1er Avent (28/11 - avènements)

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L’Avent et les avènements de Notre Seigneur Jésus Christ

La liturgie de l’Avent est tiraillée entre d’un côté la préparation à Noël, naissance du Sauveur dans l’humilité de la crèche à Bethlehem, un regard porté vers le passé commémoré ; et de l’autre, un cri du cœur, un Maranatha (« Viens, Seigneur Jésus » en araméen : 1 Co 16, 22 et Ap 22, 20), appel des Chrétiens implorant le retour glorieux du Christ à la fin des temps, l’espérance d’un avenir où le mal et la mort seront définitivement détruits : « Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance (les anges déchus ou démons). Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort » (1 Co 15, 24-26). Puisqu’Avent provient étymologiquement d’avènement, méditons sur ces différents modes.

  1. Deux avènements ?

Si le premier avènement comportait la souffrance, le second est plus beau car il porte le diadème de la royauté divine pour S. Cyrille de Jérusalem. « Le plus souvent, en effet, tout ce qui concerne notre Seigneur Jésus Christ est double.

Double naissance : l’une, de Dieu avant les siècles, l’autre, de la Vierge à la plénitude des siècles.

Double descente : l’une, imperceptible comme celle de la pluie sur la toison (cf. Rorate Cæeli desuper et la toison avec la rosée chez Gédéon en Jg 6, 37-40), la seconde, éclatante, celle qui est à venir.

(Vêtements :) Dans le premier avènement, il est enveloppé de langes dans la crèche ; dans le second, il est revêtu de lumière comme d’un manteau.

(Honneur :) Dans le premier, il a subi la croix, ayant méprisé la honte ; dans le second, il viendra escorté par l’armée des anges, en triomphateur.

(Jugement :) Le Seigneur ne viendra pas pour être jugé de nouveau, mais pour juger ceux qui l’ont traduit en jugement. Lui qui a gardé le silence lors du premier jugement, il rappellera leur crime aux misérables qui ont osé le mettre en croix, en disant : ‘Voilà ce que tu as fait, et j’ai gardé le silence’.

(Enseignement :) Alors, il est venu selon le dessein de miséricorde et il enseignait les hommes par persuasion. Mais, lors du second avènement, ils seront contraints de reconnaître sa royauté ».

  1. Un troisième avènement ?

S. Bernard de Clairvaux intercale un troisième avènement entre les deux autres. « Nous savons qu’il y a une triple venue du Seigneur (…). La troisième se situe entre les deux autres. Celles-ci, en effet, sont manifestes, celle-là, non (...). La venue intermédiaire, elle, est cachée : les élus seuls la voient au fond d’eux-mêmes, et leur âme est sauvée. Ainsi est-il venu d’abord dans la chair et la faiblesse ; puis, dans l’entre-deux, il vient en esprit et en puissance ; enfin il viendra dans la gloire et la majesté (…). Cette venue intermédiaire est vraiment comme la voie par laquelle on passe de la première à la dernière : dans la première le Christ fut notre rédemption, dans la dernière Il apparaîtra comme notre vie, et entre temps il est notre repos et notre consolation ».

S. Paul (Ph 4, 4-7) invite à préparer en nous cet avènement par la prière qui revêt plusieurs formes d’après l’acronyme latin ARDOR :

Adorer c’est reconnaître que Dieu est tout et que nous ne sommes rien, ce que feront les rois mages à l’Épiphanie.

Remercier ou rendre grâces comme dans l’Eucharistie (v. 6 : meta eucharistas).

Demander : « pour faire connaître à Dieu vos demandes » (v. 6).

Offrir sa vie en sacrifice : « Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter/offrir votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte » (Rm 12, 1) puis offrir sa famille, ses journées, ses vertus et ses vices, bref tout.

Réparer pour s’associer pleinement au sacrifice rédempteur du Christ.

Toute prière biblique est toujours articulée sur le double volet de l’anamnèse et de l’épiclèse : « parce que vous avez fait cela dans le passé avec nos pères, nous osons vous demander cela aussi pour nous aujourd’hui » qui rappelle ce tiraillement entre l’hier et l’aujourd’hui ou même demain. L’audace du projet divin de salut par l’Incarnation : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique » (Jn 3, 16) nous fait oser espérer être sauvés, pourvu que nous nous reconnaissions à temps avoir besoin de sa grâce : « Du fait que ce mystère est revécu chaque année par l’Église, nous sommes exhortés à rappeler sans cesse le souvenir de tant d’amour envers nous. Cela nous enseigne aussi que l’avènement du Christ n’a pas profité seulement à ceux qui vivaient à l’époque du Sauveur, mais que sa vertu devait être communiquée aussi à nous tous ; du moins si nous voulons, par le moyen de la foi et des sacrements, accueillir la grâce qu’il nous a méritée et diriger notre vie selon cette grâce en lui obéissant. L’Église nous demande encore de comprendre ceci : de même qu’il est venu au monde une seule fois en s’incarnant, de même, si nous enlevons tout obstacle de notre part, Il est prêt à venir à nous de nouveau, à toute heure et à tout instant, pour habiter spirituellement dans nos cœurs avec l’abondance de ses grâces » (S. Charles Borromée).

  1. L’avènement du Christ en nous à la manière de la Vierge Marie

Nous sommes appelés à faire l’expérience vécue par la Très Sainte Vierge Marie qui est plus bienheureuse parce qu’elle a cru qu’à Dieu, rien n’est impossible (mérite de la foi) que pour avoir été par son sein le tabernacle de Jésus. « Que, sans le concours de l’homme, je conçoive en restant Vierge ; que du Saint-Esprit et d’une Vierge naisse celui en qui l’Église renaîtra vierge du Saint-Esprit. Que ce Saint, qui naîtra d’une Mère sans avoir de père, se nomme le Fils de Dieu ; car c’est celui qui est né de Dieu, son Père, sans avoir de mère, qui a dû se faire fils de l’homme, prendre un corps qui lui permette, à sa naissance, de sortir d’un sein fermé, et plus tard, à sa résurrection, d’entrer dans une demeure fermée également. Ces choses sont merveilleuses parce qu’elles sont divines ; ineffables, parce qu’elles sont incompréhensibles ; et si la bouche humaine ne peut les expliquer, c’est que le cœur de l’homme ne saurait les pénétrer. Marie crut donc et ce qu’elle crut s’accomplit en elle. Croyons aussi afin de pouvoir en profiter nous-mêmes. Si merveilleuse que soit à son tour cette seconde naissance, songe, ô homme, à ce que ton Dieu, a fait pour toi, à ce que le Créateur a entrepris pour sa créature. C’est Dieu qui, tout en demeurant dans le sein de Dieu, c’est l’Éternel qui tout en vivant avec l’Éternel ; c’est le Fils qui tout en restant l’égal de son Père, n’a pas dédaigné de se revêtir d’une nature d’esclave, en faveur de ses esclaves, coupables et pécheurs. Ah ! ce n’est point ce que méritaient les hommes. Nos iniquités appelaient plutôt la vengeance sur nos têtes ; mais si Dieu y avait eu égard, qui serait resté debout ? C’est donc pour ses esclaves impies et pécheurs que le Seigneur a daigné se faire homme, naître du Saint-Esprit et de la Vierge Marie » (S. Augustin).

S. Anselme revient sur ce doublon Création/Recréation : « Dieu qui a tout fait, s’est fait lui-même à partir de Marie, et c’est ainsi qu’il a recréé tout ce qu’il avait créé. Lui qui a pu tout faire à partir de rien, il n’a pas voulu refaire sans Marie sa création profanée. Dieu est donc le Père de l’univers créé, et Marie la mère de l’univers recréé. Dieu est le Père de l’établissement de toutes choses, et Marie la mère de leur rétablissement. Car Dieu a engendré celui par qui tout a été fait, et Marie a enfanté celui par qui tout a été sauvé ! Dieu a engendré celui sans qui absolument rien n’existe, et Marie a enfanté celui sans qui absolument rien n’est bon. Vraiment, le Seigneur est avec toi, puisque le Seigneur t’a donné que toute la nature te serait redevable autant qu’à lui ».

Conclusion

La Très-Sainte Mère de Dieu est partie prenante des avènements de Jésus. Non seulement elle a joué un rôle éminent dans le premier, corporel, mais elle assume dans le second un rôle spirituel essentiel de rappel des réalités surnaturelles. Aussi ne convient-il pas de se préparer dans une optique un peu enfantine à la commémoration de la venue du Seigneur mais aussi à sa venue finale par la conversion, pénitence, qui expriment notre charité pour lui, pour qu’avec son aide maternelle, Jésus advienne en nos corps par l’Eucharistie.

Date de dernière mise à jour : 28/11/2021