S. Jeanne d'Arc (12/05 Jeanne et la France)

Homélie de la Sainte Jeanne d’Arc (12 mai 2019)

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Sainte Jeanne d’Arc et la France

Approfondissons la figure de notre sainte patronne secondaire de la France honorée par notre patrie en ce second dimanche de mai.

  1. « La grande pitié du royaume de France »
    1. La prophétie de la pucelle des confins de Lorraine

Jeanne naquit vers 1412 à Domrémy, dans sa partie sud, dépendant du duché de Bar pour une partie duquel le duc souverain prêtait hommage au roi de France (le Barrois mouvant)[1]. Elle est l’aînée des cinq enfants de Jacques d’Arc et Isabelle Rommée. Elle aimait aller en pèlerinage et porter des cierges, chaque samedi à la chapelle de Bermont près de Greux.

À partir de 13 ans, elle entendit des voix dans le jardin de son père qu’elle identifia ensuite à S. Catherine, S. Marguerite et l’archange S. Michel lui demandant d'être pieuse, de libérer le royaume de France de l'envahisseur et de conduire le Dauphin Charles (VII) sur le trône. Elle voua sa virginité à Dieu, si bien qu’en 1428 un jeune homme de son village lui fit un procès à l’officialité de Toul car il estimait qu’elle était engagée envers lui par les fiançailles. Ses parents craignaient en effet qu’une jeune femme parmi les soldats ne fût considérée comme « fille à soldats ». Le jugement la déclara libre de tout lien.

Au tournant de 1428-1429, alors que la nouvelle du siège d’Orléans atteignait les marches de Lorraine, rendant les voix plus pressantes, elle se rendit à Burey chez une cousine pour l’aider dans ses relevailles dont elle pria l’époux, Durand Laxart, de le conduire au sire Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs pour obtenir une lettre de crédit qui lui ouvrirait les portes de la Cour. Ce dernier lui conseilla de la renvoyer chez son père avec une bonne gifle. De fait, on lui reprocha d’être partie sans avoir prévenu ses parents. Mais elle devait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Ac 5, 29) et ne rien préférer au Christ (Lc 18, 28-30).

Elle revint pourtant plus tard s’installer à Vaucouleurs trois semaines, chez Henri et Catherine Le Royer. Par son grand charisme, elle fut soutenue par la population. Elle guérit aussi le duc Charles II de Lorraine qui l’avait mandée à Nancy mais en contrepartie elle lui imposa de se séparer de sa maîtresse et d’envoyer son fils René d’Anjou aider le Dauphin, son beau-frère. Ayant prophétisé la défaite de la journée des Harengs le 12 février 1429 et l’arrivée de proches de Baudricourt, le capitaine lui donna une escorte de six hommes. Elle pria à S. Nicolas-de-Port avant son départ. Elle se mit à porter l’habit et la coiffure d’homme.

  1. « Gentil Dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné dans la ville de Reims »

Elle fut reçue le 25 février 1429 en entretien privé par le Dauphin lui parlant de sa mission. Elle fit quatre prophéties (libération d’Orléans, sacre à Reims, libération de Paris[2] et du duc d’Orléans). Qu’elle l’eût reconnu dans la foule déjouant un mauvais tour voulant la tromper semble postérieur et la grande réception n’eut lieu qu’un mois après. Elle délivra à Charles ce message : « Gentil Dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle et vous mande le Roi des cieux par moi que vous serez sacré et couronné dans la ville de Reims ». Elle fut examinée théologiquement à Poitiers et physiquement pour éprouver sa virginité par des matrones dont la belle-mère du roi, Yolande d’Aragon. Une enquête fut menée à Domrémy pour déjouer les calomnies contre la « putain des Armagnacs » telle que la brocardaient les Bourguignons car à la guerre de Cent Ans s’ajoutait la guerre civile entre ces deux factions.

Le Dauphin accepta de l’envoyer à Orléans et lui confia à Tours (5-21 avril) une armure et la bannière des lys à laquelle elle fit apposer sur les noms de Jésus et de Marie à la mode des ordres mendiants. Alors qu’on voulait lui remettre une épée, elle refusa, indiquant que ses voix lui avaient indiqué qu’on trouverait celle de Charles-Martel enterrée derrière l’autel à peu de profondeur. Après avoir vaincu les maures en 732 à Poitiers et avoir poursuivi certains près de Sainte-Maure, l’aïeul de Charlemagne fit ériger à Fierbois une chapelle à Sainte-Catherine, patronne des soldats et y déposa son épée. Elle retrouva à Blois un convoi de ravitaillement dont elle expulsa ou maria les prostituées suivant l’armée. Elle intima par lettre aux capitaines anglais : « Au nom de Dieu, retirez-vous, ou je vous ferai partir ».

  1. La libération d’Orléans

Après des manigances des capitaines qui choisirent le sud plutôt que le nord qu’elle indiquait, depuis Port Saint-Loup, une flotte de bateaux venue d'Orléans approcha du convoi pour ramener dans la ville le ravitaillement, Jeanne elle-même et 200 soldats. Le vent qui avait amené les bateaux en amont s'inversa brutalement, ce qui leur permit de retourner à Orléans sans dommage sous le couvert de l'obscurité. Elle arriva ainsi le 29 avril 1429 à Orléans. Selon son confesseur, après l’assaut du 4 mai contre le fort Saint-Loup : « Elle me recommanda de conseiller à tous les soldats de confesser leurs péchés et de rendre grâce à Dieu pour la victoire ; sinon, elle ne resterait plus parmi eux et abandonnerait leur compagnie ». Le lendemain, jeudi de l’Ascension, elle se confessa à nouveau et reçut l’eucharistie : « Elle donna l’ordre que personne n’entreprit le lendemain de sortir de la cité pour aller à l’attaque avant de s’être préalablement confessé ; et que les hommes d’armes veillent à ne pas traîner de femmes perdues avec eux… Il en fut comme elle avait ordonné ! ».

À la bataille des Tourelles qu’elle lança elle-même malgré les capitaines, Jeanne prit une échelle et s’écria : « Entrez hardiment, tout est vôtre ». Mais elle fut blessée par un carreau d’arbalète qu’elle retira et revint au combat. Elle l’avait prédit à son confesseur Jean Pasquerel : « demain le sang coulera de mon corps au-dessus de ma poitrine ». En cette journée décisive du siège, Jeanne ajouta : « Au nom de Dieu, j’irai, et qui m’aime me suivra ! » qui rappelle un dit similaire du roi Philippe VI, le premier des Valois qu’elle défendait. Et le siège fut levé dans la nuit du 7 au 8 mai 1429.

Après avoir nettoyé le val de Loire (victoire de Patay le 18 juin qui vengeait Azincourt et décapita le corps des archers anglais) et revu Charles à Loches, elle le convainquit d’aller se faire sacrer à Reims. Les troupes royales réussirent à obtenir la reddition de Troyes grâce à l’obstination de Jeanne qui galvanisa le Dauphin puis suivirent Chalons et Reims le 16 juillet. Le roi Charles VII fut sacré le 17 juillet 1429. Cela fut interprété comme la volonté divine légitimant le « roi de Bourges » déshérité par sa mère Isabeau de Bavière au traité de Troyes (1420).

  1. La montée au Golgotha
    1. Échecs et arrestation

Après l’échec devant Paris, le 8 septembre 1429 où elle fut de nouveau blessée par un carreau d’arbalète et que l’armée royale fut dissoute, elle leva sa propre troupe et participa à différents combats : elle vainquit à Saint-Pierre-le-Moûtier le 4 novembre mais échoua devant La Charité-sur-Loire. Elle demeura à Jargeau puis Sully-sur-Loire durant l’hiver. En mai 1430, elle partit sans prendre congé du roi à Compiègne pour aider la ville assiégée des Bourguignons. En chemin, elle rendit la vie à un enfant mort depuis trois jours à Lagny qui fut ainsi baptisé pour mourir chrétiennement[3].

Les Bourguignons la capturèrent le 23 mai 1430. Après deux tentatives d’évasion avortées (à Beaulieu d’abord, puis à Beaurevoir où elle fut blessée en sautant par la fenêtre malgré les objurgations de S. Catherine, ce dont elle se confessa), elle fut vendue aux Anglais le 21 novembre 1430 pour 10.000 £ tournois, payées par les Rouennais.

  1. Le procès de Jeanne

Elle fut jugée du 21 février au 23 mai 1431 dans la chapelle et la tour-prison du château royal de Rouen alors que ce fut un procès canonique. 120 personnes, la plupart ecclésiastiques, y participèrent sous la contrainte anglaise imposant la peur. 70 chefs d’accusation furent portés contre elle, dont « Revelationum et apparitionum divinorum mendosa confictrix » (faiseuse mensongère de révélations et apparitions divines), schismatique, apostate, hérésie, sorcellerie...

On essaya bien sûr de la piéger mais elle avait bonne répartie, suivant l’injonction divine : « Quand on vous livrera, ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10, 19-20). Par exemple alors « sur l'amour ou la haine que Dieu porte aux Anglais, je n'en sais rien, mais je suis convaincue qu'ils seront boutés hors de France, exceptés ceux qui mourront sur cette terre » et « Les Anglais en Angleterre, voilà la paix ! ». Il y aurait de quoi dire pour d’autres peuples aujourd’hui !

Alors qu’on l’interrogeait malicieusement pour savoir si elle était en état de grâce : « Si j’y suis, Dieu m’y garde ; si je n’y suis, Dieu m’y mette. Je serais la plus dolente au monde, si je savais ne pas être en sa grâce ! » ou quand on lui reprochait d’avoir porté l’étendard jusqu’au sacre : « Mon étendard fut à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur ! ». Elle ne se prétendait pas meilleure mais choisie par Dieu : « Il plut à Dieu ainsi faire par une simple pucelle, pour rebouter les adversaires du Roi » et « N’était la grâce de Dieu, moi-même je ne saurais que faire ». « Dieu et l’Eglise, c’est tout un » et voulant la prendre à défaut sur ses voix : « Elles ne me commandent pas de désobéir à l’Eglise, Dieu premier servi ».

  1. Condamnée comme « relapse »

Jusqu’au bout, Jeanne espéra être sauvée. Ses voix lui disent : « Prends tout en gré, ne te chaille (= préoccupe) pas de ton martyre, tu t’en viendras enfin au Royaume de Paradis ». Mais elle comprenait par-là que les souffrances de sa prison. Elle signa même une abjuration du 24 mars 1431 au cimetière S. Ouen, lorsqu’on lui promit mensongèrement une prison d’Église gardée par des femmes, tellement la mort par le feu la faisait frémir. Elle signa toutefois d’une croix, alors qu’elle avait appris à écrire son nom. Signe convenu indiquant la contrainte. Ses voix lui rapportèrent qu’elle risquait la damnation pour avoir abjuré[4]. Elle s’en confessa, reprit ses habits d’homme, ce qui la fera considérer comme relapse (= retombée dans l’erreur). Elle comprit finalement qu’il n’est pas d’autre solution : « Jeanne est devenue bien plus qu’un être d’une pureté de diamant. Elle atteint au sublime. Elle n’accuse personne : ni Dieu, ni son roi (qui n’a pas levé le doigt pour la secourir), ni ses voix. Doucement, dans les larmes, elle s’abandonne comme un grain de froment qui va être broyé par la meule ».

Elle a toutefois après cette confession ce trait de vérité cinglante à Pierre Cauchon : « Évêque, je meurs de par vous ! (…) J’en appelle de vous devant Dieu ! ». Son corps subit le 30 mai 1431 trois crémations à la demande du cardinal de Winchester pour qu’il ne restât rien qui pût servir de reliques. Elle mourut à la première, le regard fixé sur la croix de procession ramenée de l’église S. Laurent (même si un soldat anglais lui avait fabriqué avec des branches un petit crucifix qu’elle embrassa). Son cœur ne brûla pas à la seconde crémation qui avait fait exploser sa boîte crânienne et sa cavité abdominale sur la foule. Après la troisième crémation, les restes furent donc jetés dans la Seine au pont-Mathilde.

« Ils ont voulu que la poudre de votre corps fût jetée par sacs en la rivière, afin que jamais supercherie ou mauvaiseté, on n’en put faire ou proposer. Ils ont voulu qu’il n’y eût pas un coin de terre française où vos frères puissent venir s’agenouiller pour vous demander le courage. Sainte Jeanne, sœur tant aimée, cette poussière, c’est dans nos cœurs qu’elle est tombée et repose » (Paul Doncœur, conseiller du film de V. Fleming en 1948)

Conclusion

La république actuelle a laïcisé la mission divine de la France. Elle se prétend défenseur des droits de l’homme, comme l’Église qui court aujourd’hui après ces valeurs révolutionnaires parce qu’elle a oublié de défendre les droits de Dieu. Mais certains ne s’en laissent pas conter qui savent que la France est grande quand elle est catholique et que les Français sont grands quand ils savent s’agenouiller devant l’Éternel.

« Tels sont nos Français, dit Dieu. Ils ne sont pas sans défauts. Il s'en faut. Ils ont même beaucoup de défauts. Ils ont plus de défauts que les autres.

Mais avec tous leurs défauts je les aime encore mieux que tous les autres avec censément moins de défauts.

Je les aime comme ils sont. Il n'y a que moi, dit Dieu, qui suis sans défaut.

Nos Français sont comme tout le monde, dit Dieu. Peu de saints, beaucoup de pécheurs. Un saint, trois pécheurs. Et trente pécheurs. Et trois cents pécheurs. Et plus.

Mais j'aime mieux un saint qui a des défauts qu'un pécheur qui n'en a pas. Non, je veux dire : J'aime mieux un saint qui a des défauts qu'un neutre qui n'en a pas.

Or ces Français, comme ils sont, ce sont mes meilleurs serviteurs.

Ils ont été, ils seront toujours mes meilleurs soldats dans la croisade.

Or il y aura toujours la croisade.

Enfin ils me plaisent. C'est tout dire. Ils ont du bon et du mauvais. Ils ont du pour et du contre. Je connais l'homme. Je sais trop ce qu'il faut demander à l'homme. Et surtout ce qu'il ne faut pas lui demander.

O mon peuple français, dit Dieu, tu es le seul qui ne fasse point des contorsions.

Ni des contorsions de raideur, ni des contorsions de mollesse.

Et dans ton péché même tu fais moins de contorsions.

Que les autres n'en font dans leurs exercices.

Quand tu pries, agenouillé tu as le buste droit.

Et les jambes bien jointes bien droites au ras du sol.

Et les pieds bien joints.

Et les deux mains bien jointes bien appliquées bien droites.

Et les deux regards des deux yeux bien parallèlement montant droit au ciel.

O seul peuple qui regarde en face.

Et qui regardes en face la fortune et l'épreuve.

Et le péché même.

Et qui moi-même me regarde en face.

Et quand tu es couché sur la pierre des tombeaux.

L'homme et la femme se tiennent bien droits l'un à côté de l'autre.

Sans raideur et sans aucune contorsion.

Bien couchés droits l'un à côté de l'autre sans faute.

Sans manque et sans erreur.

Bien pareils. Bien parallèlement.

Les mains jointes, les corps joints et séparés parallèles.

Les regards joints.

Les destinées jointes. Joints dans le jugement et dans l'éternité.

Et le noble lévrier bien aux pieds.

Peuple, le seul qui pries et le seul qui pleure sans contorsion.

Le seul qui ne verse que des larmes décentes.

Et des larmes perpendiculaires.

Le seul qui ne fasse monter que des prières décentes.

Et des prières et des vœux perpendiculaires.

Peuple, les peuples de la terre te disent léger parce que tu es un peuple prompt.

Les peuples pharisiens te disent léger parce que tu es un peuple vite.

Tu es arrivé avant que les autres soient partis.

Mais moi je t'ai pesé, dit Dieu, et je ne t'ai point trouvé léger.

O peuple inventeur de la cathédrale, je ne t'ai point trouvé léger en foi.

O peuple inventeur de la croisade je ne t'ai point trouvé léger en charité.

Quant à l'espérance, il vaut mieux ne pas en parler, il n'y en a que pour eux.

C'est embêtant, dit Dieu, quand il n'y aura plus ces Français,

Il y a des choses que je fais, il n'y aura plus personne pour les comprendre »

Charles Péguy « La France » Poésie, 1912, éditions de 1932 (Ed. Gallimard.)

Soyez donc par le verbe et par l’action, dans la nouvelle guerre idéologique qui fait rage, de ces soldats bien droits dans leur bottes, malgré leurs péchés : « En nom Dieu, les hommes d'armes batailleront, et Dieu donnera la victoire ! ». « Fille de Dieu, va » disaient à Jeanne ses voix. Fille aînée de l’Église, va ton destin ! « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? (…) France, fille aînée de l’Eglise et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ? » (S. Jean-Paul II, 1er juin 1980, Le Bourget).

 


[1] La partie Nord serait la seigneurie de Vaucouleurs, donc le royaume de France.

[2] Prophétie renouvelée lors du procès : « Avant 7 ans, les Anglais vont perdre le plus grand gage qu’ils ont en France » : Paris est repris aux Anglais le 17 avril 1436.

[3] Interrogatoire du 3 mars 1431 : « L’enfant avait trois jours et fut apporté à Lagny, en l’église Notre-Dame. On me demanda d’y aller prier Dieu et Notre-Dame, qu’il lui veuille rendre vie. J’y allai à midi avec les autres et finalement la vie apparut en lui. L’enfant bâilla trois fois et puis fut baptisé, et il mourut tout de suite et fut enterré en terre chrétienne. Il y avait trois jours, comme on disait qu’en cet enfant il n’y avait plus signe de vie : il était noir comme ma robe ! Mais quand il bâilla, la couleur commença de lui revenir. Moi j’étais avec les filles, à genoux devant Notre-Dame, à faire ma prière ».

[4] Lundi 28 mai 1431, interrogatoire de Pierre Cauchon : « Dieu m’a mandé par saintes Catherine et Marguerite la grande misère de la trahison que j’avais consentie en faisant abjuration et rétractation pour sauver ma vie ; que je me damnais pour sauver ma vie ».