2 après Pâques (05/05 - Bon Pasteur)

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Ce dimanche du Bon Pasteur invite à méditer sur : « Je suis, moi, le pasteur, le bon » (traduction de Xavier Léon-Dufour).

  1. L’expression « donner sa vie »

La mort du Christ est évoquée par « donner sa vie » mais il vaudrait traduire « exposer » parce qu’ailleurs, Jésus emploie vraiment le verbe donner : « le fils de l’homme est venu donner sa vie en rédemption pour la multitude » (Mc 10, 45) ou « ceci est mon corps qui est donné pour vous » (Lc 22, 29). Dans ces deux cas-là, il emploie didômi alors qu’en saint Jean, il utilise tithemi : offrir, livrer, déposer ou s’en dessaisir mais pas donner sa vie quand on livre quelqu’un à la mort. Précisions donc les nuances.

On peut risquer sa vie, l’exposer lorsqu’apparaît un danger menaçant autrui. David qui était berger aussi, mit sa vie en jeu pour défendre les brebis de son père (1 Sam 17, 34 ; 10, 5 ; 28, 21). Mais s’il meurt, le troupeau va être dispersé. Exposer montre que, si on est prêt à tout donner au risque de mourir, on cherche non la mort mais de sauver les brebis en empêchant les loups de les disperser. Exposer est plus momentané. Donner sa vie pour des martyrs de la foi impliquent qu’ils ne peuvent revenir. Même si le sang des chrétiens est semence des martyrs, la vie terrestre du saint est finie. Le Christ peut ressusciter, donc revenir ici-bas. Exposer sa vie est plus provisoire parce qu’il ne cesse de garder ses brebis comme un Bon Pasteur. Jésus expose sa vie mais est aussi capable de la reprendre : « personne ne m’ôte la vie. Je la dépose, donc moi-même je l’expose et je la reprends. », dans un présent intemporel car son attitude est permanente. Il protège ses brebis non seulement à ce moment-là mais à toute époque. Donner sa vie insiste bien sur la dépossession volontaire mais sans l’impression qu’il puisse la reprendre.

  1. Le rapport entre le bon pasteur et ses brebis
    1. Le beau pasteur rassemble ses brebis

Plus qu’un bon pasteur Jésus est LE beau pasteur. Bon pasteur serait agathos (ἀγαθός) mais kalos (καλός) signifie le beau pasteur. La philosophie a certes toujours établi un rapport entre bonté et beauté. Cette beauté est liée à la lumière qui émane du Christ. Plus qu’une beauté un peu mièvre, la qualité du kalos fait que la personne répond pleinement à sa fonction, à ce que l’on attend d’elle. Saint Matthieu utilise le beau plutôt que le bon pour parler de la bonne terre qui donne du fruit, faisant donc ce que l’on attend d’elle.

Jésus remplit sa fonction en luttant contre le loup, la puissance maléfique[1]. La diaspora évoque la dispersion du peuple hébreu partout hors de la Terre Promise. Or, la Terre Promise est le don de Dieu enlevé aux Juifs chassés à plusieurs reprises dès le VIe siècle mais définitivement par Titus jusqu’à l’époque contemporaine (de 70 à 1948). La Terre Promise symbolise la Patrie, la terre de Dieu le Père, donnée à ses enfants. La dispersion les éloigne du Père. Le Christ veut les ramener au Père. Chez saint Thomas, la Patrie désigne toujours le Paradis, terme de notre cheminement terrestre (in via).

Le Christ est le beau pasteur qui remplit parfaitement sa fonction, connait ses brebis personnellement, contrairement au mercenaire ne travaillant que pour l’argent. La relation du Christ au Père est le modèle de la relation entre le Christ et ses brebis. L’initiative vient de Dieu puisque le Père envoie le Fils et le Fils sauve les brebis, à l’inverse du philosophe Plotin où l’homme essaie de s’élever jusqu’à Dieu.

  1. Un seul troupeau

Vers la fin de cet évangile, parlons plutôt d’un seul troupeau devant marcher ensemble plutôt qu’un seul bercail. Le bercail accueille plusieurs troupeaux alors que l’unique troupeau du Christ est constitué de deux groupes d’origine distincte : Juifs et Gentils (Goyim). Jésus « a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau en établissant la paix » (Eph 2, 15-16) en supprimant le mur de la haine. Le Christ veut faire de nous des enfants de Dieu accueillant cette lumière divine. Ceux qui la refusent sont pourtant appelés aussi à entrer. Dans la parabole du mariage du fils du roi où les invités se récusent, Jésus dit qu’il faut « compelle intrare » : forcez-la à entrer. À certains moments de l’Histoire, on l’a interprété en forçant les gens à devenir chrétiens. Mais être chrétien consiste à aimer le Bon Dieu et l’amour ne s’impose pas.

Conclusion

L’exemple de notre vie chrétienne devrait donner envie, renvoyer vers le Christ. Prions pour la véritable unité de l’Église qui ne peut se faire que dans la vérité doctrinale. Tant de gens portant le nom de chrétiens ne le sont pas, même au sein de l’Église catholique. L’inverse est heureusement aussi parfois vrai. Schismes et hérésie sont contraires à la volonté du Christ.

 


[1] Certes, l’image est moins négative dans « le loup habitera avec l’agneau » (Is 11,6) mais le prophète anticipe le temps où tous les adversaires donc le démon et la mort seront vaincus.