Pentecôte (15 mai 2016)

Homélie du dimanche de la Pentecôte (15 mai 2016)

La Pentecôte, fête de l’Esprit-Saint Paraclet

La Pentecôte clôture le cycle de Pâques : le temps pascal finira après nones du samedi des 4 temps de Pentecôte, ce samedi qui vient dans l’Octave de la fête. Après le triomphe du Christ et son entrée dans la Gloire venait la naissance de l’Église. « Pâques a été le commencement de la grâce, la Pentecôte en est le couronnement » (St. Augustin). Par Sa Résurrection, le Christ nous a rendu nos droits à la vie divine, qu’Il applique à nos âmes en ce jour de Pentecôte puisqu’Il nous communique son « Esprit vivificateur ». Il fallait d’abord que Jésus couronne Son humanité en siégeant à la droite du Père, qui L’institue pleinement chef de l’Église. Le lien avec Pâques est aussi manifesté par les expressions désignant la Pentecôte comme la Pâque rouge (couleur liturgique rappelant les langues de feu au contraire de la Pâques blanche pour la Résurrection) et Pâques des roses (car on jetait des pétales de roses depuis le toit à ciel ouvert au Panthéon où les pompiers opèrent toujours ! C’était autrefois accompagné d’un lâcher de colombe au son d’une trompette).

  1. Synthèse sur le rôle de l’Esprit-Saint dans l’Histoire Sainte
    1. L’Esprit, artisan discret toujours à l’œuvre pour Dieu

L’Esprit a été à l’œuvre avec le Fils dès le commencement, dans l’acte de Création : Il se mouvait au-dessus des eaux (Gn) pour les féconder, comme les fonts baptismaux (l’octave de la Pentecôte reprend les paroles pascales liées aux catéchumènes dans le Canon romain). Il parle par les prophètes dans l’Ancienne Alliance. Dans la Nouvelle Alliance, Il opère le miracle de l’Incarnation (conception virginale, miraculeuse dans le sein de la Vierge Marie) et est envoyé au baptême sous la forme de la colombe pour être communiqué aux hommes alors qu’Il accompagnait Jésus depuis le désert jusqu’à la Résurrection qu’Il opère.

Au Cénacle, l’Église a été baptisée, 50 (signification du terme grec Pentecostes) jours après Pâques : à neuf heures (tierce, la troisième heure romaine). La Très Sainte Vierge, les apôtres et disciples (120 personnes) réunis au Cénacle furent baptisées dans l’Esprit, signifiant que l’âme de l’Église serait l’Esprit (tout comme l’âme du monde est l’Église !). Jésus avait déjà soufflé sur Ses apôtres pour les constituer en Son corps mystique ayant la fonction de remettre les péchés des hommes. C’est aussi la raison pour laquelle on lit dans la liturgie les Actes des Apôtres qui racontent les débuts de l’Église en cette période de Pentecôte.

  1. L’Esprit-Saint dans la vie des Chrétiens

Dans le baptême, un exorcisme dit « Sors de cette âme, esprit immonde (= impur = diabolique) et cède la place à l’Esprit-Saint ». L’Esprit est celui par lequel la grâce sanctifiante et élevante vient habiter dans les fidèles. « Comme la vie du corps provient de l’union du corps avec l’âme, de même la vie de l’âme provient de l’union de l’âme avec l’Esprit de Dieu par la grâce sanctifiante » (St. Irénée et St. Clément d’Alexandrie). L’Esprit ne doit donc pas seulement éclairer l’intelligence des fidèles mais les purifier et réchauffer leur cœur. L’intelligence dans son attachement à la Vérité est ainsi renforcée par la volonté qui est à l’œuvre dans l’acte d’aimer (Dieu, soi-même, ses frères). Or l’Esprit-Saint procède du Père selon la volonté : Il est l’Amour par excellence.

Cela intervient dans le cœur des fidèles mais aussi dans la hiérarchie de l’Église car l’Esprit permet la prédication de Jésus ressuscité comme Pierre le fit immédiatement. Commençant son office de pécheur d’homme, il prit d’un premier coup 3.000 hommes dans les rets de ses filets d’amour. Puis viendront les Samaritains et les Gentils qui recevront l’Esprit-Saint. Ne pas y croire est donc commettre un péché contre l’Esprit et ainsi être déjà jugé (iam iudicatus est). Dans l’Église, l’Esprit permet d’éviter les erreurs (infaillibilité) et donne leur efficacité salvifique aux sacrements. Il sanctifie les âmes en les unissant à Dieu car Il est Lui-même le vinculum caritatis (le lien d’amour ou de charité) entre le Père et le Fils.

Alors que la Pentecôte était pour les Juifs l’anniversaire du don de la Loi de Moïse, la Pentecôte chrétienne indique le don de la grâce qui intériorise cette même Loi qu’il est impossible de suivre autrement (tout en la rendant plus exigeante). La loi de Moïse montrait ce qu’il fallait faire mais n’en donnait pas la force, l’Esprit-Saint au contraire fait connaître la loi évangélique et donne les grâces voulues pour la mettre en pratique. Nous ne commémorons plus un don ancien mais recevons la vie par l’Esprit. Un esprit d’adoption nous faisant appeler Dieu notre Père se substitue à l’esprit de servitude (de la crainte servile à la crainte filiale).

  1. L’Esprit-Saint en tant que Paraclet dans l’Évangile selon Jean

Un exégète, Xavier Léon-Dufour, résume (Lecture de l’évangile selon Jean III, p. 236) 5 passages ayant trait au Paraclet, troisième Personne de la Très Sainte Trinité. Ils sont disséminés dans l’Évangile selon Jean dans 3 discours d’adieux.

  1. Le Paraclet est avec/dans les disciples

Le Paraclet est et sera à jamais auprès des disciples : Il est appelé auprès d’eux : Parakletos < para-kaleô : appeler auprès[1]) et même Il vit « en eux » (Jn 14, 16-17). L’Esprit de Dieu est répandu sur les croyants lors de l’Alliance définitive. Il est là pour les animer de l’intérieur, pour toujours, contrairement à l’œuvre de Jésus qui fut limitée dans le temps et l’espace. Il produit la renaissance d’en-haut dans le dialogue avec Nicodème (Jn 3, 3-5), il vivifie (Jn 6, 63) et pardonne les péchés (Jn 20, 22s).

Chez St. Luc, on note une succession de l’Alliance en trois temps : la révélation faite en Israël (plus appropriée au Père), le salut en Jésus, la prédication missionnaire dans l’Esprit (qui semble agir de manière assez autonome dans les Actes des Apôtres car St. Luc en est aussi l’auteur et pas que du seul Évangile). Mais St. Jean entend éviter toute succession chronologique qui donna naissance à l’hérésie montaniste (2nde moitié du IIè siècle) ou à celle encore plus travaillée de Joachim de Flore (XIIIè siècle). L’action de l’Esprit-Saint est dirigée vers l’appropriation, par les disciples, de la Vérité concernant le Fils et sa reconnaissance par le monde.

  1. Le Paraclet enseigne

Le Paraclet enseigne en rappelant tout ce que Jésus a dit : Il interprète les paroles du Fils (Jn 14, 26). L’Esprit-Saint peut être comparé au méthurgeman ou truchement[2] : celui qui était chargé, à l’office synagogal, de relire en langue vulgaire le texte biblique proclamé d’abord en hébreu, puis de l’interpréter pour l’assistance. L’Esprit-Saint est l’Esprit de Vérité qui, auprès des disciples restés dans le monde, doit manifester le mystère du Fils.

Cette fonction s’enracine dans la Sagesse « qui nous éduque (car) elle sait et comprend tout » et elle guide le peuple (Sg 1, 5 ; 9, 11 ; 10, 10). L’Esprit-Saint « scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu » (1 Co 2, 10). Il fait comprendre le sens et la portée des paroles de Jésus comme une « mémoire vivante ». Il y a donc deux temps de lecture. Il se communique non pas des prédictions mais par l’évidence de la communion des croyants à l’être du Fils, grâce à l’inhabitation. Il conduit les croyants à la Vérité tout entière qu’Il reçoit du Christ glorifié (Jn 16, 13-15).

  1. Témoigner

Le Paraclet témoigne du mystère du Fils pour accompagner les disciples, Ses témoins, face au monde (Jn 15, 26). L’Esprit-Saint, dans les évangiles synoptiques, soutiendra les disciples devant les tribunaux. Mais en St. Jean, c’est Lui qui continue le procès engagé par Jésus contre ceux qui ne veulent pas croire en Lui et refusaient la Parole de Dieu. Il démontre aussi la culpabilité du monde qui ne croit pas en Lui (Jn 16, 8-11).

Paraclet peut signifier en grec l’avocat mais, pour se défendre, il faut parfois, quand on est accusé injustement, dénoncer d’où vient le vrai mal, d’où cette opposition si forte en Jean entre Jésus et ses disciples et le monde, livré à Satan. Il est avocat lorsque le démon nous attaque (Satan signifie l’accusateur. Cf. Ap 11 : « lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu »). Il devient avocat général ou procureur lorsque le monde doit être jugé. L’opposition disciple/monde est récurrente et continue donc après l’Ascension. L’Esprit-Saint atteste que le jugement de Dieu est prononcé en faveur du Fils. C’est le Fils qui donne, par Son Esprit, la force de témoigner jusqu’à donner sa vie pour la foi (martyre signifie témoigner).

Conclusion :

Toutes les fonctions du Paraclet sont relatives au Fils. Il permet une adhésion à Jésus toujours plus grande et profonde, c’est-à-dire émanant de l’intérieur même de la personne (alors que la Loi est extérieure), permettant un témoignage assuré que les disciples rendent au Fils dans le monde. Il est tout orienté à la glorification du Fils par la volonté du Père qui a agit en faveur des hommes au travers de la Révélation de Son Fils unique.

En quoi l’action de l’Esprit-Saint est-elle distincte de celle du Fils ? Son action est personnalisée : autant le terme Esprit = pneuma en grec est neutre, autant il est précédé, étrangement grammaticalement du pronom ekeinos qui est masculin (Jn 15, 26 ; 16, 13).

Les Personnes dans la Sainte-Trinité ne sont pas des individus clos sur eux-mêmes mais des êtres en relation. Le Logos est le Dieu parlant, l’Esprit-Saint est Jésus se communiquant. L’Esprit-Saint est autre que Jésus par la durée de Sa présence, qui est définitive ; et de Sa manière d’agir : non plus par des paroles qu’Il répéterait, comme un écho à Jésus, mais par des « évidences » qui en donnent le sens et en manifestent la portée actuelle.

 

[1] Cf. aussi épiclèse : appeler l’Esprit sur (epi-kaleô) les oblats ou Église/ecclésiastique : appeler à partir d’une foule (ek-kaleô) qui sont de la même racine.

[2] Apparenté étymologiquement en arabe à drogman, interprète dans l’Empire ottoman ou en hébreu à targum : paraphrase araméenne de la Bible.