Dimanche de la Passion (21 mars 2021)

Le rejet du Christ par les hommes (Jn 8, 46-59)

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      1. L’hostilité à la Vérité
  1. Jésus est vrai Fils de Dieu car un homme ne peut être sans péché

Jésus affirme dire la Vérité dans le sens où il est LA VÉRITÉ. Il est le Fils de Dieu le Père, celui qui est véridique. Le diable étant père du mensonge, les ennemis du Christ (les Juifs pharisiens et sadducéens) sont du diable comme Jésus l’a montré juste avant (Jn 8, 44).

Ils pourraient prétendre ne pouvoir croire Jésus (manquer de foi : infidelitas) s’il était un pécheur et indigne de confiance. En effet, quand un pécheur dit la vérité, on peine à le croire. Mais ses ennemis n’ont jamais pu le convaincre du moindre péché. Son impeccabilité (au sens étymologique d’absence de péché) prêche donc en sa faveur : « Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge » (1 P 2, 22, cf. Ap 14, 5). Dieu ne dédaigne pas démontrer par la raison qu’il n’est pas pécheur, lui qui pouvait justifier les pécheurs par la puissance de sa divinité. Or, personne ne peut dire être sans péché si ce n’est Dieu : « Si nous disons que nous sommes sans péché, nous faisons de lui un menteur, et sa parole n’est pas en nous » (1 Jn 1, 10)[1].

  1. Les Juifs ne sont pas de Dieu

Puisque Jésus n’a pas péché, c’est donc en ses ennemis qu’est le problème. Si moi, que vous haïssez, vous ne pouvez me convaincre de péché, c’est à cause de la vérité que vous me haïssez, c’est-à-dire parce que je dis que je suis le Fils de Dieu. Le raisonnement est le suivant. Quiconque provient de Dieu lui ressemble, lui inhère. En effet, l’ordre naturel fait que, tandis que l’intelligence adhère par nécessité aux premiers principes de la vérité, la volonté par nécessité inhère à la fin ultime ou béatitude (ST I, 82, 1-2). La parole de Dieu doit être écoutée avec amour par qui est de Dieu, puisqu’elle nous divinise, faisant de nous des fils de Dieu : « Elle les appelle donc des dieux, ceux à qui la parole de Dieu s’adressait » (Jn 10, 35).

Les Juifs n’écoutent pas car ils ne sont pas de Dieu. Ce n’est pas mon péché qui est cause de votre incrédulité, mais votre méchanceté. « Certes ils sont de Dieu selon la nature, mais ils ne sont pas de Dieu par le vice et leur amour dépravé (...). Cette parole a été adressée non seulement à ceux qui étaient corrompus par le péché — car cela est commun à tous —, mais aussi à ceux dont il savait d’avance qu’ils ne croiraient pas, de cette foi qui pouvait les libérer du lien du péché » (S. Augustin).

S. Grégoire distingue trois degrés de volonté mauvaise en termes d’écoute :

  • Dédaigner écouter sensiblement les commandements de Dieu : « ils se bouchent les oreilles, comme des serpents » (Ps. 57, 5).
  • Percevoir par l’oreille du corps mais ne pas vouloir les accomplir (ne pas les embrasser d’un désir de l’esprit : « ils écoutent tes paroles sans les mettre en pratique » (Ez 33, 31).
  • Recevoir de bon gré les paroles de Dieu et se laisser toucher mais accablés de tribulations ou attirés vers les plaisirs, revenir à l’iniquité (parabole du bon grain, Mt 13, 20-22).

  1. La réfutation de leurs arguments

Les Juifs avançaient deux arguments. D’abord Jésus serait Samaritain or les Juifs les haïssaient (Jn 4, 9) car ils leur avaient pris la terre des dix tribus perdues (2 R 17, 24) à la déportation du royaume du Nord, Israël, par les Assyriens en -722. Ils n’observaient aussi qu’en partie les rites judaïques. Ils considéraient en particulier le Mont Garizim comme leur haut-lieu plutôt que le Temple de Jérusalem. Pour eux, que le Christ observe la Loi sur tel point et s’en détache sur tel autre comme le sabbat, l’assimilerait aux Samaritains. Ensuite la question de la possession n’était qu’une esquive. Ne pouvant nier le caractère surnaturel des interventions du Christ, si les Juifs refusaient de l’attribuer à Dieu, il leur fallait l’attribuer au démon (Lc 11, 14-28 : 3e dimanche de Carême). Ne pouvant élever leur esprit jusqu’à la réalité spirituelle de l’Incarnation (Jésus appelant Dieu son Père, disant qu’il était descendu du Ciel), ils l’accusaient d’être diabolique : « Beaucoup d’entre eux disaient : ‘Il a un démon, il délire. Pourquoi l’écoutez-vous ?’ » (Jn 10, 20).

Le Christ ne se disculpe pas du premier argument. Certes, il serait à tout prendre plutôt Galiléen que Samaritain (encore que de la tribu de Juda, donc Judéen) et il avait affirmé à la Samaritaine que le salut venait bien des Juifs. Mais il était venu sauver tous les hommes (« (Dieu notre Sauveur) veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » 1 Tim 2, 3-4) et abolir le mur de la haine entre Juifs et païens (« C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine » (Eph 2, 14). En ne relevant même pas qu’il est Galiléen et non Samaritain, il signifiait qu’il était de toute langue, race et nation (Ap 5, 9) puisque la Galilée était appelée « Galilée des nations » (Mt 4, 15 reprenant Is 8, 23).

      1. Le rapport entre Jésus et son Père
  1. Jésus honore son Père

Jésus ne répondit pas à l’injure grossièrement. Il nia simplement être possédé. Quand nous recevons à tort des injures, nous devons même taire leurs mauvaises paroles, de peur que le service d’une juste correction fraternelle ne dégénère en fureur. Nous ne devons défendre que les choses qui touchent à Dieu sans nous arrêter à celles qui nous touchent uniquement.

Seul celui qui n’a jamais péché peut exclure n’avoir strictement rien à voir avec le démon : « il vient, le prince du monde. Certes, sur moi il n’a aucune prise » (Jn 14, 30)[2]. Être du démon s’oppose à servir Dieu puisque le démon est celui qui a dit : « Non serviam » (Jér 2, 20 : « je ne servirai pas ») et servir, c’est honorer Dieu comme un Père.

Au lieu d’honorer le Père de Jésus, Dieu, ils déshonorent le Fils. C’est comme si Jésus disait : moi, je fais ce que je dois faire ; vous, vous ne faites pas ce que vous devez faire. Bien au contraire, en ce que vous me déshonorez, vous déshonorez mon Père. Comme les Juifs pourraient dire : « Tu es trop dur ; tu te soucies trop de ta gloire, et ainsi, tu nous fais des reproches », le Christ, parlant en tant qu’homme, ajoute qu’il ne recherche pas sa gloire. Dieu seul peut chercher sa gloire sans tomber dans l’orgueil. Les autres ne le peuvent pas, si ce n’est en Dieu — « celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur »[3]. Dieu son Père veut toutefois que Jésus soit aussi glorifié en tant qu’homme : « Tu le revêts de splendeur et de gloire » (Ps 20, 6).

  1. Jésus jugera pour le Père

Le Père jugera. Pourtant, plus haut, il était dit : « Car le Père ne juge personne : il a donné au Fils tout pouvoir pour juger » (Jn 5, 22). Le Père ne juge personne indépendamment du Fils : même le jugement qu’il rendra pour avoir injurié Jésus, il le rendra par le Fils. « Jugement » désigne parfois la condamnation, prononcée par le Fils qui seul apparaîtra sous une forme visible au jugement personnel (ceux qui n’ont pas accès au Paradis ne peuvent donc pas voir Dieu le Père qui n’est accessible que par la béatitude).

Ici il évoque plutôt le discernement ou le jugement de discrétion. Si on le comprend ici-bas, c’est plutôt qu’une séparation du lieu (comme avec l’enfer), une séparation de cause. Il y a beaucoup de choses communes entre les méchants et nous, parce que le lieu est le résultat de la fortune ; mais la cause non, parce que dans les mêmes choses, les bons et les méchants se comportent tout autrement. Dans l’adversité, les bons brillent par la patience, tandis que les méchants fument d’impatience. Le Père discerne ma gloire de la vôtre : votre gloire est pour le monde car ils sont marqués par le péché.

Conclusion

Jésus n’a pas été accepté. « Il est venu parmi les siens et les siens ne l’ont pas accueilli » proclame le dernier évangile à chaque fin de messe. Jésus a donné sa vie pour l’humanité, c’est-à-dire l’Église. Après s’être prostituée aux Baal, elle ne supporta pas qu’il lui demandât de revenir à l’amour de sa jeunesse, Dieu le Père, et elle le crucifia. Le disciple n’est pas plus grand que le maître (Lc 6, 40 ; Mt 10, 24 ; Jn 13, 16). Ne nous étonnons-pas si Dieu nous demande le même calvaire que son Fils. Malgré les persécutions que notre Sainte-Mère nous inflige régulièrement, nous devons courageusement et charitablement mais sans compromission, rendre témoignage à LA Vérité qu’est Jésus.

 

[1] « Qui peut dire : ‘J’ai purifié mon cœur, maintenant, je suis sans péché’ ? » (Prov 20, 9) et « Tous, ils sont dévoyés ; tous ensemble, pervertis : pas un homme de bien, pas même un seul ! » (Ps 13, 3).

[2] Cf. 2 Co 6, 15 : « quel accord du Christ avec Satan ? ».

[3] Cf. 2 Co 10, 17. S. Thomas interprète « qu’il se glorifie dans le Seigneur » de trois manières : « ou bien dans le Seigneur dénote l’objet dont on se glorifie ; autrement dit : qu’il se glorifie de ce qu’il possède le Seigneur en l’aimant et en le connaissant — Que celui qui se glorifie en cela : me connaître et avoir de l’intelligence, parce que moi je suis le Seigneur, qui fais miséricorde et rends jugement et justice sur la terre (Jér 9, 24). D’une autre manière, qu’il se glorifie dans le Seigneur veut dire qu’il se glorifie selon Dieu ; et ainsi se glorifie celui qui se glorifie des choses qui sont de Dieu, et non pas de ce qui est mauvais, comme fait celui dont il est dit dans le psaume : Pourquoi te glorifies-tu dans la malice ? (Ps 51, 3). D’une autre manière encore, qu’il se glorifie dans le Seigneur signifie : qu’il se glorifie en prenant garde que sa gloire ne soit en dehors de Dieu, en lui rapportant tout ce qui a contribué à sa propre gloire — Qu’as-tu que tu n'aies reçu 7(1 Co 4, 7) » (Ad 2 Cor. lecture, X, leçon 3, n° 370).

Date de dernière mise à jour : 21/03/2021