24e Pentecôte (21/11/201 - lect. thom.)

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Les fins dernières

Le mois de novembre est propice à réfléchir sur l’eschatologie ou fins dernières. La Toussaint évoque les membres de l’Église triomphante, le 2 novembre ceux de l’Église souffrante. Les damnés de l’enfer n’appartiennent plus à l’Église. La théologie s’enracine dans l’histoire qui a un commencement, la Création ou protologie, et une fin, l’eschatologie. Le traité d’eschatologie se divise en deux grandes parties : la fin personnelle (où irai-je après ma propre mort ?) et la fin commune (qu’adviendra-t-il à la fin des temps ?). Ce dernier dimanche de l’année liturgique présente un évangile apocalyptique (Mt 24, 15-35) qui révèle ce qui arrivera à la fin de l’Histoire : la destruction de Jérusalem et le second avènement du Christ (v. 27).

      1. La consommation des temps
  1. La prophétie

L’abomination de la désolation peut désigner l’armée romaine qui dévasta Jérusalem ou l’installation des idoles qui prirent la place du vrai Dieu dans le Temple puisque Pilate avait introduit dans le Temple l’aigle romaine, accomplissant la prophétie : « le messie sera supprimé. Le peuple d’un chef à venir détruira la ville et le Lieu Saint (…), fera cesser le sacrifice et l’offrande, et sur une aile du Temple il y aura l’abomination de la désolation, jusqu’à ce que l’extermination décidée fonde sur l’auteur de cette désolation » (Dn 9, 26-27). Jérusalem fut prise sous Titus en 70 ap. JC, 40 ans après la mort du Christ qui avait prédit que le Temple serait détruit. Certains Juifs avaient pu rester mais plus après la nouvelle rébellion de Bar Kokhba en 135, sous peine de mort. La ville fut totalement rasée sous Hadrien et refondée en colonie romaine d’Ælia Capitolina avec un temple à Jupiter à la place du Temple.

Le Christ nous avertit. « Alors, ceux qui seront en Judée, qu’ils s’enfuient dans les montagnes » : sous Vespasien (69-79 ap. JC), Hérode Agrippa II dominait dans les montagnes du Golan. Client des Romains en paix avec eux, son royaume constituait un refuge possible par la divine Providence : « Allez ! Allez ! Quittez en hâte le pays du nord – oracle du Seigneur ! Aux quatre vents des cieux je vous avais dispersés – oracle du Seigneur ! » (Za 2, 11).

D’autres choses sont inévitables. Les Romains encerclèrent la ville sous Titus à Pâque, l’une des quatre fêtes juives de pèlerinage où tout Juif devait se rendre à Jérusalem. Personne ne pouvait en réchapper. Certes, ce qui est inévitable l’est absolument ou relativement pour la force naturelle des hommes, mais possible par miracle. La parturiente ou allaitante pour sauver sa vie sacrifierait son enfant : « il se retourna et leur dit : ‘Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : ‘Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !’’ » (Lc 23, 28-29). Dieu peut se laisser fléchir pour les autres circonstances de nature (l’hiver) ou juridique (on ne pouvait parcourir un sabbat plus de 2.000 coudées ou 1 km env.).

  1. La raison de l’avertissement (v. 21)

Pourquoi fuir alors ? On le comprend en lisant Flavius Josèphe. Beaucoup moururent de faim et les Juifs s’entretuèrent. Ceux qui auraient pu être épargnés par Titus, plutôt clément, furent tués pour ne pas se rendre et des meurtriers appelés factieux sévissaient aussi. La situation était telle que recherchant à tout prix de la nourriture, une femme mangea son enfant... Lorsque l’Antéchrist viendra, ce sera pire mais c’était horrible car entre juifs.

Les jours sont abrégés en nombre, parce que les Juifs ne furent pas tués dans tout l’Empire Romain, seulement à Jérusalem et d’autres villes d’Israël. Et l’intercession des élus convertis qui priaient pour leur race d’origine : « Si le Seigneur de l’univers ne nous avait laissé un petit reste, nous serions comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe » (Is 1, 9).

Métaphoriquement, fuir la Judée signifierait se convertir vers ce qui est meilleur, plus élevé dans la Vérité, le christianisme. Les montagnes seraient les parfaits demeurant dans leurs vertus liées à la contemplation (terrasses) ou à la vie active (champs). Les femmes enceintes et allaitantes seraient les hommes alourdis par le péchés ou encore de l’homme ancien, nourri plus de la chair que de l’esprit.

      1. Le second avènement du Christ
  1. Les signes précurseurs de l’avènement

Les signes annonciateurs du second avènement sont chez les hommes ou dans la nature mais imprécis pour les dates, pas liés à la destruction de Jérusalem. Les séducteurs sont des pseudo-messies et pseudo-prophètes car le démon singe Dieu : « comme vous l’avez appris, un anti-Christ, un adversaire du Christ, doit venir ; or, il y a dès maintenant beaucoup d’anti-Christs ; nous savons ainsi que c’est la dernière heure. Ils sont sortis de chez nous mais ils n’étaient pas des nôtres » (1 Jn 2, 18). « Bien-aimés, ne vous fiez pas à n’importe quelle inspiration, mais examinez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes se sont répandus dans le monde ». Leur force de séduction est dans des pseudo-miracles car strictement, les démons ne peuvent faire de miracles réservés à Dieu. Mais les démons, connaissant mieux la nature que nous, donnent l’impression d’en faire comme des prestidigitateurs. Mais ils ne peuvent faire des choses contraires à la nature comme ressusciter des morts.

Seuls les prédestinés seront préservés car l’apostasie en fera tomber beaucoup : « en gardant la foi et une conscience droite ; pour avoir abandonné cette droiture, certains ont connu le naufrage de leur foi » (1 Tm 1, 19. Cf. Is 19, 14). La vraie doctrine est publique : « Jésus lui répondit : ‘Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette’ » (Jn 18, 20). La fausse doctrine se cache (désert) à des initiés comme pour des secrets pour dire une chose à l’un et une autre à l’autre. On combat donc mieux ces séducteurs à plusieurs, dans l’Église. Les faux prophètes se fondent (Ez 13, 6) sur des Écritures apocryphes (non reconnues officiellement comme inspirées par Dieu, l’ésotérisme. Mais le Christ viendra de manière évidente comme l’éclair (Ps 49, 3, Vulg.: « Deus manifeste veniet » = Dieu viendra de manière visible) qui illumine. Il est conséquent avec lui-même depuis son commencement (l’Orient) jusqu’à la fin (l’Occident), totalité embrassant tout dans l’Écriture comme dans l’Église. Au contraire, l’hérétique choisit ce qui lui convient (hérésie vient d’αἵρεσις, choisir).

  1. Le mode d’avènement

« Là où se trouve le corps, là se rassemblent aussi les aigles ». Les aigles ne sont pas des charognards venus se repaître du cadavre[1] mais les saints qui, nourris de l’Eucharistie, forment le corps du Christ : « ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des ailes d’aigles » (Is 40, 31).

L’avènement se lit plus dans la nature avec des signes dans le Ciel (Ap 6, 12 ; Jl 2, 31 ; Is 30, 26). Le soleil et la lune paraîtront pâles comparés à la clarté du Messie et des élus glorieux : « La lune rougira, le soleil se couvrira de honte. Car, sur le mont Sion et à Jérusalem, le Seigneur de l’univers régnera : devant les anciens resplendira sa gloire » (Is 24, 23) qui peut se comprendre métaphoriquement comme Lucifer, le soleil/démon et la lune/l’Antéchrist. Viendront les pleurs (se frapper la poitrine) devant la puissance et sagesse du Christ auquel ils ont désobéi et la gloire des saints qu’ils ont moqués : « Le voilà, celui que nous tournions jadis en ridicule ! Nous en faisions la cible de nos sarcasmes, fous que nous étions ! Nous trouvions absurde sa manière de vivre et infâme sa mort ! Pourquoi est-il compté parmi les fils de Dieu ? Pourquoi partage-t-il le sort des saints ? » (Sg 5, 4-5 ; Ap 1, 7, Za 12, 10).

  1. L’avènement

Le fils de l’homme sera vu par tous car il vient pour juger tous les hommes. Si la divinité de Jésus ne sera visible que par ceux qui ont le cœur pur (Mt 5, 8), même les mauvais verront son humanité (Lc 3, 6). Les uns pour leur joie et les autres pour leur tourment et tristesse. Plus il apparaîtra puissant et plus grande sera leur angoisse devant ce Juge. Les nuées sont un signe de la divinité : « Le Seigneur déclare demeurer dans la nuée obscure » (Ex 16, 10 ; 1 R 8, 12). Elle a accueilli son humanité lors de l’Ascension : « il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux (…) Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Ac 1, 9-11, cf. Ap 1, 7) car c’est aussi le lieu de sa gloire (Transfiguration).

Autant au premier avènement, Jésus était venu dans la faiblesse : « il a été crucifié du fait de sa faiblesse, mais il est vivant par la puissance de Dieu » (2 Cor 18, 4) et l’ignominie : « La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme » (Is 52, 14), autant dans le second, il viendra dans la puissance et la gloire, adoré dans sa divinité et humanité par tous les saints qui se rassembleront autour de lui. Les anges interviendront à la résurrection finale opérée par Jésus (1 Cor 15, 22) en rassemblant nos cendres. Les trompettes sont la puissance de Dieu (Ap 11, 12 ; Nb 10, 2) qui servaient aux Juifs pour les rassemblements, fêtes et combats tandis que la voix forte est celle de son humanité. Les rassemblés ne seront que les élus (Ps 49, 5), plus tard tous (Mt 25, 32), provenant, corps et âme, des quatre vents, soit de tous les points cardinaux « d’une extrémité des cieux jusqu’à l’autre ». Les récompenses diffèrent selon les mérites.

Cet avènement est connu par la foi avec certitude. Jésus compare avec le figuier. Les arbres ont une vie cachée en hiver, ne produisant ni feuilles ni fruits, puis au printemps, le pullulement de la vie se manifeste jusqu’au plein déploiement, l’été, pour la récolte qui est la récompense (Ps 125, 6 ; Lc 13, 6). Il en est de même des saints ou élus : « vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3). « Avant que cette génération ne passe » ne désigne pas la destruction de Jérusalem mais les fidèles : « voici la génération de ceux qui cherchent Dieu » (Ps 23, 6). La foi de l’Église durera jusqu’à la fin des temps. La parole de Dieu qui a créé le Ciel et la Terre (Ap 21, 1) est plus solide qu’eux, qui ne sont que des effets. Métaphoriquement le Ciel signifierait les élus,  tandis que la Terre désignerait les damnés de l’Enfer.

 

[1] « ubi fuerit corpus, illic congregabuntur et aquilae » ne lit pas ‘cadavre’/‘vautours’ comme l’AELF le lit.

Date de dernière mise à jour : 22/11/2021