St Jean-Baptiste (24 juin)

Homélie de la Nativité de saint Jean-Baptiste (24 juin 2018)

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La fête de Saint Jean-Baptiste

Le nom de saint Jean-Baptiste apparaît deux fois dans chaque confiteor mais encore dans la prière du Suscipe à l’offertoire, peu après les princes des apôtres. Il inaugure encore la seconde liste du canon romain, celle des martyrs. Le Christ dit : « parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne n’est plus grand que Jean » (Lc 7, 28).

  1. Une naissance particulière est célébrée
    1. Noël d’été

« Tu seras dans la joie et l’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance » (Lc 1, 14) dit l’archange Gabriel à Zacharie qui attendait un fils depuis tant d’années. De fait, chaque année, l’Église fête deux fois saint Jean-Baptiste : principalement à sa nativité mais encore à sa décollation.

Contrairement aux Orientaux, les catholiques romains fêtent depuis le VIe s. le 24 juin la nativité du cousin du Christ. Il y avait trois messes, ramenées à deux aujourd’hui puisque la vigile est demeurée, ce qui est rare pour les saints (comme saint Laurent, autre patron secondaire de Rome. La cathédrale du Latran est dédiée aussi à saint Jean-Baptiste). On ne peut faire l’économie d’un parallèle avec Noël au 8e jour des calendes de juillet ou janvier (VIII kal. Iul. – VIII kal. Ian.). Aussi appelle-t-on Noël d’été cette fête liée aux solstices d’été (20 ou 21 juin suivant les années) comme Noël l’est au solstice d’hiver (21 ou 22 décembre), même si les dates se sont modifiées depuis. « Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue » (Jn 3, 30) affirme saint Jean-Baptiste. À partir de la fête de la Nativité de saint Jean, les jours décroissent après avoir atteint son acmé. Au contraire, la fête de la Nativité du Sauveur, dont celle-ci est le prélude, marque l’époque où le soleil recommence à monter sur son orbite. Le Précurseur doit s’effacer devant Jésus qui est la vraie lumière des âmes.

  1. Et si le fond chrétien était plus ancien que le culte solaire ?

Certains remettent en cause l’interprétation classiquement faite d’une christianisation des fêtes païennes mais s’interrogent si ce ne serait pas exactement l’inverse ! Par exemple, on lit souvent que Noël serait le moyen de capter le rite offert au dieu Soleil des Romains. Or, le culte de Sol Invictus est largement postérieur à la Nativité du Seigneur. L’empereur Aurélien, désireux d’unifier l’Empire abritant tant de divinités suivant les peuples, proposa en 274 seulement un culte à l’astre solaire qui faisait plus facilement consensus et le fixa au 25 décembre. Or, le Cardinal Schuster[1] trouve pour célébration à cette même date de la fête de Noël une trace dans le calendrier philocalien dès 336. La postériorité n’est qu’apparente car en tant que simple « chronographe  il n’annonce évidemment rien de nouveau mais se fait l’écho de la tradition romaine antérieure qui dans le Liber Pontificalis prétend remonter au pape Télésphore  (1er siècle) »[2].

  1. Un précurseur
    1. Le dernier prophète

Jean ou Yohanan signifie en hébreu « le Seigneur a fait grâce ». Saint Jean n’est le baptiste ou baptiseur que plus tard. Cette fonction fut accolée à son prénom pour n’en former plus qu’un seul, composé. Il apparaît plusieurs fois dans les Évangiles, mais l’unité des différents épisodes se cristallise autour de son rôle de précurseur. Il devance et annonce son cousin, le Messie. Dès le sein de sa mère, à l’épisode de la Visitation qu’on situe à Ein Karem, il l’entrevoit en tressaillant dans le ventre d’Élisabeth, sans même proférer une parole : comme si le silence du rejeton d’un vieux couple devait céder la place à la Parole, au Verbe incarné de la nouvelle Alliance.

Saint Augustin établit un intéressant parallèle[3] : « Jean naît d’une vieille femme stérile ; le Christ naît d’une jeune fille vierge. ~ La naissance de Jean rencontre l’incrédulité, et son père devient muet ; Marie croit à celle du Christ, et elle le conçoit par la foi (…). Jean apparaît donc comme une frontière placée entre les deux testaments, l’ancien et le nouveau. Qu’il forme une sorte de frontière, le Seigneur lui-même l’atteste lorsqu’il dit : ‘La Loi et les Prophètes vont jusqu’à Jean le Baptiste’ (Lc 16, 16). Il est donc un personnage de l’antiquité et le héraut de la nouveauté. Parce qu’il représente l’antiquité, il naît de deux vieillards ; parce qu’il représente la nouveauté, il se révèle prophète dans les entrailles de sa mère. En effet, avant sa naissance, lorsque Marie s’approcha, il bondit dans le sein de sa mère. Là déjà il était désigné pour sa mission, désigné avant d’être né. Il apparaît déjà comme le précurseur du Christ, avant que celui-ci puisse le voir. Ces choses-là sont divines et elles dépassent la capacité de la faiblesse humaine ».

  1. La voix cède la place au Verbe

« Enfin a lieu sa naissance, il reçoit son nom, son père retrouve la parole (…). Zacharie se tait et perd la parole jusqu’à la naissance de Jean, précurseur du Seigneur, qui lui rend la parole. Que signifie le silence de Zacharie sinon que la prophétie a disparu, et qu’avant l’annonce du Christ, elle est comme cachée et close ? Elle s’ouvre à son avènement, elle devient claire pour l’arrivée de celui qui était prophétisé. La parole rendue à Zacharie à la naissance de Jean correspond au voile déchiré à la mort de Jésus sur la croix. Si Jean s’était annoncé lui-même, la bouche de Zacharie ne se serait pas rouverte. La parole lui est rendue à cause de la naissance de celui qui est la voix ; car on demandait à Jean qui annonçait déjà le Seigneur : Toi, qui es-tu ? Et il répondit : Je suis la voix qui crie dans le désert. La voix, c’est Jean, tandis que le Seigneur est la Parole : Au commencement était le Verbe. Jean, c’est la voix pour un temps ; le Christ, c’est le Verbe au commencement, c’est le Verbe éternel. Enlève la parole, qu’est-ce que la voix ? Là où il n’y a rien à comprendre, c’est une sonorité vide. La voix sans la parole frappe l’oreille, elle n’édifie pas le cœur.

Cependant, découvrons comment les choses s’enchaînent dans notre propre cœur qu’il s’agit d’édifier. Si je pense à ce que je dis, la parole est déjà dans mon cœur ; mais lorsque je veux te parler, je cherche comment faire passer dans ton cœur ce qui est déjà dans le mien. Si je cherche donc comment la parole qui est déjà dans mon cœur pourra te rejoindre et s’établir dans ton cœur, je me sers de la voix, et c’est avec cette voix que je te parle : le son de la voix conduit jusqu’à l’idée contenue dans la parole ; alors, il est vrai que le son s’évanouit ; mais la parole que le son a conduite jusqu’à toi est désormais dans ton cœur sans avoir quitté le mien ».

Conclusion :

Le rôle de saint Jean est donc d’annoncer mais ce qui compte, ce n’est pas le transmetteur, le moyen, juste le contenu. Jean n’est pas né encore ; mais, sans plus tarder, son rôle est ouvert : il atteste la vérité des promesses de l’ange. Non seulement, il est celui qui le baptisa et le désigna comme l’agneau de Dieu, mais il envoya des disciples à Jésus comme André qui amena Simon-Pierre, enfin Philippe emmenant Nathanaël/Barthélémy (Jn 35-51). Enfin, il est intéressant de noter que saint Jean-Baptiste fut le proto-martyr de la vérité sur le mariage, surtout aujourd’hui qu’on voudrait faire croire que les adultères et polygames de fait pourraient communier. En rejetant l’adultère d’Hérode Antipas qui prit Hérodiade à son propre frère Philippe (Mc 6, 14-29), il rappelait qu’il fallait parfois savoir mourir pour la vérité catholique.

 


[1] Liber sacramentorum tome 2, p.178. Merci à Mme Buisse de ces indications.

[2] De même « dans le discours du pape Libère (352-366) donnant le jour de Noël le voile à Marcelline, sœur de saint Ambroise, on ne relève aucune allusion à la nouveauté de la fête mais au contraire tout le contexte donne l’impression d’une solennité de vieille date ».

[3] Sermon 293, 1-3 in PL 38, col. 1327-1328.