Ascension (21 mai 2020 - Ascension par S. Thomas)

Ascension (jeudi 21 mai 2020) - enseignement thomiste

 

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40 jours après la Résurrection à Pâques, Jésus-Christ monta auprès du Père aux Cieux où il siège à sa droite. On éteint donc ce jour le cierge qui symbolisait sa présence terrestre dans son corps glorieux.

 

 

I)              Pourquoi le Christ devait-il remonter auprès du Père ?

a.     La place qui lui convient

 

Un lieu doit être proportionné, adapté à celui qui l’habite. Le Christ, en ressuscitant, a commencé une vie immortelle et incorruptible. Notre terre est le lieu de l’engendrement (début) et de la corruption par la mort (fin) tandis que le ciel est celui de l’incorruption. Telle est donc la vraie place de Jésus qui est Dieu (III, 57, 1). Certes, par l’Ascension, Jésus n’obtient pas plus de gloire qu’à sa résurrection. Mais ce lieu lui est plus honorable et lui procure une joie nouvelle puisqu’il a achevé sa mission terrestre du salut (ad 2). Il avait retardé cette Ascension de 40 jours pour prouver la réalité de sa résurrection : « C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu » (Ac 1, 3). La Glose, commentaire médiéval de l’Écriture fait le parallèle entre 40 heures de sa mort et 40 jours du combat humain ici-bas (4 éléments multipliés par 10 commandements) (ad 4).

 

b.     Le bénéfice pour nous

 

Même si Jésus n’est plus présent corporellement, le Christ, par sa divinité, demeure présent aux siens : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). « Celui qui est monté aux cieux n’abandonne pas ceux qu’il a adoptés » (S. Léon). Il nous est plus utile au Ciel car l’Ascension augmente en nous les trois vertus théologales.

 

Notre foi grandit car elle a pour objet ce qu’on ne voit pas. Le Christ avait béni devant S. Thomas les croyants : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20, 29). Or, la foi nous est imputé comme justice (Rm 4, 3) et cause notre salut en nous distinguant des incroyants condamnés à l’enfer pour leur manque de foi.

 

Notre espérance est relevée. « Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi » (Jn 14, 3). Le Christ au ciel avec sa nature humaine nous fait espérer d’y parvenir : « Celui qui ouvre les brèches est monté ; devant eux il a ouvert la brèche » (Mi 2, 13).

 

Notre charité est orientée vers les réalités célestes : « Recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre » (Col 3, 1-2) grâce à l’Esprit-Saint qui nous a été imparti grâce à cette Ascension : « il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 7). « Vous ne pouvez saisir l’Esprit Saint tant que vous persistez à connaître le Christ selon la chair. Lorsque le Christ se fut éloigné corporellement, non seulement l’Esprit Saint, mais encore le Père et le Fils leur furent présents spirituellement » (S. Augustin).

 

c.     Quel est le rôle du Christ au Ciel ?

 

En outre, notre respect pour le Christ s’augmente, car nous ne le considérons plus comme un homme terrestre (2 Co 5, 16), mais comme Dieu (III, 57, 6). Mais par rapport au Christ lui-même, l’Ascension est cause de notre salut car Jésus nous a préparé la voie pour monter au ciel : « Je pars vous préparer une place » (Jn 14, 2). C’est accouchement vers le Ciel où la tête du corps ecclésial est déjà passée tandis que nous gémissons encore dans les douleurs de l’enfantement (Rm 8, 22). Jésus a déjà libéré les âmes des saints de l’Ancien Testament retenues captives par le démon dans les limbes des patriarches. « En montant au ciel, il a emmené captive la captivité » (Ps 68, 19 Vulg.).

 

Comme le grand prêtre de l’Ancien Testament entrait dans le sanctuaire afin de se tenir devant Dieu et de représenter le peuple, le Christ entra au ciel « afin d’intercéder pour nous » (He 7, 25). « Tu as, ô homme, un accès assuré auprès de Dieu. Tu y vois la Mère devant le Fils et le Fils devant le Père. Cette Mère montre à son fils sa poitrine et ses mamelles. Le Fils montre à son Père son côté et Ses blessures. Il ne pourra donc y avoir de refus là où il y a tant de preuves de charité » (S. Bernard). Dieu, qui a exalté la nature humaine du Christ, aura aussi pitié de ceux pour lesquels le Fils de Dieu a assumé la nature humaine.

 

Le Christ siégeant comme Dieu et Seigneur, envoie de là-haut les biens divins aux hommes : « Il s’est élevé au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses » (Ep 4, 10) de ses dons. Il n’y déroge pas lorsqu’il apparaîtra à tous comme au jour du Jugement dernier ou à quelqu’un en particulier comme à S. Paul (1 Co 15, 8) qui le vit corporellement.

 

 

II)           Comment se passe l’Ascension ?

a.     Qui est à l’œuvre dans l’Ascension ?

 

Distinguons les deux descentes du Christ, l’unique homme-Dieu, mentionnées dans les Écritures. La première est la descente du Ciel est en tant que Dieu, toutefois non pas suivant un mouvement local mais suivant l’anéantissement (kénose) par lequel, étant dans la forme de Dieu, il a pris celle d’un esclave (Ph 2, 7). De même qu’il ne perdit pas sa plénitude, mais prit notre petitesse, il n’a quitté le ciel, mais a assumé une nature terrestre dans l’unité de sa personne. « Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme » (Jn 3, 13). La seconde descente aux enfers ou limbes le samedi saint fut locale en tant qu’homme : « l’Écriture dit : ‘Il est monté sur la hauteur, il a capturé des captifs, il a fait des dons aux hommes. Que veut dire : Il est monté ? – Cela veut dire qu’il était d’abord descendu dans les régions inférieures de la terre. Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers » (Ep 4, 8-10) (ad 2).

 

Le Christ monta aux Cieux suivant sa nature humaine. En effet, suivant sa nature divine, il ne pouvait aller plus haut. De plus, l’ascension est un mouvement local qui ne convient pas à la nature divine, qui est immuable, immobile et n’a pas de lieu : « Moi, le Seigneur, je ne change pas » (Ml 3, 6) (III, 57, 1, ad 1 et III, 57, 2). Mais il y est monté par la vertu de sa divinité qui en est la cause : « c’est par ce qu’il tenait de nous que le Fils de Dieu a été suspendu à la croix, mais c’est par ce qu’il tenait de lui qu’il est monté aux cieux » (S. Augustin). C’est là toute la complexité de l’union hypostatique des deux natures dans l’unique personne divine du Christ.

 

La puissance propre du Christ s’entend selon l’une et l’autre nature. En tant qu’il est Dieu, le Christ est monté au ciel par sa propre puissance. Mais en tant qu’il est homme, la créature n’a pas en elle, naturellement, la capacité de s’élever au ciel. Mais elle l’a, par la gloire donnée par Dieu. Le corps glorieux du Christ possède plusieurs propriétés rejaillissant de son âme glorifiée, dont l’agilité (Suppl 84, 1) qui agit entre autres dans le cadre du mouvement local externe (Jésus passant les portes fermées du Cénacle). La soumission du corps glorieux à l’âme bienheureuse sera telle que « le corps sera à l’instant même là où le voudra l’esprit ; et l’esprit ne voudra rien qui ne puisse lui convenir, non plus qu’au corps » (S. Augustin). Le corps monte au Ciel où il lui convient d’être. C’est la réversibilité du foyer de péché : de même que le corps devient glorieux en participant de l’âme, « de même en participant de Dieu, l’âme devient bienheureuse » (S. Augustin) (III, 57, 3). Cependant, Dieu choisit de ne pas le faire instantanément comme pour une apparition mais progressivement : les apôtres le virent s’élever vers le Ciel car Dieu voulait des témoins pour son Fils.

 

L’Écriture distingue l’Ascension du Christ des deux précédents. Hénoch (Gn 5, 18), le 7e patriarche, père de Mathusalem et arrière-grand-père de Noé, fut « transporté » au ciel. Élie (2 Rois 2, 11) fut « soulevé ». « Le premier fut engendré et engendra. Le second fut engendré mais n’engendra pas. Le troisième [le Christ] ne fut pas engendré et n’engendra pas » (S. Grégoire). Ce non-engendrement se comprend du point de vue humain puisque le Fils est éternellement engendré par le Père. L’actif sert pour Jésus et le passif divin pour Hénoch et Élie. « Il est dit d’Élie qu’il est monté au ciel dans un char ; c’est pour montrer avec évidence que celui qui n’est qu’un homme avait besoin d’un secours étranger. Quant à notre Rédempteur, il ne s’est élevé ni dans un char, ni avec l’aide des anges : lui qui a fait toutes choses, il a été porté au-dessus de toutes choses par sa propre puissance » (S. Grégoire).

 

Bien sûr, dans la Sainte Trinité, tout est en partage sauf ce qui est propre à chacune des personnes (la paternité qui est la propriété du Père par exemple). Quand on affirme que le Christ a été ressuscité par le Père, on dit cependant qu’il est ressuscité par sa propre puissance, parce que la puissance du Père et celle du Fils est la même. Pareillement, le Christ est monté au ciel par sa propre puissance, quoiqu’il ait été élevé et pris par le Père (ad 1).

 

b.     Quel est la place du Christ au Ciel ?

 

Jésus monta au-dessus de tous les Cieux, siégeant à la droite du Père, au-dessus des anges. Certes, si l’on considère la condition de sa nature corporelle, son corps est inférieur aux substances spirituelles ou anges. Mais si l’on considère la dignité de l’union par laquelle il est personnellement uni à Dieu, il surpasse en dignité tous les anges. « Celui qui a fait toutes choses a été porté au-dessus de toutes par sa propre puissance » (S. Grégoire) (III, 57, 5). Sa nature humaine resplendit de la plus grande gloire qu’il est possible d’avoir.

 

Plus un corps est glorieux, plus il est près de Dieu (III, 57, 4). Ainsi dans la hiérarchie des chœurs angéliques, les séraphins forment le premier cercle auprès de Dieu, si près qu’ils brûlent (saraf en hébreu) de cette charité (Lv 4, 12). Ils sont donc représentés avec 3 paires d’ailes rouges (le second ordre, les séraphins ayant 3 paires d’ailes bleues). Mais Dieu n’est pas contenu dans le Ciel. Le trône divin contiendrait plutôt les cieux : « Ô Dieu, ta gloire s’est élevée au-dessus de tous les cieux » (Ps 8, 2 Vulg) (ad 1). La nuée (Ac 1, 9) rappelle symboliquement cette présence divine agissant pour son peuple, comme lors de la traversée de la mer rouge ou au-dessus du tabernacle (tente du rendez-vous) (ad 3).

 

Conclusion : Adam nous avait ouvert les portes de l’enfer, le Christ nous ouvre les portes du ciel. Dans le Te Deum nous chantons ainsi : « Après avoir vaincu l’aiguillon de la mort, Vous avez ouvert aux croyants le royaume des cieux ».