5e Pâques (26/05 - Esprit-Saint Paraclet)

Pour écouter l'homélie, ciquez ici

L’Esprit-Saint Paraclet

Puisque nous approchons de la Pentecôte, méditons sur la troisième personne de la Très Sainte Trinité : l’Esprit saint ou « le Paraclet ». Avant de m’attarder sur trois fonctions essentielles de l’Esprit Saint, voyons d’abord voir les cinq passages les plus importants dans cet Évangile nous servant de sources pour interpréter ces fonctions.

  1. Les cinq passages de Jean et les fonctions de l’Esprit Saint

L’Esprit saint est appelé par saint Jean l’Esprit de vérité. Il est auprès des disciples restés dans le monde lorsque le Christ est remonté auprès du Père. Il est envoyé pour rendre permanente la présence du Fils. Cinq passages en saint Jean sont disséminés dans les trois discours d’adieu.

Dans le chapitre 14 l’Esprit saint sera à jamais présent auprès des disciples. Il est appelé « auprès d’eux » (Jn 14, 16-17) et même, quelquefois, il est « en eux ». « Appeler auprès d’eux » se dit Parakletos en grec : de la préposition « para » = « auprès de » et du verbe kaleo revient dans « épiclèse » (ce moment où le prêtre fait le geste du plat de la main et récite le Hanc igituruand on appelle l’Esprit saint pour transformer les oblats (« sur » = « épi ») avant la transsubstantiation proprement dite à la consécration. De la même manière, l’Esprit saint est appelé aussi à nous transformer.

Ensuite, après être et agir auprès des disciples, vient la fonction d’enseignement. L’Esprit-Saint rappelle aux disciples tout ce que Jésus leur a dit, un petit peu comme un interprète (Jn 14, 26). Autre fonction, il témoigne du mystère du fils (Jn 15,26) pour accompagner les disciples face au monde pour l’évangéliser. Il leur permet de trouver les mots adéquats pour toucher le cœur et la raison des gens qu’ils doivent évangéliser. Il démontre la culpabilité du monde qui ne croit pas en Jésus (Jn 16, 8-11). Enfin, il conduit les croyants à la vérité toute entière qu’il reçoit du Christ glorifié (Jn 16, 13-15).

Ces fonctions sont toutes reliées au Christ, au Fils. Elles permettent d’adhérer à Jésus toujours mieux et profondément, donc de l’intérieur. L’Esprit saint opère un travail d’intériorisation : il fait en sorte que les commandements divins ne soient plus inscrits sur des tables de chair et non plus sur des tables de pierre (2 Cor 3, 3). Moïse avait reçu la loi écrite sur des tables de pierre conservées ensuite dans l’Arche d’Alliance. Alors que nous les portons sur nous inscrits avec le stylet des clous de la Passion dans la chair et le Cœur du Fils de Dieu fait homme. Tout cela est orienté à la glorification de Jésus-Christ. Le Paraclet accomplit l’œuvre du Fils dans les hommes et les centre sur cette révélation du Fils unique.

  1. Les trois fonctions de l’Esprit Saint
    1. Être auprès des disciples

L’Esprit de Dieu a été répandu chez les croyants lors de l’alliance définitive, scellée par la Croix. Il anime de l’intérieur encore une fois et pour toujours, alors que la présence du Christ était limitée dans le temps saint Luc propose trois temps pour l’alliance. D’abord, la révélation faite à Israël qu’on approprie plus à Dieu le Père. Ensuite, vient le Fils apportant le salut par la croix. Enfin arrive la prédication missionnaire de l’Esprit. Toutefois saint Jean, qui a une autre approche, évite d’insister trop sur une succession chronologique et préfère contracter un peu les choses puisque chez lui, la descente de l’Esprit-Saint intervient dès le dimanche de Pâques.

Quoi qu’il en soit, il faut éviter à tout prix une succession chronologique trop stricte. La Trinité agit toujours ensemble au risque sinon de tomber dans les travers de Montan. Le Montanisme au IIe siècle consistait à dire que tout ce qui était lié à l’Ancien Testament était totalement dépassé et n’était plus valable. Ces hérétiques rejetaient toute l’Ancienne Alliance. Quant à Joachim de Flore, il avait trop rigidifié au XIIIe siècle la succession chronologique. L’agir de l’Esprit est dirigé vers l’appropriation par les disciples de cette vérité qui concerne le Fils pour qu’elle soit connue et reconnue par le monde.

  1. Enseigner

L’Esprit saint est comparable au « methurgemon », à cette personne qui dans la synagogue des Juifs faisait fonction d’interprète et qu’on appelle « truchement ». On proclamait la parole divine dans les synagogues en hébreu. À l’époque de Jésus, les Juifs parlaient une forme dialectale ou araméen dont il reste quelques locuteurs. L’araméen datait de l’empereur de Perse Cyrus, au VIe siècle. L’hébreu avait été oublié depuis fort longtemps : on avait donc besoin d’un traducteur. L’Esprit-Saint assume cet office et permet d’interpréter correctement la parole de Dieu.

L’italien dit traduttore - traditore. Le « traducteur est un traitre » car on ne peut jamais mettre deux langues parfaitement en parallèle en deux colonnes. Chaque langue possède une forme de génie intransposable. Il faut donc toujours une part d’interprétation dans le sens quasiment artistique qui est la liberté de la Vérité guidée par l’amour. L’Esprit Saint, sagesse divine étant Dieu, sait nous éduquer (e-ducere : sortir de) vers Dieu (Sg 1, 5 ; 9, 11 ; 10, 10).

La sagesse (attribuée quelquefois au Christ) guide le peuple. L’Esprit saint est capable de sonder tout, même les profondeurs de Dieu (1 Co 2, 10). Il fait comprendre le sens et la portée des paroles de Jésus. Il en est la mémoire vivante. De ce fait, il y a deux temps de lecture. Il communique non pas comme une prédiction mais l’évidence de la communion des croyants à l’être même du Fils grâce à l’inhabitation.

Si Dieu habite en nous, cela ne peut être que vraiment par l’Esprit Saint. Au contraire de la communion eucharistique au Corps de Jésus permanente qui n’est qu’inhabitation provisoire (les quelques minutes que dure la digestion avant que le corps du Christ ne soit dissout), elle est permanente (du moins autant que dure la grâce sanctifiante, soit s’il n’y a pas de péché mortel).

  1. Témoigner

L’Esprit saint soutient les disciples devant les tribunaux. « Quand on vous emmènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas d’avance de ce que vous aurez à dire, mais dites ce qui vous sera donné à l’heure même ; car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit-Saint » (Mc 13, 11). « Témoignage » se dit « martyr » en grec (martyrein). Témoigner peut se faire par la parole ou par le sang versé. L’Esprit saint prolonge le procès engagé par Jésus contre ceux qui ne veulent pas croire en lui et refusaient Sa parole. L’opposition est forte entre d’un côté les disciples de Jésus et de l’autre le monde. Elle est récurrente et continue évidemment après l’Ascension.

L’Esprit saint nous permet d’attendre le jugement de Dieu prononcé en faveur du Fils. Mais nous passerons par les tribulations que le Fils a lui-même les connues.

Conclusion

L’Esprit saint est Dieu, 3e personne de la Trinité. Dieu n’est pas une individualité close en lui-même mais un être en relation. Le logos, donc Jésus, c’était Dieu qui parlait et l’Esprit c’est Jésus qui se communique de manière plus large encore donc au-delà de l’auditoire qui avait sous les yeux et sous les oreilles le Christ. L’Esprit saint est autre que Jésus par la durée de sa présence. Elle est donc définitive au contraire de celle du Christ. Il diffère aussi dans sa manière d’agir, non plus par des paroles répétées dans la mémoire des disciples en écho de celles entendues dans la bouche de Jésus mais plutôt comme des évidences dans le cœur des croyants qui leur donnent le courage de manifester cela auprès du monde.