que chaque jour l’adorable Trinité était sans cesse invoquée par la répétition de la doxologie : Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto et beaucoup d’autres formules. La raison en était simple : une fête commémore un événement de l’Histoire Sainte dont il convient de perpétuer le souvenir et l’influence. Or, la Sainte-Trinité est toujours agissante dans cette Histoire Sainte mais en plus, de toute éternité, avant toute création, Dieu vit et règne, Père, Fils et Saint-Esprit.

Toutefois, les Églises particulières continuèrent ce pieux usage. En Angleterre, notre saint-patron saint Thomas de Cantorbéry l’institua en 1162 qu’il l’institua dans son Église, en mémoire de sa consécration épiscopale qui avait eu lieu le premier Dimanche après la Pentecôte. L’Ordre de Cîteaux l’adopta en 1230 dans toutes ses abbayes (environ 300 à l’époque, 690 au maximum en 1354). C’est finalement le Pape Jean XXII qui adopta à la fin de son long règne, en 1334.

  1. La Sainte-Trinité
    1. Trois personnes divines

La liturgie avait rappelé dans la vigile pascale le rôle de Dieu le Père dans la Création, du Fils dans la Rédemption nécessaire après la chute du péché originel, et de l’Esprit-Saint qui nous sanctifie. C’est le Christ qui nous a révélé le Père en nous apprenant à Le prier (Pater Noster) car Il nous aime et désire notre salut. Lui-même s’est présenté comme le Fils envoyé par le Père : « je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6). Il a annoncé qu’Il enverrait après Son retour auprès du Père, l’Esprit-Saint qui est l’hôte intérieur de nos âmes, Dieu qui habite en nous.

Bien sûr, le terme technique de « Trinité » avec tout le vocabulaire qui l’explicite, sont postérieurs à la Sainte-Écriture mais ce dogme s’y enracine sans aucun doute. Déjà dans l’Ancien Testament, est évoqué l’unité de l’essence et la distinction des personnes dans l’expression : « Dieu dit : ‘faisons l’homme à notre image’ » (Gn 1, 26). Ce passage du singulier au pluriel est déjà éclairant. De même, la triple glorification reprise dans le Sanctus : « Saint, Saint, Saint, Dieu de l’univers » (Is 6, 3). Il est vrai que dans le temps humain, avec l’évolution de l’histoire religieuse de l’humanité, il fallut d’abord insister prioritairement sur l’unité de Dieu dans un monde antique dominé par le polythéisme.

C’est bien sûr le Christ qui Se présente toujours comme l’envoyé du Père qui clarifie le mieux les choses. L’expression du baptême suivant l’ordre du Christ : « de toutes les nations, faîtes des disciples en les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Mt 28, 18-20). Idem avec l’expression : « Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion[3] du Saint-Esprit soient avec vous tous » (2 Co 13, 13). En effet, unité ne signifie pas uniformité, monolithisme comme les monades de Leibnitz repliées sur elles-mêmes mais richesse de l’être. « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8). L’amour est un bien, donc il se communique, au contraire du narcissisme : il a besoin d’un vis-à-vis, d’un égal (le véritable amour n’est qu’entre égaux pour Aristote : d’où la nécessité de l’Incarnation pour établir une certaine égalité entre la créature et le Créateur). Mais cette communication d’amour intervient à l’intérieur même de l’être divin. Dieu le Père a tout donné de ce qu’Il est au Fils, excepté sa paternité qui exprime la source. Le Fils s’est totalement reçu du Père et s’est offert en retour à Lui, de manière éminente sur la Croix. Et le vinculum caritatis, le lien d’amour est le Saint-Esprit qui est comme un baiser éternellement échangé entre le Père et le Fils.

  1. Une seule substance, puissance et volonté divines

D’un autre côté, sur l’unité de substance ou consubstantialité entre les trois personnes divines, l’expression : « Le Père et moi nous sommes un » devrait mieux être rendu par « Le Père et moi nous sommes une seule chose » car nous n’avons pas comme ce serait normal grammaticalement « un » comme un masculin vu le sujet Père/Jésus mais un neutre : une seule chose, d’une seule substance. D’où le concept d’inhabitation entre le Père et le Fils, dans l’Esprit. Une autre manière de présenter les choses est le feu : on a avec trois bûches un seul feu. Qu’on écarte les bûches qui alimentent ce feu et on n’aura pas un tiers de feu. Qu’on les rassemble et on n’aura pas un triple feu, mais du feu.

L’autre manière de présenter les choses et de dire que Dieu est pur esprit. Or un esprit sans corps comme pour les hommes, n’a que les facultés supérieures de l’âme (nous avons en plus la sensibilité pour administrer le corps) : l’intellect et la volonté. Le Fils procède du Père suivant l’intellect car il est la raison de Dieu, le logos (« Verbe » ne recouvre pas toute la richesse sémantique du grec). L’Esprit étant l’amour procède de la volonté car aimer c’est vouloir aimer (« ti voglio bene » : je te veux du bien comme l’on dit en italien).

Conclusion :

Il est ce qui nous permet de comprendre comment fonctionne l’homme, la créature, en regardant le modèle suivant lequel nous avons été créés. Nous sommes faits pour aimer et aimer, c’est tout donner et se donner soi-même comme dirait la petite Thérèse.

Symbolum Athanasianum

Le symbole de St. Athanase

Quicúmque vult salvus esse, * ante ómnia opus est, ut téneat cathólicam fidem :

Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique :

Quam nisi quisque íntegram inviolatámque serváverit, * absque dúbio in ætérnum períbit.

Et celui qui ne l’aura pas gardée entière et inviolable, périra certainement pour l’éternité.

Fides autem cathólica hæc est : * ut unum Deum in Trinitáte, et Trinitátem in unitáte venerémur.

Or la foi catholique consiste à révérer un seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité,

Neque confundéntes persónas, * neque substántiam separántes.

sans confondre les Personnes ni diviser la substance :

Alia est enim persóna Patris, ália Fílii, * ália Spíritus Sancti :

Car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint-Esprit.

Sed Patris, et Fílii, et Spíritus Sancti una est divínitas, * æquális glória, coætérna maiéstas.

Mais la divinité du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, est une : la gloire égale, la majesté coéternelle.

Qualis Pater, talis Fílius, * talis Spíritus Sanctus.

Tel qu’est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit.

Increátus Pater, increátus Fílius, * increátus Spíritus Sanctus.

Le Père est incréé, le Fils incréé, le Saint-Esprit incréé.

Imménsus Pater, imménsus Fílius, * imménsus Spíritus Sanctus.

Immense est le Père, immense le Fils, immense le Saint-Esprit ;

Ætérnus Pater, ætérnus Fílius, * ætérnus Spíritus Sanctus.

Éternel le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Esprit.

Et tamen non tres ætérni, * sed unus ætérnus.

Et néanmoins il n’y a pas trois éternels, mais un seul éternel ;

Sicut non tres increáti, nec tres imménsi, * sed unus increátus, et unus imménsus.

Comme aussi ce ne sont pas trois incréés, ni trois immenses, mais un seul incréé, un seul immense.

Simíliter omnípotens Pater, omnípotens Fílius, * omnípotens Spíritus Sanctus.

De même tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint-Esprit ;

Et tamen non tres omnipoténtes, * sed unus omnípotens.

Et néanmoins il n’y a pas trois tout-puissants, mais un seul tout-puissant.

Ita Deus Pater, Deus Fílius, * Deus Spíritus Sanctus.

Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu ;

Ut tamen non tres Dii, * sed unus est Deus.

Et néanmoins il n’y a pas trois Dieux, mais un seul Dieu.

Ita Dóminus Pater, Dóminus Fílius, * Dóminus Spíritus Sanctus.

Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur ;

Et tamen non tres Dómini, * sed unus est Dóminus.

Et néanmoins il n’y a pas trois Seigneurs, mais un seul Seigneur.

Quia, sicut singillátim unamquámque persónam Deum ac Dóminum confitéri christiána veritáte compéllimur : * ita tres Deos aut Dóminos dícere cathólica religióne prohibémur.

Car de même que la vérité chrétienne nous oblige de confesser que chacune des trois personnes prises à part est Dieu et Seigneur : de même la religion catholique nous défend de dire trois Dieux ou trois Seigneurs.

Pater a nullo est factus : * nec creátus, nec génitus.

Le Père n’est ni fait, ni créé, ni engendré d’aucun autre.

Fílius a Patre solo est : * non factus, nec creátus, sed génitus.

Le Fils est du Père seul : ni fait, ni créé, mais engendré.

Spíritus Sanctus a Patre et Fílio : * non factus, nec creátus, nec génitus, sed procédens.

Le Saint-Esprit est du Père et du Fils : ni fait, ni créé, ni engendré, mais procédant.

Unus ergo Pater, non tres Patres : unus Fílius, non tres Fílii : * unus Spíritus Sanctus, non tres Spíritus Sancti.

Il n’y a donc qu’un seul Père, et non trois Pères ; un seul Fils, et non trois Fils ; un seul Saint-Esprit, et non trois Saints-Esprits.

Et in hac Trinitáte nihil prius aut postérius, nihil maius aut minus : * sed totæ tres persónæ coætérnæ sibi sunt et coæquáles.

Et dans cette Trinité il n’y a ni antérieur, ni postérieur, ni plus grand, ni moindre ; mais les trois personnes sont toutes coéternelles et égales entre elles ;

Ita ut per ómnia, sicut iam supra dictum est, * et únitas in Trinitáte, et Trínitas in unitáte veneránda sit.

En sorte qu’en tout et partout, comme il a été dit ci-dessus, on doit révérer l’Unité en la Trinité, et la Trinité en l’Unité.

Qui vult ergo salvus esse, * ita de Trinitáte séntiat.

Celui donc qui veut être sauvé doit penser ainsi de la Trinité.

Sed necessárium est ad ætérnam salútem, * ut Incarnatiónem quoque Dómini nostri Iesu Christi fidéliter credat.

Mais il est nécessaire encore pour le salut éternel, qu’il croie fidèlement l’Incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ.

Est ergo fides recta ut credámus et confiteámur, * quia Dóminus noster Iesus Christus, Dei Fílius, Deus et homo est.

Or la droiture de la foi consiste à croire et à confesser que notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme.

Deus est ex substántia Patris ante sǽcula génitus : * et homo est ex substántia matris in sæculo natus.

Il est Dieu, étant engendré de la substance de son Père avant les siècles, et il est homme, étant né de la substance d’une mère dans le temps ;

Perféctus Deus, perféctus homo : * ex ánima rationáli et humána carne subsístens.

Dieu parfait et homme parfait, subsistant dans une âme raisonnable et un corps d’homme,

Æquális Patri secúndum divinitátem : * minor Patre secúndum humanitátem.

Égal au Père selon la divinité, moindre que le Père selon l’humanité.

Qui licet Deus sit et homo, * non duo tamen, sed unus est Christus.

Bien qu’il soit Dieu et homme, il n’est néanmoins qu’un seul Christ, et non deux.

Unus autem non conversióne divinitátis in carnem, * sed assumptióne humanitátis in Deum.

Il est un, non que la divinité ait été changée en l’humanité ; mais parce que Dieu a pris l’humanité et se l’est unie.

Unus omníno, non confusióne substántiæ, * sed unitáte persónæ.

Il est un enfin, non par confusion de substance, mais par unité de personne.

Nam sicut ánima rationális et caro unus est homo : * ita Deus et homo unus est Christus.

Car de même que l’âme raisonnable et la chair est un seul homme, ainsi Dieu et l’homme est un seul Christ :

Qui passus est pro salúte nostra : descéndit ad ínferos : * tértia die resurréxit a mórtuis.

Qui a souffert pour notre salut, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts ;

Ascéndit ad cælos, sedet ad déxteram Dei Patris omnipoténtis : * inde ventúrus est iudicáre vivos et mórtuos.

Qui est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu te Père tout-puissant, et de là viendra juger les vivants et les morts ;

Ad cuius advéntum omnes hómines resúrgere habent cum corpóribus suis ; * et redditúri sunt de factis própriis ratiónem.

A l’avènement duquel tous les hommes ressusciteront avec leurs corps, et rendront compte de leurs actions personnelles :

Et qui bona egérunt, ibunt in vitam ætérnam : * qui vero mala, in ignem ætérnum.

Et ceux qui auront fait le bien iront dans la vie éternelle ; et ceux qui auront fait le mal iront dans le feu éternel.

Hæc est fides cathólica, * quam nisi quisque fidéliter firmitérque credíderit, salvus esse non póterit.

Telle est la foi catholique, et quiconque ne la gardera pas fidèlement et fermement ne pourra être sauvé.

 

 

[1] Cf. le liégeois Rupert de Deutz : « Aussitôt après avoir célébré la solennité de l’avènement du Saint-Esprit, nous chantons la gloire de la sainte Trinité dans l’Office du Dimanche qui suit, et cette disposition est très à propos ; car aussitôt après la descente de ce divin Esprit, commencèrent la prédication et la croyance, et, dans le baptême, la foi et la confession du nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » in De divinis Officiis, lib. XI, cap. I.

[2] De feriis, cap. Quoniam. Cette décrétale a été attribuée par erreur à Alexandre III.

[3] En latin, on a plutôt « communication ».