25e dimanche ap Pentecôte (6 novembre 2016)

Homélie du 25e dimanche après la Pentecôte (6 novembre 2016)

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La parabole du bon grain et de l’ivraie

 

L’Évangile (Mt 13, 24-30)[1] donne à méditer sur la coexistence du mal et du bien à la lumière de St. Thomas[2].

Ce texte suit immédiatement la parabole bien connue du semeur (Mt 13, 1-23) qui présentait les obstacles à l’écoute de l’enseignement divin venant de l’intérieur de l’homme. Maintenant, Jésus dans cette seconde parabole s’adresse de nouveau à toute la foule et pas aux seuls apôtres comme pour l’explication de la 1ère parabole. Il y évoque les obstacles venus de l’extérieur. Elle se divise en trois parties : l’origine du bien et du mal (v. 24-25), leur évolution (v. 26-29), leur aboutissement (v. 30).

  1. L’origine du bien et du mal
    1. Le bien

Le royaume est dirigé par un roi qui a des sujets, soit les anges, soit les hommes devenus comme des anges (Mt 22 ,30)[3]. Nous avons à faire à la 2nde de 3 paraboles sur le grain. La première était sur le grain semé, ici sur le grain emporté, la 3e qui suit après notre épisode (Mt 13, 44-46) le grain multiplié (le trésor enfoui dans le champ). Alors que dans la parabole du semeur, le grain était à comprendre comme la parole de Dieu (Lc 8, 11 : « La semence, c’est la parole de Dieu »), ici c’est de l’homme lui-même qu’il s’agit d’après la propre interprétation qu’en fait Jésus un peu plus loin (Mt 13, 38 : « le bon grain, ce sont les fils du Royaume »). Pourquoi cette comparaison ? Comme le grain est au principe de la dissémination, de même les hommes bons diffusent la foi car l’Église s’est multipliée à partir des apôtres. Sans cela, nous serions voués à la perdition comme le monde où domine le prince des ténèbres suivant Is 1, 9 (Vulg.) : « Si le Seigneur ne nous avait laissé une semence, nous serions devenus comme Sodome »[4] et Is 6, 13 : « Il y aura une sainte semence qui subsistera en elle ».

Cette Église, le Christ l’a semée dans son champ qu’est le monde qui a été fait bon pour les hommes appelés normalement au bien même si certains, les méchants choisissent le mal. Cette Création est donnée en partage pour tous car personne n’est exclu a priori (contrairement à la double prédestination dans l’hérésie calviniste) par Dieu mais les choix humains vont l’écarter du salut : « Votre Père qui est aux cieux fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, Il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 45). Il importe de ne pas perdre de vue la bonté originelle de la Création, même si le mal semble parfois nous subjuguer.

  1. Le mal

Dans la question du mal vient d’abord l’évocation de son origine. L’occasion du mal est d’abord présentée du point de vue des gardiens (« pendant que les gens dormaient »). Ceux qui ont été chargés de présider ou surveiller (episkopos en grec) peuvent dormir. Cela peut s’entendre soit d’une forme de négligence, soit tout simplement de la pérennité, après la mort (1 Th 4, 13 : « ceux qui se sont endormis dans la mort »), de l’œuvre d’évangélisation toujours fragile comme le sait sans s’illusionner St. Paul dans sa lettre aux Éphésiens (Ac 20, 29) : « Moi, je sais qu’après mon départ, des loups redoutables s’introduiront chez vous et n’épargneront pas le troupeau ».

L’occasion du mal est ensuite présentée du point de vue du semeur qui a un ennemi (commun aussi aux humains) : le Diable. N’oublions pas que les démons, êtres purement spirituels, ont été créés bons (des anges) mais leur malice les a fait se rebeller contre le projet divin (Ps 74, 23). Comment peut-on ainsi haïr Dieu ? C’est que pour aimer, il faut connaître (nihil amatum quod non præcognitum), or Dieu peut être connu de deux manières :

  • soit en Lui-même, dans la vision béatifique, et alors, il est impossible qu’Il ne soit pas aimé : en effet, tout ce qui est aimé est aimé sous l’aspect du bien. Comme Il est la bonté première, il ne peut être haï.
  • soit dans ses effets. Les démons, dans la mesure où ils sont (ont l’être), aiment Celui par qui ils sont ; mais certains effets leur déplaisent, à savoir d’être punis contre leur volonté, de ne pouvoir punir les hommes à leur volonté (cf. Job 2 ,6 : « Le Seigneur dit à l’Adversaire : ‘Soit ! le voici en ton pouvoir, mais préserve sa vie’ ») car ils sont jaloux de l’amour que Dieu leur porte.

Après l’origine suit l’ordre du mal. Ce qui est semé s’appelle de l’ivraie (zizania), qui ressemble beaucoup au blé (le mal aime à singer le bien, l’hérésie le vrai). Elle symbolise les mauvais fils, tous ceux qui aiment l’iniquité, en particulier les hérétiques. Car il y a trois genres de méchants :

  • les mauvais catholiques signifiés par la paille comme dans la bouche du Baptiste : « Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas » (Mt 3, 12).
  • les schismatiques sont les épis.
  • et les hérétiques sont l’ivraie.

Semés dans le monde, ils présentent l’aspect du bien : « Ils veulent passer pour des spécialistes de la Loi, alors qu’ils ne comprennent ni ce qu’ils disent, ni ce dont ils se portent garants » (1 Tm 1, 7). Ils étaient catholiques avant que d’être hérétiques. « Il y a dès maintenant beaucoup d’anti-Christs ; nous savons ainsi que c’est la dernière heure. Ils sont sortis de chez nous mais ils n’étaient pas des nôtres » (1 Jn 2, 18-19). Le Diable, jaloux de l’extension de l’Église, a semé un agent de corruption, poussant le cœur des hérétiques à nuire au cœur même de l’Église. En effet, le Diable n’a cure que certains soient hérétiques au milieu des païens, parce qu’il les possède tous, mais il se préoccupe qu’ils soient au milieu du blé et du peuple fidèle. St. Augustin écrit : « aucune société n’est si bonne que ne s’y trouve quelque dépravé » et de fait, même chez les apôtres, il y eut un dépravé, Judas. Ne nous étonnons donc pas que chez les successeurs des apôtres, les évêques, tout comme chez les prêtres, il y ait aussi de temps en temps des successeurs de Juda.

  1. L’évolution du bien et du mal
    1. La manifestation des méchants et le zèle des bons

C’est uniquement dans la phase de croissance et non des semailles que se révèle l’ivraie. St. Augustin interprète cela de la croissance du blé : lorsque l’homme est petit, il ne peut discerner ; mais lorsqu’il grandit, produit du fruit et devient spirituel, alors il connaît (cf 1 Co 2, 15 (Vulg.) : « L’homme spirituel discerne toutes choses »). Chrysostome l’interprète de l’ivraie : qui n’apparaît pas d’abord car les hérétiques cachent au départ leur jeu, prêchant de bonnes choses aux laïcs, puis ils insinuent des choses mauvaises à propos des clercs, qui sont volontiers écoutées. Ainsi ils détournent le peuple de l’amour de l’Église et révèlent alors leur malice (comparable au vin de Pr 23, 31 (Vulg.) : « Il entre sournoisement, mais il mordra par derrière comme un serpent »).

Les bons s’inquiètent d’abord de l’origine du mal avant de chercher à l’extirper. Ces serviteurs sont les hommes bons et pas les moissonneurs (que sont les anges, Mt 13, 39). Ils s’approchent du maître (par la foi) et s’étonnent car Dieu avait créé le monde bon. À tel point qu’Il s’exclamait, contemplant ce qu’Il avait fait chaque soir des cinq premiers jours de la Création, que son œuvre était bonne. Mais pour le sixième jour, création de l’homme, il passa au degré du dessus : « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon » (Gn 1, 31). De même, les apôtres avaient semé la bonne doctrine. Ils se font l’écho du vigneron (Dieu) en Jr 2, 21 : « Moi pourtant, j’avais fait de toi une vigne de raisin vermeil, tout entière d’un cépage de qualité. Comment t’es-tu changée pour moi en vigne méconnaissable et sauvage ? ». C’est donc bien non pas la 1ère (la Création) mais la 2nde origine qui est en cause, l’intervention du Diable : « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de Sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sag 2, 23-24).

Le zèle des bons serviteurs est touchant pour deux raisons : ils cherchent à détruire le mal : « Ôtez donc du milieu de vous l’homme mauvais » (1 Co 5, 13) mais ils ne font rien sans demander la permission du Seigneur. Cela n’est pas sans rappeler ce que firent les « fils du tonnerre » (Boanergès), (Mc 3, 17) : « Jésus (…) envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue. Mais on refusa de le recevoir (…). Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : ‘Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ?’ » (Lc 9, 54). Il y a toujours un risque de scandale en effet à laisser subsister le mal, une mauvaise exemplarité : Parce qu’un jugement n’est pas immédiatement porté contre les méchants, les fils des hommes s’adonnent sans crainte au mal (Qo 8, 11, Vulg[5]).

  1. La tolérance

Jésus parle ici pour la troisième fois de supporter le mal. Il explique d’abord son objectif, puis en donne les raisons et précise enfin jusqu’où il supportera, car il ne supportera pas toujours.

« Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion » (2 P 3, 9). Dieu préfère que Ses fidèles endurent le mal pour un plus grand bien et permettre à plus d’être sauvés. Il importe de rappeler que le mal est un parasite, une absence d’un bien attendu, un vide ontologique. Il ne peut subsister sans le bien alors que le bien peut subsister sans le mal !

St. Thomas cite 4 raisons pour ne pas arracher les mauvais du champ de l’Église :

  • les bons sont mis à l’épreuve par les méchants : « Il importe qu’il y ait des hérésies afin que ceux qui ont été mis à l’épreuve se mettent en évidence parmi vous » (1 Co 11, 19)[6]. S’il n’y avait pas eu d’hérétiques, la science des saints ne se serait pas illustrée car ils durent la combattre et cela permit à l’Église de progresser dans la définition des dogmes[7]. Ainsi, celui qui voudrait déraciner les méchants déracinerait aussi beaucoup de choses bonnes.
  • On peut se convertir : un mauvais maintenant peut devenir bon par la suite, comme Saül/Paul. Si Paul avait été tué, l’enseignement d’un si grand maître nous ferait donc défaut, ce qu’à Dieu ne plaise. On peut déraciner celui qui sera le blé de demain.
  • Certains, qui semblent mauvais, en réalité et ne le sont pas, raison pour laquelle Dieu n’a pas voulu qu’ils soient ramassés avant d’être parvenus à maturité : « ne portez pas de jugement prématuré, mais attendez la venue du Seigneur, car il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et il rendra manifestes les intentions des cœurs » (1 Co 4, 5).
  • Parfois quelqu’un possède une grande puissance ; s’il est écarté, il en entraîne plusieurs avec lui. Ainsi plusieurs périssent avec ce méchant comme en Ap 12, 4 la queue du dragon entraînant dans sa chute 1/3 des étoiles. C’est pourquoi une communauté n’est pas excommuniée ni le dirigeant d’un peuple, afin d’éviter que plusieurs ne tombent à cause d’un seul. C’était tout l’objet du marchandage d’Abraham à propos de la destruction voulue par Dieu de Sodome et Gomorrhe : « Loin de Vous de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de Vous d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? » (Gn 18, 25).

Cette tolérance, puisqu’il s’agit bien de cela[8], ne vaudra pourtant qu’un temps. Il n’est pas si simple de comprendre le « Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson » (v. 30) car cela semble contredire « Ôtez donc du milieu de vous l’homme mauvais » (1 Co 5, 13)[9] ou bien encore « Va sur les routes et dans les sentiers, et fais entrer les gens de force (compelle intrare), afin que ma maison soit remplie » (Lc 14, 23). Faut-il laisser vivre les hérétiques se demandaient les théologiens médiévaux ? St. Jean Chrysostome dit que les hérétiques ne doivent pas être tués, car beaucoup de maux sortiraient de cela. St. Augustin dit que l’expérience lui apprit que beaucoup s’étaient pourtant convertis par la violence[10] comme St. Paul de telle sorte qu’il a produit plus de fruits que tous ceux qui avaient cru volontairement jusqu’à lui. De plus, les hérétiques empoisonnent la vraie foi. Il faut donc au moins les éviter : « Quant à l’hérétique, après un premier et un second avertissement, écarte-le » (Tt 3, 10).

Conclusion : l’aboutissement

Le moment de la moisson est la récolte des fruits espérés dès la semence. La récolte est donc double : l’une dans l’Église présente, l’autre dans l’Église céleste. La première est évoquée par « Levez les yeux et regardez les champs déjà dorés pour la moisson. Dès maintenant » (Jn 4, 35). Et plus tard, la moisson eschatologique est évoquée (v. 39 : « la moisson, c’est la fin du monde ») aussi. Les serviteurs de la première moisson sont les apôtres (Jn 4, 37-38) et les moissonneurs de la seconde sont les anges (Ap 14, 15 : « Lance ta faucille et moissonne : elle est venue, l’heure de la moisson »). La fin consiste d’abord en une séparation des bons et des méchants : « Il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs » (Mt 25, 31). La différence de sorts entre les deux catégories est importante pour la justice car « le pire de ce qui advient sous le soleil est que tous ont le même sort » (Qo 9, 3)

Les mauvais sont donc d’abord attachés, ce qui évoque le caractère perpétuel de la peine (Mt 22, 13 : « Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents »). « Liez-la (l’ivraie) en bottes » (v. 30) indique la même peine principale qu’est le dam, égale pour tous. Les peines sensibles ensuite sont évoquées par le feu sont distinctes suivant les pécheurs damnés.

Pour les bons, le blé évoque la pureté. L’ivraie a été cueillie mais le blé fut vanné encore pour que rien de méchant ne reste ; l’unité est évoquée par le « rassemblez » et la tranquillité dans la louange éternelle (le grenier évoque le Paradis).

[1] NB : Les lectures sont celles du 5e dimanche après l’Épiphanie.

[2] Super Matthæum, caput 13, lectio 2.

[3] Non pas que les hommes changeraient de nature à leur mort comme la tombe de certains enfants tendrait abusivement à le faire accroire : de nature humaine, ils restent une âme séparée du corps et pas de purs esprits, mais par leur fonction qui est alors d’adorer Dieu contemplé face à face, ils sont assimilables aux anges.

[4] Aujourd’hui, la nouvelle traduction liturgique lit : « Si le Seigneur de l’univers ne nous avait laissé un petit reste, nous serions comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe » se référant à une autre thématique que le grain.

[5] Traduction liturgique actuelle : « Lorsque la sanction d’un méfait n’est pas immédiatement exécutée, l’envie de faire le mal monte au cœur des fils d’Adam ».

[6] La traduction actuelle liturgique :« il faut bien qu’il y ait parmi vous des groupes qui s’opposent, afin qu’on reconnaisse ceux d’entre vous qui ont une valeur éprouvée » ne rend pas justice du terme exact en grec qui désigne bien l’hérésie (δεῖ γὰρ καὶ αἱρέσεις ἐν ὑμῖν εἶναι, ἵνα οἱ δόκιμοι φανεροὶ γένωνται ἐν ὑμῖν) qu’on cherche comme toujours à effacer puisqu’on veut faire croire que tous seraient sauvés. Cf. Pr 11, 29 : « Celui qui est insensé sera au service du sage ».

[7] Cela dit, ce n’est pas parce que Dieu peut faire advenir le bien d’un mal qu’il faudrait oublier que le modèle de sainteté est l’absence totale de péché comme la Très Sainte Vierge Marie !

[8] Nous sommes loin de la prétendue vertu aujourd’hui prêchée à tout va ! La tolérance n’est que le fait de souffrir pour un temps un mal, pas d’accepter de bon cœur un bien que serait le mauvais !

[9] « Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal » (Is 1, 16) et « Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté » (1 Co 5, 7).

[10] St. Thomas reprend dans sa Catena Aurea la Lettre 18 à Vincent : « C’était d’abord mon sentiment qu’il ne fallait forcer personne d’embrasser l’unité du Christ, mais agir simplement par la parole, combattre par la discussion, vaincre par la raison, afin d’éviter d’avoir pour catholiques hypocrites ceux que nous avions pour hérétiques déterminés. Cependant mon opinion était combattue, sinon par des raisons, du moins par des exemples contraires. En effet, la frayeur qu’inspirent ces lois promulguées par des rois qui servent le Seigneur avec crainte, produit les plus heureux effets (cf. Ps 2, 10.11). Ainsi les uns disent: C’était depuis longtemps notre volonté, mais grâces soient rendues à Dieu qui nous a fourni l’occasion favorable, et ôté tout prétexte de différer; d’autres: Nous savions que c’était la vérité, mais nous étions retenus par je ne sais quelles habitudes; grâces à Dieu qui a brisé nos liens; d’autres: Nous ne savions pas que telle était la vérité et nous n’avions aucun désir de l’apprendre, mais la crainte nous a forcés d’être attentifs et de prendre les moyens de la connaître; grâces au Seigneur qui a secoué notre négligence avec l’aiguillon de la terreur; d’autres encore: Nous craignions d’entrer dans l’Église, retenus par de faux bruits dont nous n’aurions pas reconnu la fausseté si nous n’y étions pas entrés, et nous n’y serions pas entrés si nous n’y avions pas été forcés; grâces à Dieu qui par cette sévérité a fait cesser nos hésitations et nous a fait connaître par expérience la futilité et la fausseté des bruits que des voix trompeuses répandaient sur son Église; d’autres enfin: Nous pensions qu’il importait peu de croire en Jésus-Christ dans une religion ou dans une autre; mais grâces au Seigneur qui a mis un terme à notre séparation et nous a enseigné que le seul culte agréable à Dieu est celui qui lui est rendu dans l’unité. Que les rois de la terre se montrent donc les serviteurs du Christ en publiant des lois en faveur de la religion du Christ » et la Lettre 50 au comte Boniface : « Quel est celui d’entre vous qui voudrait, je ne dis pas qu’un hérétique périsse, mais qu’il éprouvât même la moindre perte ? Cependant la maison de David ne put recouvrer la paix qu’après que son fils Absalon eut été enseveli dans la guerre impie qu’il faisait contre son père (2 R 18) ; quoique David eût recommandé avec le plus grand soin aux chefs de son armée de prendre tous les moyens pour conserver la vie à son fils et que son cœur de père n’attendît que son repentir pour lui pardonner. Mais lorsqu’il fut tombé [victime de sa rébellion], que resta-t-il à son père que de pleurer sa mort et de se consoler par la pensée que son royaume avait recouvré la paix ? C’est ainsi que notre mère, la sainte Église catholique, lorsqu’elle rassemble dans son sein un grand nombre de ses enfants au prix de la perte de quelques-uns, adoucit et calme la douleur de son cœur maternel par le spectacle de tant de peuples affranchis et délivrés de l’erreur. Que veut donc dire ce qu’ils ne cessent de crier : N’est-on pas libre de croire ou de ne pas croire ? A qui donc le Christ a-t-il fait violence ? Quel est celui qu’il a contraint [d’embrasser la vérité] ? Qu’ils aient devant les yeux l’exemple de l’apôtre saint Paul, qui les force de reconnaître que Jésus-Christ a usé de violence à son égard avant de l’enseigner, qu’il l’a frappé avant de le consoler. Et il est remarquable que celui que Dieu a forcé par un châtiment extérieur de se soumettre à l’Évangile a travaillé à la propagation de l’Évangile plus que ceux dont la vocation n’avait été déterminée que par une seule parole. Pourquoi donc l’Église ne forcerait-elle pas ses enfants égarés de revenir dans son sein, alors que ces mêmes enfants en ont forcé tant d’autres à périr ? ».