19e dimanche (3/10 - banquet de noces)

Homélie du 19e dimanche après la Pentecôte (3 octobre 2021)

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La parabole des invités au banquet (Mt 22, 1-14)

      1. L’homme dépourvu d’habit de noces
  1. Se préparer toujours au jugement personnel

Comment se fait-il qu’un homme qui n’avait rien demandé pour participer aux repas se fasse remarquer car il n’avait pas revêtu la robe nuptiale ? Pourquoi ne s’était-il pas préparé, affété comme il convient ? « Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives ». Le parallèle contient même le fameux « Compelle intrare » (Lc 14, 23), « forcez-les à entrer » si débattu car il pourrait faire penser à un droit de contraindre en matière religieuse. Le tri n’avait pas encore été fait entre les bons et les mauvais.

La salle des noces évoque l’au-delà, le jour du jugement personnel où Dieu fait paraître à lui quand, comme et qui il veut. La fin d’une vie terrestre est imprévisible. La mort intervient comme un voleur (2 P 3, 10). Nous pouvons tous mourir à l’improviste et ainsi nous retrouver de l’autre côté. Serons-nous prêts ? Qu’on le veuille ou non (volens nolens), qu’on soit croyant ou non, nous mourrons tous et alors le Christ jugera chacun. Certains n’auront pas le bon habit. Autant dire qu’ils seront encore marqués de leur péché.

  1. Laver sa robe dans le sang de l’Agneau

Un saint est un homme vertueux. Un pécheur est un vicieux. Vertus et vices sont des habitus ou dispositions stables de l’âme acquises éventuellement par un penchant naturel d’abord mais ensuite surtout par la répétition de même actes qui en font comme une seconde nature. La similarité entre habitus et habit n’échappe à personne. L’habit de noces rappelle l’habit blanc que nous avons reçu à notre baptême, comme dirait Victor Hugo : « Vêtu de probité candide et de lin blanc » (Booz endormi, La Légende des Siècles). Cette blancheur, cette candeur du petit d’homme restauré dans sa dignité d’enfant de Dieu a sûrement été perdue au cours de sa vie par l’empreinte du péché puisque Satan est prince de ce monde (Jn 14, 30) « car le juste tombe sept fois mais se relève, alors que les méchants s’effondrent dans le malheur » (Prov 24, 16). Seule la T. S. Vierge fut préservée par le privilège de l’Immaculée Conception, de tout péché originel (contracté) et actuel (commis personnellement).

Tout péché fait contracter une ‘macula’, une tâche sur l’âme. Cette tâche doit être lavée. « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau » (Ap 7, 14). La confession permet de laver ce qui était rouge comme le sang. Car nous sommes criminels, nous crucifions le fils de Dieu, le fils du roi chaque fois que nous péchons. Tout péché peut toujours être remis mais il faut en faire la démarche à temps : « Venez, et discutons – dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine » (Is 1, 18).

Qui s’exclue du sacrement de la confession entendra la sentence « Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents ». Mais pas celui qui se sera adressé à la miséricorde divine pendant qu’il est encore temps, faisant pénitence comme David :

« Pitié pour moi, mon Dieu, dans votre amour,

selon votre grande miséricorde, effacez mon péché.

Lavez-moi tout entier de ma faute, purifiez-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.

Contre vous, et vous seul, j'ai péché, ce qui est mal à vos yeux, je l'ai fait.

Ainsi, vous pouvez parler et montrer votre justice, être juge et montrer votre victoire.

Moi, je suis né dans la faute, j'étais pécheur dès le sein de ma mère (…).

Purifiez-moi avec l'hysope, et je serai pur ;

Lavez-moi et je serai blanc, plus que la neige » (Ps 50, 3-9).

      1. Ecclesia semper reformanda
  1. L’Église anticipe le royaume des Cieux mais très imparfaitement

Le royaume de Dieu souffre donc contradiction puisque nombreux sont non seulement les invités qui se récusent mais encore ceux qui ne veulent pas même être importunés par le rappel de l’invitation. Certains rejettent Dieu jusqu’au bout, ne voulant plus qu’il règne sur eux, comme dans la parabole des talents. « Mais ses concitoyens le détestaient, et ils envoyèrent derrière lui une délégation chargée de dire : ‘Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous’ » (Lc 19, 14). La vie est un temps qui nous est laissé pour nous déterminer pour le bien ou le mal et les conséquences ne seront tirées qu’ultimement. Les comptes sont arrêtés définitivement au dernier battement de cœur. Mais personne n’échappera au maître, que ce soit ici-bas lorsqu’il envoie ses troupes (v. 7) ou à la fin, au banquet même.

La parabole du banquet des noces illustre le royaume des Cieux. Or, le royaume des Cieux n’est rien d’autre que la véritable Église. Celle-ci n’est pas véritablement encore constituée. Des gens appartiennent à l’Église militante qui seront rejetés dans l’Église triomphante. Quelques cas beaucoup plus rares de gens extérieurs aux limites visibles de l’Église pourraient en faire partie (s’ils ont vécu la loi naturelle droitement).

  1. « Nigra sum, sed formosa » (Ct 1, 4)

En nous sommeille souvent un manichéen. Les choses seraient tellement plus simples si tout était en noir ou blanc. Si tout catholique était bon et tout païen était mauvais, si tout prêtre avait la vraie foi catholique. Malheureusement, les choses sont plus complexes comme toujours chez l’homme, souvent marqué par une certaine duplicité, contrairement à la simplicité de Dieu. Une part de bien et de mal est dans le monde car elle est en nous. Mais comment éviter de devenir relativiste comme l’erreur de croire qu’on puisse être sauvé dans n’importe quelle religion ? L’Église est sainte mais pourtant composée d’hommes faillibles et qui, de fait, faillissent souvent. Les tympans des églises romanes regorgent de jugements derniers où figurent parmi les réprouvés de l’enfer des clercs : prêtres, évêques, papes.

En réalité, il faut accepter qu’il y ait de l’ivraie parmi le bon grain (Mt 13, 24-30), que les mauvais poissons soient rejetés mais plus tard (Mt 13, 47-50). S. Thomas affirme que tout ce qui est métaphysiquement possible est arrivé au moins une fois, par ex. un pape hérétique, n’en déplaise aux canonistes ou théologiens qui plaquent une idéologie au lieu de regarder le réel comme l’enseigne l’histoire de l’Église. Il faut donc accepter qu’il y ait du mal au sein même de l’Église, « noire mais belle ». Noire du péché de ses membres mais belle de son union au Christ malgré ses prostitutions (Os 1, 2 ; Ez 16, 15-41), ses compromissions passées et présentes. Mais Dieu ne s’en laisse pas remonter et l’inclut dans l’histoire sainte en son ascendance (Rahab sauvant les envoyés de Josué en Js 2, 6) et Tamar (Gn 38, 1-30) pour la sauver. À Dieu revient le tri et d’en choisir le moment. Emplissons déjà la salle.