18e Dim Pentecôte (8 octobre 2017)

Homélie du 18e dimanche après la Pentecôte (8 octobre 2017)

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Le sacrement de la confession

L’expression « Tes péchés te sont remis » (Mt 9, 2) de l’évangile de ce dimanche nous évoque évidemment l’absolution sacramentelle. Il n’est jamais mauvais de méditer à nouveaux frais sur cet admirable sacrement, sans doute celui qui façonne le plus le prêtre. Certes, aujourd’hui, il n’y a plus trop de martyrs du confessionnal comme St. Jean-Marie Vianney (1786-1859), St. Léopold Mandić (1866-1942), St. Padre Pio (1887-1968), peut-être parce qu’il n’y a plus de prêtres aussi saints, mais sûrement aussi car les fidèles se dispensent de réitérer souvent ce sacrement. Pourtant, où toucher mieux du doigt la miséricorde de Dieu que dans ce sacrement ?

  1. Des noms divers
    1. La confession

Confesser a d’abord et avant tout le sens de dire sa foi publiquement. Il est alors synonyme de profession de foi. On appelle confesseur les saints qui ne sont pas morts martyrs mais ont pratiquement héroïquement les vertus. Dans ce sacrement, on confesse donc ou annonce concrètement qu’on croit que Dieu nous a tellement aimés qu’Il a livré Son Fils pour nous (Jn 3, 16). Nous témoignons donc de la miséricorde de Dieu qui se laisse toucher en Ses entrailles, comme une mère. C’est d’ailleurs le sens dans le cantique de Zacharie (Lc 1, 78) de l’expression « per viscera misericordiæ suæ » = par les viscères de sa miséricorde traduit plus ou moins adroitement par « grâce à la tendresse, à l'amour de notre Dieu ». L’amour de Dieu lui prend aux tripes, dirait-on familièrement. Il y met non seulement Son cœur mais si l’on osait cette métaphore inadaptée pour un pur esprit : la chair de Sa chair, Son Fils.

Vous comprenez bien que la signification actuelle de « confession » qui est l’aveu des péchés, n’est que secondaire. Car ce qui compte, c’est qu’à travers ses péchés, on prenne conscience qu’on n’a pas été à la hauteur de l’amour de Dieu pour nous, qu’on a pas su rendre amour pour amour et qu’on veut remettre les choses à plat pour repartir à zéro.

  1. La pénitence

La pénitence évoque le second aspect de ce sacrement. On a offensé l’amour de Dieu. Encore faut-il essayer de réparer. La pénitence est donc cette chose que le prêtre, au nom de Dieu, demande au fidèle qui vient se confesser d’accomplir après avoir reçu l’absolution. D’ailleurs, on appelle alors ce fidèle « pénitent ». La pénitence entend refaire bonnes les choses mauvaises, expier. Mais cela intervient la plupart du temps par un acte d’amour puisqu’on nous demande alors de prier. Or, qu’est-ce que la prière sinon un dialogue amoureux avec celui qui nous aimé jusqu’au bout ? On a négligé Dieu, donc on va lui consacrer durant cette pénitence un peu plus de temps, ce qui est déjà une marque d’amour.

  1. La réconciliation

Le terme réconciliation évoque une amitié, un lien qui a été brisé. Le rapprochement intervient alors par le pardon imploré et généreusement offert. La Bible regorge d’exemples où Dieu s’écarte et revient, face à la conversion (retournement justement) de Ses enfants.

Lorsque nous avons été baptisés, nous avons reçu le pardon d’une faute que nous n’avions pas commise mais simplement contractée : le péché originel. Et cela n’intervient qu’une fois. Par contre, le sacrement de réconciliation peut être conféré aussi souvent car nos péchés personnels, eux, sont appelés péchés actuels, tendent à se multiplier. Ils se divisent en deux catégories.

Le péché mortel brise la relation avec Dieu, c’est-à-dire qu’il enlève la grâce. Les péchés mortels doivent être confessés pour rétablir dans l’amour de Dieu et permettre de nouveau à la grâce et donc à l’Esprit-Saint de venir habiter dans l’homme réconcilié. Si on meurt en état de péché mortel, on sait de foi catholique qu’on ira en enfer. Les conditions pour qu’on ait affaire à un péché mortel sont :

  1. la matière grave (le péché dans sa dimension objective) : il y a des péchés qui crient vengeance contre Dieu comme l’homicide volontaire, la pratique homosexuelle, l’oppression du peuple, retenir son salaire à l’ouvrier[1]. Les dix commandements en évoquent aussi toute une série (pour les commandements divins : l’irréligion, le blasphème, ne pas aller à la messe le dimanche ; pour les commandements humains : le vol, la luxure, le mensonge/faux témoignage, l’adultère, la jalousie)[2].
  2. la connaissance : il faut savoir qu’on est en train de commettre un péché. Mais bien sûr, il serait trop facile de ne pas éduquer sa conscience. La doctrine catholique parle normalement de syndérèse (habitus des premiers principes), connaissance innée de la loi morale naturelle. En gros, les dix commandements ne peuvent pas être totalement oubliés par l’homme, même par le plus pervers. C’est en effet sa conscience qui fait de lui un être humain et non pas une bête.
  3. La volonté de faire cet acte (donc la liberté, ne pas y être contraint par quelqu’un).

Le péché véniel est celui qui ne brise pas totalement la relation avec Dieu mais la blesse. Une accumulation de péchés véniels conduira sûrement à un péché mortel. D’où la recommandation de les confesser aussi.

  1. Déroulement
    1. Nécessaire médiation du prêtre 

Les Protestants prétendent qu’il ne serait pas nécessaire de recourir à un prêtre pour se confesser et qu’il suffirait, dans sa prière, de demander directement pardon à Dieu. En somme, ils bénéficieraient du téléphone rouge avec le Bon Dieu. Max Weber montre d’ailleurs qu’aux États-Unis où abondent les Calvinistes[3], l’angoisse du salut pousse à rechercher des signes de l’élection. En effet, l’hérésie de la double prédestination prétend qu’avant même notre naissance, X serait prédestiné par Dieu à l’enfer ou Y au Paradis, quoi qu’il fasse. La grâce ne serait donnée que conditionnellement aux élus pour accomplir le bien prévu. Pour savoir dans quelle catégorie on se trouve, la réussite professionnelle serait un signe divin qui pousserait donc les Américains à développer ce sens du commerce qu’ils appellent « business ». Un catholique, lui, sait au contraire que s’il vient de se confesser et meurt, il ira au pire au Purgatoire pour un certain temps mais s’il a reçu l’indulgence plénière, qu’il y échappera même pour aller au Paradis directement.

Les Protestants qui se targuent de se fonder sur l’Écriture seule oublient quand elle les dessert ce que Jésus dit explicitement à St. Pierre : « Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la Terre sera lié dans les Cieux, et tout ce que tu auras délié sur la Terre sera délié dans les Cieux » (Mt 16, 19). Phrase qu’on a toujours compris dans le sens spirituel du pardon des péchés : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus » (Jn 20, 23). D’ailleurs absolution signifie littéralement délier.

Ce pouvoir des clés du Paradis tel qu’il apparaît sur les armes pontificales est aussi repris dans l’habillement du prêtre. Lorsqu’il revêt son étole, le prêtre la croise car il montre ainsi qu’il a un pouvoir lié, ce que ne fait pas l’évêque qui lui a la pleine autorité de juridiction. L’ordination sacerdotale implique immédiatement le pouvoir de célébrer l’Eucharistie, mais pour de pouvoir entendre les confessions. Il faut pour cela un acte juridique spécial (un document contresigné du chancelier) qui délie les pouvoirs de confesser. Certains péchés seront d’ailleurs réservés à l’évêque et de plus graves encore seulement au Pape[4].

  1. Regretter amèrement ses péchés

Le fidèle qui veut recevoir le pardon de Dieu doit regretter amèrement ses péchés. Il y a deux manières de les regretter : parce qu’on sait qu’on a offensé l’amour de Dieu : c’est la contrition qui est le degré le plus élevé. « Contritum » signifie littéralement : écrasé, comme dans le Ps. 50, 19 : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé ». L’autre possibilité, moins parfaite mais canoniquement suffisante pour la validité du sacrement est l’attrition : on regrette par peur d’aller en enfer. C’est moins directement orienté vers Dieu et cela évoque plutôt la crainte servile que le don de l’Esprit-Saint qu’est la crainte filiale. Mais enfin, c’est toujours un début.

Le pénitent doit aussi prendre la ferme résolution de ne plus recommencer, sans ignorer malheureusement que la faiblesse humaine risque de le faire retomber. « Jésus lui répondit : ‘Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois’ » (Mt 18, 22). Il est clair que l’homme ne saurait mettre de limites à l’amour de Dieu. S’il souhaite réellement s’amender, il pourra toujours être pardonné.

Conclusion :

Absolument aucun péché ne pourrait jamais être un obstacle insurmontable, pas même le plus abominable crime comme les firent les pires noms de l’Histoire criminelle ou génocidaire. Au fond, Pierre a su marquer sa confiance en l’amour de Dieu malgré son triple reniement (Mt 26, 34-74) par la triple profession de foi (Jn 21, 15-17). Du coup, le péché contre l’Esprit (CCC 1864) qui est le seul à ne pouvoir être pardonné (Mt 12, 31) est sans doute illustré par l’orgueil de Judas qui se fait une telle montagne de sa propre trahison qu’il va ainsi se tuer (Mt 27, 3-8 et Ac 1, 18-19) alors qu’elle n’est pas pire que ce que firent St. Pierre le renégat ou St. Paul le complice du meurtre de St. Étienne et le persécuteur des Chrétiens sous le nom de Saül. N’oublions jamais cette parole de vie : « car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses » (1 Jn 3, 20).

Le droit canon prescrit une confession obligatoire par an pour Pâques. Mais le droit ne cherche qu’à tracer la limite de ce qui est catholique et de ce qui ne l’est plus. Celui qui veut être au cœur de l’Église, dans un cœur à cœur avec Dieu ne saurait s’en contenter et doit tendre vers une plus grande perfection. On pourrait chercher imiter les saints qui se confessent souvent toutes les semaines. Mais il faut au moins viser à terme une confession par mois et en attendant de se mettre sur ce chemin une confession trimestrielle au minimum (on indiquait autrefois les grandes fêtes de Noël, Pâques, Assomption et Toussaint) et ce serait déjà un très bon début. Ne mettez pas de borne à la miséricorde de Dieu, allez vous confesser, vous n’embêterez jamais le prêtre s’il a vraiment un cœur de pasteur heureux de voir revenir la brebis égarée !


[1] Catéchisme de St. Pie X, n°997 : « Il y a quatre péchés dont on dit qu'ils crient vengeance devant la face de Dieu : 1 l'homicide volontaire ; 2 le péché impur contre l'ordre de la nature ; 3 l'oppression des pauvres ; 4 le refus du salaire aux ouvriers ». CEC 1866 : « Crient vers le Ciel : le sang d’Abel (Gn 4, 10) ; le péché des Sodomites (Gn 18, 20 ; 19, 13) ; la clameur du peuple opprimé en Égypte (Ex 3, 7-10) ; la plainte de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin (Ex 22, 20-22) ; l’injustice envers le salarié (Dt 24, 14-15 ; Jc 5, 4) ».

[2] « 1 Tu n'auras pas d'autre Dieu en ma présence ; 2 Tu n'emploieras pas en vain le nom de Dieu ; 3 Rappelle-toi de sanctifier les fêtes ; 4 Honore ton père et ta mère ; 5 Tu ne tueras pas ; 6 Tu ne feras pas d'impureté ; 7 Tu ne voleras pas ; 8 Tu ne diras pas de faux témoignage ; 9 Tu ne désireras pas la femme d'autrui ; 10 Tu ne désireras pas le bien d'autrui ».

[3] L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1904-1905. Ils sont appelés localement presbytériens ou puritains car ils luttaient pour purifier « l’Église » (sic) anglicane contre ses aspects trop catholiques, voire de s’en séparer.

[4] Aujourd’hui ne subsistent que peu de cas, liés à l’excommunication latæ sententiæ et dont la levée est réservée au Siège apostolique : la profanation des espèces consacrées (CIC 1367), la violence contre le Pape (CIC 1370), l’absolution donnée par un prêtre à sa maîtresse (CIC 1378), l’ordination épiscopale sans mandat du Pape (CIC 1382), la violation du secret de la confession (CIC 1388). Le Pape vient de supprimer la réserve aux évêques pour les cas d’excommunication pour avortement (1388) en la transférant à tous les prêtres confesseurs (Misericordia et misera 12, 20 novembre 2016). Autrefois, ces péchés étaient bien plus nombreux. L’encyclopédie (t. 2, p. 739) indique une liste assez impressionnante. Les cas réservés au pape, suivant le rituel de Paris, étaient 1) l’incendie des églises ; 2) la simonie dans les ordres et bénéfices ; 3) le meurtre ou la mutilation d’un clerc ; 4) frapper un évêque ou prélat ; 5) fournir des armes aux infidèles ; 6) falsifier les bulles ou lettres du pape ; 7) envahir ou piller les terres de l’Église Romaine ; 8) violer l’interdit du Saint-Siège. Les cas réservés à l'évêque étaient : 1) frapper un religieux ou un clerc in sacris ; 2) l’incendie volontaire ; 3) le vol dans un lieu sacré avec effraction ; 4) l’homicide volontaire ; 5) le duel ; 6) tuer son conjoint ; 7) l’avortement ; 8) frapper son père ou sa mère ; 9) les sortilèges, empoisonnement, divination ; 10) la profanation de l’Eucharistie ou des saintes huiles ; 11) faire couler le sang dans une église ; 12) la fornication dans l’église ; 13) abuser d’une religieuse ; 14) le crime du confesseur avec sa pénitente ; 15) le rapt ; 16) l’inceste au 2nd degré de parenté ; 17) la sodomie ; 18) le larcin sacrilège ; 19) le faux, faux témoignage, fausse monnaie, falsification de lettres ecclésiastiques ; 20) la simonie ; 21) supposition de titre ou de personne à l'examen pour la promotion aux ordres. Cf. Fleury, Claude, Institution du droit ecclésiastique de France, t. I. partie 2. chap. IV. p. 288, Paris, Gervais Clouzier, 1677.