1er Avent (29/11 - lect. thom. évang).

Homélie du 1er dimanche de l’Avent (29 novembre 2020)

Lecture thomiste de l’évangile (Lc 21, 25-33)

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  1. Les bouleversements eschatologiques troublent les mauvais…
    1. Aux troubles cosmiques…

Notre Seigneur annonce ce qui doit arriver : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles » mais l’explique plus clairement en S. Matthieu : « Alors, le soleil s’obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière, et les étoiles tomberont du ciel » (Mt 24, 29). Avec la consommation de cette vie corruptible passera la figure de ce monde (1 Co 7) pour faire place à un monde nouveau où Jésus-Christ lui-même brillera à la place des luminaires du monde visible : « la ville (Jérusalem céleste) n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau » (Ap 21, 23). Le Soleil de justice (Ma 3, 20) fera s’effacer ce que nous vivons chaque jour lorsque se lève le soleil car la lune et les étoiles s’en trouvent comme masquées, éclipsées.

    1. …répondra la réaction des anges et des hommes

Après les astres, suit l’angoisse des peuples de la terre : « Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots » (v. 25b). Rappelant le chaos initial (Gn 1, 6-10) ainsi que le déluge, imposer des limites à la mer – signe de mort dans la liturgie baptismale – ne revient qu’à la seule puissance de Dieu : « Qui donc a retenu la mer avec des portes, quand elle jaillit du sein primordial (…) ; quand je lui imposai ma limite, et que je disposai verrou et portes ? Et je dis : ‘Tu viendras jusqu’ici ! tu n’iras pas plus loin, ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots !’ » (Job 38, 8-11). Les mugissements de la mer seront si épouvantables, et ses rivages seront battus par de si violentes tempêtes, que les peuples seront dans une détresse universelle, jusqu’à se dessécher de frayeur. Cela vaut pour les deux royaumes du Christ et de Satan. Les bons et les méchants en sont également victimes. Mais les nations refusant le Fils de Dieu seront placées à la gauche au dernier jour tandis que d’autres nations (du moins en leur sein ceux qui croient) seront bénies dans celui qui est sorti d’Abraham (Gn 12, 3 ; 23, 18 ; Mt 25, 32).

« Les puissances des cieux seront ébranlées » se rapportent aux anges. Seront-ils étonnés à la vue des bouleversements si épouvantables de l’univers ? Eux qui n’avaient déjà pas imaginé le plan divin d’abaissement du Fils de Dieu par son Incarnation. Refusée par Satan, il tomba comme l’éclair (Lc 10, 18 ; cf. Ap 12, 9). « Les colonnes du ciel tremblent, et sont saisies d’effroi devant un seul signe de sa volonté » (Jb 26, 11, Vulg.). Peut-être ces puissances, principautés, dominations (Col 1, 16), dans la puissance du jugement divin réclameront-elles rigoureusement de nous ce que notre Créateur invisible supporte maintenant avec tant de miséricorde. Grand sera sans doute le nombre des damnés (certains parlent des deux tiers).

Une fois que les sphères célestes du monde visible auront cédé la place aux puissances célestes invisibles du monde angélique paraîtra le Fils de Dieu dont les anges composent la cour (v. 27). Il viendra dans sa gloire confondre la superbe tyrannie du fils du péché (2 Th 2, 3). Les portes du ciel depuis si longtemps fermées avec Adam s’ouvriront pour nous laisser contempler les splendeurs du ciel. Jésus viendra dans ce même corps avec lequel il est assis à la droite de son Père, redescendant du Ciel en son dernier avènement sur une nuée, comme il s’était dérobé aux regards de ses apôtres au jour de l’Ascension (Ac 1, 11). Il se rendra visible comme à S. Étienne, protomartyr, entouré de cette gloire, espérance des martyrs, leur donnant de quoi résister dans la grande tribulation : « Mais lui, rempli de l’Esprit Saint, fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : ‘Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu’ » (Ac 7, 55-56). Cette nuée accompagne presque toutes les grandes théophanies (Annonciation avec l’ombre, Baptême avec les Cieux parlant, Transfiguration Mt 17, 5, Ascension Ac 1, 9). Elle symbolise la présence de Dieu (Ex 40, 35 ; Nb 9, 18.22) dans sa majesté ineffable, insaisissable par l’homme : « Les nuées sont autour de lui, et l’obscurité l’environne » (Ps 17 Vulg). Cet avènement sera glorieux car c’en est fini du premier avènement dans l’humilité avec son abaissement de la crèche au crucifiement. Les mauvais ressentiront d’autant plus les effets de sa colère que leurs cœurs auront résisté davantage à sa miséricorde.

    1. Interprétation ecclésiologique

S. Augustin applique ces prédictions à l’Église. En effet, c’est de la Vierge, image de l’Église qu’il est dit : « Qui donc est celle qui surgit, semblable à l’aurore, belle autant que la lune, brillante comme le soleil, terrible comme des bataillons ? » (Ct 6, 10 : Quae est ista quae progreditur quasi aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrorum acies ordinata ?). Et elle cessera de briller sous les violences inouïes de ses persécuteurs.

S. Ambroise estime que, par suite de l’apostasie d’un grand nombre, la clarté de la foi sera obscurcie par les nuages de l’infidélité, car le soleil de justice croît ou décroît pour moi, en raison de ma foi. De même que dans ses révolutions mensuelles, la lune perd sa clarté à mesure que la terre s’interpose entre elle et le soleil, de même la sainte Église ne peut plus emprunter aux rayons de Jésus-Christ, l’éclat de sa divine lumière, lorsque les vices de la chair viennent s’interposer entre elle et la lumière céleste. En effet, presque toujours dans les persécutions, l’amour de cette vie devient un obstacle à la lumière de ce soleil divin. Les étoiles, c’est-à-dire les prélats devant guider le peuple, tombent des cieux, lorsque la violence de la persécution redouble. Tout cela doit s’accomplir, jusqu’à ce que le nombre des enfants de l’Église soit complet, car la persécution est la pierre de touche qui fait reconnaître les bons et les mauvais. Pour ceux qui n’auront pas confessés leurs péchés, l’agitation et les angoisses seront si grandes que la multitude des crimes dont le souvenir se réveillera par la crainte du jugement, desséchera en eux la source de la rosée divine.

  1. … mais réjouissent les bons
    1. La consolation des élus à l’approche de la Rédemption

Si les prédictions précédentes s’adressaient aux réprouvés, les paroles de consolation suivantes sont pour les élus : « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche » (v. 28). Bien que les élus verront se multiplier les fléaux du monde, ils pourront se réjouir parce qu’en même temps que finit ce monde que nous n’aimons pas, approche la rédemption que nous recherchons. Dans l’Écriture, la tête est souvent prise pour le coeur (Si 2, 14 ; 32, 11), parce que le coeur dirige les pensées comme la tête gouverne les membres du corps. Lever la tête, c’est donc élever nos âmes vers les joies de la patrie céleste. Aux choses corporelles qui auront cessé d’exister, succéderont les choses spirituelles et célestes sans fin. Ceux qui en sont dignes, verront s’accomplir pour eux les promesses du salut. Voyant se réaliser les promesses qui faisaient l’objet de nos espérances, nous nous relèverons. Nous qui étions auparavant humiliés, dans l’abaissement, nous lèverons la tête, parce que la rédemption que nous espérions et que toutes les créatures attendaient, est arrivée.

Si le premier avènement du Seigneur avait pour but la réformation de nos âmes par le don de la grâce, ce second avènement aura pour but la réformation de nos corps. Autant dire que l’humanité des élus sera renouvelée par une parfaite liberté du corps et de l’âme. « Il ne (nous) appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité » (Ac 1, 7) disait le Christ avant son Ascension. Mais comprenons « cette génération ne passera pas sans que tout cela n’arrive » comme la dimension de corps de l’Église et pas seulement ceux à qui Jésus s’adressait au premier siècle, même s’ils virent la destruction du temple de Jérusalem par Titus en 70. Ne confondons pas la fin d’un monde, d’une civilisation (comme nous vivons actuellement) et la fin du monde.

    1. Le figuier

De même que les fruits des arbres font juger de la proximité de l’été, ainsi la destruction du monde fera connaître le rapprochement du royaume de Dieu. Le fruit du monde n’est que destruction. Il ne produit que pour détruire ce qu’il a contribué à faire croître et à nourrir. Cela rappelle la sagesse de l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité ! Quel profit l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Une génération s’en va, une génération s’en vient, et la terre subsiste toujours » (Qo 1, 2-4) ; « Un homme s’est donné de la peine ; il est avisé, il s’y connaissait, il a réussi. Et voilà qu’il doit laisser son bien à quelqu’un qui ne s’est donné aucune peine. Cela aussi n’est que vanité, c’est un grand mal ! En effet, que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? » (Qo 2, 21-22). Le royaume de Dieu au contraire est justement comparé à l’été, parce qu’il dissipera tous les nuages de nos afflictions, et répandra sur les jours de notre vie les splendeurs du soleil éternel.

Si S. Matthieu ne parle que du figuier, S. Luc étend la comparaison à tous les autres arbres. Or, le figuier symbolise deux choses : ses fruits sucrés qu’annoncent les fleurs sont l’adoucissement à venir des dures épreuves. Mais il est aussi l’orgueil mal placé d’Israël ainsi que l’appel de Nathanaël sous son figuier par Philippe le rappelle (Jn 1, 48). Les Juifs croient être sauvés par la loi qu’ils prétendent accomplir par le seul effort humain (une sorte de pélagianisme où l’homme se sauve lui-même) plutôt qu’en la grâce de Dieu.

Le retour glorieux du Christ est comparé à l’été car le soleil qui, à partir du printemps réchauffe et vivifie de ses chauds rayons les semences confiées à la terre, les transforme et leur fait produire d’innombrables plantes nuancées à l’infini. Ainsi le Fils unique de Dieu fera renaître à la lumière les semences ensevelies dans le monde entier, ceux qui dorment dans la poussière de la terre (cf. Dn 12, 2). Il leur rendra des corps bien préférables aux premiers, et fera succéder au règne de la mort vaincue à jamais, le règne d’une vie toute nouvelle.

            Jésus donne la plus grande autorité à ces paroles. Et il ne veut pas laisser croire que le peuple chrétien lui-même périrait, quand bien même il ne subsisterait que par une infime minorité de ceux qui auront gardé la foi jusqu’au bout, comme autrefois le petit reste d’Israël. Au milieu de tant de changements du monde et de versatilité des hommes, Dieu seul est immuable : « stat crux dum volvitur orbis » disent les chartreux sur leur blason portant l’orbe crucifère car « la Croix demeure tandis que le monde tourne ».