Mai 2020

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Pentecôte (31 mai 2020- lect. thom.) 0

Homélie de la Pentecôte (dimanche 31 mai 2020)

 

Lecture thomiste (Jn 14, 23-27)

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Méditons le début de l’évangile de la Pentecôte car il est très riche

 

 

I)              Le Christ se manifestera aux disciples

a.     Capacité des disciples à recevoir cette manifestation

 

Trois conditions sont requises pour voir Dieu et c’est la charité qui est alors à l’œuvre pour les remplir. Il faut d’abord s’approcher de lui : « Ceux qui s’approchent de leurs pieds recevront de sa doctrine » (Dt 33, 3 Vulg.). La charité unit l’âme de l’homme à Dieu : « qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 16). Ensuite, il faut élever les yeux pour le voir : « Levez les yeux et regardez : qui a créé tout cela ? » (Is 40, 26) et on regardera Dieu si on le chérit : « Là où est ton trésor, là aussi est ton cœur » (Mt 6, 21 et le cœur est souvent associé aux yeux : Qo 11, 9 ; Jn 12, 40 ; 1 Jn 2, 16). Enfin, il faut vaquer à cette vision car pour voir les réalités spirituelles, il faut se vider de celles de la terre : « Vaquez/Arrêtez et voyez que je suis Dieu » (Ps 45, 11 Vulg). Si l’âme acceptait « de se bien purifier et évacuer de toutes les formes et images appréhensibles, (...) l’âme, désormais simple et pure, se transformerait en la simple et pure Sagesse, qui est le Fils de Dieu ». « C’est ce que Notre-Seigneur nous demande par David, disant : ‘Apprenez à vous évacuer de toutes choses (à savoir intérieurement) et vous verrez que je suis Dieu !’ » S. Jean de la Croix (La Montée du Carmel, II, ch. 15 et 32, in Œuvres complètes, DDB 1967, p. 174 et 328). Autrement, « si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui » (1 Jn 2, 15).

 

De cette charité découle l’obéissance : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (v. 21). L’amour de Dieu est actif, il réalise une œuvre (S. Grégoire). En effet, la charité réside dans la volonté qui meut toutes les puissances vers leurs actes pour atteindre sa fin propre qui est Dieu. L’homme mû par la charité entreprend donc tout ce qui conduit vers lui, dont garder les commandements « La charité du Christ nous presse » (2 Co 5, 14, Vulg) et l’obéissance au commandement nous ouvre l’intelligence qui permet au Ciel de voir Dieu (cf. Ps 118, 104).

 

b.     Déroulement de cette manifestation

 

L’amour divin du Père est le premier aspect. Il est au futur (« mon Père l’aimera ») car, si l’amour est éternel dans la volonté divine, en tant que manifesté dans la réalisation d’une œuvre, il est temporel.

 

Ensuite vient la visitation divine (« et nous viendrons à lui ») : le mouvement n’est pas tellement de Dieu toutefois, car immobile, que nous serons mus/attirés par lui par la grâce qui nous fait accéder à Dieu. S. Augustin envisage trois manières. Dieu nous remplit de ses effets, et nous les recevons : « Venez à moi, vous qui me désirez, rassasiez-vous de mes fruits » (Si 24, 19 = 26 Vulg). Dieu nous illumine et nous le considérons : « Approchez-vous de lui, et vous serez illuminés » (Ps 33, 6 Vulg). Dieu nous aide et nous lui obéissons.

 

L’Esprit-Saint n’est pas mentionné ici explicitement mais quelques versets plus haut (v. 16). Et, en tant que lien d’amour entre le Père et le Fils, c’est lui qui opère cette inhabitation évoquant la persévérance, indiquée par la notion de demeurer. Il faut adhérer fermement à Dieu et ne pas la foi d’un instant : « ils croient pour un moment et, au moment de l’épreuve, ils abandonnent » (Lc 8, 13) comme dans la parabole du semeur. D’autres regrettent leur péché, ce qui attire Dieu vers eux mais il n’y demeure pas car ils retournent à leurs péchés « comme le chien retourne à son vomi » (Pr 26, 11). Dieu demeure pour toujours chez les prédestinés (Mt 28, 20). Ainsi s’établit une familiarité du Christ à l’égard des hommes qui sont ses vrais amis (I-II, 28, 2) : « trouvant mes délices avec les fils des hommes » (Pr 8, 30-31).

 

 

II)           Le Christ ne se manifestera pas au monde

a.     La séparation d’avec le monde

 

Un tableau exactement a contrario de ce que Jésus vient d’établir est dressé symétriquement pour expliquer pourquoi le Seigneur ne se manifestera pas au monde. En effet, ceux du monde sont privés des raisons pour lesquelles Jésus allait se manifester à ses fidèles : ils ne l’aiment pas ni ne lui obéissent, sauf pour un dessein particulier de sa Providence comme avec la conversion de S. Paul. De fait, l’amour sépare les saints d’avec le monde. Une mise à part qui a été prise à rebrousse-poil par l’Église moderne.

 

Celui qui n’écoute pas sa parole, ne rejette pas seulement Jésus mais aussi le Père qui l’avait envoyé. Celui qui l’aime, aime le Père et mérite une manifestation de l’un et de l’autre. La parole que les disciples ont entendue et que Jésus a proférée en tant qu’homme, est à la fois sienne dans la mesure où il la prononce, et n’est pas sienne dans la mesure où elle est d’un autre : « mon enseignement n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé » (Jn7, 16) et « les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même » (Jn 14, 10).

 

S. Augustin remarque que le Seigneur emploie le pluriel quand il parle de ses paroles, tandis qu’il use du singulier pour la parole du Père. Il a voulu être compris comme Verbe du Père unique. Toutes les paroles qui sont dans nos cœurs proviennent de l’unique Verbe du Père.

 

b.     La promesse de ses dons par l’Esprit-Saint

 

Après avoir promis l’Esprit-Saint et lui-même, Jésus leur montre les dons qui proviennent de cette venue de l’Esprit-Saint, puis de lui-même (qui ne peuvent être présentés ici).

 

L’un des grands dons provenant de l’Esprit-Saint est de rappeler aux disciples les enseignements du Christ et de leur donner l’intelligence de toutes les paroles du Christ. Jésus a communiqué sa doctrine par l’instrument de son humanité, par une présence corporelle. Avec l’Incarnation, c’en était fini des intermédiaires entre Dieu et les hommes (patriarches ou prophètes). Dieu lui-même se révéla pour dire sans ambages qui il est : « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils » (He 1, 1-2).

 

Jésus présente d’abord l’Esprit-Saint de trois façons : Paraclet, Esprit et Saint. Paraclet signifie littéralement « appelé à nos côtés » (para-klétos en grec = ad-vocatus en latin qui donne avocat). Il nous console de nos tristesses, tant du passé que du présent ou de l’avenir (en tant qu’inquiétude/sollicitude). À ceux qui pleurent leurs péchés passés suivant la seconde béatitude, il apporte la consolation donnant l’espérance du pardon : « recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (Jn 20, 23) comme le proclame David dans le célèbre Miserere : « Rends-moi la joie d'être sauvé ; que l'esprit généreux me soutienne » (Ps 50, 14). Face aux tristesses du présent : « Dans toutes nos détresses, il nous réconforte » (2 Co 1, 4) et « au-dehors, des conflits, et au-dedans, des craintes » (2 Co 7, 5), il console en tant qu’Amour. Il nous fait aimer Dieu et reconnaître sa grandeur pour pouvoir souffrir les outrages avec la joie des saints comme les Apôtres qui « repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus » (Ac 5,41), suivant en cela la huitième et dernière béatitude (Mt 5, 12). En effet, quand quelqu’un souffre de l’absence de la réalité aimée, il est consolé s’il reçoit une autre réalité davantage aimée. C’est pourquoi les hommes sont consolés, quand à la place des réalités temporelles ils reçoivent des réalités spirituelles et éternelles. Ils reçoivent l’Esprit-Saint. Enfin, quant à la tristesse de ne pas encore voir Dieu dans la patrie céleste, il nous apporte l’espérance par la vie éternelle : « Je change leur deuil en joie, les réjouis, les console après la peine » (Jr 31, 13 ; cf. Is 66, 13).

 

Il est l’Esprit parce qu’il meut nos cœurs à obéir filialement à Dieu de l’intérieur de nos cœurs (2 Co 3, 3) et non pas comme une loi extérieure gravées sur la pierre (Ez 36, 26 et He 8, 10) telle que le fut l’ancienne Alliance, irréalisable : « tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 14). Il est Saint parce qu’il nous consacre à Dieu nous mettant à part du profane : « votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint (…) vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes » (1 Co 6, 19).

 

Jésus présente ensuite sa mission au sens étymologique d’envoi (comme la messe ou les apôtres qui en sont dérivés en latin ou grec). L’Esprit-Saint est envoyé par le Père et le Fils d’une manière nouvelle, autre que celle selon laquelle il était en nous auparavant « Envoie ton Esprit et ils seront créés » (Ps 103, 30 Vulg), c’est-à-dire dans un exister (esse) spiritue1 : l’état de grâce et l’adoption filiale (ST III, 45, 4) : « vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions ‘Abba !’, c’est-à-dire : Père ! » (Rm 8, 15, cf. Ga 4, 6).

 

Puis vient l’effet de l’Esprit-Saint. Comme l’effet de la mission du Fils fut de conduire au Père, ainsi l’effet de la mission de l’Esprit-Saint est de conduire les croyants au Fils. Or le Fils, étant la Sagesse engendrée, la Vérité elle-même (Jn 14, 6), l’effet de sa mission est de rendre les hommes participants de la sagesse divine et de leur donner la connaissance de la vérité. Si le Fils nous transmet son enseignement, l’Esprit-Saint nous rend capables de le recevoir. Quoi que l’homme enseigne au-dehors, si l’Esprit-Saint n’en donne de l’intérieur l’intelligence, c’est en vain qu’il travaille : « L’homme, par ses seules capacités (= l’homme charnel : animalis), n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu » (1 Co 2, 14). À tel point que même le Fils, parlant par l’instrument de son humanité, ne peut rien s’il n’est lui-même mû de l’intérieur par l’Esprit-Saint d’après S. Grégoire. De même que celui qui a le goût infecté n’a pas la vraie connaissance des saveurs, celui qui est infecté par l’amour du monde ne peut goûter les réalités divines.

 

L’Esprit-Saint ne rappelle pas les choses comme les inférieurs doivent parfois le faire (une secrétaire à son employeur). En effet, il ne met pas en nous radicalement la science, mais dans le secret, il procure des forces pour connaître en nous faisant participer à la sagesse du Fils. Il rappelle en tant qu’il nous donne la force motrice de l’amour. Il nous remet aussi en mémoire au moment opportun ce que nous savons par ailleurs. Comment Jean, quarante ans après, aurait-il pu se souvenir de toutes les paroles du Christ qu’il a écrites dans son Évangile, si l’Esprit-Saint ne les lui avait rappelées ?

 

 

Dim ap Ascension (24 mai - lect. thom.) 0

Homélie du dimanche après l’Ascension (24 mai 2020)

 

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Lecture thomiste de l’évangile (Jn 15, 26-27 ; 16, 1-4)

 

I)              L’Esprit-Saint Paraclet

a.     Liberté et douceur de l’Esprit-Saint

 

« Lorsque sera venu le Paraclet » (= « Quand viendra le Défenseur ») indique la puissance de l’Esprit qui est libre car il « souffle où il veut » (Jn 3, 8). Paraclet ou consolateur évoque la douceur de l’Esprit Saint. Le propre de l’amitié est de se réjouir de la présence de l’ami, dans ses paroles et dans ses gestes, qui consolent des angoisses et tristesses lorsque nous nous réfugions chez eux. Or l’Esprit Saint fait de nous des amis de Dieu. Par lui, Dieu habite en nous, et nous en lui. « Rends-moi la joie de ton salut et soutiens-moi par l’Esprit souverain (Ps 50, 14).

 

Étant l’Amour de Dieu, l’Esprit nous fait mépriser les réalités terrestres pour adhérer à Dieu, éloignant par-là douleur et tristesse mais procurant la joie des réalités divines « Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix » (Ga 5, 22), « l’Église était remplie de la consolation de l’Esprit Saint » (Ac 9, 31). La fin ultime perfectionnant l’homme intérieurement est la joie, qui vient de la présence de la réalité aimée. Celui qui a la charité a déjà ce qu’il aime : « Celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jn 4, 16). La joie (Ph 4, 4) est parfaite si la réalité aimée suffit à l’amant par sa perfection, procurant la paix (Ct 8, 10) et s’il en jouit parfaitement : « Grande est la paix de qui aime ta loi » (Ps 118, 165). Donc la joie exprime la jouissance de la charité, mais la paix la perfection de la charité.

 

b.     Sa procession

 

Le Seigneur révèle une double procession de l’Esprit Saint, et d’abord sa procession temporelle. L’envoi d’auprès du Père n’est pas un mouvement local comme l’Ascension puisque l’Esprit remplit l’univers (Sg 1, 7). Mais il commence à habiter d’une nouvelle manière, par la grâce, en ceux dont il fait le temple de Dieu : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Co 3, 16). L’envoi de l’Esprit-Saint montre qu’il tient d’être du Père, comme le Fils tient d’un autre tout ce qu’il opère.

 

La mission de l’Esprit Saint vient du Père et du Fils communément suivant l’interprétation symbolique d’Ap 22, 1 : « l’ange me montra l’eau de la vie – c’est-à-dire l’Esprit Saint – : un fleuve resplendissant comme du cristal, qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau ». L’Esprit-Saint fut envoyé par le Père et le Fils en vertu d’une égale et même puissance. Si le Christ présente parfois le Père comme celui qui envoie, cependant pas sans lui, le Fils : « l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom » (Jn 14, 26), il se présente parfois lui-même comme celui qui envoie, mais pas sans le Père : « que je vous enverrai d’auprès du Père » (Jn 15, 26), parce que tout ce qu’opère le Fils, il le tient du Père (« le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père », Jn 5, 19).

 

En second lieu, le Seigneur révèle la procession éternelle du Saint-Esprit. Il montre également qu’il appartient au Fils en disant « l’Esprit de Vérité » car Jésus est la Vérité (Jn 14, 6). C’est donc l’esprit du Fils (« Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs » Ga 4, 6), mais qui appartient aussi au Père. Par l’Esprit, celui qui le reçoit devient comme celui qui l’a envoyé, dans une dimension d’impulsion. L’Esprit fait donc des fils : « vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils » Rm 8, 15) conforme à son Fils : participant du même héritage (Rm 8, 17) et splendeur de sa gloire (He 1, 3). Nous n’avons pas affaire à cet esprit mensonger quand Dieu tolérait que le démon égarât les Égyptiens (Is 19, 14) ou de faux prophètes (1 R 22, 22).

 

Cette double procession est conforme au Credo dans la formulation du Filioque qui fut polémique avec les Orthodoxes. L’Esprit Saint procède du Père et du Fils car omettre cette double procession, c’est risquer de confondre les personnes du Fils et de l’Esprit-Saint. La distinction formelle entre les personnes divines provient d’une opposition car des formes non opposées peuvent subsister dans la même personne. L’innascibilité et la paternité appartiennent à la seule personne du Père. L’opposition n’est pas selon l’affirmation/négation, ni selon la privation/avoir ni la contrariété (autrement pas d’égalité) mais par la seule opposition relative. La procession désigne génériquement une relation entre les personnes de la Sainte Trinité à partir d’un autre. Elle est soit génération (Fils) soit spiration (l’Esprit-Saint). Toutefois le Fils partage avec le Père la spiration active mais elle est seulement passive dans l’Esprit-Saint. Autrement dit, la distinction se fait entre celui qui n’est qu’origine (spiration) active (Père), que procession (spiration) passive (Esprit-Saint) ou les deux à la fois (Fils). En Dieu, il y a deux qui spirent ensemble (« spirantes ») mais pas deux spirateurs (pas « spiratores »).

 

En résumé, en Dieu, il y a une essence, deux processions (génération et spiration), trois personnes, quatre relations (paternité, filiation, spiration et procession, mais la spiration active n’est pas constitutive de la personne car commune au Père et au Fils) et cinq propriétés (le Père en a 3 : paternité et non-engendrement, spiration active ; le Fils, 2 : filiation et spiration active ; l’Esprit, 1 : la procession ou spiration passive).

 

c.     Son opération

 

Le Seigneur par « il rendra témoignage en ma faveur » (v. 26), révèle les opérations de l’Esprit Saint. Le témoignage est triple. Il instruit les disciples, leur donnant confiance pour témoigner : « ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10, 20) ; il communique son enseignement à ceux qui croient en Jésus : « Dieu joignait son témoignage par des signes, des prodiges, toutes sortes de miracles, et le partage des dons de l’Esprit Saint, selon sa volonté » (He 2, 4) ; il attendrit les cœurs de ceux qui écoutent : « Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre » (Ps 103, 30).

 

 

II)           Les disciples mus par l’Esprit-Saint

a.     Le témoignage

 

Jésus révèle ce que feront les disciples, inspirés par l’Esprit Saint : « vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8). Ils font cause commune avec l’Esprit de Dieu pour rendre témoignage : « Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent » (Ac 5, 32). Ils parleront d’expérience, eux qui ont suivi Jésus depuis le début de sa vie publique, partageant sa vie, recueillant son enseignement, assistant à ses miracles : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi » (1 Jn 1, 3). Cela exclut les miracles relatés par les apocryphes dans l’enfance de Jésus car le Seigneur voulait des témoins idoines.

 

Le disciple, n’étant pas plus grand que le maître, subira les mêmes rejet et haine que Jésus. Les apôtres furent persécutés par les Juifs qui par exemple, martyrisèrent Jacques, évêque de Jérusalem vers 62. Eux et l’Esprit-Saint témoigneront contre ces Juifs. Mais le scandale n’a pas pour autant sa place avec l’Esprit de charité (Rm 5, 5) et de paix. « Qui néglige un dommage à cause d’un ami est juste » (Pr 12, 26 Vulg. uniquement). Pour les amis de Dieu, souffrir peines et dommages pour le Christ n’est donc pas un scandale. Parce qu’avant la mort du Christ, les disciples n’avaient pas reçu le Saint-Esprit, ils furent scandalisés de sa Passion (Mt 26, 31) ; tandis qu’après la Pentecôte, ils ne le furent absolument pas.

 

b.     La persécution

 

Beaucoup de tribulations s’abattront sur les disciples : l’exclusion d’abord, puis la mise à mort. L’exclusion de la synagogue revient à une forme d’excommunication : les Juifs répandaient la peur en chassant de la communauté comme chez les parents de l’aveugle-né : « ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ » (Jn 9, 22). Même de nombreux chefs de synagogue restaient prisonniers du respect humain en n’osant confesser le Christ, comme quoi la lâcheté des responsables religieux est de tout temps : « Cependant, même parmi les chefs du peuple, beaucoup crurent en lui ; mais, à cause des pharisiens, ils ne le déclaraient pas publiquement, de peur d’être exclus des synagogues » (Jn 12, 42). Vivant dans le mensonge, ils furent rejetés de la béatitude réservée aux persécutés (Mt 5, 10 ; 1 Ρ 3, 14 et 4, 13-14) : « Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme » (Lc 6, 22-23).

 

Viendra ensuite la mise à mort. Leur consolation était la promesse qu’expulsés de l’assemblée des Juifs, ils allaient gagner au Christ tellement de fidèles qu’on ne pourrait les détruire. On chercherait à les mettre à mort de peur qu’ils ne convertissent tout le monde. D’où la séparation des Chrétiens d’avec les Juifs qui tels le frère aîné de la parabole du fils prodigue, ne surent se réjouir que des pécheurs puis des païens fussent réconciliés avec Dieu. L’Église a remplacé la synagogue évoquée aussi par le singulier. L’hommage faux est rendu à Dieu et non pas aux dieux. Les païens ne semblent pas concernés car, s’ils appliquaient à la lettre des lois iniques où César était divinisé comme Rome, c’était un pur formalisme distinct du zèle religieux des Juifs qui considéraient comme apostats les Chrétiens : « C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en bétail d’abattoir » (Ps 43, 23). Ce pouvoir donné sur les Chrétiens aux Juifs fut provisoire comme à la Passion : « c’est maintenant votre heure et le pouvoir des ténèbres » (Lc 22, 53) : une heure nocturne pour faire le mal.

 

Certes, ils agissaient par ignorance et incrédulité comme Paul (1 Tm 1, 13) parce qu’ils ne connaissaient pas la vérité du Dieu un et trine : « Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père » (Jn 8, 19). Jésus pria donc son Père sur la Croix de ne pas le leur imputer pour faute. Les disciples reconnaîtront que Jésus l’avait prophétisé et se confieront plus facilement à Dieu qui connaît toutes choses. On est moins affecté quand on est préparé. Pour Cicéron (Les Tusculanes), les hommes estiment davantage les richesses quand ils n’en ont pas que lorsqu’elles sont en leur possession. De même, avant que les tribulations ne surviennent, on les croit plus éprouvantes que lorsqu’elles sont présentes. Par l’abandon à la Providence divine, le sage ne se préoccupe pas outre mesure du lendemain qui n’appartient qu’à Dieu : « à chaque jour suffit sa peine » (Mt 6, 34).

 

La Servante de Dieu, Madame Élisabeth de France, sœur de Louis XVI décapitée le 10 mai 1794 à Paris pour cette même appartenance à la famille royale, priait ainsi :

« Que m’arrivera-t-il aujourd’hui, ô mon Dieu, je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est qu’il ne m’arrivera rien que Vous ne l’ayez prévu de toute éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu, pour être tranquille. J’adore vos desseins éternels, je m’y soumets de tout mon cœur. Je veux tout, j’accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout ; j’unis ce sacrifice à Celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant, par son Sacré-Cœur et par ses mérites infinis, la patience dans mes maux et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voudrez et permettrez. Ainsi soit-il ».

 

Enfin, on retrouva cette prière sur Bse Odette Prévot, petite-sœur du Sacré-Cœur, martyrisée le 10 novembre 1995 à Alger en allant à la messe :

« Vis le jour d’aujourd’hui, Dieu te le donne, il est à toi, vis-le en lui.

Le jour de demain est à Dieu, il ne t’appartient pas.

Ne porte pas sur demain le souci d’aujourd’hui. Demain est à Dieu : remets-le-lui.

Le moment présent est une frêle passerelle : si tu le charges de regrets d’hier,

de l’inquiétude de demain, la passerelle cède et tu perds pied.

Le passé ? Dieu le pardonne.

L’avenir ? Dieu te le donne.

Vis le jour d’aujourd’hui en communion avec lui.

Et s’il y a lieu de t’inquiéter pour un bien-aimé,

Regarde-le dans la lumière du Christ ressuscité ».

 

 

Ascension (21 mai 2020 - Ascension par S. Thomas) 0

Ascension (jeudi 21 mai 2020) - enseignement thomiste

 

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40 jours après la Résurrection à Pâques, Jésus-Christ monta auprès du Père aux Cieux où il siège à sa droite. On éteint donc ce jour le cierge qui symbolisait sa présence terrestre dans son corps glorieux.

 

 

I)              Pourquoi le Christ devait-il remonter auprès du Père ?

a.     La place qui lui convient

 

Un lieu doit être proportionné, adapté à celui qui l’habite. Le Christ, en ressuscitant, a commencé une vie immortelle et incorruptible. Notre terre est le lieu de l’engendrement (début) et de la corruption par la mort (fin) tandis que le ciel est celui de l’incorruption. Telle est donc la vraie place de Jésus qui est Dieu (III, 57, 1). Certes, par l’Ascension, Jésus n’obtient pas plus de gloire qu’à sa résurrection. Mais ce lieu lui est plus honorable et lui procure une joie nouvelle puisqu’il a achevé sa mission terrestre du salut (ad 2). Il avait retardé cette Ascension de 40 jours pour prouver la réalité de sa résurrection : « C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu » (Ac 1, 3). La Glose, commentaire médiéval de l’Écriture fait le parallèle entre 40 heures de sa mort et 40 jours du combat humain ici-bas (4 éléments multipliés par 10 commandements) (ad 4).

 

b.     Le bénéfice pour nous

 

Même si Jésus n’est plus présent corporellement, le Christ, par sa divinité, demeure présent aux siens : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). « Celui qui est monté aux cieux n’abandonne pas ceux qu’il a adoptés » (S. Léon). Il nous est plus utile au Ciel car l’Ascension augmente en nous les trois vertus théologales.

 

Notre foi grandit car elle a pour objet ce qu’on ne voit pas. Le Christ avait béni devant S. Thomas les croyants : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20, 29). Or, la foi nous est imputé comme justice (Rm 4, 3) et cause notre salut en nous distinguant des incroyants condamnés à l’enfer pour leur manque de foi.

 

Notre espérance est relevée. « Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi » (Jn 14, 3). Le Christ au ciel avec sa nature humaine nous fait espérer d’y parvenir : « Celui qui ouvre les brèches est monté ; devant eux il a ouvert la brèche » (Mi 2, 13).

 

Notre charité est orientée vers les réalités célestes : « Recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre » (Col 3, 1-2) grâce à l’Esprit-Saint qui nous a été imparti grâce à cette Ascension : « il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 7). « Vous ne pouvez saisir l’Esprit Saint tant que vous persistez à connaître le Christ selon la chair. Lorsque le Christ se fut éloigné corporellement, non seulement l’Esprit Saint, mais encore le Père et le Fils leur furent présents spirituellement » (S. Augustin).

 

c.     Quel est le rôle du Christ au Ciel ?

 

En outre, notre respect pour le Christ s’augmente, car nous ne le considérons plus comme un homme terrestre (2 Co 5, 16), mais comme Dieu (III, 57, 6). Mais par rapport au Christ lui-même, l’Ascension est cause de notre salut car Jésus nous a préparé la voie pour monter au ciel : « Je pars vous préparer une place » (Jn 14, 2). C’est accouchement vers le Ciel où la tête du corps ecclésial est déjà passée tandis que nous gémissons encore dans les douleurs de l’enfantement (Rm 8, 22). Jésus a déjà libéré les âmes des saints de l’Ancien Testament retenues captives par le démon dans les limbes des patriarches. « En montant au ciel, il a emmené captive la captivité » (Ps 68, 19 Vulg.).

 

Comme le grand prêtre de l’Ancien Testament entrait dans le sanctuaire afin de se tenir devant Dieu et de représenter le peuple, le Christ entra au ciel « afin d’intercéder pour nous » (He 7, 25). « Tu as, ô homme, un accès assuré auprès de Dieu. Tu y vois la Mère devant le Fils et le Fils devant le Père. Cette Mère montre à son fils sa poitrine et ses mamelles. Le Fils montre à son Père son côté et Ses blessures. Il ne pourra donc y avoir de refus là où il y a tant de preuves de charité » (S. Bernard). Dieu, qui a exalté la nature humaine du Christ, aura aussi pitié de ceux pour lesquels le Fils de Dieu a assumé la nature humaine.

 

Le Christ siégeant comme Dieu et Seigneur, envoie de là-haut les biens divins aux hommes : « Il s’est élevé au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses » (Ep 4, 10) de ses dons. Il n’y déroge pas lorsqu’il apparaîtra à tous comme au jour du Jugement dernier ou à quelqu’un en particulier comme à S. Paul (1 Co 15, 8) qui le vit corporellement.

 

 

II)           Comment se passe l’Ascension ?

a.     Qui est à l’œuvre dans l’Ascension ?

 

Distinguons les deux descentes du Christ, l’unique homme-Dieu, mentionnées dans les Écritures. La première est la descente du Ciel est en tant que Dieu, toutefois non pas suivant un mouvement local mais suivant l’anéantissement (kénose) par lequel, étant dans la forme de Dieu, il a pris celle d’un esclave (Ph 2, 7). De même qu’il ne perdit pas sa plénitude, mais prit notre petitesse, il n’a quitté le ciel, mais a assumé une nature terrestre dans l’unité de sa personne. « Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme » (Jn 3, 13). La seconde descente aux enfers ou limbes le samedi saint fut locale en tant qu’homme : « l’Écriture dit : ‘Il est monté sur la hauteur, il a capturé des captifs, il a fait des dons aux hommes. Que veut dire : Il est monté ? – Cela veut dire qu’il était d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers » (Ep 4, 8-10) (ad 2).

 

Le Christ monta aux Cieux suivant sa nature humaine. En effet, suivant sa nature divine, il ne pouvait aller plus haut. De plus, l’ascension est un mouvement local qui ne convient pas à la nature divine, qui est immuable, immobile et n’a pas de lieu : « Moi, le Seigneur, je ne change pas » (Ml 3, 6) (III, 57, 1, ad 1 et III, 57, 2). Mais il y est monté par la vertu de sa divinité qui en est la cause : « c’est par ce qu’il tenait de nous que le Fils de Dieu a été suspendu à la croix, mais c’est par ce qu’il tenait de lui qu’il est monté aux cieux » (S. Augustin). C’est là toute la complexité de l’union hypostatique des deux natures dans l’unique personne divine du Christ.

 

La puissance propre du Christ s’entend selon l’une et l’autre nature. En tant qu’il est Dieu, le Christ est monté au ciel par sa propre puissance. Mais en tant qu’il est homme, la créature n’a pas en elle, naturellement, la capacité de s’élever au ciel. Mais elle l’a, par la gloire donnée par Dieu. Le corps glorieux du Christ possède plusieurs propriétés rejaillissant de son âme glorifiée, dont l’agilité (Suppl 84, 1) qui agit entre autres dans le cadre du mouvement local externe (Jésus passant les portes fermées du Cénacle). La soumission du corps glorieux à l’âme bienheureuse sera telle que « le corps sera à l’instant même là où le voudra l’esprit ; et l’esprit ne voudra rien qui ne puisse lui convenir, non plus qu’au corps » (S. Augustin). Le corps monte au Ciel où il lui convient d’être. C’est la réversibilité du foyer de péché : de même que le corps devient glorieux en participant de l’âme, « de même en participant de Dieu, l’âme devient bienheureuse » (S. Augustin) (III, 57, 3). Cependant, Dieu choisit de ne pas le faire instantanément comme pour une apparition mais progressivement : les apôtres le virent s’élever vers le Ciel car Dieu voulait des témoins pour son Fils.

 

L’Écriture distingue l’Ascension du Christ des deux précédents. Hénoch (Gn 5, 18), le 7e patriarche, père de Mathusalem et arrière-grand-père de Noé, fut « transporté » au ciel. Élie (2 Rois 2, 11) fut « soulevé ». « Le premier fut engendré et engendra. Le second fut engendré mais n’engendra pas. Le troisième [le Christ] ne fut pas engendré et n’engendra pas » (S. Grégoire). Ce non-engendrement se comprend du point de vue humain puisque le Fils est éternellement engendré par le Père. L’actif sert pour Jésus et le passif divin pour Hénoch et Élie. « Il est dit d’Élie qu’il est monté au ciel dans un char ; c’est pour montrer avec évidence que celui qui n’est qu’un homme avait besoin d’un secours étranger. Quant à notre Rédempteur, il ne s’est élevé ni dans un char, ni avec l’aide des anges : lui qui a fait toutes choses, il a été porté au-dessus de toutes choses par sa propre puissance » (S. Grégoire).

 

Bien sûr, dans la Sainte Trinité, tout est en partage sauf ce qui est propre à chacune des personnes (la paternité qui est la propriété du Père par exemple). Quand on affirme que le Christ a été ressuscité par le Père, on dit cependant qu’il est ressuscité par sa propre puissance, parce que la puissance du Père et celle du Fils est la même. Pareillement, le Christ est monté au ciel par sa propre puissance, quoiqu’il ait été élevé et pris par le Père (ad 1).

 

b.     Quel est la place du Christ au Ciel ?

 

Jésus monta au-dessus de tous les Cieux, siégeant à la droite du Père, au-dessus des anges. Certes, si l’on considère la condition de sa nature corporelle, son corps est inférieur aux substances spirituelles ou anges. Mais si l’on considère la dignité de l’union par laquelle il est personnellement uni à Dieu, il surpasse en dignité tous les anges. « Celui qui a fait toutes choses a été porté au-dessus de toutes par sa propre puissance » (S. Grégoire) (III, 57, 5). Sa nature humaine resplendit de la plus grande gloire qu’il est possible d’avoir.

 

Plus un corps est glorieux, plus il est près de Dieu (III, 57, 4). Ainsi dans la hiérarchie des chœurs angéliques, les séraphins forment le premier cercle auprès de Dieu, si près qu’ils brûlent (saraf en hébreu) de cette charité (Lv 4, 12). Ils sont donc représentés avec 3 paires d’ailes rouges (le second ordre, les séraphins ayant 3 paires d’ailes bleues). Mais Dieu n’est pas contenu dans le Ciel. Le trône divin contiendrait plutôt les cieux : « Ô Dieu, ta gloire s’est élevée au-dessus de tous les cieux » (Ps 8, 2 Vulg) (ad 1). La nuée (Ac 1, 9) rappelle symboliquement cette présence divine agissant pour son peuple, comme lors de la traversée de la mer rouge ou au-dessus du tabernacle (tente du rendez-vous) (ad 3).

 

Conclusion : Adam nous avait ouvert les portes de l’enfer, le Christ nous ouvre les portes du ciel. Dans le Te Deum nous chantons ainsi : « Après avoir vaincu l’aiguillon de la mort, Vous avez ouvert aux croyants le royaume des cieux ».

5e dimanche (17 mai - juste prière enseignée) 0

 

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La juste prière enseignée aux apôtres (Jn 16, 23-24)

 

Approfondissons les deux premiers versets de l’évangile mais rétablis dans leur intégrité. Jésus avait donné deux réconforts pour ses apôtres : la promesse du Paraclet et son propre retour. Voici la troisième raison : la promesse de leur accès auprès du Père.

 

 I)              Les apôtres ne demanderont plus rien

 

La liturgie n’a malheureusement pas conservé les mots précédents notre passage (alors que la suite fut déjà lue au 3e dimanche après Pâques) : « En ce jour-là, vous ne me demanderez plus rien » (Jn 16, 23a souvent traduit par : « vous ne me poserez plus de questions »). Les apôtres n’interrogeront (en allemand jn. fragen) ou ne demanderont plus rien (jn. bitten, etwas zu tun) « ce jour-là », qui peut être compris de deux manières : la Résurrection ou la vision dans la gloire.

 

a)    Première interprétation : la Résurrection

 

St. Jean Chrysostome comprend « vous ne me direz plus ‘montrez-nous le Père’ » comme S. Philippe fêté le 11 mai (avec S. Jacques). Quand les apôtres interrogent après la Résurrection (S. Pierre sur ce qu’il adviendra de l’apôtre que Jésus aimait en Jn 21, 21), il ne s’agit pas de contredire Jésus. La Résurrection, prise largement de Pâques à la Pentecôte, inclut l’envoi de l’Esprit-Saint. L’Esprit de Vérité leur enseignera la vérité toute entière (Jn 16, 13). Les apôtres sauront tout ce qui est nécessaire pour évangéliser : « Cette onction vous enseigne toutes choses » (1 Jn 2, 27).

 

La seconde personne divine, le Fils, a uni à sa nature divine la nature humaine par l’Incarnation dans l’union hypostatique. Le Fils et le Père partagent une unique substance car ils sont consubstantiels. Une créature a accès à Dieu le Père par la nature humaine du Christ car Jésus est « médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Tm 2, 5-6). Ce jour-là, les apôtres ne l’interrogeront plus comme médiateur mais le solliciteront comme Dieu. L’Église agit ainsi. Elle ne demande pas son intercession : « Ô Christ, priez pour nous » mais qu’il intervienne en tant que Dieu. Elle s’unit à son action divine par l’amour et la foi.

 

b)    Seconde interprétation : la Gloire

 

St. Augustin envisage dans « ce jour-là » la béatitude où les apôtres ne chercheront plus à obtenir quoi que ce soit, car il ne restera rien à désirer dans la patrie : « Je serai rassasié quand apparaîtra ta gloire » (Ps 16, 15, Vulg.). Ainsi la volonté qui est siège du désir, est comblée. La seconde faculté supérieure de l’âme, l’intellect, le sera tout autant : « Dans votre lumière nous verrons la lumière » (Ps 35, 10). Chez un bienheureux, la lumière de gloire remplace la foi. Il voit alors toutes les choses créées dans la lumière du Verbe. L’intelligence est ravie par la lumière de Dieu. Elle voit Dieu tel qu’il est, dans son essence, sans intermédiaire. Mais elle ne pourra le comprendre au sens strict car cela dépasse ses capacités. Dieu seul se comprend lui-même.

 

On pourrait objecter que l’Écriture mentionne des saints priant qui désirent donc ce qu’ils n’ont pas (Jb 5, 1 ; 2 M 15, 12 : « Onias, jadis grand prêtre (…) étendait les mains et priait pour toute la communauté des Juifs »). Ils n’intercèdent pas que pour d’autres puisque l’Apocalypse, les martyrs réclament justice pour eux-mêmes : « Jusques à quand, Maître saint et vrai, resteras-tu sans juger, sans venger notre sang sur les habitants de la Terre ? » (Ap 6, 10). Dans d’autres passages, des créatures du Paradis interrogeant Dieu (Ps 23, 8 ; Is 63). Certes, Denys le Pseudo-Aréopagite l’attribue aux anges mais qu’importe, puisque les élus leur ressembleront (Mt 22, 30).

 

En réalité, la gloire se décompose en deux temps. Le premier court de la mort du serviteur de Dieu au retour glorieux du Christ. Dans cet entre-deux, l’âme désire par exemple être de nouveau conjointe à son corps, gémissant vers la Résurrection finale. Les bienheureux attendent encore autre chose pour les autres : que soit completé le nombre des élus. Jusque-là, ils peuvent chercher à l’obtenir et à interroger Dieu, mais pas sur l’essence de la béatitude. Après le retour glorieux du Christ, avec la gloire pleinement consommée après le Jugement dernier, il ne restera plus rien à demander ni à connaître. Jésus fait référence à ce second temps. Par ailleurs, les autres locataires des Cieux que sont les anges n’interrogent Dieu que sur les mystères de l’humanité et de l’Incarnation du Christ, pas sur sa divinité.

 

 

II)           Les apôtres seront exaucés

a)    Tension entre la Résurrection et la Gloire

 

S. Jean Chrysostome comprend la Résurrection et la descente de l’Esprit Saint (Pâques et la Pentecôte). Vous ne me demanderez plus rien, et cependant vous aurez mon aide, parce que vous demanderez en mon nom, au Père, auquel vous accéderez par moi. S. Augustin interprète avant « ce jour-là », tant que durera notre pèlerinage sur la Terre : dans cette « vallée de larmes », nous devrons demander au Père par le Fils. D’ailleurs ainsi s’achève toute prière de la messe par la doxologie (de doxa : la gloire) : « Par Jésus Christ, votre Fils, notre Seigneur, qui vit et règne avec vous dans l’unité du Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles, Amen ». Cela nous induit donc vers la prière.

 

b)    7 conditions pour prier avec justesse

 

Le Seigneur donne les sept conditions d’une bonne prière.

1.     Demander des biens spirituels. « Si vous demandez quelque chose (quid) au Père en mon nom » se réfère aux seuls biens spirituels car les temporels ne sont rien : « à côté d’elle (la Sagesse), j’ai tenu pour rien la richesse » (Sag 7, 8) et « j’ai regardé la terre, et voici qu’elle était vide, une terre de néant » (Jér 4, 23, Vulg.). Le pain demandé au Pater est bien sûr spirituel car l’âme a besoin du corps du Christ. Autrement, ne nous étonnons pas de n’être pas exaucés : « vous demandez, mais vous ne recevez rien ; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs » (Jc 4, 3).

2.     Prier avec persévérance : « Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager » (Lc 18, 1) et « Priez sans cesse » (1 Th 5, 17).

3.     Prier dans la concorde, d’où le pluriel : « si deux d’entre vous sur la Terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux » (Mt 18, 19). La prière de beaucoup est normalement exaucée.

4.     Prier par amour filial car on s’adresse au Père. La crainte servile s’adresse à Dieu vu comme maître de maison, voire ennemi : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ! » (Mt 7, 11).

5.     Prier avec piété, soit :

- avec humilité : « II a regardé la prière des humbles, et n’a pas méprisé leur supplication » (Ps 101, 18, Vulg.).

- avec la confiance d’être exaucé : « Mais qu’il demande avec foi, sans la moindre hésitation » (Jc 1, 6).

- et au nom du Sauveur car on demande ce qui se rapporte au salut pour l’obtenir : « sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Ac 4, 12).

6.     Prier en temps opportun. Si nous ne recevons pas, ne nous décourageons pas aussitôt. Ce sera donné au moment convenable pour accroître notre désir : « Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu » (Ps 144/145, 15).

7.     Prier pour soi. Parfois, on n’est pas exaucé pour d’autres car leur manque de mérite fait obstacle : « Toi, n’intercède pas en faveur de ce peuple, n’élève pour eux ni supplication, ni prière, n’insiste pas auprès de moi : je ne t’écouterai pas ! » (Jr 7, 16).

 

 

III)         Leur marge de progression

a)    Leur défaillance passée

 

« Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ». Certes les apôtres demandèrent pourtant des choses en son nom comme d’exorciser. Mais ils s’étaient limités à des choses plus temporelles comme les guérisons corporelles, la libération d’Israël du joug romain. Ce qui n’est rien comparé à ce qu’ils allaient faire par la prière. Ils n’avaient pas encore reçu l’Esprit d’adoption, par lequel ils aspireraient aux réalités spirituelles et célestes, les choses d’en-haut (quæ sursum sunt). Ils ne demandaient pas au Père au nom du Fils n’ayant pas une parfaite connaissance du nom du Christ.

 

b)    Oser demander

 

Jésus exhorte à progresser, à demander : « Demandez, on vous donnera » (Mt 7, 7) pour qu’ils soient dans la joie complète, comme lorsqu’ils revinrent de leur première mission accomplie avec fruit : « Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux, en disant : ‘Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom’ » (Lc 10, 17). La joie est soit la fin de l’exaucement, soit son objet : il faut aussi demandez que votre joie soit parfaite.

 

Le désir est ce mouvement de l’appétit vers le bien. La joie est son repos dans ce bien. L’homme joyeux se repose dans le bien désormais possédé, vers lequel se portait son désir. Sa joie est proportionnée au bien possédé. Un bien créé ne peut donner une joie, un repos pléniers : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi » (Les Confessions, I, 1, 1). La vraie joie est Dieu, bien suprême dans lequel existent tous les biens désirables. Autrement dit, nous devons demander de jouir de Dieu et de la Trinité car il n’y a rien de plus grand. Telle est la vocation humaine.

3e ap Pâques (3 mai - encore un peu de temps, lec. thom) 0

Homélie du 3e dimanche après Pâques (3 mai 2020)

 

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Lecture thomiste de l’évangile de Jn 16, 16-22 : "encore un peu de temps"

 

 

L’Église divise la période après Pâques en deux comme pour l’Avent à partir du 17 décembre. Après la joie de revoir le Ressuscité, l’Église commencer par nous préparer à son autre départ par l’Ascension, le retour auprès du Père (redditus) d’où il était sorti (exitus). La liturgie nous fait lire du 3e dimanche après Pâques, soit au milieu du temps jusqu’à l’Ascension un discours tenu par Jésus avant sa mort car il y a ces deux séparations d’avec ceux qui l’aiment.

 

 

I)              La promesse de le voir de nouveau

a.     Peu de temps

 

Un peu fastidieusement, est répétée sept fois l’expression « pour un peu de temps » : modicum en latin, mikron en grec (μικρὸν). L’évangile de Jn concentre la moitié des 22 occurrences avec 4 autres passages indiquant la même chose : « Jésus déclara : ‘Pour un peu de temps encore, je suis avec vous ; puis je m’en vais auprès de Celui qui m’a envoyé’ » (Jn 7, 33) ; « Jésus leur déclara : ‘Pour peu de temps encore, la lumière est parmi vous ; marchez, tant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous arrêtent pas’ » (Jn 12, 35) et « Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs : ‘Là où je vais, vous ne pouvez pas aller’, je vous le dis maintenant à vous aussi » (Jn 13, 33).

 

Il est ici vraiment question de patience, y compris dans les épreuves. La patience, vertu liée à la force est comme revivre la Passion en petit, au quotidien, mais pour plus longtemps ! « Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves » (1 P 1, 6 mais ici l’expression diffère : « ὀλίγον ἄρτι »)) comme les martyrs qui réclament vengeance, c’est-à-dire que leur soit rendu justice et que leurs droits soient respectés : « Et il fut donné à chacun une robe blanche, et il leur fut dit de patienter encore quelque temps, jusqu’à ce que soient au complet leurs compagnons de service, leurs frères, qui allaient être tués comme eux » (Ap 6, 11).

 

b.     Deux absences : la mort et l’Ascension

 

« Un peu de temps » prononcé à la sainte Cène désigne la livraison de Jésus quelques heures après à Gethsémani et le temps court pour le Christ mortel ne leur apparaisse de nouveau immortel. La première absence, celle de la mort, fut réellement très courte : les trois jours du Credo sont plutôt 2 jours ou même 33 heures du vendredi 15h à minuit la nuit du samedi au dimanche. Il fallait prévenir les disciples pour qu’ils ne fussent pas submergés par la tristesse, le désespoir et qu’ils ne perdissent totalement confiance en Dieu devant l’échec apparent de la croix. « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur » (Jn 20, 20) le dimanche de Pâques.

 

Puis le temps s’allonge puisque le même terme employé vaut ensuite pour les 40 jours (Ac 1, 3) que le Christ ressuscité passa sur terre avant de monter à la droite de Dieu le Père. L’absence passe plus lentement que la présence. L’Ascension dont ils furent témoins (Ac 1, 9) choisis d’avance (Ac 10, 40-41) ne doit pas les laisser une seconde fois orphelins. Cette brièveté représente aussi la fugacité du temps humain, comparée à l’éternité de Dieu (« pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour » 2 P 1, 8 reprenant Ps 89, 4 : « À tes yeux, mille ans sont comme hier, c'est un jour qui s'en va, une heure dans la nuit »). À l’issue de notre vie terrestre, nous verrons cette gloire que le Christ a auprès du Père.

 

 

II)           Le doute des disciples

a.     Le vrai disciple se laisse enseigner

 

Les disciples ne comprenaient pas encore les paroles du Christ, à cause de leur tristesse ou de l'obscurité de ses paroles, ce qui rappelle ailleurs « Êtes-vous encore sans intelligence, vous aussi ? » (Mt 15, 16). Ils comprenaient qu’il allait partir et mourir mais pas encore qu’il ressusciterait car cela demeure difficile à croire, même au témoignage de l’Écriture : « Qui donc peut vivre et ne pas voir la mort ? Qui s'arracherait à l'emprise des enfers ? » (Ps 88, 49) et « on n’a jamais vu personne revenir du séjour des morts » (Sg 2, 1). Paul échoua à l’Aréopage en prêchant aux philosophes grecs la Résurrection du Christ : « Quand ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns se moquaient, et les autres déclarèrent : ‘Là-dessus nous t’écouterons une autre fois’ » (Ac 17, 32) tellement c’est hors de la pensée humaine. Mais les disciples n’en demeurent pas moins respectueux, avouant leur ignorance plutôt que de blasphémer en préférant leur jugement propre à l'autorité de l'Écriture comme le soldat giflant le Christ entendu par le Sanhédrin : « II a mal parlé » (Jn 18, 23). Ses disciples sont humbles : « je suis ton serviteur, le fils de ta servante, un homme frêle et qui dure peu, trop faible pour comprendre les préceptes et les lois » (Sg 9, 5). Ils ne se taisent pas non plus.

 

En vertu de sa divinité, Jésus connut l’objet de leur doute et qu’ils voulaient l’interroger : « Lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme » (Jn 2, 25). Dieu avait montré à Samuel pour l’onction du roi David qu’il se distinguait des hommes comme des démons car « les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » (1 S 16, 7). Dieu seul peut lire dans l’intellect et la volonté de ses créatures, sondant leurs reins et leurs cœurs. Jésus répondit donc en prédisant gémissement de douleur et larmes (lamentations et pleurs comme dans Lm 1, 2 et 2 Jr 31, 16). Leur tristesse intérieure contrastera avec la joie du monde, singulièrement durant la Passion pour les scribes et les pharisiens : « Voilà bien le jour que nous espérions : nous y arrivons, nous le voyons ! » (Lm 2, 16). Mais cela peut s’entendre des mauvais croyants qui se réjouissent de la persécution des saints (Ap 11, 10). Et même plus largement, le monde désigne tous les hommes vivant charnellement un hédonisme dont la devise est « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » (Is 22, 13). Les disciples du Christ comme les pèlerins d’Emmaüs sont tristes à cause de sa mort (Lc 24, 17) mais aussi des persécutions qu’ils subissent (Jn 20, 19) tout comme du péché des hommes : « Car une tristesse vécue selon Dieu produit un repentir qui mène au salut, sans causer de regrets, tandis que la tristesse selon le monde produit la mort » (2 Co 7, 10). Cette tristesse n’est que passagère alors que la joie de revoir le Ressuscité sera si durable qu’ils affronteront les tourments de leur martyre. Et au Ciel, la joie sera éternelle : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » (Mt 5, 5), récompense du dur labeur apostolique évoqué par le manipule : « il s'en va, il s'en va en pleurant, il jette la semence ; il s'en vient, il s'en vient dans la joie, il rapporte les gerbes » (Ps 125, 6).

 

b.     La femme en couches et la vie éternelle de gloire

 

Les disciples purent se remémorer ce verset : « Et voilà qu'un tremblement les saisit : douleurs de femme qui accouche » (Ps 47, 7). La femme doit faire face à la douleur de l’accouchement, peine du péché originel d’Ève (Gn 3, 16). Son heure est venue. L’expression double de la femme et de l’heure est à rapprocher tant des noces de Cana, premier miracle de la vie publique que de la Passion du Christ lui-même, conclusion de sa vie publique.

 

La douleur de la Passion subie par Jésus fut la plus grande jamais supportée par un homme : « Ô vous tous qui passez sur le chemin, regardez et voyez s’il est une douleur pareille à la douleur que j’endure » (Lm 1, 12). L’ami « souffre avec » par la sympathie (grec) ou compassion (latin) or Jean était au pied de la croix avec les saintes femmes. Les saints sont les amis, les enfants de Dieu et beaucoup voulurent porter leur part du poids de la croix et partagèrent les souffrances du Christ, soit par les stigmates imposées, tous par les persécutions subies ou les pénitences qu’ils s’imposèrent : « Nous étions devant toi, Seigneur, comme la femme enceinte sur le point d’enfanter, qui se tord et crie dans les douleurs » (Is 26, 17). Mais la souffrance, même volontairement partagée, n’est qu’un moyen, pas une fin. Elle est donc transitoire. « Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers : héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. J’estime, en effet, qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous » (Rm 8, 17-18). « Car notre détresse du moment présent est légère par rapport au poids vraiment incomparable de gloire éternelle qu’elle produit pour nous » (2 Co 4, 17).

 

La joie de la délivrance est double : la femme est libérée de la douleur, ce qui n’est pas rien. Mais plus grande encore est sa joie d’avoir mis au monde cet enfant qu’elle peut enfin voir alors que lui aussi était caché pendant 9 mois en son sein. « Avant d’être en travail, Sion a enfanté ; avant que lui viennent les douleurs, elle a accouché d’un garçon » (Is 66, 7) évoque la naissance miraculeuse de Jésus qui ne brisa pas l’hymen de la très sainte Vierge qui le resta durant l’accouchement (virgo in partu). Mais sa souffrance fut déplacée suivant la prophétie de Siméon au pied de la croix. Exemptée d’effusion de sang sa naissance physique n’enlevait pas une mort pleine de sang donnant naissance à la vie éternelle, véritable cause de notre joie. L’exultation de Sarah à la naissance d’Isaac (Yitsh'aq est dérivé du verbe tsahaq) : « Sara dit : ‘Dieu m’a donné l’occasion de rire : quiconque l’apprendra rira à mon sujet’» (Gn 21, 6) annonce Anne, la mère de Samuel (1 S 2, 1), modèle du magnificat de Marie (Lc 1, 46-56), se réjouissant avec Élisabeth, toutes deux enceintes.

 

Après la Résurrection, vient la vie éternelle qui est comme une nouvelle naissance, anticipée par le baptême faisant « naître d’en-haut » (Jn 3, 3) car l’enfant sort de l’eau par l’immersion comme d’un tombeau. La vie éternelle n’est mêlée d’aucune douleur, d’aucun traumatisme persistant car l’âme est comblée de la joie parfaite par la vision face à face de Dieu. L’initiative est d’ailleurs du Christ : non pas « vous me verrez » mais « je vous verrai ». Jésus se montre par la miséricorde exprimée dans son regard. Il se montra après sa Résurrection et se laissera voir dans l’essence trinitaire au Ciel : « Tes yeux verront le roi dans sa beauté » (Is 33, 17). Le graduel de la messe de Pâques reprend : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie ! » (Ps 117, 24) et « devant ta face, débordement de joie ! À ta droite, éternité de délices ! » (Ps 115, 11). Nous verrons l’être aimé et nous mesurerons « quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur » de l’amour du Christ pour nous (Ep 3, 18). Cette joie est éternelle et ne peut donc être enlevée par quiconque, sinon, elle ne serait ni entière ni vraie. Ici-bas réjouissons-nous parce que la tête de notre corps mystique est déjà passée au Ciel en triomphant définitivement de la mort : « ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui » (Rm 6, 9) et entraînant avec lui ceux qui l’ont suivi réellement : « Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête, couronnés de l’éternelle joie » (Is 51, 11).

 

S. Jeanne d'Arc (10 mai - venir derrière le Christ) 0

 

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Venir derrière le Christ

 

Ce court passage évangélique choisi pour Sainte Jeanne d’Arc par la liturgie (Mt 16, 24-27) traite de l’exhortation du Christ à imiter sa passion.

 

 

I)              Imiter comme un disciple docile

a.     Mimétisme

 

Dans le passage précédant immédiatement nos versets, Pierre voulut empêcher la passion et se fit rabrouer vertement avec du ‘vade retro, Satana’ (Mt 16, 23). Juste après qu’il fut institué fondement de l’Église militante grâce à sa fameuse confession légitimant sa primauté. Le Christ au contraire non seulement ne voulait pas être détourné de sa propre passion qu’il leur annonçait (« À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : ‘Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas’ », Mt 16, 21-22) mais encore cherchait-t-il à la faire accepter par ses disciples au point de la leur partager comme un trésor puisqu’elle ouvre la porte à la vraie vie.

 

C’est L’imitation de Jésus Christ avant l’heure, si je me réfère au titre du célèbre livre de dévotion écrit vers 1400 qui marqua des générations de chrétiens. En effet, « le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur » (Mt 10, 24). Ce vocabulaire de l’imitation est très présent chez S. Paul : « Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés » (Ép 5, 1) ; « Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ » (1 Co 11, 1 ; cf. 1 Co 4, 16 ; 1 Th 1, 6 : « vous nous avez imités, nous et le Seigneur » puis 1 Th 2, 14 ; 2 Th 3, 7 ; He 6, 12 ; He 13, 7). L’expression : « μιμηταί μου γίνεσθε » (‘mimêtai mou ginesthé’ : littéralement ‘devenez mes imitateurs) évoque le mimétisme cher à René Girard mais la renverse.

 

Alors que les hommes désirent inopinément ce que leurs semblables désirent et recourent à la violence pour se l’approprier avant eux, ce cycle de violence mimétique est détruit par le bouc-émissaire ou plutôt « bouc pour Azazel » (Lv 16, 8) qui est séparé et choisi pour porter le poids de tous les péchés des hommes alors que le second est pour Dieu. Le geste du prêtre catholique lors du Hanc igitur, rythmé lors de la consécration par la première sonnerie, rappelle l’imposition des mains qui chargeait l’animal des péchés d’Israël : « Il posera ses deux mains sur la tête du bouc vivant et il prononcera sur celui-ci tous les péchés des fils d’Israël, toutes leurs transgressions et toutes leurs fautes ; il en chargera la tête du bouc, et il le remettra à un homme préposé qui l’emmènera au désert. Ainsi le bouc emportera sur lui tous leurs péchés dans un lieu solitaire. Quand le bouc aura été emmené au désert » (Lv 16, 21-22). Mais le bouc est remplacé par l’Agneau de Dieu, par un renversement du sacrifice d’Isaac : l’homme-Dieu prend la place de l’animal symbole d’innocence. Le Christ casse cette logique puisque personne ne désire spontanément la croix et même vouloir tous une chose qui appartient à Dieu peut être partagée entre tous sans que personne d’autre n’en soit privé.

 

b.     Docilité

 

Comment imiter le Christ et ceux qu’il a choisis pour nous guider ? Plusieurs expressions reviennent : il s’adresse à ses disciples. ‘Disciples’ vient du latin « discere » = apprendre et signifie donc ‘élèves’, tout comme le grec « μαθηταῖς » (v. 24) = mathétès au sing. provient du terme évoquant les mathématiques. Le verbe ‘μανθάνω’ = manthanô désigne en tout cas l’apprentissage, l’effort mental pour penser une chose de manière approfondie, pour s’instruire, comprendre, ce qui se fait par un habitus intellectuel, une accoutumance pour devenir vertu. Pour imiter (μιμεῖσθαι = mimeïsthai) il faut d’abord être disciples (μαθηταῖς = mathètaïs), se laisser enseigner. Cela requiert la vertu de la docilité, non pas comme un esclave servile mais quelqu’un qui veut recevoir l’enseignement, la doctrine, dispensée par un docteur, le Christ qui seul sait vraiment qui est Dieu ! Cette docilité consiste d’abord à écouter ce que Dieu veut me dire pour ma vie en général quand il s’agit de faire le choix (élection) d’un état de vie et pour aujourd’hui en particulier.

 

 

II)           Écouter pour pouvoir obéir

a.     Un cœur à l’écoute

 

Lorsque je fis ma retraite diaconale à la Semaine Sainte d’avril 2006, par l’intermédiaire d’un proche ami fin connaisseur de la Terre Sainte, je me rendis à Jérusalem pour une retraite privée prêchée par le père abbé bénédictin de l’abbaye allemande de la Dormition sur le Mont Sion. Je n’en retins finalement qu’une seule chose, pourtant essentielle. Lorsque le sage roi Salomon (du moins avant qu’il ne se complût à concéder à ses femmes et concubines le culte de leur idoles) inaugura son règne en 970 avant JC, il alla au sanctuaire de Gabaôn et ne demanda qu’une chose : « Da ergo servo tuo cor docile » (1 R 3, 9) : « donne donc à ton serviteur un cœur docile ». Mais le grec des Septante (« καὶ δώσεις τῷ δούλῳ σου καρδίαν ἀκούειν ») insiste pourtant sur la qualité d’écoute (akouein) que reprend parfaitement l’allemand (« Verleih daher deinem Knecht ein hörendes Herz »). Le français perd cette dimension : « ’Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ?’ Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : ‘Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. De plus, je te donne même ce que tu n’as pas demandé, la richesse et la gloire, si bien que pendant toute ta vie tu n’auras pas d’égal parmi les rois. Et si tu suis mes chemins, en gardant mes décrets et mes commandements comme l’a fait David, ton père, je t’accorderai de longs jours’ » (1 R 3, 9-14).

 

Cela fut repris par la discipline dans les deux acceptions du terme : savoir écouter en se faisant disciple et savoir se maîtriser telle qu’elle est enseignée dans le Prologue de la Règle de St. Benoît : « Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, et prête l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l’enseignement d’un père plein de tendresse et mets-le en pratique, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance ».

 

b.     Se mettre au-dessous et derrière Dieu

 

Pour apprendre, il faut écouter, donc faire le tri dans le bruit ambiant des fausses doctrines car on se rend compte qu’on ne sait pas tout. Il faut être prêt à se mettre à la suite du Christ, la sequela Christi, (« ἀκολουθείτω μοι » = akoloutheitô moi = « sequatur me »). Mais pour le suivre, il faut accepter d’être derrière lui et non pas devant lui, comme il le signifia clairement à Pierre lorsqu’il refusait de l’écouter ! Le ‘vade retro’ signifie littéralement ‘passe derrière moi’. Le bon pasteur doit être derrière le Christ et non pas devant, raison pour laquelle aussi la messe est orientée. On avance tous ensemble, chacun à notre place, mais tous derrière le Christ, vers la lumière naissante, à sa suite et non pas devant lui, personnifié par le prêtre. Aujourd’hui le prêtre fait obstacle à Dieu en enfermant sa communauté dans un conciliabule ou cercle purement humain où se font face prêtre et fidèles. Il ne les conduit plus vers Dieu, au bercail. Avec la réforme liturgique, l’homme s’est mis à la place de Dieu. Dans combien d’églises le siège du prêtre aux allures de trône prend la place du tabernacle de l’ancien maître-autel. Jésus-Eucharistie est relégué dans une chapelle latérale. Je subis moi-même cette disposition à S. Thomas ! Mais au moins, le siège (dit banquette) est-il sur le côté comme il doit être.

 

Suivre le Christ est lié étymologiquement en grec à obéir (ὑπακούω = hypakouô, Mt 8, 27). Littéralement dans les deux langues (ob-audire) écouter revient à se placer en-dessous (ὑποτάσσω, Lc 2, 51), se reconnaître à sa vraie place comme Jésus qui, enfant, se soumettait à ses parents. La vraie la liberté n’est pas de ne pas avoir de maître mais de se laisser interpeller par la seule Vérité puis choisir de suivre le bon maître. Et il n’est pas de meilleur maître que celui qui vit de ce qu’il enseigne car cela provient de son être même (« ἐξουσία » = exhousia < ex-housia = à partir de la substance, ici divine, cf. Mt 7, 29 ; 8, 9 ; 9, 6-8 ; 10, 1 ; 21, 23-27 ; 28, 18). Car alors l’autorité (auctoritas) fait grandir (augere, auctum > augmenter) comme c’est son but, au lieu d’écraser comme sa perversion en défigure trop souvent l’éminente valeur.

 

 

III)         Faire confiance à Dieu qui nous choisit notre croix

a.     Jeanne écouta Dieu et mourut sur le bûcher

 

Serait-ce le sens de ce que voulait dire Paul VI : « Les hommes ont plus besoin de témoins que de maîtres. Et lorsqu’ils suivent des maîtres, c’est parce que ces derniers sont devenus des témoins » (allocution du 2 octobre 1974 au conseil pontifical des laïcs) ? Le risque est de réduire le témoignage à un niveau subjectif : une opinion parmi d’autres, comme dans la modernité ou la pensée de Mme Michu[1] vaut celle du pape. Quoi qu’il faille reconnaître aussi que parfois, dans l’Église moderne, Mme Michu puisse aussi avoir un meilleur sensus fidei ou fidélité à la vraie foi de toujours qu’un pape ! Ce sens surnaturel de la foi est donné à tout un chacun au baptême. Mais le vrai témoignage est inséparable de la vérité objective. Gandhi fut peut-être un juste mais certainement pas un martyre lors de son assassinat le 30 janvier 1948 car il n’adhérait pas à la vérité objective du Christ et de l’Église catholique qu’il connaissait pourtant mais refusa. Raison pour laquelle il ne saurait être saint quoi qu’on en dise.

 

Il faut donc écouter la voix de Dieu pour emprunter sa voie : par la lecture spirituelle et méditée de la Sainte Écriture (lectio divina), par la prière personnelle ou oraison de type carmélitain ou ignacien, par des rencontres avec des témoins de la vraie foi. Le martyr est étymologiquement et précisément le témoin par excellence puisqu’il a offert sa vie pour Dieu. S. Jeanne d’Arc a pu aller jusque-là malgré la terreur que lui inspirait la mort du bûcher car elle a écouté Dieu à travers ses voix, celles de S. Catherine, S. Marguerite, S. Michel. Elle ne s’est laissée démontée ni par les pièges de la cour ou des théologiens, ni par les sophismes et arguties des juges ecclésiastiques de son inique procès de Rouen. « Prends tout en gré, ne te chaille (= préoccupe) pas de ton martyre, tu t’en viendras enfin au Royaume de Paradis ».

 

b.     Dieu veut rendre la croix aimable et accessible

 

Mais parfois, la croix que nous devons prendre fait peur ! S. Pierre Chrysologue mit ses mots dans la bouche du Seigneur comme réplique : « Mais peut-être que l’énormité de ma passion, dont vous êtes les auteurs, vous couvre de honte ? Ne craignez pas. Cette croix a été mortelle non pour moi mais pour la mort. Ces clous ne me pénètrent pas de douleur, mais d’un amour encore plus profond envers vous. Ces blessures ne provoquent pas mes gémissements, mais elles vous font entrer davantage dans mon cœur. L’écartèlement de mon corps vous ouvre mes bras, il n’augmente pas mon supplice. Mon sang n’est pas perdu pour moi, mais il est versé pour votre rançon ».

 

On ne peut prendre sur soi le poids de la croix que si l’on accepte que telle est la volonté de Dieu le Père. Le Christ a pu aller jusque-là car il savait que le Père l’aime : « Dieu veut être aimé plus qu’il ne veut être craint. Dieu demande parce qu’il ne veut pas tellement être Seigneur qu’être Père. Dieu demande avec miséricorde pour ne pas exiger avec rigueur ». Puisque Dieu aurait été inimitable par la créature, il a pris une nature humaine. « Écoutez ce que demande le Seigneur : Reconnaissez en moi votre corps, vos membres, vos viscères, vos os, votre sang. Et si ce qui appartient à Dieu vous inspire de la crainte, est-ce que vous n’aimez pas ce qui est à vous ? Si vous fuyez le Seigneur, pourquoi ne recourez-vous pas à celui qui vous a engendrés ? ». En prenant une nature humaine, il nous ouvre la possibilité de le suivre vraiment d’un cœur vaillant.

 

 

 

[1] Invention du publicitaire Claude Marti en 1962 in Les Trompettes de la renommée (Belfond, 1987) : « Ce refus de la phrase creuse, de la malignité d’écriture et du truc publicitaire m’a conduit, en 1962, à inventer un personnage qui devait, pensai-je, s’inscrire dans la longue lignée des candides qui, depuis des siècles, rappellent aux puissants qu’on ne comprend goutte à ce qu’ils racontent. Je voulais montrer, en outre, que l’on pouvait, sans bourse délier, imposer une idée et une expression uniquement par le bouche-à-oreille, cet indispensable canal de la rumeur. […] Il me fallait un nom bien de chez nous, qui évoque immédiatement le bons sens et l’origine modeste. Me revint alors en mémoire le titre d’une opérette de Messager, Les P’tites Michu [...]. Je décidai donc de lancer Madame Michu et d’en faire l’arbitre suprême, le juge unique de ce qui était compréhensible ou non, acceptable ou inadmissible, clair ou obscur ».